Seutter Georg Matthaus, Représentation la plus Nouvelle et Exacte de l'Isle de la Martinique
Gravée et imprimée à Augsburg vers 1728-1736 par Albrecht Carl Seutter (Atlas Novus). Dimensions approximatives :49 cm x 56 cm.
Intitulée "Représentation la plus nouvelle et exacte de l'Ile Martinique, la première des Iles de l'Amérique Antilles, nommées Barlovento". Le terme "Barlovento" est tiré d'un terme de marine espagnol, il signifie " îles du vent".
Cette merveilleuse carte a été
dressée par le cartographe allemand Matthäus Seutter, gravée et imprimée par
son père Albrecht Carl.
Les indications, les noms de lieu, les textes et autres sont principalement en français. Comme
beaucoup de ses contemporaines la carte s'inspire des travaux réalisés par
Guillaume de L'Isle qui ont été synthétisés par Philippe Buache dans la célèbre
carte qu'on lui connaît.
La carte des Seutter relève de l'œuvre d'art. Elle est ornée d'une exceptionnelle
gravure
qui occupe près d'un sixième de sa surface [coin inférieur gauche].
On peut y distinguer plusieurs tableaux présentant des scènes anecdotiques.
Le premier met en scène des échanges commerciaux entre les natifs caraïbes et les européens. On y voit notamment des indiens échangeant avec les européens des denrées diverses. On peut y voir des épis de maïs, des blocs de sucre cylindriques caractéristiques des moules à sucre de l'époque. Les européens apparaissent sous les traits d'officiers de la marine royale française. Ils sont revêtus de leurs uniformes rouges qui les distinguent si facilement des hommes d'équipage et en font d'ailleurs des cibles idéales lors des batailles navales. Leurs têtes portent perruques et tricornes. L'un d'eux fume par ailleurs un long calumet.
Les indiens sont représentés les oreilles percées, ont peut penser que les ornements de ces dernières sont des osselets humains, du moins ils en ont fortement l'apparence. On sait que les guerriers caraïbes portaient des ornements de cette sorte, des petits bâtons venaient parfois remplacer les bijoux ou d'autres parures ornementales.
Un second tableau s'ouvre sur une bataille navale entre deux escadres. Des vaisseaux arborant les couleurs royales de la France [fleur de lys] ouvrent le feu sur l'ennemi. Divers type de vaisseaux sont représentés. L'auteur évoque ainsi les nombreux conflits armés qui touchent les colonies d'Amérique.
Le dieu du commerce, aux pieds ailés, Mercure qui tient dans sa main droite une bourse semblant bien pleine, surmonte l'ensemble de la fresque. On peut y voir là une allusion aux forts revenus tirés de la colonie.
Le cartouche présentant le titre de la carte est surmonté des armoiries de France. Il est encadré à gauche par des plants de canne à sucre et à droite par des plants de tabacs. Juste en dessous, l'auteur présente le dieu des océans et des mers Neptune (chez les romains) tenant son trident, sur un chariot tiré par deux chevaux de mer, tandis qu'un triton annonce le cortège royal en soufflant dans une conque.
En dehors de ces aspects esthétiques, cette carte montre pour l'époque des détails
intéressants de l'île. Elle présente la Martinique découpée selon ses diverses paroisses
mettant en évidence les zones d'influence des congrégations religieuses
(Jésuites, Capucins, Dominicains).
Cette carte se veut également à vocation
marine. Seutter précise dans le cartouche de la légende [en haut et au centre]
et qu'il nomme "Avertissement"
que :
"pour rendre cette carte propre à l'usage des
navigateurs on a employé la projection et les boussoles usées dans les cartes
marines".
Dans ce même cartouche figurent les explications des différentes
marques en français et ainsi qu'une brève une traduction en allemand.
La carte fait notamment mention du premier
moulin à vent
construit en Martinique en 1718 près de l'actuel bourg du Robert à
côté de l'habitation de Monsieur de la Chapelle.
Elle indique également à la croisée des chemins de Robert à Trinité et de celui venant de la presqu'île de la
caravelle , un campement [7 tentes sont
implantées de part et d'autre de la route]. Le type de campement n'est pas
spécifié ni dans la carte ni dans la légende. Il pourrait s'agir d'un campement
temporaire de l'armée réglée mais également de l'un des derniers carbets de caraïbes.
Dans son ouvrage intitulé "le langage des Géographes" [page 279] le père François de Dainville,
affiche les différents symboles utilisés dans les cartes pour représenter les peuples.
Carbets et villages d'indiens sont symbolisés dès le milieu du XVIIIe
par un ensemble de marques (signes) se rapprochant fortement de celle adoptée par Seutter.
Le campement indiqué sur la carte est donc vraisemblablement l'un des derniers carbets de caraïbes.
Comme dans la carte française de Buache et Delisle, les habitations de monsieur de la Chapelle et de monsieur Tartonne sont indiquées au Gros-Morne. Une étoile (voir la légende) met en évidence les emplacements des observations astronomiques effectuées par le père Feuillée. Dans ses mémoires, Louis Feuillée relate qu'au tout début du XVIIIe siècle, il a réalisé de nombreuses observations astronomiques au Gros Morne. Elles contribuèrent à préciser la longitude et la latitude de l'île.
Isaak Tirion, " Het Westindisch Eiland Martenique Volgens de nieuwste Waar neemingen in Kaart bebragt"
Dimensions approximatives : 31 cm x 37 cm, imprimée à Amsterdam vers 1780. Extraite de l'Atlas : Nieuwe en beknopte handatlas" qui comprend six éditions entre 1740 et 1784.
La traduction du titre flamand en français donne : "l'Ile de la Martinique des Antilles (west indies)
dessinée selon les dernières observations".
Cette carte s'inspire
des travaux cartographiques de Guillaume de L'Isle ainsi que de ceux de
Philippe Buache qui ont été publiés durant la décennie précédente (1730). La
carte fait référence au méridien de l'île de fer et présente deux échelles en mesures
germaniques. Tirion apporte toutefois une touche très personnelle en y incluant
des nouveaux détails qui ne sont d'ailleurs pas toujours pertinents. Il
présente par exemple une "pointe" entre le Prêcheur et Saint-Pierre
[il pourrait s'agir de la pointe Lamarre] qu'il hypertrophie démesurément, il
positionne des îlots [bancs de sable ?] en face de l'embouchure de la rivière
du Carbet.
Légende et les notes sont rédigées en flamand. Les noms communs ont été,
à quelques exceptions près transcrits en flamand (punt pour pointe, Kaap pour Cap,
baay pour baie, etc...).
Ces transcriptions en flamand, sont comme on le constate très proche du français,
cela tient à la prédominance des géographes français d'alors, dont les termes "techniques"
ont été souvent repris par les géographes européens, notamment allemands et hollandais
pour désigner les caractéristiques géomorphologiques.
Isaak Tirion semble s'adresser à un public exclusivement néerlandais. Les symboles indiqués sur la carte
présentent les habitations sucrières, les sucreries, les différents types de
moulins, les batteries de défense côtière. Ainsi que le faisait de L'Isle,
Isaak Tirion positionne également les points d'observations astronomiques
[lieux où les géographes faisaient leurs observations pour déterminer les
latitudes et parfois les longitudes à l'aide des imersions ou émersions des satelittes de Jupiter].
Des erreurs d'interprétation du français ou des erreurs de recopie sont décelables : par exemple, le cap
enragé devient chez Tirion le Kaap Farrage. Les îlots en face du Prêcheur (nord
ouest de la Martinique) sont étonnamment appelés les Marguerites [il s'agit là
certainement d'une coquille, les cartes françaises, anglaises, nomment ces
îlots la Perle, etc ..].
Bachiene Willem Albert (1712-1783), " Kaart van het eiland Martinique"
carte imprimée à Amsterdam à partir de 1785 dans
un ouvrage posthume, par l'imprimeur hollandais Mathijs Schalenkamp. Dimensions
approximatives : 21 cm x 32 cm. La carte a certainement été gravée par J Van
Jagen.
Dans son recueil géographique Bachiene utilise principalement les travaux des cartographes anglais Kitchin et Bowen. Pour la réalisation de la carte de la Martinique, il s'inspire davantage des travaux de Rigobert Bonne [voir carte de Bonne plus haut] qui ont été diffusés largement en Europe. Puisqu'accompagnant la très célèbre publication de GT Raynal sur l' "Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux indes".
En haut de la carte est indiquée la longitude relative au méridien de l'île de fer : "lengte van den Meridiaan van eiland Ferro" et en bas celle relative au méridien de Paris (lengte van den Meridiaan van Paris). Le noms des lieux et plus généralement l'ensemble des textes sont écrits en flamands ou hollandais.
Gabriel Nicolas Raspe (1712,1785) " Plan der Insul Martinique einer der Grösten und früchtbarsten Caraibischen Inseln in America in 14 und 15 grad..."
La carte présente dans un carton, en bas à gauche, une gravure représentant le Fort-Royal (vue du Fort-Royal) : "Prospect des Fort-Roÿal"
Cette carte provient d'une publication allemande
"Schauplatz des Gegen Waertigen Krieg" qui retrace l'histoire de la guerre de 7 ans
(1756-1763). L'ouvrage a été imprimé en 1765 à Nuremberg par l'imprimerie de Raspe :
la "Raspichen Buchkandlung".
Dimensions approximatives de la carte : 22,5 cm x 36,5 cm.
La légende, écrite en allemand, rend compte brièvement des évènements qui se sont déroulés en février 1763 lors de l'attaque des forces anglaises sous la férule de l'Amiral Rodney. Attaque qui aboutit à la capitulation de la Martinique et à la première occupation durable par les britanniques.