Quelques cartes étrangères du début du XIXe siècle.



Les cartes anglaises de cette période encore tourmentée sont principalement basées sur les productions de Thomas Jefferys.




John Thomson, West India Island : Martinico, Dominica

Carte de la Martinique par Thomson

John Thomson est l'auteur du monumental New General Atlas publié en 1817 par les établissements Kirkwood & Son, à Edinbourg en Écosse. Cet Atlas a connu un succès immédiat et partant, de nombreuses rééditions successives jusqu'au milieu du XIXe siècle. Il s’inspire amplement des travaux réalisés par Thomas Jefferys.

La carte de Thomson, de dimensions importantes (50 cm x 60 cm) représente, sur une double feuille, la Martinique et la Dominique. En 1850, Georg Philips publiera une nouvelle version du New Général Atlas avec une présentation similaire, où les îles de la Martinique et la Dominique seront juxtaposées. Ce sera l'une des dernières productions d'envergure à adopter encore une carte de la Martinique présentant le profil réellement obsolète de Jefferys. L'apport de Philips réside dans l'orientation azimutale qui a été revue. La rose des vents, inclinée, indique un Nord enfin rectifié.

Gloablement, cette carte de la Martinique de Thomson est largement inspirée de la matrice dressée par le cartographe anglais Thomas Jefferys à la fin du XVIIIe siècle. Elle procède pratiquement de la même démarche à savoir la présentation générale de l'île. Et la mise en évidence dans un carton spécifique de la baie de Fort de France (ou du Cul de Sac Royal). Comme chez Thos. Jefferys, le géographe écossais reprend le dénombrement des Habitations « sucrières » sur le pourtour de l'île. On retrouve pratiquement les mêmes items, sans réel grand changement, hormis parfois des erreurs d'orthographe.

Comme chez Jefferys, le relief y est mis en évidence, et ressort ici de façon accentuée avec les techniques admises à l'époque.

Durant la troisième et dernière occupation de l’île (de 1809 à 1815) les britanniques vont affiner leur connaissance du territoire et la retranscrire dans une cartographie qui devient de plus en plus moderne et précise, même si la transcription géographique qui en résulte reste encore éloignée de la réalité. En effet, en 1809, les forces anglaises commandées par le Général Beckwith ont une nouvelle fois attaqué la Martinique à la fin du mois de janvier. Les débarquements opérés en divers points de l'île sont partout des succès pour les armes britanniques. Le peu de résistance des troupes de marines françaises diminuées par le blocus et surtout par la fièvre jaune amènent rapidement Saint-Pierre à la reddition dès le 8 février. L'Amiral Villaret-Joyeuse, gouverneur de la Martinique, après une courte et ultime résistance, doit finalement déposer les armes devant des forces ennemies considérables (15 000 hommes). Le Fort Desaix, encore en partie démantelé, qui est censé contrôler l'accès à Fort de France se rendra le 24 février. Les derniers défenseurs français s'y étaient alors retranchés, mais la résistance sera moins glorieuse qu'en 1794. Le traité de Paris du 30 mai 1814 restituera la colonie à la monarchie française, dirigée par Louis XVIII.


voir également la colection David Rumsey : Carte de la Martinique de J. Thomson




LUCAS Fielding Junior, MARTINICO

Carte de la Martinique par Lucas

dimensions approximatives (au cadre) : 24 cm x 31,5 cm

Longitude Ouest relative à l'île de fer (West Longitude from Ferro)
Pas d'échelle graphique.
cartographe : Drawn & Published by F. Lucas Jr
graveur : B.T Welch & Co So

L'atlas conçu par Fielding Lucas Jr se nomme : A General Atlas Containing Distinct Maps Of all the Known Countries in the World, Constructed from the Latest Authority.

Bartholomew Trow Welch (1794, 1871) a, semble-t-il, gravé le plus grand nombre de planches de la production de F. Lucas. Notamment la carte de la Martinique, et celles des autres îles des Antilles. L'Atlas sera imprimé à Baltimore dans l'atelier situé au n° 138, Market Street. Comme il l'indique sur la plupart des cartes [dont celle de la Martinique] Fielding Lucas a dessiné [drawn] lui-même certain nombre d'entre-elles à partir des sources dont il disposait.

Cette carte de la Martinique fait partie de l'un des tous premiers atlas imprimés en Amérique au début du XIXe siècle : le General Atlas, deuxième édition de juin 1823. La carte porte dans la table des matières, le n°91 [le numéro n'est pas inscrit sur la carte elle-même]. La première version du « General Atlas » avait paru en 1822, mais elle ne comprenait que 67 cartes. La carte de la Martinique n'y figurait pas. La deuxième édition, parue en 1823, s'était considérablement enrichie [100 cartes]. Elle comprenait les cartes individuelles des îles Antilles et Caraïbes, dont celle de la Martinique.

Cette époque, aux États-Unis d'Amérique, correspond avec l'envol de l'édition cartographique. Même si l'essentiel de la production était encore le fait de géographes européens et que les cartes, elles-mêmes, provenaient principalement d'Europe. Les éditeurs nord-américains de cartes se situaient principalement à Baltimore et à Philadelphie. Leur domaine de prédilection était la description des Amériques, notamment des États de l'Union. Cet essor va conduire à une reconnaissance progressive des capacités techniques des Américains. Dès les années 1823-1825, un premier atlas, celui de Carey & Lea, l'American Atlas est traduit par J. A Buchon et imprimé à Paris.

Le géographe américain, John Melish avait entamé le processus en publiant en 1816, une carte de l'Union. Les éditeurs Henri Charles Carey & Isaac Lea lui ont emboité le pas en publiant en 1822 l'Atlas Américain [American Atlas]. Ce sera aussi le cas d'Henri Schenck Tanner (Philadelphie) qui proposera en 1823 le New American Atlas. Toutes ces personnes qui endossaient à la fois le rôle d'éditeurs, de graveurs, de géographes parfois, ont souvent travaillé conjointement ou successivement sur les mêmes projets.

Les cartes de l'American Atlas de Carey & Lea ont été principalement « dessinées » par James Finlayson. Ce dernier, autant graveur que cartographe, avait pour sa part repris l'affaire du géographe J. Melish décédé en 1822. Les graveurs Young & Delker avaient également pris part à ce projet ambitieux.

Á noter que Fielding Lucas s'est servi, de façon éclectique, de la production d'Atlas parus antérieurement. Celui de Carey & Lea a été sa principale veine pour confectionner les cartes de son Atlas. Les ajouts des la deuxième édition [celle de 1823] ont été « inspirés » par l'Atlas général du britannique John Thomson (1817) [voir section juste au-dessus] ou encore par l'Atlas général d'Arrowsmith (1817). D'une manière générale F. Lucas ne s'est pas limité à la pure et simple recopie, il a grandement amélioré les documents qu'il est allé puiser chez ses prédécesseurs ... et parfois concurrents. Finalement, il a demandé à B. T. Welch de graver des cartes sensiblement nouvelles, avec les meilleures techniques dont il pouvait disposer.

La carte de la Martinique dressée par Lucas s'inspire de celle de John Thomson (donc directement de celle de Thomas Jefferys). Cependant, F. Lucas a choisi de ne pas nommer les plantations même si elles sont positionnées géographiquement à l'aide de poinçons adéquats. Lucas devait certainement se douter que la nomenclature des propriétaires avait certainement changé. Le souci de ne pas charger une carte de taille réduite a également guidé son choix. Lucas a préféré mettre en évidence les caractéristiques géomorphologiques du terrain. Du point de vu géodésique, la carte de Lucas reste penchée sur son axe. Le géographe n'a pas eu encore connaissance du véritable azimut de l'île : la carte n'est pas redressée et la rose des vents marque un Nord désespérement erroné.


voir également la colection David Rumsey : Carte de la Martinique de F. Lucas




ISLA MARTINICA, Bahia de FTE REAL de Martinica

Baie du Fort Royal par l'hydrographie Espagnole

Cette carte présente la baie du Fort Royal et le port éponyme. Elle a été réalisée par les membres du Service Hydrographique de la Marine Espagnole et éditée dans un recueil qui pourrait s'apparenter aux anciens portulans si l'on ne tient pas compte de l'extrême modernité de cette production. Ce recueil de cartes marines espagnoles est connu sous le nom de « Portulano de la America Setentrional ».

Il présente les principaux ports et mouillages de l'Amérique Septentrionnale. Cela pourrait être le pendant du « Petit Atlas Maritime » de Bellin appliqué aux ports du Golfe du Mexique et autres lieux des Amériques.

Le " Portulano " est cependant largement plus moderne que le Petit Atlas. Il a été imprimé à partir de 1809 d'abord en Espagne, à Madrid. Il a connu plusieurs rééditions dans ce pays (1818, ...). Des impressions ont été également réalisées par les toutes jeunes républiques américaines sitôt après leur indépendance chèrement acquise. Les anciennes colonies d'Amérique marquaient ainsi leur volonté de se démarquer complètement de la tutelle de leur ancienne métropole. Elles acquéraient par là même la pleine souveraineté sur leurs territoires terrestres et maritimes. La B N E propose, entr'autres, au chercheur et à l'amateur, un exemplaire imprimé en 1825 au Mexique [guerre d'indépendance entre 1810 et 1824]. Il est dédié au premier président de la nouvelle république : Guadaloupe Victoria, héros de la résistance à l'Espagne. Il gouverna la fragile nouvelle république entre 1824 et 1829.

Les « Portulano » des éditions espagnoles ou américaines sont, à peu de choses près, identiques. Peu de mises à jour sont constatées entre les différentes versions.

Pour les éditions espagnoles, le graveur de la plupart des cartes, plans et lettres, serait John Russell (del. et sculp).

Le « Portulano » comprend environ 106 cartes réparties en quatre sections, dont la première est consacrée aux ports des îles des Antilles. Celle-ci est composée de 14 cartes. Le plan de la baie du Fort Royal (n°10) présente des particularités physiques et bathymétriques de la baie. Ses dimensions approximatives sont de : 30 cm x 24 cm. Sur la carte est porté une échelle graphique particulière celle d'un mille divisé en cables. Cette mesure correspond certainement à l'unité anglo-saxonne du "cable length" qui s'apparente à l'encablure française. Un Cable Length équivaut à 219 mètres. Au niveau du fort Saint-Louis, la latitude [14° 35' 54" nord] et la longitude relative au méridien de Cadix [54° 17' 00" Occidentale] sont indiquées en clair.

Les sondes assez éparses sont notées en brasses de Burgos : Los numeros de la sonda denotan brazas de à 6 pies de Burgos y las letras iniciales la calidad del fondo . La carte ne fait pas mention de la déclinaison magnétique, elle est apparemment orientée sur le nord géographique. nota : le pied de Burgos vaut 10 pouces, 3 lignes deux tiers en mesure française ancienne.

Claude François Chaucheprat, lieutenant de Vaisseau, produira le Routier des îles Antilles, des côtes de Terre-Ferme et de celles du Golfe du Mexique, copie conforme de l'ouvrage rédigé à la Direction des travaux hydrographiques de Madrid. Le « Derrotero » avait été réalisé pour l'intelligence et l'usage des cartes du Service Hydrographique ibérique [parmi lesquelles le plan de la Bahia de FTE REAL de Martinica]. L'officier français note pour sa part que : Tous les rumbs, relèvemens et gisemens donnés dans ce Routier, sont corrigés de la variation de la boussole [sic]. On peut supposer qu'il en était alors de même dans la version d'origine des deux ouvrages espagnols : le Portolano accompagné de son Derrotero.