Antoine Sobesky, Cartes des terres de l'Île de la Martinique concédées par la Compagnie des Îles d'Amérique, les Seigneurs Propriétaires, la Compagnie des Indes Occidentales.

Cette carte est une copie de la carte originale préparée en 1941 par Antoine Sobesky pour Eugène Revert. L'échelle de la carte est d'environ 1/50 000. Cette copie « d'époque » [qui demandait à être restaurée], a peut-être été également réalisée par A Sobesky. Elle se trouvait encore en 2002 dans les locaux de la Direction de l'Agriculture et de la Forêt de Fort de France, au Jardin des Plantes. L'original de la carte dressée par M. Sobesky semble avoir disparu.

Carte de la Martinique par Sobesky : titre

Cette carte réalisée en 1941, est le fruit de l'excellent travail d'Antoine Sobesky, qui a patiemment exploité les informations issues du terrier de 1671 que lui a transmis Eugène Revert.

Antoine Sobesky était en 1941 le chef de la section topographique du Service de l'Agriculture. Il va récoler patiemment les concessions telles qu'elles ressortent des informations du " Terrier " et les matérialiser sur un fond moderne de la Martinique. Eugène Revert était à cette époque (1940), le directeur du Service de l'Instruction Publique de Martinique [actuel Rectorat d'Académie]. Bel exemple de collaboration fructueuse entre deux administrations.

Dans son ouvrage « La Martinique, étude géographique et humaine », paru aux Nouvelles Editions Latines en 1949, Eugène Revert rappelle l'existence au Ministère de la France d'Outre-Mer d'un "estat ou procez-verbal des terres de l'Isle de la Martinique" signé le 6 décembre 1671 par Pellissier, l'un des directeurs de la Cie des Indes Occidentales qui résidait alors dans la colonie.

Eugène Revert est un passionné de la Martinique. Il y a séjourné au moins deux longues reprises : une première fois de 1927 à 1932, et une seconde fois de 1937 à 1941. Lors de son premier séjour, il a déjà produit plusieurs études et ouvrages sur l'île. M. Revert s'intéresse à l'histoire du pays, son peuplement, sa répartition territoriale, tel un ethnologue ou un anthropologue averti.

Pour préparer son second séjour, il se procure à Paris la copie intégrale du « Terrier » de 1671. Elle va lui servir à approfondir ses connaissances sur les fondements socio-économiques de l'île. Ce terrier est le premier document complet retraçant les attributions des parcelles dévolues aux colons. C'est le premier « Cadastre » de la Martinique. Dès le début de la colonisation, le besoin de délimiter les terres concédées est crucial. Les enjeux économiques sont forts. L'administration royale délègue donc aux Antilles des arpenteurs royaux encadrés le plus souvent par un « Arpenteur Général ».

Dans son ouvrage E. Revert consacre une large place au peuplement de l'île, à l'occupation et à la possession du sol. Eugène Revert montre les conséquences du partage initial des terres. La géométrie des terres concédées par la Compagnie a façonné le paysage de l'île. Elle a modelé les rapports socio-économiques. Elle a été, en retour, elle-même constamment influencée par les caractéristiques de l'économie agricole insulaire : le monde des habitations, animé par la classe des planteurs ou « békés ».

Le travail de MM. Sobesky et Revert n'aura pas servi qu'à des études ethnologiques. Le récolement des concessions a également servi à borner, une fois pour toute en 1941, les terres domaniales dont l'administration n'avait pas de limites officielles. Ce qui permis de récupérer au profit du domaine public de l'État, une partie des terres non attribuées par la Cie des Indes Occidentales.

M. Sobesky a reporté sur sa carte le plus d'informations qu'il a pu, compte tenu de l'espace. Il s'est particulièrement attaché à indiquer le nom des propriétaires et parfois leur état particulier : juif, nègre libre, ...
Les concessions apparaissent tracées « au cordeau ». Elles sont simplement le reflet de la procédure d'attribution des parcelles. Celles-ci étaient délimitées de façon géométriques en nombre de pas, plus ou moins constants, sur leur longueur comme sur leur largeur. Les parcelles présentaient donc des formes plutôt rectangulaires, même si le « terrain » ne permettait pas toujours la stricte application des régles. On retrouve généralement ces formes géométriques dans les plans des arpenteurs royaux qui ont été conservés au travers des âges. La grande carte de la Martinique, celle de Moreau du Temple, présente elle-même des limites de propriétés encore très rectilignes, notamment dans le Nord Est.

Antoine Sobesky, voir la légende, a dressé un tableau synthétique qui récapitule les surfaces cultivées notamment en canne à sucre et en vivres. Il a positionné le bâti connu (sucrerie, indigoterie et autres cases). Il a également porté sur la carte quelques extraits des grands textes fondateurs de la colonie. Et ceux qui ont mis en place le terrier de 1671. Sobesky mentionne par exemple, l'arrêt du Conseil du Roi, signé à Chambord le 12 octobre 1670 qui donne sa pleine légitimité au recensement [plan terrier] de 1671. Il fait également référence à la commission donnée à Paris le 31 octobre 1626 par le Cardinal de Richelieu permettant aux français d'entreprendre la colonisation d'une ou de plusieurs îles des Antilles.




Quant à moi, je vous propose, ci-après, seulement quelques modestes extraits :

La presqu'île de la Caravelle

La région de Sainte-Marie

La région du Marin