XVIIIe siècle

Les cartes françaises *** 2e partie ***







Jacques Nicolas Bellin(1703, 1772).

Jacques-Nicolas Bellin a été le plus important hydrographe français du XVIIIe siècle. Mais il a été également très controversé tant par ses contemporains que par ses successeurs qui lui reprocheront une trop grande versatilité dans les déterminations astronomiques qu'il aura retenues. Certaines de ses cartes, recouvrant des zones à peu près identiques, et publiées dans un intervale de temps assez court, présentaient des coordonnées différentes pour un même lieu. Les cartes de Bellin seront ainsi jugées imprécises et parfois dangereuses d'utilisation, notamment par Claret de Fleurieu. Néanmoins, on doit reconnaître que JN Bellin possédait de réels talents de « compilateur laborieux ». Durant ses nombreuses années de travail au Dépôt, Bellin n'a pas ménagé sa peine. Le Dépôt de la Marine lui doit en grande partie sa production cartographique, son essor et sa renommée.
JN Bellin prend lentement la direction des opérations hydrographiques du jeune Dépôt de la Marine institué en 1720. Il est chargé alors de produire les cartes de toutes les mers connues et des îles qui y figurent. Il a également la mission de recueillir toutes les productions cartographiques existantes ou à venir, de les classer, et des les accompagner de mémoires explicatifs permettant leur bonne interprétation.
Profitant de sa situation privilégiée, celle d'hydrographe officiel du Dépôt, il commercialise quasiment pour son profit exclusif des productions conçues et financées principalement par le Dépôt. Dès lors, il s'engage dans la production d'atlas comme par exemple celui de l'Hydrographie Française, produit à partir de 1758, qui est une révision du Neptune François. Bellin produit également le fameux Petit Atlas Maritime en 1764.
Sa réputation faite, il est fréquemment sollicité afin de participer à l'illustration de nombreux ouvrages littéraires en vogue durant cette période. Ainsi on compte dans l'œuvre de Bellin, la composition de l'atlas qui accompagne la publication de Prévost d'Exiles [plus connu sous sous son nom d'écrivain romantique d'Abbé Prévost, auteur de Paul & Virginie]. L'ouvrage est intitulé « Histoire Générale des Voyages ». C'est une monumentale compilation de tous les voyages connus et de toutes les découvertes maritimes réalisées jusqu'alors. Ce travail gigantesque sera repris quelques années plus tard par Jean-François Laharpe, sous forme condensée ou abrégée...d'où le titre que l'ouvagre porte : « Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages ». Là aussi, les cartes de Bellin serviront abondemment d'illustrations. Sa réputation d'hydrographe ayant débordé les frontières nationales, ses cartes seront reprises ou traduites dans la plupart des pays européens.

L'abus de la position dominante du principal hydrographe du Dépôt va tardivement conduire l'institution à prendre des mesures d'exclusivité dans la production des cartes marines officielles. Cette réforme aura lieu, quelques mois après le décès de JN Bellin, le 5 octobre 1773. Dès lors, les cartes produites seront estampilées par le Dépôt et nul autre que le Dépôt de la Marine ne pourra publier et diffuser, en France, des cartes marines à l'usage des navigateurs. Cette réforme se concrétisera en 1775 par une nouvelle politique commerciale des cartes produites par le Dépôt. Seul, ce que l'on appellera désormais l'Entrepôt Général sera habilité à distribuer et commercialiser, auprès d'un réseau contrôlé de détaillants-revendeurs, les cartes marines officielles.

Bellin : l'Hydrographie Françoise - 1758


Carte Réduite de L'Isle de la Martinique, imprimée à Paris et datée de 1758, de grandes dimensions, approximativement : 55 cm x 88 cm.

Carte de la Martinique par Bellin, 
Carte Réduite

Cette très belle carte, au format « Grand Aigle», est issue de l'Hydrographie Françoise. Elle présente la Martinique dans son ensemble. La carte comprend un carton de style rococo dans lequel est présenté un plan de la baie de Fort Royal ou Cul de Sac Royal, les sondes en brasses françaises y sont indiquées. Le plan du Cul de Sac Royal présenté dans ce carton, est à peu de choses près, l'exacte matrice du plan du Cul de Sac Royal du Petit Atlas Maritime qui sera publié quelques années plus tard, en 1764. Il est principalement dérivé des travaux effectués en 1740 à la Martinique par Pierre Gilly.

Comme l'indique le titre général de la carte, il s'agit d'une carte réduite basée sur la projection de Mercator qui s'appuie sur une échelle variable de représentation des latitudes (latitudes croissantes). Pour cette carte qui représente finalement une aire du globe très restreinte, elle ne s'étend en effet que sur 2 degrés de latitude et de longitude, l'effet de la réduction reste modeste et revient sensiblement à produire une carte plate. La carte générale est ceinte d'un cadre gradué qui présente une Longitude Occidentale calée sur le méridien de Paris. Bellin y a porté, à gauche, une échelle verticale des distances. Elle est mesurée en « Lieues marines de France et d'Angleterre de vingt au degré ». Elle doit permettre à l'utilisateur de la carte d'avoir rapidement une idée de la distance entre deux points.

Selon de Fleurieu, qui n'a pas ménagé ses critiques à l'égard de l'hydrographe du Dépôt, le plan du Cul de Sac sera malgré tout l'un des plus correct qu'il aura pu avoir entre les mains. Mais attention, l'orientation du plan du Cul de Sac est clairement calé sur le Nord de la Boussole [nord magnétique] tandis que le reste de la carte réduite semble l'être sur le Nord du Monde ou Nord Géographique. Deux échelles propres au carton sont indiquées : l'une en lieues marines, l'autre en toises.

Bien qu'étant d'abord une carte marine, la carte générale comporte de nombreuses informations terrestres. Elle indique notamment l'implantation des habitations sucrières avec les différents types de moulins en place, le positionnement des batteries de la défense côtière, celui des forts et citadelles. Une grande partie du réseau de communication (grands chemins) est mise en évidence.

L'Hydrographie Françoise est quasiment un travail personnel de JN Bellin qui se chargera d'éditer les cartes de l'atlas dans son atelier. D'abord rue Dauphine à Paris, près de la rue Christine puis ensuite près de Saint Louis du Louvre. On retrouve ces adresses indiquées parfois sur les cartes mais surtout dans le frontispice des ouvrages.

Plus tardivement, à partir de 1773, les cartes de l'Hydrographie Française seront produites exclusivement sous le contrôle du Dépôt de la Marine. Sur ces dernières, apparaît l'estampile ou le sceau du Dépôt. Les cartes diffusées par le Dépôt de la Marine sont des cartes officielles. Elles seront, en principe, mises à jour de façon régulière. Le Dépôt éditera dorénavant un catalogue qui récapitule sa production. Chaque carte y fait l'objet d'une numérotation précise que l'on retrouve d'ailleurs sur la carte elle-même. Ainsi la carte réduite de la Martinique de JN Bellin figurera durant une large période dans les différents catalogues périodiquement édités. La présentation cartographique ne subira pratiquement aucune mise à jour. Seules quelques modifications toucheront la numérotation et le déroulé du titre. Ainsi, dans les catalogues de l'Hydrographie, la carte générale de la Martinique portera d'abord le n°79, puis le n°192. C'est seulement en 1827 que la carte de Paul Monnier remplacera officiellement la carte réduite de JN Bellin, sous le n°383.

De nombreux exemplaires de cette carte produite entre 1758 et 1820-30 sont aujourd'hui accessibles aux collectionneurs. Quant elles ne figuraient pas dans des atlas spécifiques, ces cartes étaient destinées à être vendues à l'unité aux marins et navigateurs. On y trouve souvent l'indication de leur prix de vente. Les cartes les plus anciennes indiquent un prix de trente sols (soit une livre et demie). L'inflation aidant, notamment durant la Révolution française, le prix monte à trois livres. Ensuite, les cartes sont appréciées en francs, il a été institué par la loi du 17 germinal an XI, soit le 7 avril 1803. Pour mémoire, un sol ou son équivalent un sou, valait 1/20 de la livre ou du franc, soit 5 centimes.

Autre critère de datation, les premières cartes réduites portent la mention Pour le service des Vaisseaux du Roy, tandis que les cartes plus tardives, c'est à dire imprimées grosso-modo à partir de 1793 jusqu'en 1827, adoptent la mention moins politique et plus générale de Pour le Service des Vaisseaux Français.

L'exemplaire présenté dans cette section est issue de l'Hydrographie Française (version 1758), il ne porte pas le sceau du dépôt de la Marine, ni de prix. Pas plus que de numéro de série. Dans le cartouche de la la légende, JN Bellin a précisé que la carte a été Dressée au Dépost des Cartes Plans et Journaux de la Marine dont il est l'hydrographe officiel, pour le Service des Vaisseaux du Roy. Par ordre de M Moras, Ministre et Secrétaire d'Etat aiant le Département de la Marine. JN Bellin indique ensuite ses diverses qualités, parmi lesquelles celle de membre de la Société Royale de Londres.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica la Carte Réduite de la Martinique issue de la collection Bourguignon d'Anville.


Voir aussi le superbe exemplaire présenté par aux A.N.O.M Archives Nationales de l'Outre Mer Carte de la Martiniquepar Bellin, Carte Réduite

L'exemplaire des ANOM (ci-contre) comporte une légende qui porte Pour le Service des Vaisseaux Français, il est apprécié en Franc (Un Franc et demi), possède le sceau du Dépôt de la Marine (une ancre fleurdelisée) et porte le n°79 (en haut à doite). En conséquence de quoi, il est probable qu'il ait été publié durant la Restauration, probablement entre 1815 et 1822.






Bellin : le Petit Atlas Maritime - 1764


Le « Petit Atlas Maritime » est sorti en 1764, il comporte cinq volumes (in quarto) vendus initialement au prix de 96 livres dans la version basique soit les cartes en noir et blanc et les feuilles non brochées (détachables). Au prix de 120 livres au format broché avec des cartes qui présentent des mers lavées en couleur d'eau. Et au prix de 144 livres lorsque les volumes sont reliés en veau et les mers lavées en couleur d'eau.
Cet ouvrage est particulièrement intéressant pour ses plans des principaux ports et mouillages en service au XVIIIe siècle. On y dénombre 575 cartes dont la plupart consituées de plans de port. Ce sont donc des cartes à « petite ou moyenne échelle » qui ne sont pas toujours suffisamment précises pour être utiles et efficaces pour la navigation. Les planches, c'est à dire les cuivres gravés de la lettre et du trait, ont été financées principalement par le Dépôt. Mais, les profits tirés de la vente des ouvrages iront dans l'escarcelle du fameux hydrographe.

Le format du « Petit Atlas Maritime » le rend relativement maniable à bord des navires, surtout lorsque le bâteau est de dimension modeste. La taille moyenne des plans et cartes n'est que d'une vingtaine de centimètres sur trente (au cadre). Même si les feuilles qui portent cartes et plans sont plus grandes (32 cm x 45 cm), la manipulation de l'ouvrage est relativement aisée et pratique. Le Petit Atlas permet d'aller d'une carte générale [à petite échelle] à un plan plus précis [à moyenne échelle, rarement à grande échelle]. Les cartes s'emboîtent ainsi généralement les unes dans les autres. Pour illustrer cette propriété, l'exemple des Antilles et notamment celui de la Martinique, est patent. On part ainsi de la carte des Petites Antilles (n°79) à très petite échelle qui sont détaillées ensuite dans les cartes n°80 et 81. Puis Bellin resserre encore le champ pour présenter une carte globale de la Martinique (n°91) d'une échelle d'environ 1 / 370 000, dont les sections Nord (n°92) et Sud (n°93) sont présentées dans des cartes dont l'échelle est au double de la précédente. Elles donnent alors un peu plus de lisibilité. L'atterrisage ou l'atterrage se fait enfin dans la baie du Fort-Royal (n°94) avec la carte du « Cul de Sac Royal ». Malgré ces atouts, la faible précision des dernières cartes rend tout atterrage relativement incertain. Mais, les utilisateurs s'y sont pourtant fait. Ils ont plébiscité le Petit Atlas puisque les cartes qui en sont issues, sont réputées avoir constitué l'ordinaire de la panoplie cartographique embarquée à bord des navires français et des « Vaisseaux du Roy ». Avec son Petit Atlas, J-N Bellin était certainement un novateur et un précurseur du genre. Actuellement l'éventail des cartes marines disponibles sur les îles adoptent, peu ou prou, la même logique d'emboîtement.

Le « Plan du cul de sac Royal de la Martinique », dimensions 17 cm x 21 cm, planche n°94 est extrait de la grande carte réduite de l'Hydrographie de 1758 qui en comporte un carton spécifique (voir plus haut). L'origine des informations vient principalement les levés géométriques de la baie effectués par Pierre Gilly en 1740. Avec des sondes reconnues comme fiables, Bellin y transcrit une information primordiale pour les marins : la déclinaison magnétique. Si l'intention est bonne, elle n'en est pas moins trompeuse, voire même dangereuse. En effet, la carte du Cul de Sac Royal, ce qui n'est pas protocolaire, est orientée sur le Nord de la Boussole, alors que les cartes sont normalement orientées au Nord Géographique. Si on n'y fait pas attention, ce choix se traduit visuellement par une déviation apparente de l'aiguille aimantée vers l'Ouest et non vers l'Est comme elle le devrait. Entre les deux Nords quelques 5° et puis ... de variation.

Le Tome I du Petit Atlas Maritime présente, de nombreuses cartes des Antilles et de la Martinique. En voici quelques exemplaires, où apparaît la Martinique :

1 - LES PETITES ANTILLES / ou Les Isles du Vent
(dimensions approximative de la gravure : 17 cm x 22 cm / planche n°79).

extraite du Tome I du Petit Atlas Maritime, cette carte a été gravée par Croisey (sculp). Un commentaire de bas de page renvoie aux autres cartes de l'Atlas présentant les îles : Voyez ces Isles plus grand N°80, N°81 ou N°82. Voyez la Barbade N°98.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°79 issue de la collection Bourguignon d'Anville.

2 - PARTIE DES / ISLES ANTILLES / I.Partie
(dimensions approximatives : 16 cm x 22 cm / planche n°80).


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°80 issue de la collection Bourguignon d'Anville.

3 - SUITE DES / ISLES ANTILLES / 2.Partie
(dimensions approximatives : 17 cm x 22 cm / planche n°81). Echelle de dix lieues communes.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°81 issue de la collection Bourguignon d'Anville.

4 - La Martinique.
(dimensions approx : 22 cm x 35 cm / planche n°91).

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°91 issue de la collection Bourguignon d'Anville.


autre superbe exemplaire accessible à la B.N.E - BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA Bellin - Petit Atlas Maritime - Martinique
Bel exemplaire lavé en couleur d'eau

Cette carte se distingue de la grande carte réduite de Bellin de 1758 (voir juste plus haut). On note que l'échelle est ici en « lieues communes » et non en « lieues marines », ce qui n'est pas commun pour un Atlas se voulant Maritime même s'il est qualifié de Petit. L'île de la Martinique est représentée à l'horizontale. Le Nord géographique est indiqué par une « Fleur de Lys » posée sur un axe oblique. Cet axe des Latitudes [ou méridien du lieu] porte une graduation en degré qui s'étale de 14°30' jusqu'à 15°03 de latitude Nord. Ce méridien croise une aute ligne oblique symbolisant un parallèle à hauteur des 14°44' de latitude Nord. Le parallèle est gradué sur toute sa longueur, de 62°43' à 63°56' relativement à la Longitude Occidentale de Paris.

Bien que moins détaillée que sa grande soeur, la carte de l'Hydrographie de 1758, la carte n°91 du Petit Atlas de 1764 en reste sensiblement proche. J-N Bellin y a porté un relief « jeté au hasard » comme le dit si bien Moreau de Jonnès, les grands chemins et les principales défenses (batteries, forts, ...). Du côté hydrographique, il a porté les mouillages (symbolisés par une ancre), les cayes de la côte au vent et celles de la baie du Marin. La description de la baie du Fort Royal y est très sommaire, mais il est vrai qu'un plan spécifique (n°94 voir plus bas) présente avec une échelle certes un peu plus grande - mais qui reste encore insuffisante - les principaux détails du mouillage. Dans la carte n°91, aucune sonde n'apparaît à cette échelle, ce qui ressort du bon sens.



5 - Partie Septentrionale de la Martinique
(dimensions approx : 22 cm x 35 cm / planche n°92).

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°92 issue de la collection Bourguignon d'Anville.


autre superbe exemplaire accessible à la B.N.E - BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA Bellin - Petit Atlas Maritime - Partie Septentrionale de la Martinique
Exemplaire lavé en couleur d'eau


6 - Partie Méridionale de la Martinique
(dimensions approx : 22 cm x 35 cm / planche n°93).

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°93 issue de la collection Bourguignon d'Anville.


autre superbe exemplaire accessible à la B.N.E - BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA Bellin - Petit Atlas Maritime - Partie Méridionnale de la Martinique
Exemplaire lavé en couleur d'eau


7 - le Cul de Sac Royal (dimensions approx : 17 cm x 21 cm / planche n°94).


Voir l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°94 issue de la collection Bourguignon d'Anville.


autre superbe exemplaire accessible à la B.N.E - BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA Bellin - Petit Atlas Maritime - le Cul de Sac Royal
Exemplaire lavé en couleur d'eau




Bellin : édité par les Héritiers de Homann


la carte de la Martinique par Bellin, Héritiers Homann
Carte de l'Isle de la Martinique, imprimée à Nuremberg et éditée par les Héritiers de Homann. Elle est datée de 1762, dimensions approximatives : 46 cm x 55 cm.
Cette carte de Bellin a été imprimée chez les héritiers Homann qui ont produit plusieurs atlas composites [c'est-à-dire des regroupements cartes dressées par des géographes différents] dans lesquels elle a figurée.
La Martinique s'apparente à celle réalisée dans le cadre de « l'Hydrographie Françoise ». Comme cette dernière, la carte de la Martinique d'Homann présente des détails maritimes importants pouvant servir aux navigateurs. Les sondes ou profondeurs sont indiquées en brasses.
La longitude est relative au méridien de Paris, elle situe l'île à 63 degrés Ouest. La référence au méridien de l'île de fer commence à paraître obsolète. Elle n'est plus la seule et unique longitude utilisée par les géographes français.
La carte est datée 1762, année où les anglais prennent, pour la première fois, possession de l'île. Elle restera occupée jusqu'en 1763, date où le désastreux traité de Paris précisera sa restitution à la France. En haut à droite, dans le cartouche intitulé explication des marques, les différents symboles utilisés sont indiqués.
JN Bellin précise que les indications qu'il a portées sur la carte sont sujettes à des changements dont il ne peut répondre. Il est vrai qu'en ces temps incertains, il se créait autant de sucreries qu'il en pouvait disparaître. Les guerres endémiques (comme les maladies) ne favorisaient pas la stabilité économique des habitations sucrières.
Les mouillages considérés comme sûrs sont représentés avec une ancre de marine, ou une double ancre pour les bâtiments importants, à fort tirant d'eau. Les "cayes" ou récifs coraliens sont matérialisés. Les "passes" pour différents types d'embarcations sont indiquées. Les défenses côtières (batteries de canons, redoutes,...) sont généralement bien identifiables.

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica Héritiers de Homann issue de la collection Bourguignon d'Anville.




Bellin : l'Histoire Générale des Voyages de Prévost d'Exiles

et l'Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages de JF Laharpe


Carte de l'Isle de la Martinique pour servir à l'Histoire Générale des Voyages. Par M Bellin 1758. Dimensions approximatives 20 cm x 30 cm. Imprimée à Paris. Datée de 1758.

Cette carte est présentée de façon très originale, la Martinique est placée horizontalement sur la feuille. Seules deux lignes, la ligne méridienne sur laquelle est portée une fleur de lys symbolisant la direction du Nord géographique et un parallèle, permettent d'orienter précisément la carte.

La carte de la Martinique par Bellin, Prévost d'Exiles



La même version, en langue germanique, La carte de la Martinique par Bellin, AllemandKarte Von Der Insel Martinique

Zur Allgemeinen Husterie der Reisen, imprimée à Leipzig.








Croquis de la bataille navale du 29 avril 1781

Le comte Charles-Henri d'Estaing (1729-1794), s'est illustré dans le commandement d'opérations de guerre, tant terrestres que maritimes, notamment durant la guerre d'Indépendance des États-Unis d'Amériques. Il a consigné parfois les opérations dans des mémoires et les a assortis de cartes et de plans de bataille. Le but de léguer à la postérité et aux historiographes le déroulé des actions dans lesquelles il avait pris part et où il s'était parfois distingué, a certainement guidé son geste. On sait qu'il a été blessé à plusieurs reprises, n'hésitant pas à monter à l'assaut à la tête de ses troupes.

D'Estaing a également recueilli des informations sur diverses opérations de guerre qui se sont déroulées durant cette période, même s'il y avait pas participé. Dans ce registre, parmi les « papiers » saisis, trois croquis relatant la bataille navale du Fort-Royal (29 avril 1781) sont présentés par la BNF-Gallica.

La bataille navale s'est déroulée, entre le 28 avril et le 1er mai 1781, au large de la baie de Fort-Royal et le combat proprement dit le 29 avril entre 10 heures et 4 heures de l'après-midi. L'engagement naval a opposé l'escadre britannique conduite par l'amrial Hood (18 vaisseaux de ligne) à la formation du comte de Grasse (20 vaisseaux de ligne) qui escortait un convoi de navires ravitailleurs en provenance de Brest. Le ravitaillement était principalement destiné aux îles du vent qui subissaient alors un blocus étouffant, mais aussi aux Insurgents dont les corsaires venaient périodiquement aux îles du vent pour s'y approvisionner.

Les Britanniques finirent par battre en retraite et lâchèrent temporairement le blocus de Fort-Royal qu'ils assuraient avant l'arrivée de l'escadre de Grasse. L'amiral français n'a pas voulu exploiter le retrait de la flotte anglaise. Celle-ci s'étant retirée en bon ordre, elle constituait encore une menace sérieuse pour l'avenir. L'amiral Hood était sous les ordres de l'amiral Rodney, chef des opérations aux Antilles.


La BNF - Gallica propose en consultation trois planches qui représentent le déroulé de la bataille navale.

Les plans présentent les positions des deux parties adverses à différentes heures entre le 28 avril et le 1er mai 1781. Les croquis sont relativement dépouillés et vont à l'essentiel : position des lignes de combat ; orientation du vent ; repères côtiers principaux. La position des cayes (telles qu'elles étaient supposées en 1781) est indiquée dans la baie de Fort-Royal.


1 - Planche n°1 Bataille navale Fort Royal 29 avril 1781


Le convoi français atterrit en vue de la côte au vent de la Martinique le 28 avril 1781 au petit matin. De Grasse est renseigné sur la présence de l'escadre anglaise, des informations en provenance de la Martinique lui ont été transmises. Il connaît donc le potentiel des forces qui sont susceptibles de lui être opposées. Il sait également que 4 vaisseaux français, bloqués à Fort-Royal, sont prêts à rejoindre à ses forces. La flotte française se prépare donc au combat et ordre est donné au convoi de navires marchands de serrer la côte.
Á 11 heures et demi, une frégate ennemie qui vient reconnaitre le convoi français est identifiée. L'escadre française arrivée près de la Pointe des Salines aperçoit par ailleurs les mâts des vaisseaux de ligne britanniques qui croisent « sous le vent » de l'île. Les vaisseaux français manoeuvrent dans le canal de Sainte-Lucie à proximité de pointe sud de la Martinique, le convoi avance derrière eux en longeant la côte. Le vent qui provient de l'Est-Nord-Est est favorable aux français qui ont pratiquement vent arrière.

Lors du passage de la côte « au vent » à celle « sous le vent », le vaisseau Northumberland (74 canons) trop près de la côte est déventé. Il est en panne et ne pourra rallier l'escadre que le soir venu. La flotte française poursuit sa route en tenant le vent et en protégeant le convoi.

Le 29 avril 1781, vers les 7 heures, l'escadre française manoeuvre au large de la baie du marin, en direction du rocher du Diamant. Les frégates françaises, à l'avant poste, signalent l'armée ennemie dans le Nord-Ouest, juste en face de la baie de Fort-Royal. L'escadre anglaise qui bloquait l'entrée de la baie du Fort-Royal se dirige au Sud-Est, en ligne de combat pour affronter les vaisseaux français qui remontent vers le Nord-Ouest.

Le Prince William, vaisseau anglais de 64 canons accourt de Sainte-Lucie prêter main forte à Hood. Il est pris en chasse par le Saint-Esprit (80 canons) commandé par Chabert [qui deviendra Directeur du Dépôt de la Marine] et les frégates françaises. Mais, le signal est donné ensuite à tous les navires français de rallier la ligne. Le Prince William rejoint pour sa part la ligne de Hood.

Vers 10 heures du matin, tous les bâtiments français ont rallié la ligne. Vers 10 heures et demi, les deux avant-gardes anglaise et française se croisent à hauteur du Cap Salomon et des Anses d'Arlet. Les canons tonnent, mais sans trop d'effet à cause de la distance séparant les belligérants. Le croquis montre 20 vaisseaux français, accompagné de 3 frégates (voir point H) face à 18 vaisseaux britanniques accompagnés de 4 frégates. Le vent vient toujours de l'Est-Nord-Est et reste plutôt favorable au français. La ligne française manoeuvre par vent de tribord amure et la ligne anglaise par vent de babord amure, à petite voiles. Les indications écrites du croquis indique qu'elle navigue « au plus près babord ». Au début de l'engagement, le convoi de navires marchands se situe à hauteur du rocher du Diamant, au large de Sainte-Luce. La ligne française, qui l'aurait pu, évite prudemment de se rapprocher de la ligne anglaise. celle-ci essayera de venir au contact par des virements successifs, mais n'ayant pas de vent favorable, elle restera finalement à distance.



2 - Planche n°2 Bataille navale Fort Royal 29 avril 1781



Journée du 29 avril à partir de 10 heures 45. Les 4 vaisseaux (La Victoire, Le Destin, Le Solitaire, Le Triton) sous les ordre de M. d'Albert, jusque-là bloqués dans la rade de Fort-Royal, sortent lentement pour venir soutenir la ligne française. S'ils y parviennent, de Grasse va compter un avantage supplémentaire sur Hood qui sera alors en forte infériorité numérique, Mais les vaisseaux anglais sont plus rapides, la plupart d'entre-eux possède un doublage en cuivre de leur coque. Ce qui permet une meilleure pénétration dans l'eau leur assurant une meilleure manoeuvrabilité.
Vers 10 heures 45, les vaisseaux anglais virent de bord, d'un seul tenant, c'est une tentative pour se rapprocher de la ligne française et pour rester au contact. La ligne anglaise s'oriente maintenant vers le Nord, parallèlement à la ligne française qui marche de même. L'avant-garde anglaise devient ainsi l'arrière-garde et inversement.

Journée du 29 avril à 11 heures 30. Les 4 vaisseaux : La Victoire (74), Le Destin ((74), Le Solitaire (64), Le Triton (64) sous les ordre de M. d'Albert n'ont pas encore rejoint la flotte française et ne participent pas au combat. Les escadres tiennent un feu nourri, mais la distance les séparant ne permet pas une efficacité du bombardement, ni pour les uns ni pour les autres.

Journée du 29 avril à 11 heures 45. La division anglaise revire de bord pour reprendre une ligne direction Sud. L'escadre française est toujours interposée entre le convoi et l'armée ennemie. Le convoi civil porté par le vent, s'achemine vers l'entrée de la baie du Fort-Royal en passant au large des Anses d'Arlet et du Cap Salomon. Les 4 vaisseaux de M d'Albert sont toujours en panne, faute de vent portant à la sortie de la baie. On peut remarquer sur le croquis le souci du dessinateur de porter les cayes de la baie du Fort-Royal. Par contre aucune information n'est donnée sur l'action des batteries côtières qui n'ont peut-être pas été sollicitées.

Journée du 29 avril à 12 heures. Les 20 vaisseaux de ligne français virent de bord, certains par babord (vent arrière) d'autres par tribord (vent devant). Contrairement à celle effectuée par les anglais, la manoeuvre française ne s'est pas faite d'un seul tenant. La ligne française se dirige maintenant au Sud, mouvement parallèle à celui de la ligne ennemie. Tous les vaisseaux anglais comme français sont plus ou moins engagés, sauf les 4 de M d'Albert qui n'ont pas encore fait leur jonction. Le convoi marchand qui longe la côte, arrive à hauteur du Cap salomon, l'entrée salutaire dans la baie n'est désormais plus très loin.


3 - Planche n°3 Bataille navale Fort Royal 29 avril 1781


Journée du 29 avril à 1 heures 30 de l'après-midi. Les deux lignes se combattent encore, le vent a faibli et provient maintenant de l'Est. Les vaisseaux français se rapprochent des anglais qui commencent à souffir, notamment sur leur arrière-garde. Une partie de l'armée française semble en panne, mais l'avant-garde n'est pas déventée et continue de suivre l'avant-garde anglaise qui s'écarte. Hood prend la décision de décrocher et oriente sa marche plein sud en mettant toutes les voiles. Les 4 vaisseaux de d'Albert sont toujours inopérants. Le convoi marchand entame son entrée dans la baie de Fort-Royal. L'amiral français moins soucieux de la protection du convoi, ordonne alors de passer aux choses sérieuses. Mais compte tenu des conditions de vent et de mer, la marine française ne pourra pas rejoindre Hood qui avait pris de l'avance sur le mouvement. Hood savait qu'une fois le convoi entré, la ligne française irait à l'affrontement plus direct.

Journée du 29 avril à 3 heures de l'après-midi. Enfin les 4 vaisseaux de M. d'Albert rallient la flotte française à l'arrière-garde. Mais ils n'ont pas de vis à vis anglais. Ceux-ci faisant force de voiles sont en train tactiquement de décrocher, le milieu de leur ligne et leur arrière-garde combattent encore. Le vent a viré, il provient maitenant de l'Est-Sud-Est.

Journée du 29 avril à 7 heures du soir. Le combat naval est terminé. De Grasse ne force pas la chasse sur Hood, même si la ligne française poursuit celle des anglais durant la nuit. Le lendemain le 30 avril, un simulacre d'attaque est donné mais la distance entre les deux lignes (près de 4 lieues soit environ 22 km) ne permet aucun affrontement. Selon les indications données par l'auteur des croquis, les vents variables n'ont pas permis le rapprochement des armées. Une chasse de principe est donnée jusqu'au lendemain 1er mai 1781, mais sans conviction semble-t-il. Ensuite tous les bâtiments rejoignirent le Fort-Royal.


La presse anglaise semble avoir voulu s'emparer de l'évènement, puisque dès l'été 1781, elle produisait une carte visant à restituer la vision britannique de l'engagement du 29 avril 1781 entre de Grasse et Hood : A map of the Islands of St. Lucia and Martinique with part of Dominica and St. Vincents shewing the two passages between Martinique and St. Lucia and Martinique and Dominica to Fort Royal Bay and Harbour. On remarquera les côtes excessivement découpées pour les deux îles. La source cartographique utilisée par l'auteur de ce document semble, à cette époque, sortie tout droit de l'imagination fertile alliée avec une certaine excentricité dont font souvent preuve nos amis d'outre-manche. Le prochain engagement entre les deux amiraux eu lieu en janvier 1782 près de Saint-Christophe, lors de la conquête de cette île par le Marquis de Bouillé. Aucun des combats navals livrés ne fut décisif. ce ne sera pas le cas en 1782, où les forces de Rodney et de Hood gagneront à la fameuse bataille des saintes en avril 1782.



"Plan du Fort Royal tel quil estoit il y à quattre ans".



Plan manuscrit du Cul de Sac Royal par un Anonyme vers
PLan disponible au "ROYAL MUSEUMS GREENWICH - NATIONAL MARITIME MUSEUM"

Selon le « National Maritime Museum » le plan aurait été dressé vers 1790. La feuille sur laquelle il est dessiné est de 49 cm (haut) x 70 cm (largeur), le dessin laisse à gauche une bande vierge de 9 cm environ, la dimension du dessin est donc de 49 cm (haut) x 61 cm (largeur).

Le plan représente globalement la partie nord de la baie de Fort-Royal (ou Cul de Sac Royal). La ligne de côte décrite est tracée entre le bourg de la Case-Navire et l'embouchure de la Rivière Monsieur, elle se termine un peu avant la Pointe des Sables. Au sud l'auteur a positionné l'Ilet aux Ramiers et peut-être le fort des Trois Ilets à une place qui ne lui convient pas : il averti l'utilisateur qu'il se situe à Les 3 Ilets fort / 1 milles plus à l'est.
Beaucoup d'indices laissent penser que l'auteur de cette carte est un marin français, qui connaît assez bien la Martinique pour y être certainement venu à plusieurs reprises. Ce n'est pas un habitant ou quelqu'un qui a vécu dans l'île très longtemps. Hormis les alentours immédiats du Fort Royal qu'il a bien repéré, il reste "muet" sur beaucoup d'élements environnementaux importants, éléments aussi bien topographiques qu'hydrographiques.
Sur les hauteurs du Fort Royal, manque par exemple le Morne Garnier où le Fort Bourbon devrait être vu, compte tenu de la date supposée de la carte (1790). La présence de l'imposant Fort n'aurait pas pu échapper à l'auteur. Le fort devait être quasiment achevé à l'époque, même si le contexte de représentation est anoncé : "quatre ans auparavant".
La carte est limitée à l'est du Fort-Royal par une ligne que les navires ne passent jamais en entrant dans le bassin.
Sur la carte sont portées un ensemble d'indication très précieuses aux marins.
Tout d'abord les sondes sont indiquées avec des mesures (en brasses) qui se veulent très précises. Les bons mouillages sont indiqués, avec parfois la nature du fond.
Les récifs, roches ou hauts fonds sont particulièrement mis en évidence. L'auteur souligne la perte d'un batiment à la hauteur de la pointe des nègres. Cet évènement a dû le marquer. Il est vrai que les naufrages dans l'île ne manquent pas. La baie de Fort Royal est riche de naufrages et donc d'épaves de toutes sortes.
La date supposée de la carte (vers 1790) peut être rapprochée du naufrage du vaisseau Le Londrin intervenu une dizaine d'années plus tôt, en 1779. Ce bâtiment s'est effectivement perdu sur la Pointe des Nègres, 50 hommes, membres d'équipage et voyageurs s'y seraient noyés. L'auteur pourrait avoir pu se remémorer ce triste épisode et l'indiquer lors de la confection de la carte.
Pour ma part, je pense que la carte peut être antérieure à la date déterminée par le "National Maritime Museum". Je situerais sa conception vers 1766-67. Je pense que nous avons à faire à un marin français, peut être un flibustier, décrivant "à peu près", c'est à dire de mémoire, les mouillages des navires anglais et la position des troupes (soldats) durant l'occupation de l'île entre 1762 et 1763.

Le plan n'est pas gradué, n'y figure aucune échelle visible. Une rose des vents est dessinée, elle donne l'orientation du nord géographique.
L'auteur de la carte montre bien comment s'y prendre pour entrer dans le bassin du carénage. C'est certainement l'objet principal de la carte. Il détaille précisément le parcours à suivre. Les rhumbs virtuels sont tracés par deux lignes. L'anonyme inscrit en effet lon va sur cette ligne jusques à ce que lon aye décopuvert le bourg du Carénage. Ensuite il donne exactement l'endroit où il faut virer de bord et filer droit sur le carénage ligne pour entrer dans le bassin.

Il avertit prudemment les capitaines et les pilotes de la ligne Est à ne pas dépasser, sous peine d'échouage ou pire de naufrage. Sur la droite est écrit verticalement de bas en haut : ligne que les navires ne passent jamais en entrant dans le bassin.

A noter que le pavillon arboré au niveau de l' îlet aux Ramiers ressemble étrangement à celui de la Martinique d'antan, c'est à dire une croix blanche et quatre serpents sur fond d'azur. Mais compte tenu du contexte il s'agit certainement d'une tentative de représentation de l'Union Jack. L'auteur indique que le chemin d'accès à la fortification qui domine l'îlot est très mauvais.

Au dessus du titre de la carte qui comprend aussi la légende, l'auteur indique : Mouillages ordinaires des navires anglois mais très mauvais par l'inégalitté du fond, une ancre de marine est entourée d'un cercle. L'auteur veut certainement signaler l'atterrage des troupes britanniques entre la Pointe des Nègres et le Bourg de la Case-Pilote, c'est à dire vers Fond Gueltier où ils avaient précisémment débarqués en 1759.






Rigobert Bonne


Rigobert BONNE(1727, 1795) Carte de l'Isle de la Martinique. Colonie Françoise dans les Isles Antilles,à Paris, Dimension : 21,5 cm x 31,5 cm. période d'édition : entre 1774 et 1790 (Atlas Moderne entre autre).

Rigobert Bonne succède à JN Bellin comme hydrographe officiel du Dépôt de la Marine en 1773. Comme son illustre prédécesseur il se montre très productif durant sa carrière.
Ses travaux se retrouvent dans l'"Atlas Moderne" encore nommé "Atlas de toutes les parties connues du globe terrestre" publié à Paris à partir de 1762. Rigobert Bonne contribue également a illustrer l'œuvre de l'Abbé GT Raynal intitulée "l'Histoire philosophique et Politique des Etablissemens et du Commerce des Européens dans les Deux Indes" qui a connu un vaste succès dès sa parution.
Dans la même démarche illustrative, il participe de façon active à la réalisation de "l'Atlas Encyclopédique" publié par Nicolas Desmaret.

Carte de la Martinique par Bonne

Cette séduisante carte de l'île de la Martinique a été produite à de nombreux exemplaires notamment pour les besoins de la publication de l'Abbé de Raynal GT (Guillaume Thomas) sur l'Histoire Philosophique, ... du Commerce des Indes (1774).
Le succès de l'ouvrage de GT Raynal (1716-1796) qui a été copié dans toute l'Europe a facilité la propagation des cartes de Bonne et leurs recopies multiples. Un an après la première parution de l'Histoire Philosophique l'on dénombrait déjà en Europe, plus d'une dizaine de copies.
La carte de la Martinique porte le n°41 du livre XXIII. Les longitudes font référence d'une part au méridien de l'Isle de Fer (317 degrés de longitude Est [en haut]) et au méridien de Paris (63° de longitude Ouest [en bas]).





L'Atlas Encyclopédique de Desmaret Carte de l'Isle de la Martinique / Carte de l'Isle de la Guadeloupe, de Marie-Galante, de la Désirade et de celles des Saintes.

Carte de la Martinique par Bonne, Desmaret

Dimensions approximatives : 23,5 cm x 35 cm. Graveur (sculp pour sculpteur): (prénom)->Gaspard André <-(nom)
R Bonne emploie dans cette carte les deux longitudes en usage chez cartographes français (méridien de l'île de fer et méridien de Paris). Il trace en une seule carte les deux dernières principales possessions antillaises de la France de cette période pré révolutionnaire.
Malgré les succès importants obtenus par les armées françaises quelques années auparavant durant la guerre de soutient aux "Insurgents" américains [1776-1783], la France n'a rien gagnée territorialement. A l'issue du conflit, les négociateurs du traité de Versailles, n'ont pas su profiter des conquêtes aux Antilles. La plupart des îles conquises sera rendue aux anglais. La France ne conserve finalement que les îles de la Martinique, de la Guadeloupe avec ses dépendances, de Sainte-Lucie et de Tobago. Pas glorieux pour cette guerre qui a finalement saigné les finances du royaume. La crise financière précipita, comme on le sait, la chute de la monarchie française.
Durant la guerre d'indépendance américaine, le marquis de Bouillé alors gouverneur de la Martinique (1777-1783) et Lieutenant Général des îles du Vent c'est à dire "gouverneur militaire", entreprend les premières hostilités contre les britanniques.
Il réussi à s'emparer de la Dominique dès la fin de 1777. Les îles des petites Antilles dans le cadre des opérations américaines contrôlent stratégiquement l'alimentation en hommes et munitions des anglais. Les attaques des réserves anglaises dans la zone, empêche celles-ci de se déployer sur le continent et réduisent les approvisionnements des troupes en campagne. D'un autre côté les Insurgents américains viennent s'approvisionner [provisions de bouche et provisions de guerre] dans les ports français qui leurs sont grands ouverts. Les flibustiers et corsaires américains trouvent également dans les ports français toute la sécurité et la logistique dont ils ont besoin pour harceler continuellement les convois anglais dont les marchandises viennent alimenter les entrepôts de Saint-Pierre.
Malgré quelques revers, les forces anglaises s'emparent temporairement de Sainte-Lucie en 1778 [qui est rapidement reprise]. Les français enlèvent Saint-Vincent, la Grenade et les Grenadines en 1779. Les opérations s'accélèrent et s'intensifient, en 1781 c'est Tobago qui est prise grâce à l'action du comte de Grasse qui commande la flotte française. Puis c'est au tour de Saint-Christophe, de Nevis et de Montserrat, de Saint-Eustache de tomber aux mains des français.
Devant le succès des armes françaises, des projets de conquête de la Jamaïque sont programmés, en liaison avec les espagnols alliés à la France, mais finalement ces projets n'auront pas de suite. La fameuse et mémorable bataille navale des Saintes [12 avril 1782] entre l'escadre anglaise commandée par l'Amiral Rodney et la flotte française commandée par François-Joseph de Grasse (1722 - 1788) tourne à l'avantage des britanniques qui avec 37 bâtiments de ligne contre 30 pour les français, a infligé à la "Royale" suffisamment de pertes pour renoncer à s'emparer de la Jamaïque. Il est vrai que la marine anglaise a aussi beaucoup souffert de l'engagement [19 vaisseaux fortement endommagés].






Moreau du Temple René (1736, 1786) Carte Géométrique et Topographique de l'Isle de la Martinique

Carte de la Martinique par Moreau, Robert

Dimensions totale de la carte : 485 cm x 270 cm. Exemplaire conservé à la Bibliothèque Nationale (Département des Cartes et Plans, Service Hydrographique). Carte sur toile peinte à l'huile.

La carte de Moreau du Temple possède une échelle de 1/14 400 qui permet de représenter les nombreux détails et particularités géomorphologiques relevées sur le terrain.

En cette fin de XVIIIe siècle, c'est la première carte d'envergure [en dehors des plans des arpenteurs mais qui sont très restreints en superficie] à présenter la Martinique avec l'ensemble de son organisation spatiale : agraire et rurale, urbaine, militaire, routière .... Une seule composante manque à ce précieux édifice : le caractère maritime ou nautique. La carte ne s'arrête pourtant pas au trait de côte. Moreau et ses collègues ingénieurs y ont porté, plus souvent que parfois, des indications sur l'ampleur de l'estran (largeur) et la nature de la côte (falaises, plages, ...). Sur de nombreuses portions les cayes sont reconnues et identifiées, notamment en baie du Marin où les délinéaments s'approchent de la réalité. Mais la Carte ne possède pas une sonde, pas de rhumbs, ni de rose des vents. Aucune une indication n'est portée sur la nature des fonds ... Ce qui en fait en définitive une carte principalement «terrestre».

La carte de Moreau du Temple fait preuve d'une précision toponymique précieuse pour les historiens et les généalogistes. Dans cette grande carte, ce n’est plus seulement l’habitation et le genre de moulin utilisé dans les sucreries qui sont représentés [comme c'était seulement le cas dans les cartes qui précèdent, notamment celles de Bellin, ..], mais le plan de l’ensemble des bâtiments, industriels ou domestiques, et son parcellaire. Les habitations y sont particulièrement bien décrites, notamment les habitations sucrières. La carte différencie les bâtiments selon le mode de construction : en «dur» [les maisons de maître], en bois [les logements des esclaves].

Les limites de champ (ou de parcelles) sont indiquées ainsi que la nature des cultures en place (cannes à sucre, caféiers, ...). La plupart des habitations sont nommées avec le patronyme du propriétaire de l'époque. A côté des grandes habitations esclavagistes, Moreau n'a pas omis de porter les habitations isolées. Il en rend compte objectivement en les indicant par le mot «case» ou par le rang social de l’occupant : «Nègre libre», «Mûlatre» ou «Mulatresse». Dans certains cas, il désigne la structure isolée par le nom même de l'occupant : comme par exemple «Placide mûlatre» près du Cul de Sac du Sans Soucy.
Les ouvrages de défense et les fortifications (batteries, forts, etc) sont facilement identifiables. Moreau a pris soin de détailler le réseau de fortifications présentes à Saint-Pierre
Cette carte n'aura qu'une diffusion très limitée. Elle ne sera reproduite à cette grande dimension qu'à très peu d'exemplaires, certainement moins d'une dizaine. La plupart des copies originales a disparu. Il semble que certains hauts responsables de l'ancien régime ait confondu bien public et bien privé. Cette Carte était hautement stratégique. Seuls le gouverneur de l'île de la Martinique, le ministre et secrétaire d'Etat à la marine en place, le responsable du dépôt de la marine ou de la guerre en auront connaissance. Sa haute confidentialité fera que la plupart des cartes publiées après 1770 s'appuieront encore essentiellement sur les travaux des français P Buache (1732), JN Bellin (1753) ou du britannique Th Jefferys (1775).

Selon un autre célèbre Moreau, Moreau de Jonnès, qui a tenté de retracer brièvement la chronologie de la production de cartes sur la Martinique : en 1794, lors de la seconde invasion de l'île, le général anglais Charles Grey se serait emparé de l'exemplaire [unique ?] resté en Martinique au Dépôt Local des Fortifications. Le précieux document aurait été expédié aussitôt en Angleterre, mais la fabuleuse carte n'arrivât jamais à bon port, elle fut consummée dans un incendie, avec le vaisseau qui la transportait.

Le Dépôt de la Marine n'a pas exploité les nouvelles informations de la carte de Moreau du Temple, Il en avait pourtant reçu un exemplaire aujourd'hui conservé à la BNF. L'utilisation de la carte marine de JN Bellin sera donc prolongée jusqu'en 1827. Il faudra attendre la venue des ingénieurs hydrographes Paul Monnier et Gabriel Cyprien Le Bourguignon-Duperré, pour que les cartes marines atteignent le dégré de précision et de fiabilté de la carte de Moreau du Temple. Durant la campagne de levés hydrographiques, menée de février 1824 à juin 1825, les ingénieurs hydrographes du Dépôt de la Marine s'appuyeront sur la fiabilité de la carte de Moreau du Temple. Ils rendront un hommage mérité aux ingénieurs militaires qui les auront précédé dans cette vaste et longue épopée. Les hydrographes Monnier et Le Bourguignon Duperré, armés d'un matériel plus moderne que leurs prédécesseurs, suivront la méthodologie définie par Charles-François Beautemps-Beaupré (1766, 1854) considéré comme le « père de l'hydrographie scientifique ».

Un superbe ouvrage collectif est consacré à l'histoire et à la description de cette fabuleuse carte. Je vous renvoie à la page bibliographique de ce site.

Je vous propose également d'aller admirer « en direct » cette fabuleuse carte chez Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF : La Martinique de Moreau du Temple






Charles François Hesse Carte de l'Isle de la Martinique


L'ingénieur Hesse réalise en 1771 une réduction de la carte de Moreau du Temple, dont un exemplaire sera communiqué en 1773 à Verdun de la Crenne. Cet exemplaire est visible à La B.N.F rue Richelieu à Paris sous la référence PF 156 Div 2 Pièce 14.

description sommaire :
titre, en bas à gauche : Carte de l'Isle de la Martinique, 1771 fait d'après Mr Hesse.
2 échelles sont portées en bas à droite : échelle de 2 lieues communes de France (4 800 toises), et echelle de 2 lieues marines.

note, en haut à droite : communiqué pour le Chrde Verdun en 1773.

Dans l'exemplaire de la BNF l'intérieur de l'île reste très dépouillé : seules figurent des représentations très sommaires de la Montagne Pelée, des pitons, de la montagne du Vauclin. Au niveau de cette dernière comme au niveau de la forteresse du Fort Royal, longitude et latidude sont indiquées (resp : long 63°18'40", lat : 14°39'15" et long 63°29' lat : 14°35'55"). Aucune sonde.
A noter l'orthographe des lieux suivants : le lougarou, le diaman, Isle au Ramiers. Sur le pourtour de l'île sont indiqués les lieux-dits.
Carte de la Martinique par l'ingénieur Charles François Hesse, modèle BNF

Carte de l'Isle de la Martinique selon Hesse, document disponible à la B.N.F

Il existe un exemplaire à peu près similaire [à l'exception de l'observation concernant Verdun de la Crenne] de ce travail aux Archives Nationales d'Outre-Mer. Voir ci-dessous.

Carte de la Martinique par l'ingénieur Charles François Hesse

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Pour accéder à la fabuleuse collection des Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM], je vous enjoins de cliquer promptement sur le lien suivant :

Et de rechercher votre cible dans la base ULYSSE.






Plan de la Ville et de la Citadelle de Fort Royal fait en 1774

Carte conservée à la BNF (rue Richelieu) sous le numéro suivant : GE D 7532.

Plan manuscrit du Fort Royal - fait en 1774
dimensions approximatives : 66 cm x 42 cm, carte entoilée et peinte.
échelle de 100 toises, pas de sondes des profondeurs.

Sur la droite de la carte, une bande de 12 cm de large est réservée à la présentation du titre et de la légende. Cette dernière est divisée en deux parties qui se suivent. La première partie concerne la Ville de Fort Royal. Elle est constituée d'un index alphabétique allant de A jusqu'à Z.
La seconde partie est relative à la Citadelle, elle suit la première. Elle est constituée d'un index numérique allant de 1 à 27.
La carte de 1774 est essentiellement terrestre. Peu d'indications sont portées sur la zone maritime constituée par la baie ou rade de Fort Royal. Sont écrits par exemple de façons assez isolée : l'Ance des Flamands et le Port du Carénage. Aucune sonde, ni aspect du fond, ne figurent sur la carte.
L'inclinaison de la carte, mise en évidence par une jolie rose des vents, positionne le Nord vers le coin supérieur gauche.
Le plan présente un territoire délimité par le Morne Cartouche au nord, le Morne Tartanson à l'Ouest (côté gauche), et par le port du carénage à l'Est (côté Droit). Le relief est particulièrement bien mis en évidence. Les couleurs employées et les dégradés mettent bien en valeur la topographie locale.

Le Canal d'écoulement des eaux (ou d'assainissement du sol marécageux) sert de limite au territoire urbain de la la Ville.
Le canal peut être franchi en trois endroits où figurent des ponts. Les trois ponts permettant le franchissement sont nommés : en B le Pont du Petit Brésil, en C le Pont Fenelon, en D le Pont d'Enery.
Au dessus du canal, peu d'indications apparaissent, si ce n'est que certains édifices importants sont mis en évidence comme Al'Hôpital, et à côté Qle Cimetière.
La savane est bordée sur ses deux côtés terrestres par une double haie d'arbres fort agréablement représentée.

L'index relatif à la Ville est le suivant :

A L'Hôpital, B Pont du Petit Brésil, C Pont Fenelon, D Pont d'Enery, E Magasins de l'Artillerie, E+ Magasins de la Marine, F Forges, G Intendance, H Parc d'Artillerie, I Maison du Génie, K L'Eglise, L Pavillon des Officiers Supérieurs, M Casernes, N Pavillon pour les Officiers, O Quartier Rouge, P Maison des Capucins, Q Cimetière, R Le Collège, S Maison des Religieuses, T Bureau des Classes, V Forge et magasin de l'Artillerie, Z Magasin du Roy

et celui relatif à la Citadelle comprend une description des ouvrages de défense. Il ressort pour partie du vocabulaire propre aux ingénieurs des fortifications (jargon de la poliorcétique ...) :
1 Bastion du Carénage, 2 Réduit du Carénage, 3 Bastion Royal, 4 Cavalier de la Pointe, 5 Batterie Basse de la Pointe, 6 Batterie Haute, 7 Batterie Dauphine, 8 Grand Cavalier, 9 Cavalier, 10 Batterie Inférieure, 11 Fausse Braye, 12 Demi-Lune, 13 Gouvernement, 14 Cuisine et Barraques du Gouvernement, 15 Pavillon du Commandant, 16 Citerne, 17 Caserne, 18 Pavillon des officiers, 19 Caserne, 20 Logement du Major, 21 Boulangerie, 22 Logement du Lieutenant du Roy, 23 Magasin de l'Artillerie, 24 La Chapelle, 25 Logement de l'Artillerie, 26 Barraques de bois, 27 Forges






René Phelipeau (1748, 1784) «Itinéraires des Chemins Royaux de la Martinique»

Routier de la Martinique

Sous le générique « d'Itinéraires des Chemins Royaux de la Martinique» appelé encore improprement Routier de la Martinique on découvre 103 petits plans en couleur peints à l'encre et à l'aquarelle, et une carte dite d'assemblage, intitulée "Carte de l'Isle Martinique". Cette dernière carte est datée de 1785. Les 103 cartes sont d'un format moyen d'environ 13 cm de hauteur sur largeur de 24 cm. Leur échelle est de 6 lignes pour 100 toises, tout comme la carte de Moreau du Temple [soit environ 1/14 400e]. C'était l'échelle de référence des cartes "militaires" de haute précision.

La cartographie des « chemins royaux » de la Martinique est le fondement de ce « Routier ». L'un des deux exemplaires connus est actuellement conservé aux Archives Nationales, section de la France d'Outre-Mer à Aix-en Provence dans le fonds dit «Moreau Saint-Méry». Une autre version originale à peu près identique au Routier de la Martinique est conservée au Service Historique de la Marine (SHM) situé au chateau de Vincennes.

Plus encore que la carte de Moreau, le « Routier » est essentiellement terrestre. Il dresse un état des voies de communication existantes, dans le soucis de mieux les connaître : certainement pour les entretenir et les améliorer. Les préoccupations d'ordre tactique et stratégique sont - bien entendu - présentes. Comme la carte de Moreau du Temple, le routier rend compte de l'organisation spatiale (rurale et urbaine) figurant dans le périmètre recouvert par chaque segment. On y distingue le parcellaire avec la nature même des cultures pratiquées. Ainsi, chacune des 103 cartes représente un segment de « grand chemin ou de chemin royal ». L'environnement est particulièrement soigné. Le cartographe a méticuleusement mis en valeur de part et d'autre des voies, les principaux éléments du relief (mornes, ravines, falaises, cours d'eau, etc). La végétation, les cultures pratiquées, mais aussi les fortifications, les zones d'habitat (bourgs, maisons de maîtres, cases d'esclaves, etc.) sont déterminées. Les éléments permettant de tenir une position voire de ralentir la pénétration de troupes étrangères sont présentés.

Ces 103 plans sont accompagnés d'une carte d'assemblage (datée de 1785) qui présente la même configuration générale que celle élaborée par Moreau. La date de cette carte accrédite l'idée que les 103 plans du « routier » sont postérieurs à la carte de Moreau. De nombreuses concordances plaident pour une réalisation du routier par Moreau du Temple, mais aucune affimation catégorique ne peut être avancée. Ces travaux se situent dans une logique de poursuite des travaux entamés en Martinique dès 1763 par les ingénieurs géographes du roi. L'orientation des deux cartes de la Martinique est identique. Le style des travaux sont très proches. On sait que Moreau est resté en Martinique après la réalisation de la Grande Carte de 1770. Les documents étudiés par Monique Pelletier, montrent que Moreau s'est occupé du suivi de travaux de défense, notamment ceux du fort Bourbon. L'ingénieur a été également chargé de la réalisation de travaux publics, qui auraient inclus la réfection des grands chemins. Selon Claude Loupia, ceux-ci en avaient grand besoin. On sait que René Moreau s'est rendu en Guadeloupe pour effectuer de semblables travaux. Moreau du Temple est décédé à Tobago en 1786, après y être arrivé dans le courant de 1785. Il aurait ainsi pu achever le « routier » avant d'entamer le travaux sur la carte de Tobago qui aurait été - certainement - aussi sublime que celle de la Martinique.

L’auteur du « Routier de la Martinique» n’est pas connu avec certitude. Dans son ouvrage sur la Martinique, Eugène Revert l'attribue à M. René Phelipeau. J'en conserve ici la référence quoiqu'elle puisse être largement controversée.

La seconde version originale du Routier de la Martinique est conservée au Service Historique de la Marine (SHM) situé au chateau de Vincennes [pavillon de la reine] sous la référence suivante : cote SH 213. Elle présente la Cartes des chemins vicinaux de la Martinique (1785) et 103 cartes coloriées, à l’échelle de 6 lignes pour 100 toises, et une carte (d'assemblage) de l’île. XVIII° Siècle. Papier. 108 feuillets. 235 sur 130 mm. Reliure maroquin rouge.

Un superbe travail réalisé par M. Reynal de Saint Michel et publié en 1997, présente et analyse ces fonds cartographiques. Selon M de Reynal, il est difficile de savoir lequel des deux fonds [celui d'Aix en Provence ou celui de Vincennes] précède l'autre. Dans tous les cas, l'un sera certainement une copie contemporaine de l'autre. Dans les deux cas les doutes sur l'auteur (ou les auteurs) de ces 103 cartes ne sont pas levés.

M de Reynal présente les 103 segments du routier [SHM] ainsi que la carte d'assemblage de 1785. M de Reynal a réalisé une étude approfondie de la toponymie du Routier et de celle de la carte de Moreau du Temple. En annexe, il présente le «mémoire instructif» rédigé par M Loupia et qui concerne les premiers travaux géodésiques réalisés dans l'île (triangulation).




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*Pages spéciales sur les Ingénieurs des Fortifications et des Ingénieurs Géographes *
* des Îles du XVIIIe siècle *
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*Louis de la Roulais (xxxx, yyyy) *
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* *
*Vincent Hoüel (1688, 1754) *
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* *
*César Picaudeau des Rivières (1707, yyyy) *
* *
* *
*Jean-Baptiste Romain (xxxx, yyyy) *
* *
* *
*Henri de Rochemore (1718, 1768) *
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* *
*Jean-Jacques Duportal [Duportail] (1701, 1773) *
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* *
*René Moreau du Temple (1736, 1786) *
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* *
*Charles Le Beuf ou Le Boeuf (xxxx, yyyy) *
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* *
*Antoine Geoffroy du Bourguet (xxxx, yyyy) *
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* *
*François Charles de Bexon (1741, 1806) *
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