Quelques cartes françaises du XIXe siècle.



La représentation cartographique de la Martinique n'a pas fortement évolué sur le premier quart du XIXe siècle. La plupart des utilisateurs qu'ils soient marins, militaires, voyageurs ou simples particuliers se réfèrent encore aux travaux largement diffusés du britannique Thomas Jefferys, ou à ceux du français Jacques-Nicolas Bellin.
La fabuleuse carte de Moreau du Temple sera finalement restée très confidentielle. Elle n'aura connu qu'une diffusion très limitée, à l'usage des ministres de la marine, de quelques hauts responsables de la défense de l'île et d’une poignée de fonctionnaires locaux. La carte de Moreau ne se prête pas à la navigation et les navigateurs en seront réduits à devoir utiliser les cartes marines de J-N Bellin jusqu'en 1827.
C'est seulement à partir de cette date que la cartographie de la Martinique entre dans la modernité. Le progrès des techniques et les nouveaux instruments de mesure (cercle répétiteur, cercle à réflexion de Borda, ...) permettent enfin d'atteindre une précision « scientifique ». Les procédés de mesure bathymétrique mis au point par Beautemps-Beaupré se diffusent et s'universalisent.
En 1832 le catalogue de l'Hydrographie Française du Dépôt de la Marine propose « enfin » un premier lot de nouvelles cartes marines de la Martinique. Elles ont été dressées par les ingénieurs hydrographes Paul Monnier et Gabriel Cyprien Le Bourguignon-Duperré qui ont mené une campagne de levés hydrographiques sur les côtes de l’île en 1824 et 1825.
Monnier et ses collaborateurs rendront un hommage particulier aux ingénieurs militaires du Camp et des Armées, c'est-à-dire à Moreau du Temple, Claude Loupia et Louis Gense, qui les ont précédé quelques cinquante années auparavant. Ils n'oublieront pas de les citer dans le titre même de la carte générale de la Martinique de 1831.
Les ingénieurs militaires de 1763 ont effectué la première triangulation de l’île. Les hydrographes de 1824 réaliseront la deuxième triangulation, avec des moyens techniques améliorés. Il faudra attendre une centaine d'années, c'est-à-dire en 1927, pour que le géodésien et topographe de la Cie Aérienne Française, M. Philippe Jarre, réalise avec son équipe une nouvelle triangulation de l'île.
Les cartes de Monnier seront les premières à présenter une Martinique aux contours vraiment modernes. Elles définiront la physionomie générale de l'île telle que nous la connaissons aujourd'hui. Bien entendu, on rencontre encore durant la fin du XIXe des cartes s'appuyant sur des travaux largement antérieurs, mais ce phénomène va s'estomper.






Alexandre Moreau de Jonnès (1778, 1870) Page spéciale sur MdJ

Alexandre Moreau de Jonnès a réalisé plusieurs cartes de la Martinique, certaines ont été égarées d'autres fort heureusement bien conservées et archivées. Ces exemplaires manuscrits, uniques par nature, sont conservés en particulier aux Archives Nationales de l'Outre Mer [ANOM].


Alexandre Moreau de Jonnès a eu une vie trépidante. Il se sera consacré à beaucoup de travaux : littéraires, statistiques, épidémiologiques, minéralogiques, cartographiques ...

Dans ces derniers, il utilise [ou tente de reproduire] la configuration de la Martinique telle quelle fut dressée par René Moreau du Temple en 1770.



La Martinique dressée par J.C. Ingénieur

Deux cartes similaires sont présentées dans cette section. Les deux exemplaires ne diffèrent que par quelques mentions marginales. Dans celui disponible aux ANOM, des mentions supplémentaires sont gravées : dressée par J.C. ingénieur. ; et en bas à gauche D. DUVAL Sculpt. Elles n'apparaissent pas dans la 2e mouture présentée. L'exemplaire conservé aux ANOM semble être un plan « opérationnel » destiné à visualiser un projet de construction de digues élaboré et projeté par un ingénieur dont ne connait que les initiales : J.C. S'agissait-il, après les guerres napoléoniennes, de rendre la Martinique inexpugniable ?

Quoi qu'il en soit, ces deux exemplaires sont issus d'une reprise de la seconde version de la fameuse carte de Thomas Jefferys parue en 1798. Ils ont été vraisemblablement imprimés à Paris. Compte tenu des éléments et informations qu'elles restituent, elles pourraient être datées entre 1815 (fin du 1er Empire) et 1825. Les Archives Nationales mentionnent l'année 1844 ce qui paraît tardif, mais Gallica qui en possède un exemplaire, le donne pour 1790 ce qui paraît précoce. Si l'on considère que cette carte a servi de « source » à la production de Buchon [voir une section plus bas] dont l'année d'édition est connue (1825), la date avancée par les ANOM paraît effectivement trop tardive. Par ailleurs, il est difficile d'imaginer l'ingénieur J.C. [sa carte étant aux ANOM, il s'agit peut-être d'un ingénieur travaillant pour l'État : aux fortifications, au Génie Militaire voire au Génie Civil] ignorant les travaux hydrographiques de Paul Monnier, alors que ceux-ci sont largement disponibles dès 1827-1831. Le Service Historique des Armées à Vincennes dispose de deux cartes attribuées à l'ingénieur J.C : l'une identique à celles de cette section [D Duval Sculpsit], avec une évaluation de l'année de réalisation portée à 1807 et une autre intitulée « Carte topographique de la Martinique dressée par J.C, ingénieur, 1818, Paris ». Ce qui corrobore la démontration précédente.

L'originalité de cette carte tient dans la présentation d'un projet « pharaonique » de construction de digues visant à protéger la rade que constitue la Baie de Fort-Royal. Le projet n'a heureusement jamais vu le jour, tant il était irréalisable [même aujourd'hui au XXIe siècle, il paraît difficile à concevoir]. On peut supposer que l'ingénieur J.C a proposé aux autorités administratives de la « colonie » la construction de deux énormes digues enserrant et enfermant la baie du Fort-Royal. Ces digues auraient pris leurs appuis et fondations sur les hauts-fonds supposés présents dans la baie. Une première digue part ainsi de la « Pointe des Nègres » vers le sud, tandis que l'autre surgit de la « Pointe du Bout » vers le Nord-Ouest. Pour soutenir son projet et mieux le concrétiser, l'ingénieur J.C aura ainsi détourné la carte de Jefferys [ou plus vraisemblablement version française de Le Rouge]. La légende de la carte indique explicitement : Môle et Jettée à Construire [sic]. Le projet de digues apparaît sur la carte générale ainsi que dans le carton [en bas à droite] qui détaille la baie de Fort-Royal.



Carte de la Martinique par un inconnu copie de la Carte de Jefferys
Ces copies françaises semblent calées sur la carte de Jefferys publiée en 1798 par Robert Laurie et James Whittle. La carte initiale de Jefferys avait été enrichie d'un carton présentant la baie du Robert. Le modèle conçu par l'ingénieur J.C. inclut également ce même carton présentant la baie du Robert.
Lorsque l’on compare le profil des côtes du « Havre du Robert » présenté dans le carton à celui dressé sur la carte principale, on remarque des discordances inexplicables. Les deux côtes ne correspondent pas. C'était déjà la même constatation dans la seconde version de la carte de Thos. Jefferys. Quel que soit le modèle de carte, ce carton comporte de nombreuses erreurs qui touchent le tracé de la côte et les principaux îlets de la Baie du Robert. Pour ces derniers, leur dénombrement est fantaisiste et leur emplacement, dans un cas comme dans l'autre, bien loin de la réalité. Dans ce registre le Loup Garou est situé loin de son ancrage naturel.

Les différences entre le dessin de la côte et celui présenté dans le carton, ne sont toutefois pas les mêmes, selon que l'on compare les cartes anglaises et les cartes françaises. L'ingénieur J.C a repris le tracé du carton de la carte anglaise de 1798 et l'a appliqué à sa propre carte. Mais l'adaptation n'a pas été judicieuse, tant ce carton comportait d'erreurs.

Par rapport aux cartes de Jefferys (les versions initiales de 1775 et version revue de 1798), la carte présentée ci-contre possède quelques aspects novateurs : la longitude est désormais calée sur le célèbre méridien de Greenwich (longitude Ouest) établi [détermination actuelle] à 2° 20' 14" à l'ouest du méridien de Paris. Le méridien de Greenwich a été adopté comme la référence internationale en octobre 1884, à la conférence internationale de Washington. Il était utilisé de façon assez commune par les britanniques depuis de nombreuses années, mais surtout depuis le début du XIXe. Les français mirent du temps à le reconnaître comme méridien d'origine, même après la conférence de Washington. Cette carte, si l'on retient l'hypothèse d'une impression avant 1825, paraît donc assez avangardiste. Mais la datation n'est pas connue avec certitude, il pourrait s'agir d'un modèle « plus tardif ».

La graduation oblique des degrés de latitude, comme ceux de longitude, donne de l'inclinaison à la carte. Il est alors plus commode de relier par une droite assise sur ces graduations la gauche et la droite du cadre, comme le haut et le bas, afin d'obtenir un virtuel quadrillage oblique. La carte tente de donner la consistance des fonds marins, c'est notamment vrai dans le carton du Robert qui mentionne de la glaise bourbeuse.
L'orientation géodésique et donc le nord géographique semblent mieux perçus par rapport à la version de Jefferys. Le vrai nord [géographique] est indiqué par la rose de vents [à gauche dans la carte]. L'inclinaison générale de la Martinique a donc été révisée « virtuellement » en adaptant, non le corps de la carte elle-même, mais le cadre l'entourant. C'était bien joué !!! Travail minimal pour le graveur. L'inclinaison a donc bien bougé par rapport à celle indiquée sur les cartes britanniques de 1775 et 1798 : Entre temps les géodésiens ont œuvré.


Tout comme les cartes de Jefferys (1775, 1798) ou celles de Le Rouge, le modèle proposé par l'ingénieur J.C. nomme, principalement sur le pourtour de l'île, les principales habitations coloniales. On retrouve pratiquement les mêmes patronymes - quelquefois écornés - aux mêmes lieux. Pourtant de nombreux changements s'étaient produits dans la propriété foncière entre la première mouture de 1775 de Jefferys et celle présentée par l'ingénieur J.C. supposée être au début du XIXe siècle. Il y a toutefois quelques rares différences (ajouts de patronymes dans la carte de J.C.) avec l'original du géographe anglais. Dans la baie du Marin, Jefferys avait précisé les mesures des sondes, fathoms ou brasses, en référence à la brasse anglaise (1,829 m), la brasse française étant différente (1,624 m). L'ingénieur J.C. a purement et simplement reconduit les sondes, sans dire de quel système elles ressortaient.

Pour la représentation de la mer autour de l'île de la Martinique, le graveur Duval a appliqué la méthode des « eaux filées ». Les lignes parallèles au trait de côte n'ont ici rien à voir avec des isobathes ou toute autre tentative de représentation de la déclivité ou de la profondeur des fonds sous-marins. Ces lignes suivent les contours du trait de côte et sont d'autant plus légères et écartées que l'on s'éloigne du bord. Cette technique valait davantage pour les cours d'eau (fleuves et rivières), mais elle était aussi employée, et c'est le cas ici, pour matérialiser la mer ou l'océan autour des îles. Duval reprend avec l'utilisation des eaux filées, ce qu'avait déjà produit, en moins élaboré, le graveur-géographe Le Rouge. Duval procède même au renforcement du « filé des eaux ». Dans certains endroits, les eaux filées apparaissent plus resserrées et surtout rehaussées de points pouvant identifier une zone sablonneuse. C'est le cas par exemple, dans les grandes baies (de Saint-Pierre, du Marin). Ces pointillés viennent appuyer l'idée que les fonds dans ces endroits remontent rapidement et aboutissent à des zones ensablées. Ce qui trompera une partie des futurs copistes de cette carte qui traduiront ces endroits par la présence d'un estran disproportionné. Malgré ces défauts, Duval a produit là, une carte où il a laissé s'exprimer tout son talent de graveur.

La carte montrant les projets de travaux de l'« anonyme ingénieur J.C » a connu un succès certain. La reprise partielle de ses éléments d'information, par Aristide-Michel Perrot [voir plus bas] a été à l'origine de la propagation des « digues pharaoniques » envisagées dans les nombreux atlas publiés dans la première partie du XIXe siècle

Voir également l'exemplaire de la BNF Gallica similaire à celui des ANOM.






Félix Renouard de Sainte-Croix, Statistiques de la Martinique

Carte de la Martinique par renouard de Sainte-Croix


Le marquis de Sainte-Croix était propriétaire [héritage] d'une habitation sucrière de rapport au centre de la Martinique. Son histoire personnelle le mène dans différentes parties du monde qu'il aura largement parcouru.

L'ouvrage de Félix de Sainte-Croix est intitulé « Statistiques de la Martinique, Avec les documents authentiques de sa population, de son commerce, de sa consommation annuelle et de ses revenus ». Il a été imprimé Paris, chez Chaumerot en 1822, en deux tomes, in octavo. Á la fin de l'avant propos (introduction) du 1ier tome se présente une grande carte dépliante de la Martinique dressée par son auteur : « La Martinique divisée en 4 arrondissements et 27 paroisses ».

La carte a été dessinée par les Frères Desmadryl et par Joumar (1822) » sur le fond de Thomas Jefferys. L'un des Frères Desmadryl, Narcisse, fut graveur et dessinateur-topographe attaché au Dépôt de la Guerre entre 1820 et 1830. La carte de l'ouvrage de Sainte-Croix présente de nombreuses similarités avec la carte de l'ingénieur anonyme « J.C » (voir au-dessus), notamment son orientation générale qui présente la même « obliquité ». Cependant Sainte-Croix a effectué de nombreuses mises à jour, dans le but de bien identifier les habitations sucrières ou plus commodément ce qu'il appelle communément « sucreries ». Il les a nommées par le patronyme de leurs propriétaires, tel que cela pouvait être vers 1817-1820. Le nombre de propriétés identifiées s'est largement accru par rapport à ce que l'on dénombre dans les cartes précédentes. Le marquis ne s'est pas contenté, comme tant d'autres, des habitations du pourtour de l'île, il a aussi poussé ses investigations dans l'hinterland. Seule la carte de Moreau du Temple avait fait mieux dans l'identification de la propriété foncière. La propriété des Habitations au début du XIXe siècle était très fluctuante donc sujette à changement. Beaucoup d'entre-elles étaient perclues de dettes et parfois hypothéquées à l'extrême.

La comparaison de la carte de « l'ingénieur J.C. » ou des sources précédentes (Jefferys, Le Rouge) avec celle de Sainte-Croix met en évidence une partie [seulement] des changements intervenus dans l'intervalle de temps. Mais, la meilleure comparaison se fait, bien sûr, entre la carte de Moreau de 1770, pour laquelle les données sont certaines et celle-ci (1820). La période qui les sépare permet de collationner les habitations pérennes, du moins celles qui n'ont pas éprouvé de changement de nom ou de bouleversements sur ces cinquante années très mouvementées ...

Exceptée la carte de Buchon (voir juste en dessous de cette section) dont la nomenclature s'apparente à celle de Jefferys, la carte de Sainte-Croix clôture bel et bien la série de cartes anciennes de la Martinique où étaient identifiées et dénommées les Habitations, souvent sous le nom de leur proprétaire.
La série commence au XVIIe siècle avec la carte de François Blondel (ca 1667) qui montre l'emplacement des premiers colons. Il faudra ensuite attendre l'actualisation de Moreau du Temple qui donnera dans sa Grande Carte (1770) les noms et qualités des propriétaires fonciers d'alors. L'exemple sera poursuivi par le britannique Thomas Jefferys dans sa carte de 1775. Ses émules Thomson et Philips n'y changeront rien. La nomenclature de Jefferys sera repercutée sans grand changement par Le Rouge dans les versions françaises qu'il fera des cartes de l'anglais. Viendront ensuite l'anonyme « ingénieur JC » [voir au dessus] qui modulera quelque peu ces informations. Enfin l'oeuvre de Sainte-Croix dont les éléments, pourtant méticuleusement mis à jour, ne seront pas ensuite repris. Il faudra attendre l'époque moderne et la sortie des travaux de MM. Benoist et Crabot (1959) pour retrouver une carte générale où les plantations apparaissent clairement identifiées, qui plus est avec leurs délimitations générales.



Jean Buchon (1791, 1846) Atlas Géographique, Statistique, Historique et Chronologique des Deux Amériques et des îles adjacentes

Atlas Américain, édition française de 1825.

Carte de la Martinique par Buchon
échelle graphique : en lieues de 25 au degré. Une erreur conséquente est venue se glisser dans la détermination de l'échelle graphique. En effet, la mesure indiquée est la lieue commune, de 25 au degré. Une lieue équivaut alors à 4,445 km, le segment de l'échelle graphique représente donc une longueur de 25 x 4,445, soit 111 km, c'est-à-dire la longueur d'un degré [ici arrondi par le calcul]. Il y a donc eu méprise sur la mesure : les lieues ont inopinément, ici, remplacé les kilomètres.
échelle :
longitude : Orientale de washington (haut) et Occidentale de Paris (bas)
graveur de trait : Auguste François Alès
graveur de lettre : H. Mardelet
dimensions approximatives au cadre : 28 cm (largeur) x 27 cm (hauteur)

géographe : les cartes dressées dans l'Atlas Buchon reprennent principalement celles de l'atlas américain (1822) de Henri Charles Carey & Isaac Lea. L'Atlas des deux américains a été imprimé à Philadelphie alors principal centre d'impression et d'édition des États-Unis. Le principal contributeur cartographique connu reste le cartographe James Finlayson, mais l'Atlas présente aussi des cartes dressées par d'autres géographes. L'Atlas de Buchon reprend sans jamais les nommer les contributeurs nord-américains. Cependant, parmi les nouvelles cartes introduites par le français, certaines ont été dressées par un dénommé Pierron, sans autre précision. Peut-être s'agit-il de Dom Bernardin Pierron, abbé bénédictin, qui avait produit durant cette période quelques ouvrages relatifs à la géographie (cours élémentaire, ...). [recherches en cours]. Mais le lien entre Buchon et l'abbé n'est pas étayé.

L'Atlas de Buchon paraît en France en 1825, au moment ou d'autres « Atlas Américains » se diffusent de part et d'autre de l'Atlantique. Á côté de l'Atlas de Carey et Lea, apparaît également le New American Atlas d'Henri Schenck Tanner (Philadelphie) ou le General Atlas de Fielding Lucas [Baltimore, 1823]. Ces Atlas utilisent en partie le matériel cartographique dressé par John Melish [Atlas Melish] dont la première édition date de 1816. Á noter que les cartes de l'Atlas de Carey et Lea seront principalement « dessinées » par James Finlayson qui a repris l'affaire du géographe J. Melish décédé en 1822.

La Société de Géographie de Paris reçoit en 1825 un exemplaire du New American Atlas concurrent en quelque sorte de celui de Carey et Lea. Son secrétaire note avec une certaine acrimonie dans le bulletin de la société : Le Nouvel Atlas de l'Amérique que M Tanner vient de publier à Philadelphie est composé de 22 cartes « grand-aigle ». Les sept premières feuilles sont des mauvaises copies de cartes parues en Europe. Les numéros 8 à 11 forment une carte générale de l'Amérique Septentrionnale qui n'est pas au niveau de science que l'on attend. Il n'en est pas de même pour les cartes des états de l'Union [États-Unis] qui semblent ce que l'on possède actuellement de mieux.


L'Atlas « Buchon » est constitué de 10 double-pages imprimées de tableaux. Il comporte 51 double-pages de cartes généralement coloriées à la main, une des cartes porte sur les rivières et fleuves du monde, et une autre sur les chaînes de montagnes. Les cartes sont entourées de textes et tableaux donnant les principales caractéristiques géographiques, historiques et de nombreux détails statistiques.
L'Atlas regroupe 34 cartes de l'Amérique du Nord : les principaux Etats de l'Union et également un plan de Washington et 17 cartes de l'Amérique du Sud, de l'Amérique Centrale et des West Indies (Caraïbes). Le nombre de cartes de l'édition française diffère de la version de 1822 de l'édition américaine de Carey & Lea. La plupart des cartes ont été révisées, comme la carte n°5 des Etats Unis, celle de New-York (carte n°13) et celle du Mexique (n°35). D'autres cartes ont été ajoutées, parmi lesquelles on trouve :

la carte n°3 des possessions Russes en Amérique dressée par Pierron d'après la carte de M. Brué,
la carte n°6 Carte des Etats Unis de 1825,
la carte n°36 carte du Guatémala,
la carte n°42 carte de la Guadeloupe dressée par Pierron d'après la carte publiée par le Colonel Boyer-Peyreleau,
la carte n°43 carte de la Martinique,
la carte n°49 les Guyanes
la carte n°50 Carte du Paraguay dressée par Pierron.

La carte de la Martinique de Buchon a été gravée par Auguste François Alès (1797, 1878) graveur à Paris. Ce graveur de traits fut l'élève d'Antoine François Tardieu [dit de l'Estrapade]. F. Alès était spécialiste de la gravure sur acier et il maîtrisait parfaitement la taille-douce. Les lettres ont été frappées par H. Mardelet (script).

L'historien Buchon indique clairement, dans le texte encadrant la carte, qu'il s'est appuyé sur les données statistiques et économiques issues de l'ouvrage Renouard de Sainte-Croix [voir juste au-dessus]. Mais la carte de Buchon est différente de celle de Sainte-Croix. La Martinique, dressée à une échelle plus petite, s'y trouve « redressée » sur son axe, les coordonnées géographiques incluent la longitude Orientale de Washington.

Un élément interpelle dans la carte de Buchon, il se situe dans la légende. On y voit écrit : Môle et Jettée à Construire (sic). L'indication semble provenir directement de la carte de l'ingénieur J.C. [voir section au-dessus]. Le travail de « l'ingénieur » aura certainement servi, en tout ou partie, de matrice à la carte de Buchon. Mais contrairement à la précédente, la carte de Buchon ne présente pas certains délinéaments erronés des cayes qui soutenaient le projet pharaonique de l'ingénieur J.C, ni les représentations stylisées des fameuses digues à construire. Aucun « carton » supplémentaire ne figure.

La carte présentée par Buchon, tout comme celles de Jefferys, de Le Rouge, de l'ingénieur J.C et de Sainte-Croix, tente d'identifier les habitations. Celles situées principalement sur le pourtour de l'île de la Martinique. On trouve ainsi chez Buchon les Habitations portant pratiquement les même patronymes que chez l'« ingénieur J.C ». Buchon n'a pas repris les éléments toponymiques [noms des habitations] portés sur la carte du marquis de Sainte-Croix qui avait réalisé vers 1819-1822, un lourd travail d'actualisation.

La carte de Buchon se réfère à deux longitudes : la première est la longitude Orientale du Méridien de Washington (haut du cadre) ; la seconde, la longitude Occidentale du Méridien de Paris. Le Nord est orienté en haut du cadre, la Martinique s'est ainsi redressée sur son axe. Le graveur du trait (Alès) a particulièrement bien interprété le « filé des eaux » représenté dans les cartes « sources ». Sur la côte Nord-Caraïbe, près de Saint-Pierre, ce « filé » ne s'est pas traduit par un estran hypertrophié, comme cela a été le cas pour d'autres productions [voir sections suivantes]. Ainsi une simple ligne tracée d'un trait léger vient mettre en évidence, ce qui pourrait être perçu comme une remontée rapide du fond près de la côte.

Pour représenter la mer, Auguste-François Alès a opté pour la méthode des « eaux hachées » dont nous avons là une très esthétique représentation. On notera la présence d'une fine « entre-taille » près du bord. Le graveur de traits [Alès] a laissé s'exprimer toute ses compétences dans ce beau rendu.

D'une façon générale, l'historien Buchon ne s'est pas contenté d'une simple synthèse des travaux de Carey & Lea avec ceux de Sainte-Croix. Il s'est inspiré, certes de la présentation des américains mais a fait un vrai travail d'actualisation et d'enrichissement. Le texte entourant la carte de la Martinique, rédigé par l'historien, décrit les caractéristiques physiques, sociales et économiques de l'île. Buchon y dénonce, en filigrane, les abus d'autorité de l'administration coloniale française, notamment les abus de pouvoirs du Gouverneur vis à vis des hommes de couleur libres sans jamais remettre clairement en cause le système esclavagiste. Mais c'était déjà là, en 1825, des propos bien séditieux. Buchon se veut encore progressiste en affirmant à la fin de sa présentation : l'exemple de la sage administration des républiques voisines doit produire son effet sur l'esprit des habitants et leur faire naître aussi l'idée d'une Fédération républicaine des Antilles libres.

Il est vrai que partout dans les Amériques, le vent de l'indépendance avait soufflé. Les colonies espagnoles, pour la plupart, s'étaient libérées de leur tutelle. Des projets de Fédération s'étaient initiés notamment sous la volonté de Simon Bolivar. Le Brésil avait accédé à une large autonomie qui aboutira à son indépendance. Dans les caraïbes, la république d'Haïti était parvenue, contre vents et marées, à maintenir sa fragile indépendance.

voir la collection David Rumsey : carte de Buchon

voir aussi l'exemplaire de la B.N.E. : Martinique selon Buchon



Aristide Michel Perrot (1789, 1879), Nouvel Atlas du Royaume de France ou Cartes Détaillées des Gaules, de la France à l’époque de 1789, des 86 Départements, et des Colonies Françaises.

Carte de la Martinique, par Aristide Michel Perrot


carte datée de 1826.
dimensions au cadre : 29 cm x 29 cm
échelle graphique : lieues communes de France de 25 au degré
échelle réelle : 1 / 254 000
éditeur : L. Duprat-Duverger
graveurs : Frères Malo, rue Saint-Jacques, n°169.
n°89

Aristide-Michel Perrot est un géographe qui a été très actif dans la production d'atlas et d'ouvrages relatifs à la gravure, au dessin, à la cartographie et à la topographie. Il a été membre de l'Athénée des Arts, de la Société Philotechnique, de la Société de Géographie de Paris, de la Société d'Agronomie Pratique. C'est par ailleurs Perrot qui a composé et lu, à la Sté de Géographie de Paris, l'éloge funêbre du géographe Jean-Baptiste Poirson dont il avait été l'élève.
Cette première carte de la Martinique d'A.M Perrot a été réalisé en collaboration avec Jacques Aupick, dans le cadre de la publication d'un large Atlas Historique portant, entre autre, sur les départements français à l'époque de la Révolution. Cet Atlas semble avoir connu deux éditions principales. Une première en 1826 où les colonies étaient absentes, puis une seconde en 1827 qui a intégré ces territoires. Soit un supplément de 9 cartes des colonies : Haïti, les Antilles, la Martinique avec le n°89, Saint-Pierre et Miquelon, l'Indoustan, la Guyane, la Guadeloupe, les Possessions françaises en Afrique et enfin l'Ile Bourbon. Les cartes sont normalement accompagnées une feuille, en vis-à-vis, de commentaires descriptifs et de statistiques.

Pour dresser la Martinique, MM. Perrot et Aupick sont allés puiser dans les diverses productions antérieures, celles de Jefferys, de Le Rouge. Et plus vraisemblablement, celle de l'« ingénieur J.C » ou encore celle parue dans l'ouvrage de Sainte-Croix. Le tracé des gigantesques digues imaginées par l'ingénieur [voir au-dessus] se retrouve dans la baie du Fort-Royal.

Cette carte particulière présente le découpage administratif et judiciaire prévalant en Martinique au début du XIXe siècle (1826). On y trouve les quatre arrondissements de la Martinique : Fort-Royal ; Le Marin ; La Trinité ; et Saint-Pierre, et deux juridictions : Fort-Royal et Saint-Pierre. Sur la carte les pointillés indiquent les limites des arrondissements avec leurs subdivisions paroissiales [27 paroisses décomptées renfermant deux villes, quatre bourgs, et dix-neuf villages]. Les principales cayes [hauts-fonds] sont indiquées selon une typologie courante au XVIIIe : des pointillés resserrés et groupés.

Quelques erreurs « de lettres » ont été faites par les « Frères Malo » : par exemple, l'« ance à la voile » est appelée l'« ance à la viole »...

Par ailleurs, on découvre une anomalie qui s'est traduite dans les autres productions de Perrot [voir plus bas] par ce qui pourrait être de larges étendues « sablonneuses » sur le littoral, ou un estran démesurément exagéré. Cette anomalie vaut surtout pour la côte Nord Caraïbe. Cette particularité est due à une mauvaise interprétation du « filé des eaux » figurant dans les cartes sources. Près du trait de côte de Saint-Pierre, représenté sur les cartes de Jefferys (celles de 1775 et de 1798), mais également dans les copies françaises de Le Rouge (celle 1799) ainsi que dans celle l'« ingénieur J.C. », les graveurs ont oeuvré en donnant le long de la côte un filé des eaux dégradé, comme c'était l'usage. Ce filé bien est bien trop régulier pour représenter des isobathes qui n'apparaîtront d'ailleurs que bien plus tard. Á certains endroits, au plus près de la côte, et comme il se doit, le filé s'est fait particulièrement resserré. Cette représentation a pu laisser croire aux géographes et aux graveurs du XIXe, à la présence d'un estran plus ou moins large dans ces zones.
Les Frères Malo ont interprêté cette information avec une certaine circonspection. Ils ont arbitré pour la figuration d'une partition entre « mer » et « trait de côte » [voir la vue détaillée], mais ils y ont prolongé le filé des eaux, laissant ainsi naître une certaine ambiguïté. Leurs successeurs seront moins prudents. Ils gommeront purement et simple cette caractéristique, ce qui se traduira un estran hypertrophié.

Ces quelques défauts n'altèreront pas les louanges en demi-teinte formulées par la Société de Géographie de Paris (voir bulletin de la SGP de mai 1825) : Les auteurs du Nouvel Atlas de la France MM. Perrot et Aupick, poursuivent leur difficultueuse entreprise avec une rapidité fort rare en pareil cas... La publication totale sera terminée dans le courant de l'année prochaine (ndla : 1826). Dressée sur l'échelle d'une ligne pour 500 toises, le géographe ne doit point rechercher dans les cartes les accidents du terrain, ni les détails d'une topographie complète. Réunissant dans seul cadre l'histoire civile et physique de tout un département, les tableaux statistiques, historiques, etc, dont chaque carte est accompagnée ne peuvent offrir au géologue, à l'antiquaire, non plus qu'à l'économiste, des notions encore inaperçues ; mais les négociants, les administrateurs de toutes les classes, beaucoup de gens de lettres aussi pourront y puiser tous les renseignements d'un besoin ordinaire. Il serait à désirer surtout qu'on mit cet ouvrage sous les yeux des élèves. Par son format, sa rédaction, la modicité du prix, il mérite une place dans l'utile bibliothèque des établissements de l'Université.

En 1825, le système métrique n'était pas encore la référence absolue et les échelles étaient encore des rapports de lignes et de toises. Faut-il rappeler à ce propos que la carte de Moreau du Temple avait été dressée avec une échelle de 6 lignes pour cents toises, soit environ un rapport de : 1 / 14 400. La carte de Moreau peut être qualifiée de carte à grande échelle.
Selon la SGP, les cartes départementales de l'atlas de MM. Perrot et Aucpick avec « 1 ligne pour 500 toises » ressortent à environ : 1 / 433 000. Même si l'échelle de la carte de Martinique semble légèrement plus importante, environ 1 / 254 000, les cartes de l'atlas Perrot & Aucpick sont finalement à petites échelles. Pour mémoire les cartes des Cassini étaient dressées à environ à une ligne pour cent toises (1 / 86 600). Les cartes de la Martinique de Perrot qui suivront dans les autres atlas, c'est-à-dire à partir de 1827, seront dressées avec une échelle encore plus petite. Elles seront dotées d'une échelle graphique en kilomètres [voir juste après].




Atlas géographique statistique et progressif des départements de la France et de ses colonies

Carte de la Martinique, par Aristide Michel Perrot Cette seconde carte est issue de l'«Atlas géographique statistique et progressif des départements de la France et de ses colonies » réalisé par par Perrot et Achin sous la direction de Pierre Antoine Tardieu qui apparaît ici en tant que directeur d'édition.

cet atlas n'est pas daté explicitement. Son format est de 26 X 32 cm. Il comporte 86 cartes de départements français métropolitains, auxquelles on a ajouté 6 cartes des colonies.

dimensions de la carte au cadre 24 cm x 24 cm.
date probable : 1833
deux échelles graphiques sont présentes : la première en lieues de 25 au degré, la seconde en kilomètres [ajout par rapport à la précédente juste au-dessus]. Les latitude et longitude sont indiquées sur le cadre entourant la carte.

échelle d'envion : 1 / 334 000

Cette seconde production d'A.M Perrot en collaboration cette fois avec M. Achin (un ingénieur géographe qui sera un temps Attaché au Génie Militaire et au Dépôt de la Guerre) est réputée postérieure (1833) à la précédente (1826). Hormis l'échelle graphique en mètre elle est similaire à la précédente. Ainsi comme la précédente, cette carte présente le découpage administratif et judiciaire prévalant en Martinique au début du XIXe siècle. En revanche, ici, la carte de la Martinique est entourée d'un certain nombre de paragraphes qui mettent chacun l'accent sur une thématique particulière (minéraux, agriculture, administrations, population, ...).

Dans la thématique consacrée au « Commerce & à l'Industrie », il est fait référence à l'existence de moulins à vapeur pour le sucre. L'introduction des premières machines à vapeur, destinées à mouvoir les moulins à broyer la canne, s'est produite dans les années 1830-1840. Il y est fait également mention de la présence d'une glacière c'est à dire dans les îles, d'un lieu où la glace était stockée à défaut de la fabriquer. Le commerce de la glace a été très florissant durant le XIX siècle et même le début du XXe. La glace provenait essentiellement du Nord des États-Unis, parfois du Canada, dont les lacs gelés en hiver constituaient des réserves de glace pratiquement infinies. Une fois découpés, les blocs étaient acheminés vers les zones de consommation. Pour la Martinique par voie maritime et dans des bâteaux ad'hoc. Selon Armand Nicolas Histoire de la Martinique T1 page 297, la première livraison de glace a eu lieu en mars 1806, c'est-à-dire en pleine guerre contre les anglais. Un bâteau américain en provenance de Boston a débarqué pour la première fois de la glace dans l'île, à Saint-Pierre. La Glacière mentionnée par A.M Perrot, qui n'est pas précisément localisée ni à Saint-Pierre ni au Fort Royal, permettait de stocker et de conserver les pains de glace avant de les diffuser dans le reste de l'île. Par ailleurs, pour l'anecdote, dans le même paragraphe la production de dents d'éléphant laisse songeur... il s'agit là vraisemblablement d'une erreur d'imputation.

Également comme la carte précédente, un aspect particulier laisse entrevoir une filiation directe avec le modèle dressé par l'anonyme « ingénieur J.C. » [voir plus haut dans cette page]. En effet, sont esquissés des hypothétiques hauts-fonds et les digues envisagées par le dit ingénieur afin de « fermer » la baie du Fort-Royal. A.M Perrot a travaillé à partir d'un fond de carte périmé issu des travaux du britannique Thomas Jefferys. Malgré l'apport de Paul Monnier, enfin disponible dans les années dix huit cent trente, la carte de Jefferys est longtemps restée en vogue, notamment durant la 1ère partie du XIXe siècle. La présence de l'échelle graphique en kilomètres couplée à une échelle en lieues montre que l'utilisation du système métrique commence toutefois à émerger. Le système métrique est devenu obligatoire à partir de 1840. Les deux systèmes de mesure (ancien et nouveau) seront encore utilisés de conserve afin de faciliter la lecture et l'utilisation des cartes.

Les graveurs de traits et de lettres de cette carte sont connus. Il s'agit respectivement : de Kardt pour les lignes ou le trait (sculp.) et de J.M Hacq pour les lettres (scrip.). Ils ont repris dans cette carte, tous les défauts qu'avaient déjà introduits les deux Frères Malo [voir carte juste précédente].
Les deux graveurs mentionnées sont connus pour avoir activement travaillés pour le compte du Dépôt de la Marine comme pour celui de la Guerre. Lors de la réalisation de cette carte, les graveurs ont oeuvré sous la direction de M. Couché fils (dir), qui a dû assurer le fini de la gravure. Il s'agit de François-Louis Couché (1782, 1849), graveur réputé et très en vogue, qui demeurait alors à Paris au 34 rue de l'Estrapade. Couché était élève de Laffitte pour le dessin et de son père Jacques Couché pour la gravure. Sa spécialité était d'une part la préparation des dessous à l'eau-forte, que terminaient parfois des « burinistes » anonymes. Puis, il assurait le fini le la gravure.




Atlas Géographique et statistique des Départements de la France et de ses colonies

carte des juridictions de la Martinique Carte issue de l'« Atlas Géographique et statistique des Départements de la France et de ses colonies » réalisé par les éditions des « Frères Baudouin » (rue de Vaugirard, n° 17, Derrière l’Odéon).

Tout comme l'ouvrage juste précédent [voir au-dessus, l'Atlas géographique statistique et progressif de Perrot et d'Achin] cet ouvrage comporte 86 cartes numérotées qui concernent les départements français et 6 cartes pour celles des colonies. Cependant, contrairement au précédent, les cartes ne sont pas entourées de textes descriptifs relatant les particularités physiques, sociales ... Ces informations sont rassemblées dans une partie spécifique à la description des départements. Dans cet ouvrage, la planche de la Martinique est numérotée 89, la Guadeloupe suit au numéro 90.

Les informations contenues dans le texte descriptif de la Martinique se réfèrent pour ce qui concerne le budget de la colonie à l'année 1826. Il est fort probable que les éditions des « Frères Baudoin » aient produit cet ouvrage au plus près de la fraîcheur de leurs diverses sources. Tout comme l'ouvrage suivant est daté avec certitude de 1826, celui-ci pourrait, grosso-modo, être de la même année 1826 voire légèrement postérieur.


dimensions au cadre 24 cm x 24 cm.

graveur de lettres : Hacq [script.]
graveur de lignes ou de traits : Kardt [sculp]
coordination et fini : François-Louis Couché
deux échelles graphiques sont présentes : la première en lieues de 25 au degré, la seconde en kilomètres.
latitude et longitude sont indiquées dans le cadre.

Atlas Géographique et statistique des Départements de la France et de ses colonies, 1826

Tableau Géographique et Statistique de la Martinique Dans une autre version portant le même nom que précédemment, c'est-à-dire l'Atlas Géographique et statistique des Départements de la France et de ses colonies, les éditions des Frères Baudoin que dirige alors Alexandre Baudoin, présentent les cartes des départements et colonies, leurs tableaux statistiques et leurs textes informatifs sur une seule et même grande feuille (dimensions L 52 cm x H 42 cm). Il semble qu'il n'y ait eu qu'une seule édition dans ce format.

Alexandre Baudoin a donc testé là, une forme d'Atlas qui reprend la présentation de « l' Atlas Américain » d'Alexandre Buchon. L'atlas américain (voir plus haut) est tout juste daté de l'année précédente (1825). La concurrence entre les éditeurs était donc très vive dans ce domaine.

Chez les Frères Baudoin, dans la feuille consacrée à la Martinique, les données démographiques sont datées de janvier 1822, celles du commerce extérieur de 1818, celles des impôts de 1820. Il est également fait mention du budget de 1826 de la colonie. C'est donc avec les plus fraîches informations disponibles que cet atlas particulier a été produit en 1826.

graveur de lettres : Hacq [script]
graveur de lignes ou de traits : Kardt [sculp]
coordination et fini : François-Louis Couché [dir]
deux échelles graphiques sont présentes : la première en lieues de 25 au degré, la seconde en kilomètres.
latitude et longitude sont indiquées dans le cadre.

Le géographe ayant dressé la carte n'est pas explicitement cité, mais on peut supposer qu'il s'agit du géographe Aristide-Michel Perrot [voir au-dessus] avec lequel aura collaboré François-Louis Couché (dir), graveur réputé pour son « fini » des planches (cuivre).






Plan de la rade des Trois Ilets et d’une partie de la côte sud de Fort Royal
Levé par ordre de M. le Baron Duperré
Contre-Amiral, Commandant la Station Navale des Antilles.
Années 1820 et 1821.

Dimensions approximatives : 53 cm x 78 cm (avec marges). Échelle graphique graduée de 1 à 5 milles.

Un "avertissement" anecdotique dans la carte indique que : Les sondes sont exprimées en pieds [français] pour éviter les fractions. Les tenants du système métriques apprécieront !!! Les nombreuses mesures de l'ancien régime ont eu la peau dure. Mais le système métrique, après bien des vicissitudes commence, en ce début de XIXe siècle à se mettre en place.

Cette carte illustre les « progrès de la science et de la technique ». Elle annonce la grande campagne hydrographique qui aura lieu trois ans plus tard dans l'ensemble de l'île. Cette prochaine campagne sera menée par les ingénieurs Monnier et Le Bourguignon Duperré [voir plus bas].
La présente carte a été commandée par le Contre Amiral Duperré alors chef de la Station des Antilles dont le quartier général est situé au Fort-Royal de la Martinique. Elle met en évidence les préoccupations du début du XIXe siècle où les besoins de disposer de mesures hydrographiques précises sont désormais plus que patents.
La connaissance de la nature des fonds et de leur profondeur (sondes) est le préalable à la sécurité des transports maritimes et par conséquent du développement économique.
La carte indique qu'une campagne de relevés de sondes a été menée en 1820 et 1821. Elle visait à mieux connaître les différents mouillages de la baie s'étendant du Fort-Royal aux Trois-Ilets, considéré comme la baie principale de l’île. La carte porte plus particulièrement sur la rade des Trois Ilets qui est relativement bien détaillée. Il n’est nulle part fait mention du ou des ingénieurs ayant participés à sa conception, et c'est bien dommage !!!
Les hydrographes [car dans ce cas il ne peut être question que d'ingénieur hydrographes expérimentés] ont procédé méthodiquement en prenant des repères depuis la côte et en s'éloignant du rivage en gardant le même cap. Les principaux alignements de sondes apparaissent ainsi perpendiculaires au rivage. Les mesures ayant été nombreuses, ces lignes de sondes finissent par s'entremêler pour constituer des nuages de points de sondes très denses. Les techniques employées pourraient l'avoir été par des émules de Beautemps-Beaupré.

Le but de cette opération a été de vérifier la bathymétrie de la baie et la consistance des fonds, en prenant pour assise les tracés « historiques » des hauts-fonds et des cayes mentionnés dans les plans et cartes éditées jusque là.

La campagne de sondes de 1820 et 1821 montre que les délinéaments et contours reconnus dans les précédentes cartes n'étaient pas forcément très éloignés de la réalité sans être toutefois entièrement exacts, loin de là. Les hauts-fonds et cayes sont matérialisés par des lignes en pointillés sur le plan (ce ne sont pas des isobathes). Les sondes montrent d'ailleur d'importantes différences de niveau en nombre de " pieds " entre les points situés sur un même tracé. Ces pointillés se rapprochent davantage de « ligne de fond » qui identifient une même masse ou un même danger. Mais malgré ces différences et les imperfections des cartes précédant celle-là, les pilotes et navigateurs avaient l'indication des dangers existants et leur position ... ils pouvaient par une approche prudente les éviter.

Les fonds marins sont identifiés à l’aide d’une nomenclature détaillée :
C pour cailloux ou corail
V pour vase
R pour roche
S pour sable
V d pour vase dure
V m pour vase molle

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

La carte présentée par les A.N.O.M est une copie sur calque quasiment identique au plan précédent conservé à la B.N.F de Paris [rue Richelieu, cote : ]. On pourrait assimiler ce calque à une " minute de réduction ", partie intégrante du processus menant à la fabrication de la gravure définitive.

Quelques différences toutefois entre le calque et le plan précédent : dans le calque, si l'auteur indique des sondes exprimées en pieds, l'anotation justificatrice « pour éviter les fractions » n'apparaît plus. L'échelle graduée n'existe pas et la taille de la feuille du calque est différente de celle du plan conservé à la BNF.

On remarque que le tracé de la côte est particulièrement bien soigné, mettant en évidence les parties rocheuses et celles sabloneuses. La mangrove apparaît également agréablement dessinée et aisément identifiable. Une esquisse de relief a été portée à l'intérieur des terres. Le Fort-Royal (ville et citadelle) n'a pas été négligé. Nul doute que sans les travaux opérés par l'équipe de Monnier, ce plan aurait pu avoir une diffusion largement plus méritée.




Les cartes de Monnier et de Le Bourguignon-Duperré



Á partir de 1832, le catalogue de l'Hydrographie Française du Dépôt de la Marine propose enfin les cartes élaborées par l'équipe d'hydrographes expédiée en Martinique quelques années auparavant. L'équipe de Paul Monnier, Gabriel Cyprien Le Bourguignon-Duperré alors élève ingénieur et l'enseigne de Vaisseau Emile Corbet, a dressé neuf cartes des côtes de la Martinique (dix cartes si l'on y ajoute la carte des triangles). Elles sont l’aboutissement des plus importants travaux hydrographiques menés dans l'île depuis son annexion. Les travaux opérationnels ont duré près de deux ans, de 1824 à 1825.

Ces travaux ne sont toutefois pas les premiers du genre. Ils ont été notamment précédés en 1821 par des relevés hydrographiques dans la Baie du Fort-Royal réalisés sur ordre du Contre-Amiral Duperré, Commandant la Station Navale des Antilles (voir juste plus haut dans ce chapitre).

Le fond d’origine estampilé au Dépôt de la Marine comprend une double-page [grand-aigle] de l’île intitulée « Carte Générale de la Martinique» et datée de 1831, 5 double-pages présentant les principales baies et 3 simple-pages présentant des mouillages moins étendus. Ces 9 cartes, gravés sur cuivre, en taille douce, imprimées à la presse, ont servi à la marine française durant la majeure partie du XIXe siècle et les trois-quarts du XXe. Les cartes de Monnier ont été régulièrement actualisées et corrigées durant leur service. Ainsi, il n’est pas rare de rencontrer des exemplaires imprimés par le Service Hydrographique de la Marine, dont les dernières corrections portent des dates comprises entre 1970 et 1980. Les cartes des hydrographes ont été produites durant la plus grande partie du XXe siècle. C'est seulement au début des 1970 que les cartes au standard national d'abord, puis international (à partir de 1985) remplaceront celles de ces valeureux précurseurs. Viendra ensuite l'ère des cartes dématérialisées ou électroniques, qui ne chasseront pas pour autant les cartes « papier ».

Á l’issu de Ses travaux Paul Monnier a rédigé un mémoire intitulé « Description nautique des côtes de la Martinique » in 8°, dont la première et unique édition est datée de 1828. Cet ouvrage est précédé d'« un mémoire sur les opérations hydrographiques et géodésiques exécutées dans cette île » dans lequel Monnier explicite l'ensemble de la problématique de l'opération.
Le rapport de Monnier (Description nautique & mémoire) sera repris dans son intégralité par M. Bajot producteur des "Annales Maritimes et Coloniales". Voir à ce propos, la 2e partie du tome I de l'année 1829, la carte des triangles y figure également.

Dans son mémoire sur les opérations hydrographiques et géodésiques, Paul Monnier rend compte des principaux aspects de la campagne de relevés et détaille les opérations concernant Sa triangulation de l’île.

Il dresse un état de l'existant dans le domaine des cartes de la Martinique. Il entreprend l'historique de la détermination de la latitude et de la longitude de l'île. Pour cela il se rapproche involontairement, et c'est naturel puisque dans l'ordre des choses, des écrits que Claret de Fleurieux a publié quelques soixante années auparavant, dans l'ouvrage relatant la Mission de l'Isis durant les années 1768 et 1769. Dans ses écrits, Monnier fait un large éloge des ingénieurs des Camps et des Armées (notamment du géodésien Claude Loupia) qui ont pour la première fois dans l'île, entre 1763 et 1766, procédé à une triangulation éprouvante afin de dresser la première carte véritablement moderne de la Martinique.

S'il se fait le défenseur du travail des ingénieurs géographes de 1763, Monnier n'en note pas moins les principales erreurs et inexactitudes qu'il nomme des « défectuosités ». Elles sont dues, pour une large part, à la précision des instruments de mesure utilisés par les ingénieurs géographes des armées. La disposition des triangles utilisés semble également une source d'erreur : «on trouve des triangles qui ne ferment qu'à 0°4', d'autres où l'on remarque des angles trop aigus...». Mais l'hommage de Monnier aux ingénieurs géographes de 1763 est bien réel et sincère : « Malgré les imperfections que nous avons signalées ...nous aimons à dire que ces travaux nous ont été de la plus grande utilité ».

C'est bien pour cela que Monnier reprendra le figuré de l'intérieur de l'île dressé par les ingénieurs géographes. Il le calera à sa carte basée sur une triangulation sans nulle doute meilleure, mais qui n'est elle même, pas exempte d'erreurs. Comme le reconnait lui-même et l'écrit si bien Monnier : ces erreurs sont acceptables, la précision générale des cartes est celle attendue dans ce genre d'opération.

Monnier regrette de ne pouvoir utiliser en 1824, la large base (861 toises) retenue par Loupia en 1763. Le paysage entre-temps a changé. Une végétation de palétuviers a envahi l'embouchure du canal dont s'est servi Loupia pour établir sa Base. Monnier sera donc contraint de rechercher un autre emplacement. Celle-ci sera trouvée entre les habitations Destournelles et Larenty. Mais elle ne mesurera qu'environ 1 200 mètres.

Lors de la réalisation des planches les graveurs atitrés du Dépot de la la Marine ont laissé parler tout leur savoir-faire, technique et artistique, pour aboutir à des résultats d'une qualité exceptionnelle. Les planches des Côtes de la Martinique sont d'une finesse, d'un rendu indicible. Ce sont d'ailleurs, pour la plupart, les mêmes hommes talentueux qui ont travaillé sur les planches de l'Hydrographie Française, appelée encore le Pilote Français.

La Bibliothèque Numérique de la B.N.F, Gallica dispose de l'Atlas regroupant les cartes élaborées par Monnier. Seule semble y manquer [et c'est dommage] la carte générale de la Martinique. Je vous livre le lien permettant d'y accéder : présentation générale de l'Atlas. Toutes ces cartes sont accessibles en haute résolution. Les cartes possèdent chacune un tableau de conversion de pieds en mètres. Elles sont numérotées avec la nouvelle classification, portant des indices entre 384 et 391.



Présentation d'une Minute réalisée par Paul Monnier et Gabriel Cyprien Le Bourguignon-Duperré en Martinique, en mai et juin 1824


La réalisation d'une carte marine au XIXe siècle se fait façon rigoureusement scientifique et de manière très progressive.

Beautemps-Beaupré fixe dans son exposé [1816 - imprimerie royale] sur les travaux relatifs aux reconnaissances hydrographiques, le préalable à toute opération hydrographique :

La première chose dont on doit s'occuper, au début d'une campagne, sur une côte où les eaux des mers changent continuellement de niveau par l'effet de la marée, c'est de placer un certains nombre d'échelles divisées en pieds et pouces, sur lesquelles on observe ces changements. Attendu que c'est au moyen d'observations de ce genre que l'on peut, lors de la rédaction définitive des travaux, réduire au niveau des plus basses mers les sondes faites à toutes les heures du jour et de la marée.....
Indépendamment des échelles principales sur lesquelles on doit observer constamment pendant toute la durée des opérations, il est nécessaire de placer des échelles secondaires dans les localités où l'on juge que le mouvement des eaux n'est pas le même qu'au large. Il en faut dans les baies où les entrées sont fort étroites et surtout dans les rivières.



1ère étape - opération à terre : tout d'abord les ingénieurs commencent par les nécessaires triangulations [principale et secondaire] en mettant d'aplomb le canevas géométrique. Les stations sont montées artificiellement ou identifiées sur l'existant (constructions, amers, particularités géomorphologiques,...) le long de la côte ou sur les différents îlots quand ils existent.... Les triangles sont ainsi déterminés et conclus. Cette phase est généralement matérialisée par une carte à grande échelle qui restitue les triangles et par un rapport établissant dans le détail le déroulement des opérations.

seconde étape - opération à terre : les ingénieurs hydrographes parcourent la côte en repérant les stations visibles de la mer. Ils commencent le dessin de la côte, en relevant un certain nombre de détails topographiques. Ils placent à cet effet, sur les points saillants du rivage, des jalons dont ils détermninent les positions soit par des angles observés depuis ces jalons soit en les relevant [les angles] depuis les signaux [primaires ou secondaires] qui en sont les plus rapprochés. Ils dessinent ensuite les détails topographiques sur des croquis de plans.

Ils portent par ailleurs leur attention sur la prochaine construction des différents alignements de sondes à produire. Ces alignements seront calés sur les points de triangulation primaires, secondaires, ...

Lors de cette étape, les hydrographes afin de bien définir leur programme d'opération s'aident en général de cartes anciennes qui "montrent" parfois des hauts fonds, des cayes ou des dangers reconnus mais pas forcément bien délimités ni positionnés. Les ingénieurs oeuvreront donc à une meilleure connaissance de ces périls.

troisième étape - opération à la mer : les hydrographes et leurs assistants, embarquent à bord de chaloupes et effectuent leurs relevés depuis celle-ci. Chacun à son poste : relèvement des angles "réduits" à l'horizon, sondes [brassiage trouvé au point de station], anotations dans les carnets de relevés, qualité du fond, heure du levé, ...
Dans cette étape, l'observateur qui se situe alors dans une chaloupe à la mer, en fait pour l'équipe de Monnier, il s'agit de canots construits hâtivement à Brest avant le départ aux îles, s'aide pour relever les positions, d'un cercle à réflexion ou de tout autre instrument adapté. Monnier précise lui-même dans son rapport, qu'il a apporté de France, 4 cercles à réflexion pour les reconnaissances hydrographiques.

Autrefois les ingénieurs effectuaient ces relèvements " à la boussole " soit à terre soit en mer, ce qui était peu précis. Cette méthode a été remplacée sous l'impulsion de Beautemps-Beaupré par celle de relevés d'angles, directement sur le canot, d'au moins trois points terrestres distincts, à l'aide d'un cercle à réflexion [méthode des arcs capables]. La multiplication des mesures est toujours fortement conseillée pour assurer une erreur minimale (calcul d'un point moyen ou médian selon les cas).
Les mesures ainsi faites positionneront les sondes principales. Entre les points de sondes principaux, l'hydrographe avisé se permet de prendre des relevés dans l'alignement, ce sont alors des sondes " l'estime " qui sont portés ensuite sur la carte avec une marge d'erreur très acceptable. Ces alignements ("route ou chemin de sondes" selon Olivier Chapuis) sont souvent perpendiculaires à la côte. Cette démarche vérifie et s'articule logiquement autour la proportionnalité entre la profondeur du fond et l'éloignement à la côte ou à l'estran. L'ingénieur Beautemps-beaupré recommande une distance inférieure à une encablure (soit cent toises ou 200 m) entre deux sondes principales notamment quand on mesure à de petites profondeurs. Bien entendu plus on réduit l'intervalle meilleure la perception sera, notamment dans les chenaux étroits...
Les alignements peuvent présenter, sur les cartes, des trajectoires zigzagantes. Elles restituent alors parfois une approche soumise aux contraintes du milieu (courants, ...). Ces trajectoires sont également le reflet d'une certaine volonté d'optimiser le nombre de sondes, en balayant la zone, ce qui permet de mieux embrasser les contours des dangers sous-marins.

L'hydrographe aura pris la précaution de rendre indépendante la mesure de la sonde de l'amplitude de la marée (voir le préalable aux opérations hydrographiques plus haut). Il la corrigera en fonction de l'heure de la levée afin d'obtenir une sonde " à marée basse ". Cette particularité vaut peu aux Antilles où l'amplitude [marnage] reste relativement faible. Dans ses cartes, Monnier précise que les sondes s'expriment en pieds de France et sont rapportées au niveau des basses mers observées (qui n'est pas le zéro hydrographique).


quatrième étape - opération en bureau : une fois la campagne de sondes terminée, l'ingénieur va porter sur un plan " minute " les détails liés à la topographie terrrestre, ainsi que les sondes issues de la campagne de levés. Le calque de la triangulation s'y apose parfaitement. Cette " minute " présente en général une assez grande échelle (celle présentée ici est de l'ordre 1 / 7 000). La " minute " est carroyée (on dirait aujourd'hui maillée ou quadrillée), c'est à dire qu'elle présente un " canevas quadratique " permettant de reporter les coordonnées géographiques (latitude et longitude) et ainsi de positionner avec précision les différents éléments composants la carte.


Cette étape franchie, il faudra adapter (réduire) la " minute " à la dimension définitive de la carte à produire, ce qui donnera la " minute définitive " [finalement la carte de la Baie de Fort-Royal sera produite au : 1 / 14 400]. Sur cette dernière, le cadre sera alors gradué en latitude et en longitude. L'échelle de la " minute définitive " des cartes de Monnier reste dans une gamme permettant une très fine représentation des détails.


dernière étape - opération à l'atelier: la " minute définitive " sera ensuite gravée sur la plaque de cuivre avec toute l'habileté et le savoir faire que les prestigieux graveurs (des Traits, de la Lettre, ...) du Dépôt sont capables de développer. La plaque sera elle-même corrigée au fil du temps, avec les éléments nouveaux ou remarquables recensés dans le périmètre de la carte. Ajout des phares ou Feux, modification de la déclinaison magnétique, etc, le travail de mise à jour commence dès la première épreuve de la carte.



Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Ce "croquis de plan", aquarellé sur calque, de P. Monnier et de G.C. Le Bourguignon-Duperré est préparatoire à la réalisation de la carte de la baie du Fort-Royal parue sous les n°192 (4) ou n°387. L'échelle de ce calque est de l'ordre de 1 / 7 000, dimension qui rejoint bien les dispositions préconisées par le Dépôt en la matière. L'échelle de la carte imprimée de la Baie du Fort Royal sera de 1 / 14 400.

Le croquis constitue l'un des premiers éléments de la chaîne de fabrication de la carte nautique durant le XIXe. Sur celui-ci, la partie topographique est déjà très conséquente. Elle est calée sur deux points géodésiques principaux, celui du « Pavillon du Fort Saint-Louis » et celui du « Morne Rouge » situé dans la plaine du Lamentin. Par contre, la toponymie en reste absente. La typologie des contructions est proche de la carte de Moreau du Temple : en rouge les constructions en dur (maisons de maître, fortifications, ...); en noir, les cases des esclaves et l'habitat précaire.

La comparaison de la carte imprimée avec ce "croquis calqué préparatoire" fait ressortir un lourd travail postérieur d'ajout de sondes. L'hypothèse que les hydrographes, insatisfaits de leur premier "jet", auront recommencé et/ou complété leur travail peut être envisagée. On remarque les lignes de sondes (alignements ou routes de sondes) qui zigzaguent notamment aux abords des cayes (hauts fonds) afin de mieux les délimiter dans leurs contours présupposés. Cette optimisation de la trajectoire des routes de sondes, loin d'être aléatoire, permet de mieux discerner les délinéaments des dangers sous-marins.

La déclinaison indiquée sur les deux documents (croquis de plan et carte finale imprimée) garde la même orientation, au Nord-Est, mais celle du calque indique 2°49', tandis que celle de la carte imprimée est de 2°47' (à l'îlet à Ramiers). Cette différence peut être due au changement du lieu d'observation de la " variation de l'aiguille aimantée " ou bien à une nouvelle mesure, plus ou moins éloignée dans le temps de la précédente.

On observe surtout une ample mise à niveau de la topographie et de la toponymie dans la carte imprimée. Ces informations, comme on le sait, seront pratiquement reprises de celles figurant dans la carte de Moreau du Temple. Les hydrographes caleront les positions des éléments de topographie sur leur triangulation.






Carte des Triangles

plan de la triangulation par Monnier Ci-contre la carte des triangles [issue du Mémoire de 1828] où Monnier présente les trois suites de triangles qu'il a mesurées et utilisées dans le cadre de la seconde triangulation de la Martinique.

Dimension : une demi-feuille standard (45 cm x 60 cm). Le plan a été gravé par E. Collin et la lettre écrite par Besançon.

Sur ce plan, l'intersection de la méridienne et de la perpendiculaire passe par le Mât du pavillon du Fort Saint-Louis. La latitude septentrionnale retenue est 14° 56' 7"3 et la longitude à l'occident du méridien de l'observatoire royal de Paris est de 63° 21' 47"3.


Carte également disponible chez Gallica en haute résolution : cartes des triangles





n°192 ou n° 383, [feuille 60 cm x 90 cm], Carte générale de la Martinique, datée de 1831

Imprimée à Paris par le Dépôt de la Marine à partir de 1831, dimension approximative : 60 cm x 90 cm, sans échelle graphique apparente.
Longitude Occidentale du Méridien de l’Observatoire Royal de Paris.
Carte gravée par E. Collin fils, textes écrits par J.M. Hacq.

Carte Générale de la Martinique / Dressée / Pour la partie Topographique, d’après la carte levée en 1763, 1764, 1762 et 1766 par les Ingénieurs des Camps et des Armées …sous le Ministère de M. le Comte de Rigny…

détail de la Baie du Fort-Royal qui montre bien la précision de la mesure des fonds marins.

La triangulation réalisée en 1763 par les ingénieurs des Camps et des Armées a été corrigée par une nouvelle phase terrain en 1824. Cette dernière a considérablement amélioré la connaissance topographique et surtout hydrographique de l’île et de ses côtes. La troisième triangulation sera effectué par les équipes de la CAF [Cie Aérienne Française] quelques cent ans plus tard.
Pour la partie topographique Paul Monnier, prend soin de rendre compte de son travail dans l’avertissement qu’il propose à tout utilisateur de sa carte [en bas à droite] : les détails topographiques de l’intérieur de l’île, tirés de la carte des Ingénieurs des Camps et des Armées ont été assujettis aux positions déduites de notre triangulation générale.

Cette assertion indique que les éléments tirés de la carte de Moreau du Temple ont été entièrement pris en compte. Ils ont été consolidés et fondus dans la nouvelle carte, tout en conservant leurs fondements et leur esthétique générale. La carte terrestre de Moreau du Temple, longuement étudiée par les ingénieurs hydrographes, se trouve ainsi véritablement transposée dans la carte marine de Monnier.
La représentation du relief interne de l’île dans la carte de Monnier est de type traditionnelle. L’effet de relief y est produit grâce à un éclairement factice obtenu à l’aide d’hachures plus ou moins serrées et noircies. Les ombres ainsi formées restituent joliment les formes du terrain. L’éclairement adopté est en accord avec les conventions de l’époque. Il est généralement oblique d’un angle de 45° et provient du Nord-Ouest.
Deux techniques permettaient en général le rendu du relief : la première est l’estompage, la seconde est la hachure. Pour les cartes imprimées, comme celle de Monnier, les hachures étaient couramment employées. L’estompage était utilisé lors de la réalisation de cartes manuscrites (voir par exemple la carte de Moreau du Temple).
Paul Monnier a calé sa triangulation sur le mât du pavillon du Fort Royal (actuellement Fort Saint-Louis) dont les coordonnées en latitude et longitude ont fait l’objet de calculs précis. Elles ont été confrontées à de multiples autres observations. Ainsi tout lieu de l’île se trouve en parfaite adéquation avec les coordonnées astronomiques calées sur ce fameux Mât.

La Carte Générale de la Martinique, ainsi que les 8 autres cartes hydrographiques consacrées à l'île, ont été rééditées à nombreuses reprises par le Dépôt de la Marine, devenu le S.H.M, puis ensuite le S.H.O.M. Les tirages successifs prenaient en compte les modifications et les corrections hydrographiques (grandes et petites) du moment. Elles ont été portées sur les cuivres originaux [gravure en taille douce] et les cartes imprimées « à la presse ». Entre 1831 et 1970 de nombreux exemplaires ont ainsi été publiés sans que le « fond » général de la carte soit entièrement refondu.


Les Archives Nationales de l'Outre Mer A.N.O.M proposent sur leur site quelques exemplaires de la Carte Générale de la Martinique de Paul Monnier.


1 - premier modèle, impression entre 1840 et 1853

coin inférieur droit : n°383. Sceau du Dépôt Général de la Marine. Prix 2 francs.

Appellation de la baie et de la ville de : Fort-Royal.
Longitude calée sur l'Observatoire Royal de Paris. Longitude : 63°21'47" Ouest Paris. Latitude : 14° 36' 7",2 Nord.
Déclinaison magnétique de 2°47 NE à l'îlet au Fort de l'îlet à Ramiers, 1824.

Sondes en pieds de France.
On remarque la présence, en bas, d'une table de réduction des pieds en mètres sous une phrase indiquant : pour convertir les Pieds de France en Mètres, il faut les multiplier par 0,325

Le mètre ayant été rendu obligatoire à partir de 1840, cette assertion accompagnée du tableau de réduction sont venus naturellement s'ajouter au modèle original afin que l'utilisateur puisse procéder, de façon aisée, à la conversion. Cette aide parait normale à ceux qui ont vécu le passage du Franc à L'Euro. Une période transitoire est nécessaire à l'assimilation, une fois celle-ci achevée, on en oubli même le principe. Le tableau de réduction des pieds en mètres a été ajouté aux cartes du stock déjà imprimé. Les sondes en mètres supplanteront celles en pieds à partir des exemplaires imprimés en 1879.


2 - second modèle, impression entre 1853 et 1868


date d'impression présente dans le coin inférieur droit jouxtant le n°383 : 1853.
Sceau du Dépôt Général de la Marine. Prix 2 francs.

Appellation : Fort-Royal. Longitude calée sur l'Observatoire Royal de Paris. Longitude : 63°21'47" Ouest Paris. Latitude : 14° 36' 7",2 Nord

Déclinaison magnétique de 2°47 NE à l'îlet au Fort de l'îlet à Ramiers, 1824.

Sondes en pieds de France et présence d'une table de réduction des pieds en mètres sous une phrase indiquant : pour convertir les Pieds de France en Mètres, il faut les multiplier par 0,325.


3 - troisième modèle, impression entre 1868 et 1879



Sceau du Dépôt Général de la Marine. Prix 2 francs.

Cet exemplaire présente des changements notables par rapport au précédent. Des modifications importantes apparaissent dans la toponymie. L'appellation de : Fort de France remplace dorénavant celle de Fort-Royal. C'est la première fois qu'une carte officielle du Dépôt mentionne le nom du Fort de France. Désormais la ville n'en changera plus. C'est le maire de Fort Royal, Alexandre Reboul qui, en mars 1848, a décidé de remplacer définitivement Fort-Royal par Fort de France.

Les sondes restent encore en pieds, elles passeront bientôt en mètres : ce sera aux environs de 1879 dans la prochaine mouture de la carte n°383. Une table de réduction des pieds en mètres est présente afin de faciliter la conversion.

Dans cette version, la longitude est toujours calée sur l'Observatoire Royal de Paris (le graveur a omis d'effacer le mot Royal). La période d'impression de cet exemplaire s'étale grosso modo de 1868 à 1879. Elle est à cheval sur le Second Empire et la 3e République). La longitude indiquée est de 63°21'47" à l'Ouest de Paris, une assertion prévient cependant que Les longitudes de cette Carte des Cartes particulières de la Martinique doivent être augmentées de 2'37" - 1868. La latitude est de 14° 36' 7",2 Nord [notons la précision de la mesure].

Déclinaison magnétique portée est de de 2°47 NE à l'îlet au Fort de l'îlet à Ramiers. Elle date encore de 1824.

Un phare apparaît désormais sur la presqu'île de la Caravelle : il a été mis en service au mois de juin 1862 à l'extrémité Est de la pointe. Selon la Revue Maritime et Coloniale de mai 1864 (voir : tome 11, page 281) il est positionné par 14°46'15" Nord et 63°13'2" Ouest. C'est un feu blanc, élevé de 125 mètres et visible à 24 milles en mer (nautiques). Le feu est placé en haut d'une tour blanche, construite au sommet du Morne Caracoli, à un tiers de mille à l'intérieur des terres. Le rocher [l'îlot] de la Caravelle se relève dans le Nord à une distance de deux milles et un quart.

Coin inférieur gauche : Corrections secondaires en 1868.


voir l'extrait ci-contre qui présente la Baie de Fort de France avec ses feux.



4 - quatrième modèle imprimé entre 1879 et ...


Première carte à présenter des sondes en mètres : la date de Juin 1879 est indiquée en bas à gauche.

Sceau du Dépôt Général de la Marine. Prix 2 francs.

Longitude calée sur l'Observatoire de Paris (le mot Royal n'apparait plus). Les coordonnées en longitude ont été modifiées : 63°24'44" à l'Ouest de Paris (ajout de l'écart constaté en 1868 : 2'37"). Latitude : 14° 36' 7",2 Nord.

Première modification de la déclinaison magnétique, depuis 1824, qui est portée à : 0°26 NE, observée à Fort de France en 1874.

La table de réduction des pieds en mètres a été retirée. Le mètre est enfin couramment utilisé. Les sondes s'expriment maintenant en mètres.

Coin inférieur gauche : corrections secondaires en 1868. Juin 1879. et sous le cadre :
retouches de la topographie en 1877 par A. Gérin..


5 - cinquième modèle imprimé entre 1879 et ...

La date de Juin 1879 est indiquée en bas à gauche.


Sous le cadre, au centre : corrections essentielles en 1877. On sait que ces corrections ont surtout touché les sondes qui ont été converties de pieds en mètres, mais pas seulement, on peut supposer également que des mises à jour hydrographiques, suite à des relevés, aient eu lieu.

sous le cadre, coin inférieur gauche : retouches de la topographie en 1877 par A. Gérin..

Sceau du Dépôt Général de la Marine. Prix 2 francs. Coordonnées en longitude : 63°24'44" à l'Ouest de Paris. Latitude : 14° 36' 7",2 Nord

Déclinaison magnétique de 0°26 NE, observée à Fort de France en 1874.




n°192 (1) ou n° 384, [feuille 60 cm x 90 cm], Carte Particulière des Côtes de la Martinique (partie orientale de l’île comprise entre la pointe du Marigot et le Cul de Sac du Vauclin), datée de 1828


carte gravée par Chassant pour le trait, et par Besançon pour la lettre.
datée de 1828. Longitude Occidentale du Méridien de l'Observatoire de Paris


Carte disponible chez Gallica en haute résolution : Partie orientale de l'Ile comprise entre la Pointe du Marigot et la Cul-de-Sac du Vauclin




n°192 (2) ou n°385, [feuille 60 cm x 90 cm] Carte Particulière des Côtes de la Martinique (partie méridionale de l’île comprenant la baie du Fort-Royal, le Cul de Sac Marin et la côte orientale depuis la pointe des Salines jusqu’au Cul de Sac Simon), datée de 1829


Carte disponible chez Gallica en haute résolution : Partie méridionale de l'Ile, comprenant la Baie du Fort-Royal, le Cul-de-Sac Marin et la côte orientale depuis la Pointe des Salines jusqu'au Cul-de-Sac du Simon:




n°192 (3) ou n°386, [feuille 60 cm x 90 cm] Carte Particulière des Côtes de la Martinique (partie septentrionale de l’île comprise entre la baie du Fort-Royal et le rocher du Pain de Sucre), datée de 1829


Carte disponible chez Gallica en haute résolution : Partie septentrionale de l'Ile entre la Baie du Fort-Royal et le Rocher du Pain de Sucre




n°192 (4) ou n°387, [feuille 60 cm x 90 cm] Plan de la Baie de Fort-Royal (Ile de la Martinique), datée de 1827


double échelle : en mètres et en milles marins
trait gravé par C. E. Collin fils, lettre par Besançon.
Prix Quatre francs

échelle réelle de la carte : 1 / 14 470 (soit la même que celle de la grande carte de Moreau du Temple).

Une boussole indique la déclinaison magnétique relevée à l’Ilet Ramiers en 1824 : 2°47’ NE.

Comme les autres cartes de Monnier, la carte est cernée d'un cadre qui ne présente pas d'échelle de longitude ni de latitude. Dans l'AVERTISSEMENT, P Monnier rappelle ces coordonnées pour le seul Pavillon du Fort Saint-Louis.

P Monnier y indique que la latitude a été calculée par son équipe et déduite de 126 distances zénitales (zénithales) du soleil, tandis que la longitude a été conclue à l'aide de Montres Marines par la différence entre la longitude de la Havane et celle de Fort de France.

P Monnier reprend donc pour cette dernière coordonnée (longitude) celle relevée lors d'une campagne hydrographique effectuée en Caraïbes, en 1819 et 1820, par le Baron Roussin.

Le reste de l'AVERTISSEMENT met en garde les pilotes sur les caractéristiques des différentes « passes » de la baie de Fort-Royal : celle du Carénage, celle des Trois-Îlets, celle de la Cohé du Lamentin.

Sur cette carte, au milieu de l'entrée de la baie de Fort-Royal, Monnier met un accent particulier sur un haut fond constitué de roches madréporiques. C'est le banc du Gros Îlet dont la profondeur n'excède pas 25 pieds français (environ 8 mètres) et sur lequel un lourd bâtiment pourrait fort bien venir talonner par de grosses conditions de mer.

P Monnier indique un mode de repérage simple, ce banc est positionné sur la ligne qui part du Gros-Îlet situé dans le mouillage des Trois-Îlets, ligne qui passe par la Pointe-du-Bout. C'est bien d'ailleurs pour cela qu'il nomme ce banc le Gros Îlet.

Levé en 1824 par M. Monnier, Ingénieur Hydrographe de la Marine le plan de la baie du Fort-Royal réalisé sur une double feuille présente des détails topographiques et hydrographiques remarquables. L'aperçu que je vous présente met l'accent sur le dessin de la ville et sur celui du du fort Saint-Louis dont les différentes parties composant les fortifications sont facilement identifiables. Le Fort Bourbon n'est pas inclu dans le périmètre recouvert par ce plan.
Monnier s'est attaché à bien restituer la représentation des défenses de l'île, telle qu'elle avait été perçue par les ingénieurs des armées.

A l'autre bout de la baie de Fort-Royal, il met également en évidence les fortifications implantées sur l'Ilet à Ramiers. On pourrait presque y distinguer l'escalier principal permettant l'accès à ce bastion défensif. Une grue spécialement aménagée permettait l'introduction dans le fort des éléments lourds comme les canons, elle assurait également l'approvisionnement courant en provisions de guerre et de bouche.

Carte disponible chez Gallica en haute résolution : Plan de la Baie du Fort-Royal


Carte disponible aux Archives Nationales de L'Outre Mer [A.N.O.M] :




Carte numérotée 192 (4). Sondes en pieds. Date d'impression entre 1827 et 1832.





n°192 (5) ou n°388, [demi-feuille 45 cm x 60 cm], Plan de la rade et de la ville de Saint-Pierre (Ile de la Martinique), datée de 1827



Levé en 1825 par M. Monnier,Ingénieur hydrographe de la Marine, Chevalier de la Légion d’Honneur /
Secondé par M. Le Bourguignon-Duperré Ingénieur Hydrographe de la Marine /
Publié par ordre du Roi /
sous le Ministère de son Exc. M. le Comte Chabrol de Crousol /
Pair de France, Secrétaire d’Etat au Département de la Marine et des Colonies /
Au Dépôt Général de la Marine /
en 1827

Même caractéristiques techniques que la carte générale de la Martinique de Paul Monnier (voir plus haut), pour plus de précision sur le titre voir la photographie de la légende.
Aucune référence à la latitude ou à la longitude. Les autres cartes de Monnier font référence au méridien de Paris (Longitude Occidentale du Méridien de l’Observatoire Royal de Paris).


Carte imprimée sur une demi-feuille [45 cm x 60 cm]
Gravée par Caplin
textes écrits par Besançon.
Prix deux francs

Deux échelles graphiques : une échelle en mètres et en milles marins.
(l'échelle est de l'ordre de 1 / 7 000 soit une précision multipliée par 2 par rapport à la carte de Moreau du Temple au 1 / 14 000).
Sur la carte une boussole est représentée, il y est portée la déclinaison magnétique.

Carte de très belle facture, qui nous fait découvrir le plan de Saint-Pierre assorti de nombreux détails. Les fortifications sont en général bien représentées. Pour les zones rurales, la carte de Monnier reprend les limites parcellaires de la carte de Moreau du Temple. On y découvre des haies d’arbres fort joliment gravées, les parcelles et les cultures sont reconnaissables. La trame urbaine est quant à elle reprise du plan de M. Laroque Dufau.
Ci-après, certains détails inclus dans l’avertissement. Ce dernier mentionne la reprise, par les ingénieurs hydrographes, du plan de la ville de Saint-pierre dressé par Monsieur Dufau en 1819. Il indique que les sondes sont évaluées en Pieds de France.
Paul Monnier donne brièvement un panorama du mouillage des vaisseaux dans le port de Saint-Pierre selon qu’ils soient étrangers ou nationaux. Il mentionne les précautions à prendre pour l’ancrage des navires. Une encablure équivaut à quelques 120 brasses françaises soit environ 200 mètres.

Les fortifications et défenses sont, comme de coutume, fort bien représentées. Je vous propose cet aperçu sur les batteries "Sainte-Marthe" et de celle « du Morne d'Orange ». Cette dernière a également été dénommée au XVIIe et XVIIIe batterie Saint-Charles. Le graveur, M. Caplin a réalisé là un remarquable travail. On distingue les nombreux détails du relief, rendu par les hachures.
Dans la «Description nautique des côtes de la Martinique» [page 11], Monnier précise que le Fort Saint-Pierre est appelé «aujourd'hui», c'est à dire en 1824, le fort Villaret [du nom de l'ancien gouverneur Villaret-Joyeuse]. Monnier montre bien sur le plan de Saint-Pierre le pavillon du Fort Villaret. Mais le Fort Villaret est éloigné de l'emplacement du véritable Fort Saint-Pierre qui était situé à l'embouchure de la Roxelane. Cette rivière était appelée en 1824 (selon Monnier) rivière du Mouillage et c'est ainsi qu'il la nomme sur le plan de Saint-Pierre.
Dans sa "Description Nautique" [chapitre VI "description de la baie et du mouillage de Saint-Pierre", pages 139 à 145], Monnier développe le propos qu'il a résumé dans l'avertisssement a porté sur le plan de la rade de Saint-Pierre. Il y décrit les particularités des différents mouillages. Il y fait un descriptif des effets des raz-de-marée qui semblent à cette époque assez fréquents.
Pour ma part, je me souviens bien de l'un d'entre-eux. Ce raz-de-marée fut la conséquence du passage d'un cyclone au large des côtes du Mexique. Affublé du joli nom de Lenny, il a frappé au milieu du mois de novembre 1999. La mer ainsi démontée a accumulé une incroyable énergie, elle est venue par vagues successives malmener la côte Nord-Caraïbe de l'île. La puissance et l'énergie des vagues ont quasiment "mangé" le littoral et toutes les constructions et les infrastructures qui s'y trouvaient. La population s'est mise à l'ouvrage pour aider les sinistrés et réparer les dégâts. Ainsi, après l'énergie destructrice de la mer, celle des hommes solidaires à secourir et à reconstruire a montré que rien n'était perdu.


Carte disponible chez Gallica en haute résolution : Plan de la rade et de la ville de Saint Pierre



Carte disponible aux Archives Nationales de L'Outre Mer [A.N.O.M] :




Sondes en pieds. Tableau de réduction. Prix Un Franc (nota : diminution par rapport au modèle 192 (5) : Prix Deux Francs).

Modèle imprimé probablement entre 1840 et 1868.





n°192 (6) ou n°389, [demi-feuille 45 cm x 60 cm] Plan du Havre de la Trinité (Ile de la Martinique), datée de 1827


Carte disponible chez Gallica en haute résolution : Plan du Havre de la Trinité




n°192 (7) ou n°390, [feuille 60 cm x 90 cm] Plan des Havres du Robert et du François (Ile de la Martinique), datée de 1828


Carte disponible chez Gallica en haute résolution : Plan des Havres du Robert et du François




n°192 (8) ou n°391, [demi-feuille 45 cm x 60 cm] Plan du Cul de sac Marin (Ile de la Martinique), datée de 1828




carte de dimension d'une demi-feuille [45 cm x 60 cm]

Gravé par Collin fils
Ecrit par Besançon
Prix. Deux Francs

Neuvième carte de l'Atlas de Monnier consacré à l'hydrographie de la Martinique. Cette carte paraît en 1828 sous le numéro 192 (8). Elle sera ensuite renumérotée, dans le catalogue du Dépôt, en n°391 vers 1832.

Sous le cartouche du titre , on remarque les deux échelles en vigueur à cette époque : l'une en mètres, et l'autre en milles marins. Le sceau du Dépôt comprend les trois fleurs de lys représentatives du régime monarchique en place lors de l'impression de l'exemplaire présenté.

L'Avertissement en bas à gauche, présente les différentes caractéristiques attachées au mouillage du Marin.
La comparaison de la carte de Monnier [192 (8)] avec celle de Moreau du Temple de 1770 (Cul de sac du Marin) montre un très lourd travail de mise à jour du profil de la côte et de l'intérieur immédiat des terres.

Si la carte de Monnier ne s'attarde pas vraiment sur la toponymie, elle est largement moins riche sur cet aspect que la carte de Moreau, le relief y est davantage mis en évidence. Les courbes de niveau n'apparaissent pas encore, mais elles se devinent presque, tellement le relief est bien perçu et bien rendu.
La Pointe Marin, partie Ouest, où se développe la mangrove et où l'on note la présence de nombreux marigots, est très détaillée. La partie Est où se développe un parcellaire de cultures aussi. La carte de Moreau était, de ce point de vue, moins représentative.
La carte de Monnier présente aussi un bâti fortement enrichi. Là où Moreau ne montrait qu'un bâti très dispersé, l'actualisation de Monnier montre une importante densification des bourgs.

Carte également disponible chez Gallica en haute résolution : Plan du Cul-de-Sac Marin




Victor Levasseur « Colonies Françaises, Martinique Amérique du Sud »

Cette carte de la Martinique (n°90) fait partie de l'Atlas National Illustré qui comprend 93 cartes numérotées des départements (86) et colonies (7), plus 6 cartes non numérotées des continents, plus une carte de la France à double page dressée par l'ingénieur géographe Charle, ainsi qu'une grande carte du planisphère. Cette dernière est dépliante, elle a été dressée par Alexandre Vuillemin (1812, 1880). Les cartes ont été gravées sur acier, principalement par Auguste Laguillermie, l'un des meilleurs graveurs de cette époque. Les cartes des départements ont été dressées par Victor Levasseur (1795, 1862), ingénieur géographe attaché au Cadastre et à la Ville de Paris, d’après les travaux les plus récents du Dépôt de la Guerre et des Ponts et Chaussées.

L'Atlas a été édité à Paris, d'abord chez A. Combette [sis rue Saint-Jacques au n°45, puis ensuite rue de la Parcheminerie, au n°15] dès 1842 semble-t-il pour les premières épreuves. Cet atlas a maintes fois été réédité et ce durant trente ans. Après la faillite de Combette fin 1858, les éditions Pélissier ont pris le relais en 1859 jusqu'à 1872. Les cartes de l'Atlas n'ont cependant pas été, pour la plupart, réactualisées ou mises à jour durant cette longue vie.

Pour ce qui concerne la planche de la Martinique, le nom de la ville de Fort-Royal ne sera pas actualisé après le changement de nom, intervenu en 1848, qui l'appellera désormais Fort-de-France. Le format des planches est du type « in folio ».

carte de la Martinique par Levasseur
Exemplaire ci-contre, issu de l'Atlas National Illustré, année 1854.
imprimerie Lemercier à Paris
éditeur : A. Combette, au 15 rue de la Parcheminerie
dimensions approximatives : 29 cm x 42 cm
échelle composite : en km et lieues (25 au degré)

Comme toutes les carte départementales de l'« Atlas Levasseur », celle de la Martinique (n°90) présente des limites des cantons de l'île, finement coloriées. Elle est encadrée de scènes « imaginées » et dessinées par le peintre Raymond Bonheur. En général, ces scènes veulent relater les principaux épisodes historiques propres aux départements. Les illustrations des cartes montrent principalement les paysages, les productions agricoles ou industrielles, parfois la faune et la flore. Au sein des illustrations de la planche n°90, on remarquera plus particulièrement le buste de Joséphine de Beauharnais qui semble sorti directement de la production d'Abel Hugo, la « France Pitoresque » de 1835. Plus généralement les d'autres Atlas parus à cette période [notamment l'Atlas dit Migeon, ...] se sont aussi inspirés de l'imagerie contenue dans l'ouvrage d'Abel Hugo, notamment ces vues de Saint-Pierre et de Fort Royal.

La planche de la Martinique chez Levasseur est assortie d'un commentaire très bref posé au sein d'un encadré intitulé : STATISTIQUE à la fin duquel est dénombrée sa population générale.

Si la carte n°90 n'a pratiquement pas bougé entre les premiers et derniers exemplaire publiés, la notice STATISTIQUE enregistre toutefois, au moins une mise à jour de la population générale et aussi de celle des villes de Fort-Royal et de Saint-Pierre qui sont citées dans l'encadré. Dans l'exemplaire ci-contre [publié en 1854] la population générale est estimée à 120 000 habitants. Dans cet autre exemplaire, plus précoce [éditeur A. Combette encore au 45 de la rue Saint-Jacques, 1846], il est fait mention de 118 575 habitants.

La carte n°90 est essentiellement géographique, mais elle reprend l'allure et le profil de la carte marine de Paul Monnier que le Dépôt de la Guerre avait adapté à ses besoins. Les coordonnées géographiques sont relatives au méridien de Paris. Si le relief est mis en évidence, sa graphie reste très sobre et légère, comparée à la carte n°383 du Dépôt de la Marine. Le type de restitution du relief de la carte Levasseur suit encore les normes, certains diraient d'ailleurs à juste titre, l'absence de norme, de la fin du XVIIIe siècle. Pour la Martinique le relief ne bougera pas entre les premières versions (1842) chez Combette et les dernières épreuves (1872) de chez Pélissier. Arrivé en fin de vie, la fameuse carte de Levasseur était devenue obsolète au début des années 1860. Ce qui n'a pas empêché l'éditeur Pélissier d'en tirer des exemplaires jusqu'en 1872, année où il produit une nouvelle [et dernière ?] mouture de l'Atlas « Levasseur ».

Les années 1830-1840 avait vu la sortie, voire le foisonnement, d'un grand nombre d'atlas, aux qualités diverses et variées, consacrés aux départements français métropolitains et aux colonies. Durant la période 1830-1840, ces nombreux atlas montraient, pour la plupart, une Martinique avec des contours souvent « modernes » repris du fond de Paul Monnier qui avait été publié en 1831. Les anciens fonds de J-N Bellin ou de Thomas Jefferys s'étaient enfin vus supplantés dans la plupart des productions cartographiques. Mais ces nouvelles cartes de la Martinique « modernes » présentaient en général soit une absence de relief soit un relief très simplifié voire même simpliste (confère par exemple : le Petit Atlas National édité d'abord par Blaizot (1833) puis par Binet (1835), ou encore l'Atlas d'Abel Hugo «La France Pitoresque » de 1835, à noter que les cartes de ces deux atlas ont été dressées par V. Monin). La difficulté de la gravure qui demandait des graveurs expérimentés a-t-elle conduit les éditeurs à travailler avec des graveurs moins talentueux que ceux employés par les dépôts de la Guerre ou de la Marine ? Ou était-ce plus simplement une élémentaire question de coût de gravure ? Á la décharge des éditeurs et imprimeurs, le format de ces cartes à petite échelle voire très petite échelle (de l'ordre du 1/300 000) ne permettaient pas toujours, compte tenu des moyens techniques, de favoriser une profusion de détails.

Ces atlas quand ils seront, le cas échéant, réédités à la fin du siècle [ce sera par exemple le cas de l'Atlas Migeon qui a connu également une assez grande longévité et de multiples versions, voir ici deux d'entre-elles : 1851, 1880], donneront parfois une Martinique dotée enfin du relief établi par la carte n°383 du Dépôt de la Marine. D'autres Atlas, moins précoces dans le siècle, comme par exemple celui de Chasseloup-Laubat (1866) ou celui d'Abel Pilon prendront, dès l'origine de leur fabrication, la transcription adéquate du relief de l'île, c'est-à-dire calquée sur la carte du dépôt de la Marine.

voir également l'exemplaire (1854) disponible à la bibliothèque de Toulouse




Atlas des Colonies Francaises, dit de Chasseloup-Laubat

L'Atlas dit de Chasseloup-Laubat a été produit en 1866 à l'initiative dudit ministre.
La carte ci-dessous est intitulée : Carte de la Martinique / gravée d'après la carte du Dépôt des Cartes et Plans de la Marine / par ordre de son Excellence / Mr LE Cte P. de CHASSELOUP-LAUBAT / ministre secrétaire d'État au Département de la Marine et des Colonies. 1862.

Imprimeur : Auguste Bry, rue du Bac à Paris.
Editeur : Challamel aîné, rue des Boulangers Saint-Victor à Paris

Graveur : Pépin Malherbe

dimensions : 40 cm x 29 cm
échelle graphique : aucune
échelle :

carte de la Martinique, 
dite de Chasseloup-Laubat, gravée par
Le comte Prosper de Chasseloup-Laubat (1805, 1873) a été ministre de la Marine et des Colonies de fin 1860 à 1869, c'est-à-dire durant le Second Empire. Le comte [ensuite marquis] nourrissait une passion non cachée pour les Cartes. Elle le conduisit à concevoir un Atlas particulier embrassant l'ensemble des colonies possédées alors par la France. Cet Atlas présentait 13 cartes relatives aux possessions françaises d'Outre Mer plus un planisphère. Il parut en 1866, mais la plupart des cartes qui y sont contenu sont datées de 1862 ou de 1863. Elles ont, pour la plupart, été gravées par Pépin-Malherbe. Une carte a été gravée par Delambre : celle de la Cochinchine.

L'Atlas a été édité par M. Challamel Ainé, commissionnaire pour les colonies. C'est à cet éditeur qu'avait éte confiée la confection et la distribution de la Revue Maritime et Coloniale dont les exemplaires paraissaient le 1er de chaque mois.

Cette carte de la Martinique est a priori la pure réduction de celle dressée par Paul Monnier, en 1831, pour le compte du dépôt de la Marine [voir section au-dessus]. Mais, ce qui la caractérise c'est d'une part l'absence d'informations hydrographiques, elles ont pratiquement toutes été évincées. Plus aucune sonde, ni de type de fond, ni de déclinaison ... La carte marine de Monnier est ainsi transformée en carte à caractère essentiellement géographique, mais elle conserve toutefois les délinéaments des cayes qui ceignent l'île.
D'autre part, c'est l'une des toutes premières cartes à faire mention de Fort-de-France en lieu et place de Fort-Royal. La ville a changé définitivement de nom en 1848 et les nombreux atlas qui paraissent dans la seconde partie du XIXe siècle commencent à prendre en compte la nouvelle dénomination. Les cartes officielles, notamment celles du Dépôt de la Marine, ne le feront qu'à partir de 1868 (voir section plus haut : exemplaire de la carte de Monnier de 1868).

Durant l'exercice de ses fonctions au ministère de la marine et des colonies, Chasseloup-Laubat obtint en 1864 la Présidence de la trop fameuse Société Française de Géographie. Comme ministre, il aura beaucoup travaillé et oeuvré au développement des colonies. Il a prôné l'association systématique des autorités administratives coloniales et des assemblées locales au grandes décisions qui les concernaient. Dans ce registre le sénatus-consulte de 1866 a donné aux colonies une plus grande liberté d'action. les colonies ont pu régler certaines de leurs affaires internes en devenant davantage maîtresses de leur budget.
En Martinique c'est sous son ministère que les travaux du bassin de radoub, dans la baie du carénage à Fort-de-France, furent entrepris. Le bassin a été construit entre 1864 (16 mars 1864 : pose de la 1ère pierre) et 1868.
Avec à l'origine 120 m de longueur, 110 m de ligne de « tins » [pièces servant à supporter et caler la coque des navires] et 34 m de largeur, ce fut le chantier colonial le plus important de cette époque. De nombreux détenus des établissements pénitenciaires de l'île (prison centrale, ...) ont été affectés au creusement de la structure et aux travaux de gros oeuvre. Inauguré le 6 mai 1868, il semblerait que le bassin de radoub aussitôt mis en service ait pris le nom de son promoteur : le bassin « Chasseloup-Laubat ». Mais cela n'a pas perduré, la fin tragique de l'empire ayant effacé l'hommage rendu au ministre des colonies.

La construction du radoub a également été l'occasion d'établir de nouveaux et imposants quais destinés à l'accueil des Paquebots Transatlantiques ou de navires marchands. L’activité du bassin de radoub, propriété de la colonie, a par contre été principalement dédiée à la marine de guerre (réparations, etc). La Martinique était devenue un point stratégique incontournable à l'effort de guerre développé par Napoléon III dans le cadre de l'intervention française au Mexique (1862-1867). La construction du bassin de radoub visait à lui conférer un atout stratégique supplémentaire. Mais il ne fut opérationnel qu'en 1868, soit un an après la fin de l'expédition du Mexique.


voir également l'exemplaire disponible sous BNF Gallica




Grand Atlas Départemental de la France, de l’Algérie et des Colonies

Cet atlas a été imprimé par la Librairie Abel Pilon à partir de l'année 1875. Il a connu de multiples rééditions, jusqu'au début du XXe siècle. Le graveur Gustave Lorsignol a réalisé les planches des cartes sur cuivre. Les cartes ont été ensuite joliment aquarellées.

carte de la Martinique, gravée par Gustave Lorsignol

dimensions au cadre : 29 cm x 29 cm
échelle graphique : en km (4,5 cm ~ à 10 km)
échelle : 1 / 223 000

Lors de la réalisation de cet Atlas, la Librairie Abel Pilon était dirigée par A. Le Vasseur qui avait pris la succession de son beau-père. L'éditeur fait alors appel à Gustave Lorsignol (membre de la Sociéte de Géographie de Paris, admis en 1878) pour graver les planches et à Honoré Fisquet (1818, 1883) pour rédiger les commentaires et les notices explicatives. Le Grand Atlas départemental de la France, de l’Algérie et des Colonies comporte 2 tomes. Le 1er est consacré à la France métropolitaine. Il contient 93 cartes in folio, dont une grande carte départementale dépliante. Le second est consacré à l'Algérie et aux autres Colonies Françaises. Il comprend les cartes allant du n°94 jusqu'au n°106. La carte n°97 est relative à l'île de La Réunion. Celle de la Martinique porte le n°101.

La Martinique est présentée, à petite échelle, dans un ouvrage de vulgarisation destiné à large public. Cette carte essentiellement terrestre montre enfin l'île avec un relief empreint de réalisme. Il est issu des travaux réalisés au début du XIXe siècle par les ingénieurs hydrographes qui se sont eux-mêmes les héritiers des fabuleux travaux des ingénieurs des camps et des armées de la fin du XVIIIe siècle. Cette carte reprend principalement les informations contenues dans la carte réalisée pour l'atlas Chasseloup-Laubat (ministre de la marine - voir section précédente). La carte dite de Chasseloup-Laubat (1862) est elle-même une réduction de la carte nautique (1831) de Paul Monnier, mais elle avait évacué la plupart des indications maritimes. Seules restaient encore le dessin des cayes de la côte au vent. Dans la nouvelle version gravée par Lorsignol, celles-ci ont entièrement disparu. Ce qui relève du comble ou de la pirouette déontologique.

Ci-contre, un exemplaire de la Carte de la Martinique, tiré d'une édition de 1890 du dit Atlas. Dimensions approximatives au cadre : 29 cm x 29 cm. Le cadre de la carte porte sur le pourtour, les degrés de latitude et de longitude, cette dernière est relative au méridien de Paris. Pour permettre au lecteur le repérage de la latitude, le géographe a judicieusement porté en bas la première marque à 14°25'. Il opéré de même pour la longitude, en indiquant les 63° sur la première marque de droite.