Cartes françaises du XXe siècle.



De la carte papier à la carte électronique


Le XXe siècle a vu la fin de l'exploration de la surface terrestre de la planète. Les « Terra Incognita » ont pratiquement toutes disparu à mesure des progrès de la photographie aérienne puis spatiale. Restent encore très partiellement explorés, les abysses des mers et océans. Mais là aussi, la connaissance avance à grands pas. Les abords des côtes et les plateaux continentaux sont déjà hydrographiés méthodiquement par les organismes nationaux compétents (en France par le S.H.O.M) et avec une précision sans cesse accrue.
Si de nombreux fonds restent encore largement inconnus actuellement (je complète ce passage en mars 2015), les besoins économiques [exploitation des nodules polymétalliques, énergie fossile, ...] vont nécessairement entraîner le recul de leurs portions méconnues. La réduction des calottes glacières des pôles ouvre également des prétentions jusque-là à peine dissimulées, tant sur les ressources des profondeurs que sur les droits à passer et à transiter.


En Martinique, les autorités administratives avaient été, d'une certaine façon, les précurseurs de la modernité, puisque déjà en 1925 et 1926, une campagne aérienne de couverture photographique de l'intégralité de l'île avait vu le jour. Le Gouverneur, Henri Marius Richard, avait alors mandaté pour réaliser ce projet ambitieux [compte tenu des techniques et matériels photographiques du moment] la Cie Aérienne Française. Dans une île où le cadastre est resté relativement embryonnaire [voire même inexistant dans certaines parties] jusque dans les années soixante-soixante-dix [1970], les cartes issues des photographies de la Compagnie Aérienne Française ont assuré la mise à jour des fabuleux travaux réalisés, au XVIIIe [entre 1763 et 1770] par les Ingénieurs des Camps et des Armées.


En France, à la fin des années quarante, grâce à des campagnes successives de photographies aériennes, répondant à des protocoles stricts, le territoire de la métropole avait été entièrement photographié. Ces campagnes de photographies aériennes ont été à la base de la construction d'outils cartographiques qui ont permis de réels progrès. La base de ces données photo-cartographiques est aujourd'hui gérée par l'IGN (Institut Géographique National) qui l'a nommée BD Ortho® [Orthophotographie : pour signifier la verticalité des clichés]. L'Institut a ainsi procédé à la numérisation de toutes les prises de vue aériennes réalisées depuis 1945 : redressées, assemblées, puis dallées, elles permettent de constituer l'actuelle BD ORTHO® « historique ».

En France, aux XXe et XXIe siècles, deux grands acteurs ont produit et produisent toujours des cartes géographiques et hydrographiques. Pour la partie marine, il s'agit du SHOM (ex - Dépôt de la Marine, ex - SHM) et pour la partie principalement terrestre, de l'IGN. Les deux acteurs travaillent conjointement sur de nombreux projets. Comme par exemple, le « Scan Littoral ® » qui résulte de la fusion intelligente des cartes marines du SHOM et du SCAN 25® de l'IGN.

Dans le dernier quart du XXe siècle, à partir de 1985, les photographies spatiales viendront s'ajouter et compléter les vues d'avion ». Ainsi, par exemple, les photographies prises par les divers satellites des programmes « SPOT » et « Pléïades », atteindront des précisions jamais effleurées jusque-là, dans les différentes longeurs d'ondes des domaines du visible et de l'invisible. Un nouvel acteur, le CNES (Centre national d’études spatiales), était entré de plain-pied dans l'univers de la connaissance des territoires de la planète.

Parallèlement aux nouvelles techniques de recueil de l'information géographique, celles qui permettent son rendu et son utilisation, ont également évolué, dès le dernier quart du XXe notamment avec l'apparition de l'informatique individuelle. Mais aussi avec les nouvelles techniques d'impression sur différents supports.

Une nouvelle forme de diffusion et d'utilisation des cartes a rapidement émergé : il s'agit de la carte dite électronique ou numérique, ... c'est-à-dire dématérialisée. Elle provient de la « numérisation» des cartes et de leurs données. Les techniques de numérisation ont généré un nouveau vocabulaire technique : carte vectorielle, Raster, carte matricielle ou carte scannée, Scan ®, modèle numérique de terrain, ... Deux grands types de numérisation sont actuellement utilisées :

1 - la carte scannée (matricielle) obtenue grosso-modo par un scan élaboré des cartes « papier » existantes [c'est un traitement numérique de l'image]. Elle est ensuite géoréférencée. Ce type de carte est souvent appelé « carte Raster ».

2 - la carte vectorielle où tous les « objets » sont individualisés, géolocalisés et liés entre-eux. Chaque catégorie d'objet constitue une « collection », une « couche » ou « un calque » au sein d'une énorme base de données modulable et enrichissable. Des procédés nommés « rastérisation » permettent ensuite d'aboutir à son affichage « à plat ». Chaque couche peut être appelée indépendamment d'une autre.

La carte numérique n'a désormais plus de support papier, elle est « contenue et activée » généralement par un appareil informatique doté d'un logiciel ad'hoc et nécessairement d'un écran (Ordinateur, Tablet, Smart-Phone, appareil GPS ...). Cette nouvelle conception de la carte, a rapidement conquis tous les espaces et tous les usages (maritimes, terrestres, ...) en offrant à chacun - professionnel, amateur averti comme occasionnel - un accès à une information géographique fiable et solide, pouvant être mise à jour de façon régulière.

Ces informations de cartographie numérique (hydrographiques, géographiques, cadastrales, météorologiques, ...) ont pour vocation à être reliées entre-elles. Elles constituent le socle de ce que l'on appelle aujourd'hui les systèmes d'information géographique (SIG). Ces systèmes sont nés à la fin des années 1970 et sont tout de suite apparu comme des outils indispensables aux divers organismes - publics et privés - qui oeuvrent dans le cadre de l'aménagement des territoires ou à leur étude (économie, sociologie, démographie, prévention des risques naturels ou industriels, ...). Ces systèmes ont ensuite rapidement filtré vers les entreprises (urbanisme, paysagisme, architecture, ...) qui en ont tiré des pratiques innovantes à leur métier.

Enfin, la carte électronique en liaison avec les techniques de géoréférencement, de géolocalisation, de géopositionnement instantanés (réseau GPS, futur réseau Galiléo), a bouleversé les pratiques des utilisateurs en se substituant aux instruments « de la route et du point » (sextant, carte routière, ...) dont la manipulation était souvent ressentie comme fastideuse ... et parfois incertaine.



Cie Aérienne Française - feuille 26bis

extrait carte CAF - feuille 26bis
échelle : 1 / 10 000

Selon Eugène Revert (in « La Martinique », Nouvelles Éditions Latines, pages 256, 257) : en 1925, le gouverneur de la Martinique a passé avec la Cie Aérienne Française [C.A.F sise au 18 de la rue de Nanterre à Suresnes], un marché visant à l'établissement d'un plan cadastral de l'île. Mais en réalité, c'était une tâche qui paraissait difficile à concrétiser, compte tenu des techniques employées, des ambitieux objectifs affichés et surtout de la réticence des propriétaires fonciers. Même si les pilotes et mécaniciens, employés par la CAF, avaient une excellente maîtrise de la photographie aérienne. Dans cette partie, quelques-uns avaient réalisé de mémorables prouesses lors de la grande guerre (renseignement aérien, ...). La CAF, société civile d'aviation, s'était dotée d'une section aéro-topographique. Outre la Martinique, la Cie avait été également mandatée pour effectuer des photographies aériennes de divers territoires, aussi bien au coeur de la métropole que dans les différentes colonies d'alors.
En Martinique, il s'avéra très vite difficile de caractériser, avec seulement des photographies aériennes, les parcelles et par extension les « habitations » dans leur limites « cadastrales » apparentes. M Revert souligne d'ailleurs que le devis de l'opération ne prévoyait explicitement pas la construction d'un cadastre, fut-il même grossier. Les moyens mobilisés avaient cependant entrepris l'établissement d'une triangulation particulière visant à faciliter l'assemblage des photographies aériennes et des plans en découlant. Les travaux de triangulation réalisés en 1927 soit 100 ans après ceux de Paul Monnier, sous la direction de M. Philippe Jarre (1879, 1946) géodésien et topographe de la C.A.F permirent de préciser la superficie de l'île à près de 1 090 km2 (voir E. Revert, page 23) alors qu'elle avait été évaluée jusque-là à bien moins (on admettait couramment : 987 km2), même si les travaux de P Monnier montraient déjà que la surface se rapprochait plutôt de 1 085 km2. Le travail de la C.A.F dura jusqu'en 1927 et l'entreprise de Suresnes livra alors les plans graphiques qu'elle s'était engagée à produire, avec les photographies aériennes correspondantes. M. Revert souligne et ce fut tout..

L'ambitieux projet de constituer un véritable cadastre de l'île fut écarté une fois de plus. Restait le Terrier de 1671 ! L'affaire fut reprise une décennie plus tard, en 1937, sous l'impulsion du gouverneur Alberti. Mais la nouvelle tentative d'établir un « cadastre » fut une nouvelle fois avortée.

Les opérations menées par la CAF furent cependant loin d'être vaines. Elles aboutirent à la production de plans à grande échelle [ie : 1 / 5 000] qui ont été ensuite généralement réduits [au 1 / 10 000, ...]. Á partir de ces données, seront aussi produites différentes cartes relativement précises. Ainsi, Alexandre Meunier (18xy , 1942) géographe ayant appartenu au Ministère des Colonies, dressera, sur deux feuilles, une carte générale de la Martinique [au 1 / 50 000] « en cinq couleurs » qui sera publiée en 1936 par l'Union Graphique Parisienne. Dans cette carte, le relief a été mis en évidence par des courbes de niveau de 20 en 20 mètres. Selon M Revert, A. Meunier ne s'est jamais rendu personnellement dans l'île de la Martinique, son excellent travail aura été celui d'un bon « géographe de cabinet ». D'autres cartes, moins remarquables selon M Revert, émaneront également de ces travaux aéro-photographiques.

Pour le reste, il faudra attendre les lendemains de la seconde guerre mondiale (vers 1950), pour que l'IGN créé en juin 1940 (ex - Service géographique de l'Armée) entreprenne de diffuser des cartes topographiques modernes de la Martinique et qu'un véritable service du Cadastre voit le jour.




Cdt Paul Pollacchi La Martinique

Martinique - journal L'Illustration
dimension de la carte au cadre : 34,5 cm x 25 cm
Planche n°3 de l'Atlas Colonial, exemplaire de l'édition de 1938 (page 255).
Échelle : 1 / 215 000

L'Atlas colonial français, des Colonies, Protectorats et Pays sous Mandat a été publié par le journal L'Illustration à Paris en 1929 (1ère édition). La dimension des pages de l'ouvrage est généralement de 41 cm (hauteur) sur 32 cm (largeur), mais la dimension des cartes au cadre les cernant varie.

L'Atlas comporte 318 pages. Les cartes ont été dressées par le Commandant Paul Pollacchi qui a également rédigé les textes d'accompagnement. Les 56 cartes de l'Atlas sont toutes en couleurs (5) et imprimées soit sur une page pour 18 d'entre-elles, soit sur double page pour les autres. De nombreuses photographies, en noir et blanc, viennent émailler le corps du texte. L'ouvrage présente l'ensemble de L'Empire colonial français. Y sont incluses les îles des Antilles : la Guadeloupe et la Martinique. Cet Atlas aura de multiple rééditions dont la dernière, posthume à l'auteur, est datée de 1938. Comme on le sait, le journal « collaborateur » fut interdit après la Libération à l'été 1944. Il n'y aura donc pas de nouvelle édition de cet Atlas qui avait de surcroît vieilli.

Lorsqu'il compose sa carte de la martinique (1929), le Cdt Pollacchi est le chef du service de la cartographie du fameux journal qu'est alors L'Illustration. Situé à Paris, il a accès aux sources les plus riches et les plus actuelles. Pour dresser cette carte de la Martinique (1929), le Cdt, s'est principalement référé aux travaux réalisés par la Cie Aérienne Française (CAF) qui venaient tout juste d'être achevés (1927). Ainsi qu'à ceux de l'hydrographe Paul Monnier d'après M. Lepois. Les cartes de Monnier publiées par le service Hydrographique de la Marine (SHM) avaient évincé pratiquement toutes les autres depuis le milieu du XIXe siècle, et à juste titre.

Á propos la carte du Cdt, Eugène Revert fera remarquer dans son livre (1949) sur La Martinique qu'elle est acceptable pour son échelle (1/215 000). C'était alors l'une des cartes les moins mauvaises, dans ce format à petite échelle. Mais Eugène Revert ajoute néanmoins que la carte de P Pollacchi renferme de nombreuses erreurs, dues pour la plupart à des confusions et à une interprétation parfois défectueuse des plans de la CAF.
Revert remarque, par exemple, qu'entre Saint-Pierre et le Précheur, le Morne Folie (altitude : 200 m) a été interverti avec le Signal Aubenas (altitude : 700 m). Par ailleurs, le Cdt semble avoir confondu certains noms d'habitation avec des noms de bourg. Revert écrit à ce propos : De simples noms de propriétés semblent désigner des agglomérations importantes. Cela s'étend même parfois aux individus. Mes vieux amis du Gros Morne, les Nazaires et les Thaly, ne se doutent certainement pas qu'ils sont ainsi devenus villages.

Selon E. Revert, le carton de Fort-de-France (en bas à gauche) reproduit un plan vieux de plus de soixante ans (ndla : E Revert fait donc référence à un plan de la cité produit entre 1850-1890, mais ne le cite pas). Le plan ne correspondait plus à la topographie ou au développement atteint par la cité dans l'immédiate après-guerre (1939-1945), de fait la note d'accompagnement de la carte était également périmée. Selon Revert : l'ensemble serait à revoir de bout en bout. Mais c'est on ne peut plus normal, les cartes vieillissent à mesure des modifications territoriales. Et elles se sont particulièrement accélérées en Martinique après 1945.

Le jugement de M. Revert sur la carte du Cdt Pollacchi était certes étayé, mais M. Revert se trompait partiellement en les prêtant entièrement à une mauvaise interprétation des plans de la CAF. En effet, un certain nombre des défauts de la carte de Pollacchi semblent issus de la carte de M. Lepois, dressée en 1902. Soit bien avant la campagne de photographies aériennes de 1926. M. Lepois a ainsi dressé sa carte d'après les éléments du Service Hydrographique de la Marine (SHM), complétés par les dernières données disponibles (documents officiels de la colonie). Le signal Aubenas, porté par Paul Monnier dans la carte des triangles (deuxième triangulation effectuée 1825), est remplacé dans les cartes de MM. Lepois d'abord puis Pollacchi ensuite, par celui du Morne Folie .... des dénominations qui ne figurent d'ailleurs plus dans les cartes actuelles produites par l'IGN.




Paul Monnier et Le Bourguignon Duperré Carte Générale de la Martinique n°383 - Service Hydrographique de la Marine

Carte Générale de la Martinique

Presque l'une des dernières cartes imprimées selon le modèle des ingénieurs géographes du XVIIIe et des hydrographes du XIXe siècle [voir les cartes françaises du XIXe siècle]. La carte hydrographique de MM. Monnier et Le Bourguignon Duperré a eu une longévité à la hauteur de sa qualité extraordinaire.

Cet exemplaire (voir ci-contre) a été produit en mettant à jour l'un des « cuivres originaux ». Sur la planche, les informations obsolètes ont été effacées, généralement à l'acide etles modifications gravées par un « maître » atitré et attaché au SHM. Les techniques d'impression qui ont été utilisées pour produire cette carte n'avaient donc pratiquement pas varié d'avec la première mouture de 1831.

Le modèle présenté ci-contre est daté de Juin 1955, Édition n°4. Mais cette carte a été mise régulièrement à jour. La liste des corrections apportées mentionne - entr'autre - une sixième et dernière correction datée de 1961 (0830). Les petites corrections sont numérotées séquentiellement par un « compteur des petites corrections ». Ainsi la dernière correction portée sur cette carte a été diffusée en 1961 par l'avis n° 08 du groupe d'Avis aux Navigateurs n°30 (généralement le n°de la semaine).


Longitude Ouest à partir du Méridien de Greenwich

Déclinaison magnétique de 1955 : 9°10' W [Baie de Fort de France]

Latitude moyenne 14°38

Échelle : 1 / 78 890

La carte montre l'ensemble des « Feux » qui balisent alors la Martinique. Chaque feu est ainsi identifié : couleur, période, distance de visibilité. On remarquera [sur l'extrait présenté plus bas] la présence de la piste de l'aérodrome [futur aéroport international : Aimé Césaire] et à proximité le tronçon de chemin de fer reliant le bourg du Lamentin au Morne Cabri.

Carte de la Martinique - extrait


Carte de la Martinique - extrait

Le phare de la « Pointe des Nègres » est un feu à éclats réguliers noté [F.é. (5s) 37m, vis 17 M]. Soit un feu à période de 5 secondes, à une altitude de 37 m de hauteur (sommet du phare) et visible à 17 milles. Á partir de 1985, sur les nouvelles cartes aux normes internationales représentant en tout ou partie, la baie de Fort de France, ce feu sera noté : FI 5s 36m 27M. L'altitude et la distance ont été modifiées.

Á noter, l'épave à l'Est du Gros-Ilet, près de l'embouchure de la rivière « de La Manche ».




Á partir des années 1970, les cartes dressées par les ingénieurs hydrographes au XIXe ont été remplacées par une série de nouvelles cartes. Elles ont été produites avec de nouveaux procédés d'impression (d'une part l'astralon et d'autre part l'offset qui permet l'apparition de la couleur) qui ont relégué les « cuivres » historiques, propres aux gravures en taille douce, dans les musées.

Ces nouvelles cartes ont connu elles-mêmes des modifications normatives successives. Dès 1985, la production cartographique du SHOM, s'est pliée aux normes internationales en vigueur. Les cartes marines publiées par le SHOM sont maintenant établies aux normes internationales. Celles établies aux normes anciennes ont été ou sont progressivement remplacées. Les cartes « papier », loin d'être désuètes ou caduques, sont régulièrement modifiées c'est-à-dire enrichies et mises à jour. Elles font pleinement partie du catalogue des excellents produits du SHOM.

Je vous présente ci-après (exemple 2), au travers d'un extrait portant sur la Baie de Fort de France, la carte numérotée 6738 qui correspond à la partie Sud de la Martinique. L'exemplaire ici étudié a été imprimé en 1985.



1 - SHOM - Exemple de carte de la Martinique publiée entre 1970 et 1985 aux normes françaises




à développer



2 - SHOM - Exemple de carte aux normes internationales - à partir de 1985

Cet extrait de la carte 6738 daté de 1985 est complètement obsolète. De nombreuses mises à jour ont depuis été apportées à la carte 6738 du SHOM (terminal à conteneurs de la Pointe-de-Grives, nouveau balisage, etc ...). Pour une utilisation nautique, vous devez recourir aux derniers documents publiés par le SHOM.

Carte de la Martinique - Partie Sud - extrait baie de FDF
Parmi les nombreux format de carte produits par le SHOM, les cartes C (cartes Classiques) répondent aux besoins des règles de la convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer (SOLAS - Safety Of Life At Sea) ratifiée par la France.


Dans le descriptif de ces cartes C sont indiqués notamment :

a - le numéro éventuellement complété par un numéro INT s'il s'agit d'une carte internationale : 6738
b - le titre, éventuellement complété par les titres des cartouches de la carte : La Martinique / Partie Sud
c - la valeur approchée de l'échelle moyenne : 1 / 60 000
d - la latitude moyenne : 14°30'
e - l'année de publication ou de la dernière édition : 1985
f - l'année des dernières grandes corrections (GC) : à jour le 6 oct 1989
g - le format de la carte (GA : grand-aigle, DA : demi-aigle, QA : quart d'aigle, A0 et A1) : 1098,9 mm x 749,8 mm (6738 CA)

et bien d'autres informations complémentaires comme :

h - le type de projection : projection de Mercator
i - le système de balisage : Système de balisage AISM. Région B (Rouge à tribord)
k - la mesure des sondes : sondes en mètres rapportées au niveau des plus basses mers
L - la mesure des altitudes : altitudes en mètres rapportées au niveau moyen de la mer
M - l'origine de la topographie : la topographie intérieure est empruntée aux cartes de l'IGN

Pour mémoire, à la hauteur de la Baie de Fort-de-France, la déviation magnétique était de 12°10' Ouest en 1980 (avec une variation annuelle de 8' Ouest). En 1985, soit cinq ans plus tard, 40' se sont donc ajoutées à la mesure, qui devrait atteindre 13° Ouest.


Un tableau spécifique donne des indications générales sur les marées : la hauteur des marées est rapportée (en mètre) au Zéro Hydrographique. Les marées sont qualifiées de semi-diurnes à inégalité diurne si deux PM et deux BM ont sensiblement la même hauteur, on parle de marée semi-diurne. Si des différences « importantes » sont relevées entre les hauteurs des PM et des BM d'une même journée, la marée est alors semi-diurne à inégalités diurnes.. Quelques indications viennent préciser le sens et la puissance des courants dans certains mouillages. cette carte ne comporte pas de tableau ou de diagramme de courants de marée.

Les unités de hauteurs moyennes, pour la pleine mer (PM) et la basse mer (BM) sont indiquées pour quatre mouillages de référence à savoir : Fort de France, Le Marin, Le Vauclin et Le Robert. Ces hauteurs s'entendent ici par rapport au niveau des plus basses mers (zéro hydrographique). Une note précise que pour Fort-de-France la marée est de type mixte, les valeurs indiquées pour FDF dans le tableau correspondent aux pleines mers et basses mers de Vives-Eaux diurnes. Soit pour un coefficient de marée supérieur à la moyenne (en France le coefficient de marée de 95 correspond aux vives-eaux et celui de 45 aux mortes-eaux). Le marnage (ou l'amplitude moyenne de la marée) est donc faible (0,7 m - 0,4 m = 0,3 m soit 30 centimètres). Pour mémoire l'hydrographe Paul Monnier indiquait à cet endroit en juin 1824 la plus grande différence de niveau entre la pleine et basse mer à 14 pouces (soit 14 x 2,54 cm ~ 36 cm).

Le niveau des plus basses mers est celui qui a été choisi comme niveau de référence des cartes. La mer ne descendra théoriquement jamais en dessous, sauf conditions météorologiques spécifiques (cyclone par exemple ...). Les sondes indiquées se réfèrent ce niveau (zéro hydrographique).


Les cartes de la Martinique, publiées par le SHOM à partir de 1985 diffèrent avec celles qui les précédaient (en normes françaises). Elles sont désormais établies aux normes internationales avec une nouvelle symbolique. Les cartes sont moins chargées. Á l'intérieur des terres, en dehors de la signalitique des feux, les amers et les points remarquables sont parfaitement identifiés (immeubles caractéristiques, églises, silos, châteaux d'eau, mâts et tours radio, feux d'obstacles aériens [RLts], mornes, ...).

Situés généralement à proximité du trait de côte, les phares (matérialisés sur cette carte par une petite étoile accompagnée d'une flamme rouge) sont portés avec leurs caractéristiques essentielles. L'abbréviation FI indique un feu à éclats réguliers et F un feu fixe, c'est-à-dire dont l'intensité ne varie pas. Sont indiquées également la couleur des feux, la durée de la séquence (en seconde), l'altitude du phare, la distance de laquelle ils sont visibles. Ainsi, les informations concernant le phare de la Pointe des Nègres sont : FI 5s 36m 27M. Soit un feu à éclats régulier (autrefois noté F.é.), de séquence de 5 secondes, la hauteur du phare est de 36 m (l'élévation du feu est de 36 m par rapport au niveau moyen [NM] de la mer) et la distance de laquelle on peut l'apercevoir est de 27 nautiques (milles).

Sur les nouvelles cartes marines du SHOM, les zones en blanc et en bleu représentent les parties où il y a pratiquement toujours de l'eau. La partie qui couvre et découvre sous l'influence des marées est indiquée et généralement entourée par un fin pointillé. Le pointillé représentant ce que le SHOM nomme : une ligne de danger. L'estran, généralement représenté en vert, est très limité ici, compte tenu de l'amplitude des marées.

Les sondes portées dans la partie blanche sont des sondes dites positives. Elles indiquent la hauteur d'eau (en mètre) au-dessus du Zéro Hydrographique. cette hauteur correspond à la hauteur d'eau toujours disponible même en cas de marée basse à fort coefficient (par exemple de 120). Dans le cas de cette carte au 1 / 60 000, la partie blanche couvre les fonds de 20 mètres et plus. La partie bleue couvre des profondeurs comprises entre 0 et 20 mètres. Il convient d'être plus prudent dans ces parages. Les sondes sont pareillement des sondes positives. Les dangers sont davantage présents dans la partie bleue.

Les sondes situées dans l'estran, c'est-à-dire la zone côtière qui couvre et découvre, sont également rapportées au zéro hydrographique. Elles sont indiquées en mètres et décimètres et leur valeur entière est soulignée. Ce sont des sondes généralement dites négatives. Aucune ne figure dans cet extrait.

Dans la partie blanche ou bleue, Les lignes pleines (plutôt grises) indiquent les isobathes, l'isobathe de 100 mètres est aisément identifiable, il est rehaussé, à sa droite, d'une légère bande bleutée.

Au milieu de la Baie, à l'Ouest de la Pointe du Bout, est marqué un trapèze en tireté, à l'intérieur un aéronef est indiqué. c'est une zone de manoeuvre pour les hydravions.

Le sytème de balisage en vigueur pour cette carte est celui de A.I.S.M (Association internationale de la signalisation maritime), pour la région B. C'est-à-dire que le rouge est ici placé à tribord. Depuis les années 1980, cette variante est valable en Amérique et aux Antilles, ainsi qu'au Japon et en Corée. Ces pays, sont dits de la zone B. La couleur du balisage latéral est inversée par rapport à la région A. La prudence est donc de mise.

Le balisage se rapporte généralement à l'ensemble des marques, balises, bouées, tourelles, fixes ou flottantes placées en mer ou à terre qui indiquent aux navires les dangers maritimes. Le balisage permet notamment de matérialiser le tracé des chenaux d'accès aux ports et aux abris. Deux types de balisages sont utilisés pour marquer les chenaux : le système cardinal et le système latéral.

Les feux d'alignement font partie intégrante du système de balisage. Dans l'extrait présenté de la carte 6738, l'entrée du Carénage est facilitée par deux feux d'alignement au 004° (cap vrai). Un tireté matérialise sur la carte l'axe en question. La passe est étroite.

Á l'entrée (ou à la sortie) du port de Fort-de-France, plusieurs bouées, balises et tourelles sont identifiables. Elles sont pour la plupart dotées de feux. Tout d'abord on distingue 3 balises noires sur la carte (mais vertes sur l'eau : G). Ces balises sont de type latéral. Étant vertes (région B), elles sont à laisser à babord en entrant dans la baie et à tribord en sortant.

Au Nord du « banc Mitan », on distingue une bouée cette fois de type cardinal. Elle est noire et jaune (BY), avec plusieurs bandes horizontales de couleur alternées, avec des voyants constitués de deux cônes noirs pointés vers le haut. Cette bouée indique que le danger que constitue le « banc Mitan » est juste « au Sud ». Il faut donc le contourner au Nord.

Au Nord du « banc du Gros Ilet », une balise rouge (R), sans feu, type de marquage latéral. Les balises rouges étant à laisser à tribord à l'entrée au "Port" (sens classique). C'est-à-dire ici, en entrant dans la baie et inversement en sortant de la baie : à laisser à babord.

Á l'entrée de la baie quelques épaves sont marquées Wk [Wreck en anglais]. Un symbole particulier - représenté par un voilier - situe la marina à droite du « carénage ». Au fond de la baie sont portés les récifs coraliens qui couvrent et découvrent, autrefois appelés « Cohé du Lamentin », notamment par Paul Monnier et ses prédécesseurs.
De nombreuses roches, qui couvrent ou qui découvrent, et d'autres à fleur d'eau [au Zéro Hydrographique] sont signalées ça et là : croix et étoiles cerclées de pointillés. On remarquera que le trait de côte dans le fond de la baie est représenté en tireté, par difficulté de la situer (la côte) précisément à cause de la mangrove.





Les cartes marines numérisées, c'est-à-dire les Cartes Électroniques de Navigation CEN [ou ENC pour Electronic Nautical Chart] et cartes marines raster [ou RNC Raster Nautical Chart], aujourd'hui disponibles sont devenues assez courantes. Concernant les CEN : leur production a débuté au SHOM en 1998. Les cartes géographiques terrestres numérisées sont devenues nombreuses et variées (voir par exemple le site de l'IGN). Elles se déclinent sous de nombreuses thématiques. Depuis les années 1980-1990, les cartes numériques terrestres se sont largement plus développées que les ENC et les RNC, les contraintes juridiques internationales de fabrication et d'utilisation étant autrement plus souples que celles concernant les cartes marines électroniques.

Je vous communique quelques liens qui vous permettront d'y accéder, en vous souhaitant « bonne recherche » bien entendu !!! :



1 - Les cartes du SHOM

1bis - Les ENC ou Electronic Nautical Charts

2 - Les cartes de l'IGN

3 - Les cartes du CNES