Les cartes du XVIIIe siècle


Les cartes anglaises

Au début du XVIIIe siècle (vers 1730) sont apparus en Grande-Bretagne les premiers Magazines, généralement mensuels, qui portaient sur les diverses considérations du moment en matière de littérature, de poésie, de vie des personnalités en vue (en sorte : déjà la presse people !!!) et sur bien d'autres sujets encore.
Ces Magazines relataient aussi tous les évènements importants : les découvertes scientifiques ; les explorations géographiques ; les guerres et leurs batailles.

On peut citer parmi les Magazines les plus connus :
1 - le «London Magazine»
2 - le «Gentleman's Magazine»
3 - le «Scot's Magazine»
4 ....

Les personnes de la haute et moyenne société britannique du XVIIIe siècle voulaient être informées sur les nombreux évènements qui se passaient au travers du monde et notamment ceux qui concernaient les colonies du royaume d'Angleterre (ie : du Royaume Uni). Pour cela, les magazines ont développé des éditions agrémentées de gravures et de cartes géographiques.

Les Antilles et plus précisément les îles Caraïbes étaient d'une importance considérable pour le commerce de l'époque et pour la maîtrise stratégique des routes maritimes reliant le vieux continent au nouveau monde.
De nombreuses cartes des ces régions accompagnèrent les différentes éditions des magazines, d'autant plus que les conflits récurrents faisaient passer ces territoires âprement convoités d'une puissance coloniale à l'autre au gré des rapports de force en présence.
Les principaux géographes anglais tels que : Thos. Kitchin ; E. Bowen ; Thos Jefferys ; W. Faden; de cette époque très mouvementée apportèrent leur compétence et leur savoir faire dans la réalisation de ces différentes cartes.




Andrew Norwood,
"A New Mapp / of the Island of / S.T. Christophers / being an Actuall Survey taken / by Mr. Andrew Norwood / Survey.r.Gen.ll"
"A New Mapp / of the Island of GUARDALUPA"
"A New Mapp / of the Island of MARTINECA"

Publiée par Mount & Page à Londres à partir de 1762, dimensions approximatives : 45 cm x 53 cm.

carte de la Martinique par Norwood

Cette carte apparaît pour la première fois dans l'édition de l'"English Pilot" de 1706, publiée par John Thornton et Richard Mount. Sur cette impression originale on peut lire : "By John Thornton at the Signe of England, Scotland & Ireland in the Minories"
Hormis cette dernière mention, la configuration générale de la carte sera reprise "telle quelle" dans les éditions de l'English Pilot faites par "W .Mount & T. Page" à partir de 1762.
Une tige d'acanthe sinueuse sépare dans le corps de la carte les trois îles présentées. Chacune des îles possède un attrayant cartouche baroque où figure la légende. Sous chacune d'elles, se trouve les échelles.
La carte dans son ensemble met en évidence Saint-Christopher (aujourd'hui St Kitts) qui prend à elle seule la moitié de la feuille.
C'est le lieu de la première implantation coloniale française en 1625. Les premiers colons français partagèrent l'île avec les anglais. Il semble que les britanniques soient arrivés les premiers. La cohabitation fut difficile. Les ressortissants des deux royaumes durent s'entendre pour résister aux représailles espagnoles et aux attaques des caraïbes encore redoutables malgré leur manque de moyens. Ces nations (Espagnols et Caraïbes) voyaient d'un mauvais œil ces nouvelles implantations annonciatrices soit de leur perte de puissance soit de leur éradication finale.
Sur la carte de la Martinique est indiquée la division de l'île entre «sauvages caraïbes» et français que l'on trouve dans la carte de Sanson d'Abbeville ou encore dans celle de Visscher.
Cette division de l'île s'est terminée en 1659. Les dernières versions de l'English Pilot carte ont donc près d'un siècle de retard sur la réalité du terrain.




Thomas Kitchin, A Map of Martinico from the latest and the best Authorities

Carton en bas à gauche sur la Guadeloupe (la Basse-terre) :
«a map of that part of Guadaloupe where the English made their deseent, 23 janvier 1759».

Gravée par John Gibson (sculp),
dimensions approximatives : 20 cm (hauteur) x 25 cm (largeur)
échelle en mille britannique de 69 au degré.
Cette carte a été imprimée par la firme de H.C Carey et I. Lea. Elle a servie à illustrer le numéro du mois de mars 1759 du Gentleman Magazine.
Cette carte largement est inspirée de celle de Buache et de Delisle qui avait repris eux-même le principal de la carte de 1729 de Vincent Houël. A l'identique Thomas Kitchin présente la Martinique segmentée selon les paroisses qui résultaient du partage de l'île entre les différentes congrégations. A cette époque étaient représentés, les Jésuites, les Capucins, les Dominicains. Cette carte présente le théatre des opérations qui se déroulent alors dans les petites Antilles. Les anglais tentent alors de s'emparer de l'ensemble des îles françaises afin d'affaiblir économiquement le royaume de France.
La plupart des noms ont été transcrits en anglais. A noter que le bourg du François a été traduit en "French Town". Le traducteur a donc préféré interpréter François comme Français, restant fidèle au sens moyennageux du mot.

carte de la Martinique de Kitchin
En pleine guerre de «7 ans», la carte de Kitchin relate les succès des armes anglaises contre ces maudits français. Ces succès ne sont cependant pas totaux. Les anglais sous les ordres du général Hopson, ont tenté un premier débarquement près de Saint-Pierre, ils ont été repoussés. La carte signale cette tentative avortée à la hauteur de la ville de Saint-Pierre here the english intented to land.
Après cet essai infructueux, l'escadre anglaise s'est dirigée sur la baie du Fort Royal où elle a débarqué ses troupes : précisément à Fond Gueltier. C'était le 16 janvier 1759.
Le second débarquement ne s'est pas mieux passé que le premier. Les français ont opposé une résistance inattendue. A noter que la plupart des cartes anglaises ultérieures signaleront l'échec de 1759 (voir notamment la carte de 1775 de Jefferys).
Les troupes britanniques ont donc rembarqué et se sont dirigées vers la Guadeloupe qui n'a pas pu résister autant que les troupes réglées de Fort Royal et les efficaces milices martiniquaises.
En Guadeloupe le débarquement anglais du 23 janvier 1759 fut couronné de succès. L'île "soeur" restera occupée jusqu'en 1763.
Les anglais tirèrent toutes les leçons de l'échec martiniquais de 1759. Opiniâtres comme on le sait, ils revinrent en 1762, où cette fois, la garnison de la Martinique ne put résister (voir carte de Beaurain à des forces largement supérieures.

1 - autre carte de Kitchin

Ci-contre, une autre carte de la Martinique de Thomas Kitchin
«An Accurate Map of the Island of Martinico by T.Kitchin Geogr.»;
publiée pour le London Magazine vers 1760.
Gravure sur cuivre.
Dimensions approximatives 25 cm x 18 cm.

Cette carte postérieure à la précédente présente la Martinique avec sa segmentation paroissiale. Le méridien de référence est celui de Londres et l'échelle employée se décline en «british miles».


2 - autre carte de Kitchin





Entick John (1703, 1773), A New and / Accurate MAP / of the Island of / MARTINICO / 1763.

dimension approximative (au cadre) : 18 cm x 24,5 m

Cette carte, de petite dimension, est parue dans l'ouvrage que John Entick qui était écrivain et journaliste (et aucunement géographe ou cartographe), a consacré à la guerre de 7 ans : General History of the late war. Les volumes (5 en tout) sont sortis en 1763.
A la mise sous presse, la Martinique allait être restituée à la couronne française, après plus d'un an et demi d'occupation étrangère.
Cette carte, comme beaucoup d'autre hérite largement du modèle de Buache/Delisle de 1732, repris par Jefferys dès 1760 et largement diffusé outre-manche.
Pas de nouveauté, ni de marque d'une quelconque d'originalité par rapport aux cartes en circulation chez les britanniques à cette même époque. Si ce n'est que le chemin allant de Saint-Pierre à Sainte-Marie qui est réputé chez Buache/Delisle comme peu fréquenté devient ici the most frequented Road.
La longitude indiquée est relative au méridien de Londres (longitude ouest), l'échelle est calibrée en British Miles.





Anonyme, An Accurate / MAP / of the Island / of MARTINICO

Collection de Mr Paul HUGHES, avec son aimable autorisation.

graveur John Gibson, février 1762

Imprimée à Londres en 1762, par J. Johnson et J. Payne notamment pour le magazine britannique "The Universal Museum and Complete Magazine of Knowlegde and Pleasure", du mois de février 1762.

dimensions approximatives : 9,6 cm x 17,5 cm
gravure sur cuivre
longitude occidentale de Londres
gravée par John Gibson

Cette carte, gravée par John Gibson, a été éditée pour illustrer le succès de la prise de la Martinique en février 1762. Cette année, l'amiral Rodney et le général Moncton lancent une vaste offensive destinée à faire tomber le dernier bastion de la présence française dans les petites Antilles.
Gibson reprend l'essentiel de la trame de la carte de Kitchin parue dans le Gentleman Magazine de 1759 [voir plus haut], sans y insérer le carton représentant la Basse-Terre de la Guadeloupe. Cette île était déjà sous domination anglaise depuis 1759, l'information n'avait pas lieu d'être.
La présente carte met en évidence les défenses de la ville de Saint-Pierre. Sont nommées : les batteries Saint-Ignace, Saint James, Desnos. Le Fort Saint-Pierre est également indiqué. La Pointe Lamarre s'enfonce démesurément dans la rade.
En février 1762, le débarquement des troupes anglaises est couronné de succès. Les forces françaises, désorganisées, privées de ressources et de renfort à cause du blocus, et de surcroît minées par la maladie (fièvre jaune) ne tiennent pas longtemps l'assaut.
Les anglais s'emparent de Fort de France, puis de Saint-Pierre. Le gouverneur de la Martinique, Le Vassor de la Touche, doit rendre les armes.



Anonyme, A MAP of MARTINICO from the latest and the best AUTHORITIES

Collection de Mr Paul HUGHES, avec son aimable autorisation.

graveur Andrew Bell, février 1759


imprimée en Ecosse à Edimbourg en février 1759 pour le "Scots Magazine"
dimensions approximatives : 19 cm x 24 cm
gravure sur cuivre
longitude occidentale de Londres
carton additionnel présentant l'ensemble de la Guadeloupe (Basse-Terre & Grande-Terre)

Cette carte gravée par Andrew Bell pour le "Scots Magazine", vient illustrer au début de l'année 1759, le début des opérations qui se déroulèrent dans la mer des Antilles lors de la guerre de 7 ans. Opérations qui amenèrent finalement la France à perdre toutes ses possessions des petites Antilles.
Comme les autres cartes présentées par les Magazines britanniques, la carte d'Andrew Bell rentre dans une logique d'une production commerciale, qui voulait que chaque Magazine dispose d'une présentation originale.
Chacun des journaux de l'époque s'attachait donc le service d'un ou plusieurs géographes et graveurs afin d'obtenir le plus diligemment possible, là une illustration, là une carte, pouvant permettre de mieux appréhender les évènements présentés dans le texte.




Emmanuel Bowen, The island of Martinico, with its towns, forts & batteries drawn from the best modern french maps.

Gravée pour le «General Magazine of Arts & Sciences», à Londres 1759.

carte de la Martinique par Bowen

Les nombreux conflits, de cette époque épique, entre le royaume d'Angleterre et le royaume de France, ont alimenté la presse outre-manche. Ainsi chaque bataille, chaque engagement dans le bassin caraïbe était largement répercuté dans les médias de l'époque. La Martinique qui avait échappé à l'invasion anglaise de janvier 1759 fut donc sur la sellette.
Les cartographes anglais pour alimenter leurs sujets s'inspirèrent fortement, à l'instar de Bowen, des plans existants réalisés par les cartographes français bien des années plus tôt.
Dans le cartouche baroque qui inclut la légende, Emmanuel Bowen précise bien ses sources cartographiques (les plus modernes des cartes françaises ...) et assure de leur fraîcheur afin de lesrendre plus attrayantes.
Sous l'encadré où sont portées les latitudes et longitudes, il est précisé que la carte a été gravée pour le «General Magazine of Arts et Sciences en 1759».
L'échelle est en «British Statute Miles» et la longitude ouest fait référence au méridien de Londres.




carte du Fort Royal par Bowen

Fort Royal in Martinico, dimensions approximatives : 8,5 cm x 12,5 cm.
Cette carte miniature est un extrait d'une carte plus générale présentant les principaux mouillages des Antilles à savoir : Particular Draughts and Plans of some of the Principal Towns and Harbours belonging to the English, French, and Spaniards, in America and West Indies. Collected from the best authorities by Eman. Bowen.
Cette dernière carte "au 13 cartons" possède des dimensions plus importantes (42 cm x 35 cm). Elle présente, comme son titre l'indique, les principaux ports des villes cotières des caraïbes et des Amériques. La carte est sortie vers 1747 dans un Atlas intitulé A Complete System of Geography. C'est l'éditeur et imprimeur Hermann Moll qui l'a produit.

Outre la baie du Fort-Royal, la carte présente dans les 12 autres cartons, les plans des ports suivants : Boston, New-York et Perthamboy, Charleston, Placentia, Anapolis Royal, Sainte-Augustine, La Havane, Santiago de Cuba, Providence, Cartagène, Louisbourg, et Porto-Bello.

L'échelle portée sur chacun des 13 cartons est en English Miles. Une rose des vents illustre chaque carton. Le carton relatif à la baie du Fort Royal, a été représenté de façon isolée, voir la carte présentée ci-contre.

On trouve, parfois, sur le marché de la carte ancienne, des "découpes" de la grande carte au 13 cartons. Dans ce cas, les bordures (haute et droite) n'existent pas, voir par exemple la découpe suivante proposée par un vendeur. Je déconseille bien entendu à tout collectionneur sérieux d'en faire l'acquisition.



Gros plan sur : le Cul de Sac Royal


La baie du Cul de Sac Royal dont le caractère stratégique apparaissait comme la clé de voûte de la conquête de l'île, a été cartographiée à maintes reprises par les géographes britanniques. De nombreuses versions de la baie ont été éditées notamment pour le «London Magazine». Certaines de ces cartes présentent un cartouche distinguant plus particulièrement la citadelle du Fort-Royal c'est à dire l'actuel Fort Saint-Louis.

la baie de Fort de France



Cette autre carte du Fort Royal «A Plan of the Town and Citadel of Fort Royal in Martinico; the last landing place of our Army, and the country through which it marched to the attack» a été vraisemblablement gravée dans le courant du premier semestre de l'année 1762. dimensions approximatives : : 24,5 cm x 18,5 cm

Rien ne laisse penser qu'elle soit plus tardive, le Fort Bourbon construit entre 1768 et 1772 n'est pas présent. On sait que ce fort, rebaptisé Fort Convention jouera un rôle important dans la résistance qu'opposèrent les forces françaises aux troupes anglaise en février 1794.
La carte reprend "entièrement" le plan de la baie de Fort Royal de Jefferys datant de 1760 [voir plus bas].
La gravure n'est en elle même pas très esthétique. L'ensemble de la carte semble avoir été gravée précipitamment pour répondre aux besoins de l'actualité d'alors. Les anglais venaient de s'emparer de la Martinique et il fallait absolument que les gazettes en rendent compte à leurs lecteurs. Le graveur a dû être sollicité tardivement par le London Magazine qui voulait relater l'évènement tant attendu après l'échec de 1759 : la prise de la Martinique.
Le graveur a commis dans sa précipitation plusieurs erreurs de recopie : la pointe du bout est ainsi transformée en "pointe du bont" Les zones boisées sont représentées par un tracé plutôt informe. L'encadré représentant le plan de la citadelle n'est pas non plus, à mon avis, très bien soigné.




John Stott, Plan of the bay, town, fortifications and environs of St Pierre in the Island of Martinique. Survey'd by order of S.G.B Rodney in 1763 by Capt John Stott of the Royal Navy.

Plan de la baie, de la ville, des fortifications et des environs de Saint-Pierre dans l'île de la Martinique. Dressée sur ordre de l'amiral Rodney en 1763 par le capitaine John Stott de la Royal Navy.


Dimensions approximatives : 67 cm x 39 cm . "Printed for Thos Jeffery's at Charing Cross» soit en français "carte imprimée par Thomas Jefferys à Charing Cross".
Le graveur est Thomas Jefferys lui même.

John Stott serait décédé en 1778. Durant la campagne de levés hydrographiques de l'année 1763, il a dressé deux autres cartes durant son séjour à la Martinique : l'une concernant les Anses d'Arlet, et l'autre le Cul de Sac du Marin.
Des exemplaires manuscrits originaux sont visibles aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [voir plus bas dans cette section].

carte de la baie de Saint-Pierre par le Capitaine Stott

PLan disponible au "National Maritime Museum"

Dans un cartouche spécifique "REMARKS", John Stott donne une description de la ville de Saint-Pierre (in english dans le texte) :
Il y indique notamment la position de la baie de Saint-Pierre, la longitude est relative au méridien de Greenwhich, qui est établi à 2° 20' 14" à l'ouest du méridien de Paris [détermination actuelle]. Il présente les avantages de la cité, et propose au lecteur quelques mots sur son commerce florissant.
John Stott souligne que la cité dispose d'une station d'approvisionnement en eau très convenable. La rivière des Pères est appelée "Jesuits River" tandis que la Roxelane porte le nom de "River St Pierre». A l'embouchure de la rivière Saint-Pierre, il relate que les eaux fraîches sont souillées par les esclaves qui s'y lavent fréquemment.
En bas, à droite de la légende, dans un cartouche nommé "REFERENCES", le capitaine Stott décrit précisément les défenses de la ville. Il passe en revue les différentes batteries, avec leur particularités défensives (barbette,...). Le capitaine Stott donne pour chacune des batteries et fort, le nombre et le type de l'artillerie en place (canons, mortiers, &c.).
Sur la carte sont précisées les mesures bathymétriques (sondes des profondeurs marines) avec la qualité du fond (white sand : sable blanc, small stones : galets, hard rocky ground,...). Afin d'avoir un aperçu de la nature des fonds, les hydrographes utilisaient des "lances" dont la base entait enduite de suif. Ce qui permettait de fixer les divers éléments du fond (sable, ....) et d'en interprêter l'ampleur.

Les sondes sont mesurées en pieds (vraisemblablement britanniques) si l'on compare ces sondes à celles présentes dans la carte de Monnier. Les lignes de sondes semblent se dessiner plutôt paralèllement au rivage plutôt que perpendiculairement. Il n'est donc pas certain que ces sondes soient assises sur des points de station établis à l'aide d'une triangulation rigoureuse. Mais de toute façon, la précision et la novation sont là.

La carte de 1763 du capitaine Stott est la première du genre à donner des sondes aussi précises. L'ingénieur hydrographe français, Paul Monnier relèvera, à peu de choses près, un demi-siècle et quelques années plus tard (1824, 25), des mesures d'une égale précision (en pieds français).

Un exemplaire de cette carte, que j'ai eu l'occasion d'examiner, est visible au "Département Cartes et plans de la BNF (rue Richelieu), Service Hydrographique de la Marine, portefeuille 156 - D6 - pièce 6".
Un autre est disponible en visualisation assortie d'une option d'achat pour une reproduction au National Marine Museum [cliquer sur la carte ci contre]

Paul Monnier, qui a mené en 1824 et 1825 les travaux qui aboutirent à la réalisation des premières cartes françaises, véritablement hydrographiques, des côtes de la Martinique, dresse dans son "mémoire sur les opérations hydrographiques et géodésiques ..." [pages 2 et 3] un bilan cartographique sévère, notamment à l'encontre des travaux des géographes français (Houel, Buache/Delisle, Bellin ...) :
Les seuls documens (cartes de la Martinique) que nous possédions se réduisent à quelques descriptions défectueuses et à des plans très imparfaits...(sic).
Monnier ajoute ensuite :
"parmi ces plans, les moins inexacts, sont ceux de la rade de Saint-Pierre, des anses d'Arlet, du Cul de Sac Marin, levés par ordre du vice-amiral anglais Rodney en 1763".(sic). Ce sont donc bien ceux de Stott.

Le travail fait par John Stott est donc apprécié à sa juste valeur par un expert en la matière. Et quel expert !!!
La carte du capitaine Stott s'enrichit comme celle que fera quelque années plus tard Moreau du Temple, et celle de Monnier de la présentation du parcellaire des environs de Saint-Pierre. Celui-ci est déjà très précis. Les cultures sont bien différenciées selon qu'il s'agisse de cannes à sucre ou d'autres type de végétaux.

A partir de 1814, l'Hydrographical Office de la marine britannique [créé en août 1795], réédite la carte du "Captain Stott" produite par l'atelier de Jefferys. Elle est vendue au prix d'un schilling.
L'estampile de l'Hydrographical Office vient dorénavant s'insérer à gauche du cartouche de la légende dont la teneur n'a pas changé. Les britanniques recopient en quelque sorte l'organisation de la production et de la distribution des cartes nautiques mise en place cinquante ans plus tôt en France. Bien que toujours laissée à l'initiative privée, l'édition de documents nautiques va désormais être sévèrement encadrée.

La nouvelle publication de la carte a été autorisée par décret du parlement et confiée à l'hydrographe de la Royal Navy, le capitaine Thomas Hurd de l'Amirauté :
Published according to Act of Parliament by Capt Hurd R.N Hydrographer to the Admiralty. 8th sept 1814

Cette autorisation équivaut alors à celle du "privilège royal" en France. La Grande-Bretagne s'est dotée tardivement d'un service comparable à celui du Dépôt Général de La Marine. Contrairement à ce dernier l'Hydrographical Office n'obtiendra pas entièrement le monopole de la fabrication des cartes hydrographiques. Le parlement britannique se réserve cependant le droit d'accorder son autorisation aux entrepreneurs (imprimeurs) privés qui font la demande pour publier les cartes géographiques ou hydrographiques officielles. Celles-ci seront estampilées du sceau de l'Hydrographical Office.

Le tracé de la carte de 1814 ne présente pas de différence apparente avec celui de 1763 : le plan de Saint-Pierre, les sondes, les indications sur la nature et la consistance du fond, les différentes annotations,... sont identiques.
Seule, la présentation des commentaires écrits dans les cartons "Remarks" et "Références" a légèrement évolué. Les commentaires eux-mêmes diffèrent peu de ceux d'origine.
Dans le carton "Remarks" par exemple : sur le modèle de 1763, Greenwich est écrit en toute lettre, il est écrit sous forme abrégée en 1814 [Greenh]. L'écart entre le méridien de Greenwich et celui de Paris est de 2° 20' 14", le méridien de Greenwich étant à l'ouest de celui de Paris.
L'amplitude de la variation de la boussole annoncée reste la même (5°45 à l'Est) en 1763 et en 1814. Ce qui est insolite dans la mesure où cette déclinaison a forcément variée sur la période (50 ans !!!).
Pareillement, le texte écrit dans le carton "Références" n'a pas subi de modifications importantes. Les défenses et leurs caractéristiques (à barbette, à embrasures) sont censées être resté les mêmes... également même nombre et types de canon par batterie.
Malgré la longue occupation de l'île entre 1794 et 1802, les anglais n'ont pas enrichi la carte de la rade de Saint-Pierre du Captain Stott. Elle reste et demeure la référence. Les compliments de Monnier n'en sont donc que plus justes.



Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]





Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Carte imprimée par la firme de Jefferys. Peut-être en est-ce une copie manuscrite ? Remarquez l'indication du naufrage du navire le « Raisonnable » entre la "Pointe Jardin" et la "Pointe Varin". Échelle graphique en toises.





Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]


Plan of the great Bay of Cul de Sac royal with the Town and Environs of Port Royal in the Island of Martinique, In which are correctly laid down, The Shoals, Soundings, Dephts of Water, & Anchorage, done from an actual survey, taken by the Direction of Vice-Admiral George Bridges Rodney / In the Years 1762 and 1763, by Captain John Stott of the Royal Navy.

date de réalisation : 1762 et 1763
dimensions : 63 cm x 78 cm
Longitude : aucune
Latitude : aucune
échelle : aucune
précision sur les sondes : aucune [fathoms]
indication du nord : aucune [a priori «Nord magnétique» vers le haut de la carte]
Les meilleures cartes hydrographiques de la Martinique selon Paul Monnier, qui a levé en 1824 et 1825 les côtes de l'île pour le Dépôt de la Marine, sont celles de Stott et de Gilly.

Dans son mémoire Paul Monnier écrit : Nous ferons remarquer parmi ces plans comme étant les moins inexacts, celui de la baie du Fort-Royal [celui de Gilly] et ceux de la rade de Saint-Pierre, des Anses d'Arlet, du Cul-de-Sac Marin [ceux de Stott], le premier en 1740 par ordre du Chevalier d'Albert, Capitaine de Vaisseau, et les autres par ordre du Vice-Amiral Rodney, en 1763..

Par contre, le plan du Cul-de-Sac Royal de John Stott semble ignoré de Paul Monnier. Peut-être que ce plan ne faisait pas partie de la collection du Dépôt de la Marine .... ou qu'il avait disparu des dites collections, lorsque Monnier y a recherché des sources d'une part pour son historique .... et d'autre part pour la préparation de sa mission. Le fameux hydrographe français connait bien cependant les trois autres plans du capitaine stott, qu'il a bien étudié, et auxquels il rend un hommage mérité.

Stott a travaillé comme un géomètre expert. Il s'est peut-être légèrement inspiré des travaux précédents, notamment de ceux de Thomas Jefferys (de 1760), mais l'essentiel de son ouvrage est novateur. Cette carte hydrographique préfigure celles qui paraîtront une quarantaine d'années plus tard,à la fin du XVIIIe siècle. Elle est déjà dépouillée de rhumb et d'autre ornement. Elle va à l'essentiel : la configuration physique de la baie, la détermination des sondes, des dangers, et de la nature des fonds marins.

Il a effectué un travail basé avec les connaissances et le matériel dont il disposait. A cette époque, peu d'officiers de la Navy utilisaient les instruments nautiques tels que l'Octant ou le Sextant. L'hydrographie moderne en était à ses balbutiements. La plupart des mouillages étaient relevés «au mieux» de façon géométrique par détermination d'angles relatifs [gisements] à des amers à l'aide de la boussole [compas de variation]. Cette méthode n'était pas sans inconvénients quand des masses métalliques perturbatrices étaient embarquées à bord de canots. Les distances entre les points relevés [sondes, etc ...] étaient évaluées par calculs trigonométriques, mais faute de «base» arrêtée, les erreurs étaient inévitables. Ces levés géométriques permettaient toutefois, quand ils pouvaient être menés sans précipitation, avec méthode et constance, et surtout par temps calme, de parvenir à établir des cartes et plans d'une qualité déjà très avancée.
Par contre, compte tenu de l'outil principal de relevé d'angle (la boussole, compas de variation), ces cartes étaient souvent alignées sur le Pôle Nord magnétique (c'est vraisemblablement le cas ici) et non sur le Pôle Nord géographique. Ce qui les rendaient forcément moins pérennes, la déclinaison variant dans le temps.

Le Lieutenant William Booth (voir ci-dessous) reprendra pour l'essentiel quelques années plus tard en 1793, le contenu de la carte de son prédécesseur britannique [Stott, l'écossais] pour illustrer l'attaque et la prise de la Martinique, cette année là. Il y indiquera le nord géographique et ajoutera une échelle à la carte.

Le Sieur Rossignol (voir ci-dessous également) dressera, entre février et mai 1803, une critique constructive de la carte de William Booth .... donc de celle de John Stott.



William Booth, PLAN OF THE HARBOUR, FORT, TOWN, AND ENVIRONS of FORT ROYAL in MARTINIQUE

carte dressée par le lieutenant William Booth, "Royl Ingrs : Ingénieur Royal".
publiée à Londres par William Faden, à Charring Cross, en novembre 1793.
Dimensions approximatives : hauteur 88,5 cm x largeur : 70 cm
L'exemplaire présenté a été découpé et collé sur toile afin d'en rendre plus aisée la manipulation.

Plan du FORT ROYAL et ENVIRONS, William Booth, 1793

Carte disponible au "National Maritime Museum"

La carte de William Booth est bien d'actualité en ce mois de novembre 1793. Même si elle relate un évènement passé une trentaine d'années auparavant (en 1762). En février 1793, la guerre est de nouveau déclarée entre la France révolutionnaire et le royaume de sa majesté très britannique. Les anglais ont déjà essuyé un coûteux échec lors du débarquement de juin 1793 à Saint-Pierre, ils ont dû ré-embarquer avec des pertes significatives.
Le lieutenant William Booth, pour les besoins de la cause, retrace l'historique du premier débarquement réussi par les forces anglaises, en janvier 1762. Celui-là même qui avait amené à la première occupation durable de l'île.
Pour cela il se sert de l'une des deux meilleures cartes qui aient été réalisées jusqu'alors pour la reconnaissance de la baie du Fort-Royal. Ces deux cartes sont celle de Gilly qui date de 1740 et qui a servi de modèle à Bellin, mais Booth ne semble pas la connaître. Il utilise celle de John Stott qui est légèrement plus conforme que celle de Gilly. La carte de Stott [voir paragraphe précédent] date de 1763, c'est à dire de la première occupation anglaise, durant laquelle les britanniques ont consolidé [ils ont eu le temps] leurs connaissances des îles françaises.

Les deux cartes (Gilly et stott) ont été réalisées de façon «géométrique», c'est à dire avec une approche qui ne relève pas encore des méthodes d'une hydrogaphie scientifique et moderne. Ces levés géométiques s'articulent autour de relèvements «à la boussole» calés parfois des amers remarquables - [on est loin d'une véritable triangulation préalable consolidée par des déterminations astronomiques, où la géodésie vient épauler le positionnement astronomique] - avec tous les inconvénients et incertitudes que cette méthode présente. Sa mise en oeuvre pratique montre généralement que les erreurs de lecture des compas et des autres instruments nautiques employés (Sextant ou Octant) génèraient des mauvaises détermination de gisements .... les sondes prises à la mer avec de telles méthodes sont souvent mal placées sur le plan. Quelques fois même de tels plans sont calés sur le Nord magnétique et non sur le Nord géographique, alors compte tenu des variations magnétiques, ces cartes devenaient assez rapidement obsolètes.

Booth complète la carte de Stott avec les informations du siège du Fort-Royal de 1762. L'ingénieur qui n'est pas hydrographe, cale sur la carte de Stott les positions des parties prenantes avec le phasage des opérations guerrières. Il reprend sans les modifier les sondes et l'allure générale de la carte de son compatriote.
A terre la carte se veut très précise, chaque élément défensif y est indiqué. Les batteries sont bien mises en évidence avec leur particularités architecturales. L'ensemble du bâti et du réseau de communication fait l'objet d'une restitution détaillée.
Le lieutenant Booth se sert de lettres indiciaires dont la signification se retrouve dans le mémoire instructif qui accompagne cette carte, il y détaille les opérations d'assiègement.
Booth trace en de nombreux endroits de la carte les lignes et périmètres de tir des batteries anglaises : c'est le cas notamment pour les pièces d'artillerie installées sur le morne Tartenson qui balayent la ville située en contrebas. pour cela il exploite les informations contenues dans la carte de Stott qui détaillait la compostition des défenses de chacune des batteries côtière de la baie.
Il met en évidence les tir tendus commes les tirs balistiques. Il montre que les défenses françaises sont sous le feu puissant de leurs ennemis. Certaines batteries apparaissent durement touchées et pour l'illustrer, Booth indique un point d'impact avec quelquefois un panache de fumée qui montre que l'ouvrage est hors d'état.
William Booth met en évidence sur la carte, les positions successives des différentes corps de troupes depuis le débarquement du 16 janvier à Fond-Lahaye à Case-Navire (aujourd'hui la commune de Schoelcher). Les anglais ont contourné les défenses du Fort-Royal afin d'en faire le siège. Ils sont venus occuper le Morne Garnier. De là, ils dominaient l'ensemble de la ville, elle pourra alors tomber comme un fruit mur.
En 1762, le morne garnier n'est pas encore défendu par le fort Bourbon, mais une "redoute" défensive s'y trouve construite. Elle est destinée à retarder voire à arrêter un ennemi qui voudrait surplomber la ville. La redoute est tournée principalement vers l'intérieur de l'île. Elle sera prise d'assaut.
Le fort Bourbon ne sera construit que quelques années plus tard, après la restitution de la Martinique aux français.
Parmi les différentes troupes britanniques citées, se trouvent le régiment des volontaires de la Barbade. Il correspond à la milice des îles généralement composé de créoles, mulâtres &c. L'importance numérique des troupes est proportionnelle à la surface du symbole présenté (rectangle décomposé en deux triangles rectangles : l'un blanc, l'autre rouge.
Les britanniques n'ont pas lésiné les forces mises dans cette opération. De nombreux régiments sont présents : brigades de grenadiers, de rangers, régiments d'infanterie dont dont l'un qualifié de légère, régiments d'artillerie.


Plan du FORT ROYAL et ENVIRONS, William Booth, 1793
dimensions approximativves : 88 cm x 69 cm

L'exemplaire de la carte de Booth ci-contre, disponible à la Bibliothèque Nationale d'Espagne, a été également édité et commercialisé par l'entreprise de William Faden sise à Charing Cross à Londres (Published by W. Faden, Geogr. to His Majesty and to His R.H. the Prince of Wales Charing Cross). La date de parution indiquée dans le titre de la carte est septembre 1795 (Septr. 22d. 1795 ). C'est la réactualisation de la carte précédente parue une vingtaine de mois auparavant (novembre 1793). Là encore les sources sont fraîches. Les anglais se sont à nouveau emparés de la Martinique. Ils ont investi tous les lieux et confisqué les nombreux documents du dépôt des fortifications.

Á contrario de l'exemplaire du National Maritime Museum (voir au dessus), cette carte ne relate plus la prise de la Martinique de 1762. Et contrairement à l'exemplaire du NMM celui de la BNE comporte un fort accent hydrographique même si la partie topographique est loin d'avoir été négligée.

Cette superbe carte que l'on peut qualifier de mixte soit : "marine et terrestre à la fois", donne une baie du Fort-Royal où les sondes sont nombreuses même si le type de fond n'est pas toujours spécifié.
Les cayes y sont indiquées assez joliment (je vous invite à regarder celle dessinée au banc du Gros-Îlet par exemple) et les autres dangers bien mis en évidence.

La topographie de la carte est limitée à la bordure côtière. Le réseau de communication des routes et des chemins, est bien appréhendé. Le lieutenant Booth met bien en évidence, à force de détails, les principales défenses terrestres de la baie. Il n'oublie pas de faire figurer le prestigieux et récent fort Bourbon prolongé par le système de défense intérieure de la "lunette Bouillé" qui a montré son efficacité durant les récents combats. On remarque au nord de celle-ci la propriété de M Bexon.

Malgré une certaine vocation maritime, cette carte est pourvue de deux échelles essentiellement terrestre : le mile britannique subdivisé en yard, qui n'a rien a voir avec le mile mautique (ou la lieue marine) et la toise de France. Le Lieutenant Booth

Cette carte ne comporte par ailleurs aucune indication de longitude ou de latitude, pas plus que de déviation magnétique.





Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Contrairement à la précédente cette carte est manuscrite. Elle présente les mêmes échelles à la fois anglaises (Yards et Mile) et française (toises).
C'est une copie calquée de l'exemplaire original précédent. Cette carte met en évidence le Fort Bourbon et la lunette Bouillé qui ont été construits et opérationnels bien après 1763. La date mentionnée par les ANOM ne correspond pas à la réalité.

Un tiers (français) est venu compléter le travail du copiste, en ajoutant au titre de la carte "actuellement Fort de France" pour nommer Fort-Royal. Ce qui tendrait à laisser croire que la copie a été réalisée entre 1802 et 1809, lorque les forces françaises avaient repris possession de la colonie.
On retrouve le même ajout dans la carte à l'emplacement de la ville et de la citadelle.

On remarquera sur terre les chemins tracés à l'encre rouge, et à la mer les cayes voulues bien délimitées et la multiplicité des sondes dans la baie.






Copie de la carte marine de William Booth conservée à la Bibliothèque Nationale de France - département Cartes et plans, cote : GESH18PF156DIV5P14/2

par le Sieur Rossignol



copie du Plan du FORT ROYAL 
de William Booth, Rossignol vers 1802-1808Plan du Port et de la ville du Fort Royal de la Martinique : copie du plan anglais levé / par William Booth
Dans cette « copie critique » de la carte de Booth, les informations données par le sieur Rossignol, que l’on peut supposer comme étant lui-même le « copiste critique », laissent entendre que le vaisseau le Jemappes a été converti, à l'occasion, en navire hydrographique afin de sonder la baie de Fort-Royal devenue par la volonté consulaire Fort-de-France. Cette tentative d’hydrographie scientifique bien que non datée, a dû avoir lieu quand le « Jemmapes » était à la Martinique au début de l'année 1803, précisément entre pluviôse et Floréal de l'An 11 c'est-à-dire entre février et mai 1803. Elle semble avoir été menée, en toute ou partie, par le Sieur Rossignol puisqu’il écrit à propos de la caye du milieu de la baie de Fort-de-France nommée la « Grande Sèche » : « cette caye est assez exactement placée, mais JE n’ai trouvé aucun fond de 3 brasses, … sinon elles paraissent assez exactes ».

Dans les nombreuses observations que Rossignol laisse sur la carte, on apprend que le Jemappes a talonné sur un danger à quelques encablures en face de la Pointe du Bout (Grosse Pointe). Rossignol indique d’une croix l’emplacement supposé de l’accident pointe où le Jemmappe a touché. Est-ce durant l'opération hydrographique que le navire à talonné ou est-ce au contraire le talonnage du vaisseau qui a décidé les autorités de l'Île (donc l'amiral Villaret-Joyeuse) de l'opération de reconnaissance approfondie des fonds ?


Le présumé hydrographe Rossignol met en évidence les nombreuses inexactitudes de Booth qu’il tente de corriger au mieux, avec les moyens du bord... Mais ces corrections n'atteignent pas une justesse irréprochable. Ainsi, Rossignol replace l’îlet Lapin (Rabbit island) qui est mal positionné par William Booth, mais le nouvel ancrage, s'il approche la position réelle, n'est toutefois pas à l'emplacement exact.
Il procède de la même façon avec plusieurs cayes, dont celles du « banc du Gros Îlet », du « banc de la Vierge » et «banc du Mitan » sans toutefois déterminer l’exact délinéament de chacun des hauts fonds.

Compte tenu des avis qu’il émet sur les positions astronomiques, les gisements des points principaux du plan de William Booth, le sieur Rossignol devait avoir bonnes compétences scientifiques, associées à une maîtrise des instruments nautiques et donc aux calculs complexes des positions. Il devait être habitué « à faire le point » à la mer. Á cela était assorti des talents indéniables de dessinateur. Rossignol se réfère à la « Connaissance des tems » dont il est certainement un utilisateur averti (éphémérides...). Par contre il semble moins connaitre les méthodes topographiques ou géodésiques. Il ne nous dit rien sur les instruments employés pour relever les gisements, les azimuts ...
A priori, il a lui même effectué les calculs de longitude à la Pointe Salomon, à partir de plusieurs horloges marines calées sur l’heure de Fort-de France. L’« officier-savant » y détermine l’heure locale et l'a ensuite rapportée à celle de Fort-de-France (le calcul de la latitude s’est d’ailleurs fait par la méridienne).

M Rossignol regrette de ne pas disposer de points de station dont les gisements et les positions auraient été déterminés de façon précise. Il regrette donc de ne pas disposer des éléments de triangulation terrestre (points de station) qui seuls auraient pu permettre de corriger efficacement la carte de William Booth.

La mission de Rossignol était certainement limitée dans le temps, et aucune aide n'est venue appuyer ses ambitions. L'absence d'une triangulation préalable n'a donc pas permis de bien déterminer les positions des sondes et des dangers. Rossignol, qui connaît les limites de son art, précise bien que : Le gisement du Fort de France et de l'Îlet à Ramiers parait assez exact, mais ceux du Fort-de-France et de la Pointe des Nègres, du Fort-de-France et de la batterie de la Grosse Pointe ne le sont pas. Il faudrait en conséquence établir premièrement, la distance et le gisement respectif de ces quatre points principaux auxquels on pourrait ensuite reporter la position des cayes et les différentes sondes. Les cayes placées en rouge, sur la présente carte, sont les milieux entre beaucoup de relèvements, mais comme ces relèvements offraient entre-eux d'assez grandes différences, on ne saurait répondre de l'exactitude des résultats.

On ne peut être plus clair sur la portée de son travail. Le Sieur Rossignol était lucide.

Dommage que le sieur Rossignol ne nous éclaire pas sur les instruments qu'il a employé lors des relevés qu'il a effectué. Il ne disposait certainement pas du cercle hydrographique mis au point par le Chevalier de Borda.

Les opérations hydrographiques ont été menées à partir du « Jemappes » que Rossignol orthographie toujours Jemmappe. On peut penser que si le citoyen Rossignol avait été officier du bâtiment, il aurait certainement orthographié correctement le nom du Vaisseau. Il semble donc - sous toute réserve - que le dénommé Sieur Rossignol ne fut pas marin du Jemappes. Il existe d'ailleurs à la Martinique une vieille famille portant le patronyme de Rossignol, alors ... D'un autre côté l'orthographe de la fameuse bataille a été très versatile, en 1803, l'ingénieur-géographe J-B Poirson présente les 108 départements après la paix d'Amiens et y donne officiellement le « département de Jemmapes ».

Le Jemappes vaisseau de 74 canons était présent dans l’escadre française lors des fameux combats navals de Prairial en l’An II de la république. La bataille s’est déroulée durant plusieurs jours du 28-29 mai au 1er juin 1794. Elle avait pour but de protéger l'arrivée d'un convoi marchand en provenance des États-Unis d’Amérique qui apportait le blé du nouveau monde à la révolution en herbe. Les anglais voulurent en vain l’intercepter afin de créer les conditions d’une amplification de la guerre civile, en affamant les populations. D’un côté l’amiral français Villaret-Joyeuse affrontait l’amiral anglais Lord Howe...

La marine française à cette époque manquait cruellement de marins valides, toutes les forces présentes à Brest, au mois de mai 1794, furent sollicitées. Ainsi Moreau de Jonnès sera affecté sur le Jemappes les jours précédents l’affrontement avec la flotte britannique. Dans « Aventures de Guerre », Moreau donne les détails palpitants de la bataille navale qui vit la déroute de la Marine Conventionnelle. La marine française était réduite à une flotte hétéroclite dénuée de professionnels véritables et aguerris après les trahisons et les défections compréhensibles des officiers aristocrates de la Royale. Bon nombre de ces officiers étaient d'ailleurs embarqués sur les vaisseaux adverses. Seule la foi en la République guidait les citoyens-marins. Les bâtiments républicains étaient également pour la plupart en piteux état. Malgré une infériorité des forces conventionnelles et des pertes importantes en matériels et en hommes, le convoi salvateur parvint à Brest au grand dam des anglais (goddam !!!).

Le bâtiment le Jemappes après avoir échappé à la capture lors de la bataille de Prairial sera encore en service dans la marine française en 1802, il participera à l’expédition de Saint-Domingue. Il viendra ensuite avec l’escadre partie de Brest le 12 octobre 1802, reprendre possession de la Martinique, lors de sa restitution par les anglais à la France en vertu du traité d’Amiens. Moreau de Jonnès souligne que l'amiral Villaret-Joyeuse, encore lui, avait embarqué à cette occasion à bord du Jemappes qu’il affectionnait en digne représentant de la bataille de 1794.

Un autre témoin de cette époque nommé J-B G Fauvel Gouraud rapporte dans son livre portant sur « L'Hercule et la Favorite ou la Capture de l'Alexandre de Bordeaux, et des pirates bordelais » la présence à la Martinique en 1803 du vaisseau amiral le « Jemappes » avant son départ pour la France : l'anecdote que je vais rapporter donnera une idée réelle des ravages que ce fléau destructeur [la fièvre Jaune] avait causés parmi les Européens nouvellement arrivés dans la colonie. Le vaisseau le Jemmapes était prêt à mettre à la voile pour la France ; l'amiral Villeneuve qui le commandait .... venait d'être rappelé en France par le premier consul de la république...




Thomas Jefferys (1695, 1771)

Thomas Jefferys fut le géographe du Prince de Galles, il a notamment publié "The Natural and Civil History of the French Dominions in North and South America» soit en français : "Histoire Naturelle et Civile des Possessions Françaises dans le Nord et le Sud des Amériques" qu'il a illustré de nombreuses cartes générales ainsi que des plans des principaux ports.
Cet ouvrage imprimé à Londres à partir 1760 date de la 1èreédition, comporte deux volumes. Le premier porte sur la description du Canada et de la Louisiane et le second sur la description des îles des Antilles françaises (Saint-Domingue, Guadeloupe, Martinique, …, ainsi que sur la Guyane).
Pour les Antilles françaises convoitées très fortement par les britanniques, Jefferys explicite dans le détail les richesses de ces îles, ce qui accroît d'autant le désir des anglais de s'en emparer. Dans cet ouvrage, l'auteur publie particulièrement deux documents concernant la Martinique : une carte générale représentant l'île et une carte présentant le plan de la ville et du fort Saint-Louis (bay and Cul de Sac Royal).




la Martinique par Jefferys, 1760 Martinico, One of the Caribee Islands, Subjet to The French, dimensions approximatives : 35 cm x 37 cm.
La source cartographique présentée par Jefferys est Mr Houel cité ici comme Ingénieur. L'ingénieur Houel mentionné par Jefferys est le même que celui indiqué sur la carte de Philippe Buache [publiée trente ans plus tôt] dans laquelle il est présenté comme Ingénieur du Roy. Houel y est cité pour avoir réalisé des plans manuscrits, c'est en effet ce dernier qui apporte à Delisle et Buache, les principaux fondements de leur carte.
La carte de Jefferys propose une gravure assez travaillée au niveau de la légende [champ de cannes à sucre, nuages pluvieux, un ensemble qui symbolise la bonne fertilité de l'île]. Ces gravures semblent reprises de la carte d’Isaac Tirion dont la première épreuve date de quelques années auparavant [vers 1740].

le Cul de Sac Royal par Jefferys, 1760 Plan of the Town and Citadel of Fort Royal the Capital of Martinico with the bay of Cul de Sac Royal by Mr de Caylus Engineer General of the French Islands

dimensions approximatives : 31 cm x 36 cm.
Cette carte présentée par Thomas Jefferys est tirée des travaux réalisés par Caylus, ingénieur général des îles d'Amérique. Caylus est un gentilhomme du Languedoc. Il arrivé à la Martinique à la fin de l'anné 1693. Il a succédé à l'ingénieur Payen sous lequel, dès 1676, les premiers travaux de fortification du Fort Royal ont été entamés.
Il améliorera, en cette fin XVIIe siècle, le système défensif de la forteresse du Fort Royal (aujourd'hui le Fort Saint-Louis) sans toutefois parvenir à le rendre inexpugniable.

On ne paut pas dire qu'en 1760, Jefferys fasse preuve de modernisme en reprenant des travaux si éloignés, près de 80 années séparent la production de Jefferys des plans tracés par Caylus.

Les sources affichées par Jefferys remontent donc pour son ouvrage, "The Natural and Civil History of the French Dominions", en général à la fin du XVIIe siècle, et au mieux au début du XVIIIe pour sa carte générale de l’île [reprise de la carte de Houel de 1729].
Il est certain que l'état de guerre quasi permanent entre l'Angleterre et la France qui a prévalu durant le XVIIIe siècle n'a pas facilité les échanges sur les dernières avancées et mises à jour cartographiques et ce d'autant plus qu'elles touchaient à la sécurité même des îles.

Petite anecdote : un Caylus plus renommé (et qui ne possède pas de lien direct avec l'ingénieur Caylus) a été gouverneur de la Martinique. C'était Charles de Thubières marquis de Caylus, qui fut en fonction à la Martinique entre 1744 et 1750. Il fut plus précisément Gouverneur particulier de la Martinique de 1744 à 1749, et conjointement Gouverneur Général des îles du Vent de 1745-1750]. Le Gouverneur de Caylus fut l'objet d'une mystérieuse disparition alors qu'il était en plein exercice de ses fonctions. En effet suite à des affaires ténébreuses par lesquelles il risquait d'être inquiété, on ne le revit plus à la Martinique le lendemain du 12 mai 1750. Etait-il mort ? Dans quelles circonstances? Avait quitté l'île ? Et le cas échéant pour quelle destination ? On ne le sait pas encore très bien aujourd'hui, le mystère reste entier.


voir également la collection David Rumsey : Carte de la Martinique de Jefferys - 1760

et Carte du Cul de Sac Royal - Jefferys - 1760




La Martinique, carte anglaise par un inconnu vers 1760 Martinico one of the Caribbee Island in the West Indies / Subject to the French
Carte fortement inspirée de la production de Jefferys. C'est pratiquement la même présentation que celle présente dans "The Natural and Civil History of the French Dominions". L'auteur reste cependant anonyme, et l'ouvrage (atlas, ..) dans lequel elle a paru, aussi.
dimensions approximatives : 27 cm x 35 cm.
Deux échelles : la première en British Miles 69 to a degree, la seconde en British and French Sea Leagues 20 to a degree.
La longitude qui n'est pas explicitée dans la bordure, est relative à l'île de Fer (Longitude Ouest)






Thomas Jefferys or Thomas Jeffreys ?


«to be or not to be»

Carte de la Martique par Jeffreys La Martinique / l’une des Antilles de l’Amérique / dressée sur les mémoires les plus / Nouveaux assujettie aux dernières / observations astronomiques».
Carte imprimée à Paris, chez le Sieur Longchamps Géographe, Rue Saint-Jacques à l’enseigne de la Place des Victoires, en 1762. La carte a été gravée par Nicolas Chalmandrier (sculp).
Echelle en lieue marines de 20 au degré. La longitude indiquée est la longitude orientale par rapport au méridien de l’Île de Fer (317 °).
Dans le cartouche [en bas à gauche] sont inscrits le titre de la carte, et le nom et qualités de l’auteur ainsi que de l’éditeur.
Le cartouche reprend les mêmes dispositions et les mêmes ornements que celui de la première carte de Jefferys, voir plus haut, carte de 1760 publiée dans le «Natural and Civil history …». Il s’agit d’une représentation du symbole de la richesse de l’île : la canne à sucre.
A côté du cartouche, figure la légende. Elle donne la description des symboles employés. Le texte fait mention d’une «ESPLICATION DES MARQUES». L'éditeur parisien avait comme on le constate une connaissance très poussée du français !!!

Thomas Jefferys est connu pour avoir abondamment copié ses multiples confrères. Il n’empêche qu’il fut quand même un excellent géographe de son illustre majesté britannique. Ce qui lui valut entre autre un anoblissement, tardif semble-t-il, qui lui permit de porter le titre de «Sir». On rencontre certaines de ses productions diversement signées. Le patronyme le plus couramment employé est celui de Thos Jefferys. Mais il n’est pas rare de se trouver en présence d’une carte dressée ou imprimée par T Gefferys ou comme dans le cas que je vous propose une carte signée T Jeffreys.

C'est le sieur Longchamps publie cette carte en 1762. La légende le mentionne explicitement.
Monsieur Longchamps n’a donc pas froid aux yeux. En plein cœur de la guerre franco-anglaise, le royaume de France vient en plus de perdre la Martinique au début de 1762, son atelier publie une carte de l’île tant convoitée. Cela peut expliquer le changement de nom de Jefferys «Geographe to the King» en T Jeffreys.
On peut se demander si l'éditeur Longchamps n’utilise pas là un procédé capable de faire avaler des couleuvres aux autorités royales. Le titre de la carte n’est pas lui-même très bien exprimé en français, ce qui alimente les doutes sur l’origine du document.

D'un point de vu purement cartographique, la source de principale de Jefferys, c’est bien entendu la carte marine de JN Bellin. Pas besoin d’en dire plus.

La fameuse carte posthume de Thomas Jefferys

Martinico Done from Actuals Surveys and Observations. Made by English Engineers Whislt the Island Was in Their Possession. By Thomas Jefferys Geographer to the King
Dimensions approximatives 46 cm x 61 cm, imprimée à Londres dans le West Indian Atlas à partir de 1775 à 1783 par la firme de R. Sayer & J. Bennett. Imprimée ensuite par la firme de Laurie & Whittle (N°53 Fleet Street également, new edition) de 1794 à 1820.

Echelle graphique : celle de la carte principale est en lieues marines (sea league) de 20 au degré, graduée sur 2 lieues. Celle du cartouche du Cul de Sac Royal est en lieues marines (sea league) graduée sur 1 lieue
La Longitude indiquée en bas est une longitude ouest par rapport à l’île de fer, « west from Ferro Island ».

La Martinique par Thomas Jefferys, 1775
nota bene : la carte en couleur, c'est à dire la vignette présentée ci-contre est un fac-similé récent (milieu du XXe siècle) de la carte de Thomas Jefferys. Par contre la carte en noir et blanc est bien originale.
Jefferys entame dans les années 1760 la réalisation de plusieurs atlas «l’American Atlas» et le «West Indian Atlas». Il dispose alors de nouvelles sources qui lui permettent d’actualiser ses cartes. Après l'occupation anglaise de 1762-1763, Jefferys a pu accéder à de nombreuses travaux effectués par les géographes français. Il dispose de cartes réactualisées qui proviennent de prises de guerre effectuées dans le Dépôt des Fortifications de la Martinique. Les ingénieurs anglais ont aussi réalisé des campagnes de relevés topographiques et d'observations astronomiques. Ses sources sont alors nettement plus fraîches que celles utilisées pour la réalisation de ses précédentes cartes de la Martinique qui s'appuyaient sur des travaux français relativement anciens : fin du XVIIe (Caylus) et début du XVIIIe (Houel).

Grâce à ces circonstances, Thomas Jefferys réalise sa très belle et très renommée carte de la Martinique qui a été copiée ensuite par de nombreux cartographes jusqu'à la fin du XVIIIe siècle et même au début du XIXe. La configuration générale de l'île change en grande partie et le relief y est mis particulièrement en évidence (hachures et éclairement zénithal). Jefferys a effectué un travail de synthèse avec les derniers travaux connus notamment ceux de Jacques Nicolas Bellin, dont il reprend les sondes, et qui avait quelques années plus tôt retouché le profil de la Martinique de Philippe Buache.

Jefferys meurt en 1771. Il ne verra pas la parution du « West-Indian Atlas » publié en 1775 par son ami Robert Sayer à Londres (mention dans le titre en haut à gauche). L’imprimeur et éditeur Robert Sayer a repris et continué le magnifique travail entamé par Jefferys et l’a mené à son terme. Cette carte sera publiée sous cette forme, à plusieurs reprises, par Robert Sayer et John Bennett entre 1775 et 1783.

Ce sera ensuite la firme dirigée par Laurie et Whittle qui reprendra à partir de 1794 jusqu'en 1820 environ, la production du "West-India Atlas" de Jefferys. La carte de la Martinique sera alors légèrement modifiée. Elle intègrera généralement un carton présentant le "Cul de Sac Robert".

Dans le cartouche présentant le Cul de Sac Royal, Jefferys a indiqué la position du débarquement des troupes britannique de 1759 « Fond Gueltier where the english forces under the general Hopson in 1759 » qui s’était soldé par un échec. Les débarquements de la campagne victorieuse de 1762 ne sont quant à eux pas signalés.
Jefferys décrit l’anse des salines comme «a fine bay for landing» soit une splendide baie pour l’atterrage, que les militaires interpréteront comme : idéale pour tout débarquement...
Des erreurs de transcription ou de recopie sont notables, par exemple le lieu-dit Paquemar est nommé «Paquémat ou pacmote».
Un absent de marque dans la carte principale comme dans le cartouche particulier sur le Fort Royal [en bas à gauche], c'est le Fort Bourbon.
Après la restitution de la Martinique suite au traité de Paris de 1763, La décision de construire un nouveau Fort défendant Fort-Royal a été prise. Les travaux sont entamés dès 1768. Le Fort est quasiment achevé en 1772. A la date de la parution de la carte de Jefferys, en 1775, on serait en droit de trouver le Fort Bourbon sur le morne Garnier, dominant de toute sa masse la ville de Fort-Royal. Thomas Jefferys, n'a donc pas eu connaissance des nouvelles fortifications décidées par les autorités royales la paix revenue.
La plupart des cartes anglaises ignoreront le Fort Bourbon, à l'instar de celles de Thomson ou de Phillips publiées au XIXe qui s'insciront dans l'entière reprise de la carte de Thomas Jefferys.


voir également la collection David Rumsey : Carte de la Martinique de Jefferys - 1775




William Faden, Plan of Fort Bourbon now Fort George in the Island of Martinico


Plan publié à Londres par William Faden, à partir de juin 1794.
Dimensions approximatives : 34 cm x 52 cm.

Plan du Fort Bourbon, William Faden 1794
PLan disponible au "National Maritime Museum"

Quelques rappels historiques : les anglais avaient envahi la Martinique au début de l'année 1794, ils l'ont rendu aux français en accord avec les dispositions du traité d'Amiens de 1802 (la paix d'Amiens).
Mais revenons au coeur des guerres révolutionnaires : le commandant de la place, le général Rochambeau avait enfin débarqué quelques mois plus tôt en février 1793, quasiment à la date même de l'entrée en guerre de l'Angleterre le 1er février 1793.

Rochambeau avait instauré un régime républicain sévère qui prenait ses directives auprès des Conventionnels. Bien entendu, dans l'île, les dissensions entre monachistes et républicains étaient facteurs de grandes tensions entre les deux partis. Les planteurs en majorité royalistes, avaient depuis longtemps (à l'exécution du roi) décidé de livrer l'île aux anglais. Rochambeau devait donc lutter à la fois contre les ennemis de l'intérieur et ceux de l'extérieur. Dans ces conditions, pour les anglais, conquérir la Martinique aurait dû être une "promenade party". Mais ils durent s'y prendre à deux fois :
Dès le mois de mai 1793, les escadres anglaises de l'amiral Gardner inquiêtent les îles françaises. Peu de vaisseaux parviennent à franchir le blocus. Les français perdent énormément de bâtiments. Le premier débarquement anglais a lieu en juin 1793 au sud de Saint-Pierre. Mais les français résistent vaillement et devant cette résistance des défenseurs les anglais guidés par leurs alliés de l'intérieur réembarquent après avoir subi de lourdes pertes.
La deuxième tentative sera la bonne.
Le 6 février 1794, un débarquement combiné a lieu à Sainte-Luce, à la Trinité et à Case-Pilote. Cette fois Les anglo-royalistes ont mis les moyens, les forces rassemblées sont considérables. Après deux mois de combats, Rochambeau capitulera finalement le 21 mars. Les advesaires rendront les honneurs aux vaillants défenseurs. Il est certain que si la nouvelle de l'abolition de l'escalavage par la Convention, le 4 février 1794, avait été connue, l'issue de ces évènements guerriers en aurait été certainement changée.

Le plan du fort bourbon que je vous présente, a été découpé pour un usage plus aisé et collé sur toile. Il montre avec force de détails, le Fort Bourbon (aujourd'hui Fort Desaix) tel qu'il était à la fin du XVIIIe siècle, lors de la seconde occupation de l'île par les britanniques (1794-1802).
Faden (comme auparavant Jefferys quelques années plus tôt, en 1763) a eu largement accès aux sources cartographiques de la Martinique. Les anglais ont récupéré de nombreux documents, même si on déplore l'incendie du Dépôt des Fortifications de la Martinique en 1790. Il restait un fonds considérable de cartes et de plans à la dispositions des troupes occupantes en place, fond que les anglais ont saisi.
William Faden restitue là un plan très détaillé du Fort Bourbon, rebaptisé par les anglais "Fort George", en l'honneur du souverain britannique. On peut penser que le plan de Faden est la copie d'un plan français contemporain. L'échelle adoptée reste en mesure française (Scale of 300 french toises). Aucune conversion n'a été pratiquée...

Le plan de Faden se rapproche, bien que plus petit, de ceux produits par l'ingénieur François Henri Charles de Bexon, entre 1781 et 1787, qui sont relatifs, en général, à l'état d'avancement des travaux en cours ou prévus. C'est d'ailleurs Bexon qui assurera le suivi des travaux de la lunette Bouillée. Celle-ci ne sera pas finie et opérationnelle avant le milieu de la décennie (1785).
Le périmètre représenté n'est pas exactement le même. Des mises à jour importantes ont été par ailleurs apportées entre la version anglaise de Faden et les versions françaises. Mises à jour sur les travaux et sur l'environnement immédiat du fort. William Faden aura pu compiler les travaux d'autres ingénieurs bâtisseurs.
Par contre, on note certaines absences inexplicables dans la version de Faden. Du côté de la "lunette bouillé", la superbe allée d'arbres en perspective cavalière [en haut et à droite] n'aboutit à aucune habitation. Sur les plans de Bexon, apparaissent des bâtiments de maître, des cases et des jardins. Cette habitation manquante, c'est l'habitation dénommée "de Monsieur de Bouillé", qui sera renommée ensuite en "habitation Bagatelle". Et ce n'est pas le seul oubli. Faden s'est concentré sur l'aspect défense, il a peut-être négligé les alentours.

Dans le plan de Faden,le desciptif environnant le fort est soigné, les domaines sont nommés, par exemple : "M Deturon's land" ou "Land belonging to Providence Convent".

Sous la lunette Bouillé M Faden a porté Bexon's Land, non pour rendre hommage aux plans de Bexon, ni même au soutien actif que ce dernier a donné aux anglais (il avait en effet rejoint le camp adverse), mais parce que celui-ci était bel et bien propriétaire d'un domaine situé à proximité de l'ouvrage dont il avait assuré la maîtrise d'oeuvre.

Le chevelu des rivières est lui même très esthétique. Certains alignements d'arbres sont fort joliment rendus. orthogonale.