XVIIIe siècle

Les cartes françaises *** 1ère partie ***

Les cartes publiées au XVIIIe siècle présentent pour la plupart des échelles en lieues ou en milles. Beaucoup de cartes adoptent des échelles multiples (lieues marines, lieues ordinaires, milles germaniques, lieues françaises, lieues d'une heure, toises, &c). Même en cas d'appellation identique, ces mesures étaient souvent différentes d'une région à l'autre. Elles ont été remplacées par les mesures du système métrique adopté par les révolutionnaires en décembre 1799 (loi du 19 frimaire an VII).

La Constituante a demandé en 1790 à l'Académie des Sciences de mettre au point un système de mesure harmonisé qui pourrait être généralisé à toutes les régions et par extension à tous les peuples.
De 1792 à 1799, Messieurs Méchain et Delambre ont effectué d'importants travaux de triangulation afin de déterminer la longueur du méridien comprise entre Dunkerque et Barcelone.
Leur illustre prédécesseur Eratosthènes d'Alexandrie avait, 21 siècles auparavant, calculé celle comprise entre Alexandrie et Sienne. Les deux savants français en déduisirent la longueur totale du méridien (40 000 km) à partir de celle du quart du méridien. Les travaux des français confirmèrent ainsi la justesse des calculs du savant grec. Le mètre fut désigné comme la quarante millionième partie de cette longueur.
On le matérialisa par un étalon en platine iridié. La Loi du 18 germinal an III (avril 1795) adopta le principe du système métrique qui devint légal en 1799, puis obligatoire en France à partir du 1er janvier 1840.
Aujourd'hui le système métrique a été adopté par la majeure partie des pays de la planète, sauf dans les domaines maritime et aéronautique où les milles et les pieds supplantent les mètres.






Bernard Renau d'Éliçagaray (1652, 1719), Carte du culdesac royal de la Martinique
Cul de Sac Royal de la Martinique par Renau, 1700
Dimension au cadre 64 cm x 98 cm.
carte manuscrite signée Renau : fait à la Martinique le 15 mars 1700, c'est-à-dire dans la dernière année du XVIIe siècle.
échelle graphique en toises
sondes indiquées : les chiffres marquent les brasses d'eau [brasses françaises]

BNF - Gallica propose superbe un plan représantant le Cul de Sac Royal de la Martinique fait dans l'île le 15 mars 1700 par Renau. M. Renau a dressé plusieurs cartes des possessions françaises. Il a signé notamment deux cartes de la Guyane qu'il a fait sur place, à Cayenne, le 15 janvier 1700. La première est intitulée Carte de l'Isle de Cayenne et de ses environs et la seconde Carte de la Guyanne.

Qui est donc ce dénommé Renau qui, dans la dernière année du XVIIe siècle, c'est à dire l'année 1700, dressait cartes et plans des contrées d'Amérique colonisées par la France ?

La réponse, puisque réponse il y a, se trouve dans le Nouveau Voyage aux Isles du Père Labat. Même si l'ouvrage a paru une vingtaine d'années plus tard, le « père blanc » [Dominicain également appelé Jacobin] qui relate ses aventures aux Antilles, nous donne là encore la preuve de sa parfaite intelligence et de sa mémoire inaltérable.

Dans le tome IV paru chez Cavellier en 1722, au chapitre XVIII, le dominicain nous apprend que : Monsieur le Chevalier de Reynau, Ingénieur Général de la Marine, et Monsieur de la Boulaye, Inspecteur Général de la Marine, arrivèrent à la Guadeloupe dans le Vaisseau du Roi « Le Cheval Marin » vers la fin du mois de mars 1700. Ils avaient déjà visité : Cayenne ; la Grenade ; et la Martinique. Ils devaient aussi voir Saint-Christophe et les divers quartiers où les français sont établis à Saint-Domingue....

Le reste du propos du « jacobin » montre que l'activité principale du Chevalier de Reynau était centrée autour de la réalisation de cartes générales et de plans particuliers [projets de fortifications notamment]. La concomittance des dates, entre la mission du Chevalier de Reynau, ingénieur général de la Marine, qui devait être à la mi-mars 1700 à la Martinique puisqu'arrivant fin mars 1700 à la Guadeloupe, et la date de réalisation des cartes de la Guyane (15 janvier 1700) et de la Martinique (15 mars 1700) indique que le Reynau que rencontre le père Labat est la même personne que le Renau ayant dressé les cartes aujourd'hui accessibles chez BNF-Gallica. Aux ANOM est disponible également un ensemble de cartes et de plans signés de la même main.

Par ailleurs Renau, puisque lui-même orthographie ainsi son patronyme, donne dans la carte du Cul de Sac marin qu'il a dressée la preuve de ses compétences d'ingénieur de la Marine. Il fournit en effet une image plutôt fidèle du Cul de Sac Royal assortie de nombreuses de sondes. On peut penser qu'elles ont été obtenues durant la courte mais intense visite du Vaisseau du Roi « Le Cheval Marin » qui a pu ainsi procéder à une campagne de levés hydrographiques. Dommage que le temps fut compté, les navigateurs auraient disposé de sondes plus fournies et de meilleures qualités.

La carte du Cul de Sac Royal est assez précise. Les rivières principales qui y débouchent sont bien marquées et de plus très joliment dessinées. Le Sieur Renau y restitue le nom des principaux Habitants, principalement situés sur le pourtour de la baie royale. Il indique aussi certains lieux-dits : Pointe des Nègres, Morne des Grives, Morne au Dames, Pointe du Bout, Anse Mitan ...). L'Ingénieur de la Marine a essayé de mettre parfois en évidence le relief intérieur, mais avec une repésentation très sommaire. Il s'est appliqué par contre à bien figurer le relief tout au long du trait de côte, entre les escarpements dûs aux mornes, les endroits sablonneux et la mangrove [cette dernière aurait cependant mérité un aspect plus marécageux]. Du côté de la Pointe du Bout, les endroits sablonneux (plage) sont bien représentés et les « dangers » présents, les roches affleurantes, sont signalés à l'aide d'une croix. On notera la Croix des Capucins surplombant le Carénage et pouvant ainsi servir d'amer aux pilotes pour les aider à entrer dans ce mouillage. Diverses ancres montrent les mouillages sûrs, notamment aux abords de la citadelle du Fort-Royal dont la restitution cartographique est très soignée. Renau a parfaitement inséré la citadelle dans l'environnement que constitue le Cul de Sac Royal, ce qui permet une première vue stratégique de la ligne défensive. Le plan qui suit présente ensuite la citadelle dans ses moindres détails avec les travaux réalisés, en cours et à faire.


Pour en avoir plus sur Bernard Renau d'Éliçagaray (1652, 1719) voyez également les nombreux documents disponibles aux ANOM et concernant principalement la Guyane et la Martinique. Comme par exemple ce rendu du Plan du Fort Royal de la Martinique disponible sous la BASE ULYSSE des ANOM.

Plan du Fort Royal de la Martinique par Renau, 1700 Les projets de fortifications élaborés par Renau se situent dans la droite ligne de l'action de l'Ingénieur François Blondel, alors Inspecteur des Fortifications, venu en mission trente ans plus tôt en 1667, inspecter le système défensif des îles. Renau [Ingénieur Général de la Marine] a ainsi mûri et conçu de nouveaux projets que les ingénieurs ordinaires des fortifications devront mettre en oeuvre, ou adapter parfois selon les difficultés techniques rencontrées,... ou l'état des finances qui n'a pas toujours permis une réalisation entière et conforme.

L'action des deux missionnaires a suscité de nombreuses réserves de la part des autorités en place : le Gouverneur d'Amblimont et de l'Intendant Robert. Sans parler des ingénieurs « résidents ». Ceux-ci considèrent souvent que la vision extérieure des missionnaires n'est pas en adéquation avec les réalités sociologique, géographique et stratégique du terrain. Ils y voient des projets en général mal adaptés et surtout des projets dispendieux que les colons, même en recherche de sécurité, auront du mal à supporter. Les remarques de « la Boulaye » [inspecteur général du ministère de la marine, dont dépendait les colonies] qui avait plus particulièrement été missionné pour examiner les aspects relatifs à la Justice et au Commerce, seront perçues comme autant d'ingérences et de mauvaises critiques sur le fonctionnement même des colonies, de leur administration, &c. Elles ont été un frein puissant à la compréhension mutuelle, donc à la défense des colonies.






Roland Barrin, marquis de La Galissonnière (1646, 1737),


Plan de la Rade, Port, Habitation et Fort Royal de la Martinique avec les principales Habitations des environs au mois de janvier 1702 / Che[valie]r de La G

Escadre de de Châteaurenault, Cul de Sac Royal, 1702

échelle graphique : échelle d'une demy lieu françoise ou de 15 cents pas géométriques.
dimensions : 41,5 cm x 57,5 cm

Durant la guerre de succession d'Espagne, qui alliaient espagnols et français, l'Amiral de Châteaurenault [François-Louis Rousselet, marquis de Châteaurenault] commandait une escadre qui a mouillé en 1702 aux Antilles Françaises, dans la Baie de Fort Royal. Selon le père Labat qui nous l'affirme dans son Nouveau Voyage aux Isles cette escadre aurait pu aisément s'emparer de la Barbade, mais les conditions du moment l'en empêchêrent. Au lieu de cela, l'escadre fut affectée à la protection des galions espagnols qui s'étant regroupés à la Havanne allaient en Espagne livrer la précieuse production annuelle des colonies.

Á l'annonce qu'elle était attendue à Cadix, la flotte espagnole et son escorte française se dérouta sur Vigo où eu lieu un bataille humiliante pour les armes navales française et espagnole. Elle fut remportée par les anglo-hollandais qui s'emparèrent d'un butin appréciable [bataille de Vigo, octobre 1702], même si le gros du « trésor » avait été débarqué et mis en sureté. Selon certaines sources, Renau d'Éliçagaray [voir section précédente] qui se trouvait en Espagne puisqu'il était chargé de l'amélioration des défenses de Cadix aurait joué un rôle essentiel dans le sauvetage de la plus grande partie de ce « trésor ». Mais l'ingénieur général se trouvait-il réellement à Vigo durant cette mémorable débacle ?

Le document de Gallica montre l'escadre de Châteaurenault à la Martinique en 1702. Il a probablement été dressé par le Chevalier de La Galissonnière (1646, 1737) qui a signé ici en tant que Chevalier : il l'avait été de l'Ordre de Malte et il l'était récemment de celui de Saint-Louis. Il commandait alors un vaisseau nommé l'« Espérance » de 70 canons, qui s'échoua et fut ensuite sabordé ... à Vigo. Barrin alors commandant de Vaisseau signe là un plan où l'« art naïf » à toute sa place. Il excelle dans la représentation de la perspective cavalière, sans grand souci de la proportionnalité.

Cette vue superbe et originale de Fort Royal qui s'étend de la Pointe des Nègres au Cul de sac Cohé montre comment en ce début de XVIIIe siècle l'habitat de la ville nouvelle s'était organisé à côté de la citadelle encore en construction. Ce plan semble avoir été fait « à la boussole ». Les quartiers sont principalement organisés autour de l'église [future cathédrale] selon le plan caractéristique de la plupart des villes coloniales : c'est-à-dire en damier, les rues se coupant à angle droit. L'essentiel de l'habitat se situe en deça du canal qui prolonge la « ravine Bouillé ». Au delà de ce canal servant à l'assainissement, un lot de maisons se situe à l'emplacement du futur Jardin Desclieux. Sur la rive gauche de la rivière Levasseur [du côté des Terres Sainville] les premières constructions sont déjà présentes, mélant habitat « urbain » et plantations. On devine déjà la place d'armes (future place de la savane).

Le dessinateur cartographe nomme la Pointe des Nègres à côté de laquelle il signale une ayguade, préoccupation essentielle pour un marin comme La Galissonnière : où peut-on en effet faire de l'eau douce ? Á proximité de cette ayguade il donne la Case au Pilotte [sic] qui ne semble correspondre ni à la Case des Navires [future Schoelcher] ni au bourg de Case-Pilote proprement dit et qui est bien plus éloigné. Il s'agit probablement de la maison où habite le pilote du port, élément également essentiel pour un « maître à bord ». Le cas échéant, elle est fort éloignée du bourg, de la citadelle et de son carénage.

Le Chevalier donne directement sur la carte, les emplacements des Habitations de certains propriétaires importants. On peut citer : celle de Colar [Collard] ; celle appartenant à Mr de Gourselas [habitation secondaire] ; celles de Datis, du Poyet, de Ragaine, de la Touche. De l'autre côté de la Baie Royale, vers la Pointe du Bout, il donne l'habitation de monsieur Bigot [Anse Mitan]. Pour d'autres habitations il utilise des lettres indiciaires dont la signification est à rechercher dans la légende. Ainsi, les indices de lettres mêlent Vaisseaux, fortifications et plantations sans ordre établi. Les lettres G et H indiquent par exemple les habitations de M. de Gourselas [la principale] et celle de M. Maluaut. Les lettres N, O, P, Q sont aussi représentatives d'Habitations particulières.

Á remarquer que le Chevalier écrit le Cul de Sac Cohé comme : Cul de Sac Koé. Ce nom particulier soutiendra un nombre important d'orthographes variées [voir plus bas] ainsi que des interprétations diverses sur son origine.


Plan de la Rade et Habitation du Fort St Pierre dans l'isle de la martinique / Che[valie]r De Lag
Plan de la Rade et Habitation du Fort St Pierre dans l'isle de la martinique / Che[valie]r De Lag
dimensions : 32 cm x 39,5 cm
échelle graphique : d'un mille ou de mille pas géométrique

Plan a été fait le 7 janvier 1702. Ce plan de la ville et de la rade de Saint-Pierre peut être rapproché de celui du Fort-Royal qui précède [voir juste au-dessus]. Les deux plans ont été produits apparemment par le même « cartographe », et à la même période c'est-à-dire en janvier 1702. La carte de Saint-Pierre semble toutefois moins bien perçue que la précédente. C'est peut-être une première tentative pour le père d'un futur directeur du Dépôt de la Marine. Roland Barrin, puisqu'il doit aussi s'agir de lui, a rapidement brossé une esquisse du bourg de Saint-Pierre qui s'étend de la batterie Sainte-Marthe au Sud à la rivière des Pères au Nord. Le commandant de Vaisseau a opéré avec la même technique que précédemment. Le plan semble avoir été dressé à la boussole depuis son bâtiment « l'Espérance » de 70 canons. Il le positionne d'ailleurs bien ancré, voiles affalées, à côté de la rose des vents, seul dans la rade. Pour s'aider à tracer une représentation correcte, Barrin a dessiné un canevas irrégulier sur lequel il est venu poser les points principaux qu'il a relevé. Mais la perspective est souvent trompeuse.

La batterie [certainement le dit « fort Saint-Charles »], au sud de Saint-Pierre, indicé en C présente un aspect déjà maçonné. On sait qu'entre 1690 et 1700 des travaux de maçonnerie ont renforcé la structure qui n'était que de terre compactée. La jouxtant, une batterie à « barbette » de 3 canons est indiquée, il s'agit peut-être des prémices de la batterie Sainte-Marthe, mais celle-ci semble en bord de mer.

Au centre du bourg, l'auteur signale en K une batterie de canons (4) sans préciser de laquelle il s'agit. Elle semble correspondre cependant à la batterie d'Esnotz ou à celle qui portera plus tard ce nom, elle fut d'abord appelée batterie Saint-Nicolas. Plus au Nord, passé le Fort aucune position fortifiée n'est mentionnée. Sur cet axe, la portée de la carte s'arrête avant la rivière des Pères qui n'apparaît pas. Entre la sortie Nord du bourg et la Rivière des Pères, le quartier « la Galère » commence à prendre son essor. Barrin y positionne à intervalle régulier des maisons le long du trait de côte. L'église du Fort ou des Jésuites A est sur-dimensionnée, l'imposant escalier qui en permet l'accès depuis le front de mer est mis exagérément en évidence.

Contrairement à Fort-Royal qui présente des quartiers plutôt en damier, le bourg de Saint-Pierre s'est développé d'une façon moins ordonnée. Sans être posées de façon anarchique, les constructions ont essayé de tirer le meilleur parti de la morphologie de ce terrain accidenté. Malgré la catastrophe de 1902, le bâti moderne transparait déjà à travers le schéma urbain de ce début de XVIIIe siècle. On notera l'absence de l'« Allée Pécoul » qui mène à l'Habitation « La Montagne » aujourd'hui Depaz. La rue Levassor qui longe la Roxelane [rive droite] est restituée avec deux lignes de constructions de part et d'autre.

On notera les quelques sondes dans la rade et la rose des vents.



Nicolas de Fer (1646-1720), L'Isle de la Martinique (n°129) dans l'Atlas Curieux, imprimé à Paris en 1705. Dimension au cadre 26 cm x 36 cm. Gravée par P Starckman. Cette carte de la Martinique est datée de 1704.

carte de la Martinique par de Fer

La principale œuvre de Nicolas de Fer est l'Atlas Curieux. Sous toute réserve, cet atlas possèderait une première épreuve datée de 1700. Dans l'édition de 1705, la plupart des cartes de la première édition auraient été actualisées et enrichies.
La première originalité de cette carte, tient au style de représentation qui s'apparente à une mise en perspective cavalière. Cet effet donne une belle allure au relief, même si la correspondance avec la réalité orographique de l'île en est bien éloignée. «De Fer» a conservé l'idée de perspective adoptée au siècle précédent par François Blondel, mais il tâche d'être plus conforme à la représentation du relief, sans toutefois y parvenir entièrement. Mais on reconnait mieux, La Pelée (n°63), les pitons, la montagne du Vauclin.
La seconde originalité cette carte de Nicolas de Fer est la table indexée [du n°1 à 63] située en bas à droite. Ce procédé permet de délivrer un grand nombre d'informations sans surcharger inutilement la carte elle-même.

L'orientation de la carte n'est pas usuelle, le Nord, identifiable à l'aide de la rose des vents, se situe à gauche.

L'indice 44 de la table indique Carbet de Sauvages Macabou. Il est placé entre la Pointe du Vauclain indiquée directement sur la carte et le Cap Louis (en indice n°42 de la table). Plus au Sud de Fer a porté Pointe du Macabou au Nord du cap Ferré. Au Nord de l'île, l'indice n°60 mentionne le bourg du Macouba. Ces noms sont issus de la langue des caraïbes. Ils ne disparaîtront pas et sont encore utilisés aujourd'hui (petite et grande anse du Macabou, commune du Macouba, ...).

Pour indiquer la présence des caraïbes, de Fer a repris les indications portée par N.Visscher qui localisait un important carbet caraïbes au Sud du Cap. Louys. Les cartes postérieures - comme celle du Père Labat - indiqueront encore un village de caraïbes à proximité. Le bourg du Macouba se substitue quant à lui à la rivière de Macouba indiquée dans la carte de F. Blondel.


Les établissements des ordres religieux sont indiqués : jésuites, capucins et jacobins [dominicains]. F. Blondel les avait déjà mentionné en partie. Parmi les religieux, les jésuites furent les premiers à s'installer en Martinique (dès 1640), ils possédaient d'importants domaines où travaillaient de nombreux esclaves.
Les jésuites seront interdits puis expulsés de France et des îles à partir de 1761. L'ordre sera supprimé en France en 1764 par Louis XV, sa suppression par le pape Clément XIV interviendra par la suite. Ce rude traitement fera suite à l'affaire Lavalette [Antoine Valete] principal représentant de l'ordre des jésuites dans les îles du vent. Sa gestion irresponsable et ses procédés hasardeux amèneront la banqueroute de l'institution et l'ouverture un procès retentissant qui se soldera par l'interdiction de l'ordre.

À côté des jésuites, on trouve les dominicains [ou jacobins] qui comptent dans leur rang de prestigieux révérends, tels les Pères du Tertre et Labat.

L'Atlas Curieux présente les cartes accompagnées de descriptions.

La description donnée par Nicolas de Fer est la suivante :
La Martinique est une des plus considérable île des Antilles en Amérique, et de celles que les espagnols appellent sur le vent. Elle est située à 14 degrés 30 minutes de latitude septentrionale et à 317 degrés 10 minutes de longitude, les français s'y établirent au mois de juillet 1635 et en chassèrent les sauvages l'an 1658. Les insulaires qu'on y trouva la nomment Madanina, elle a environ 50 lieues de circuit et dix huit de longueur, pour sa largeur elle est fort inégale. On la divise en Cabesterre et en Basse Terre, la Cabesterre n'a aucune subdivision, mais la Basse Terre est subdivisée en 4 quartiers, à savoir : la case du pilote, le carbet, le Fort St Pierre et le Prêcheur, le quartier du Fort de St Pierre est le principal et la résidence du Gouverneur,avec une paroisse dédiée aux Sts Apôtres.
Les Jésuites ont fort près de ce Fort une belle maison, une chapelle et leur habitation avec le premier moulin à sucre qui ait été bâti dans l'île....Cette île est moins sujette aux ouragans que les autres Antilles.


Le texte du géographe donne les coordonnées astronomiques de l'île qui sont également indiquées sur la carte elle-même, à côté de l'échelle en «lieües». Aucun cadre, portant longitudes et latitudes n'a pourtant été gravé. Comme la plupart des cartes françaises de cette période, la longitude est vraisemblablement donnée par rapport au méridien de l'Isle de Fer dans les Canaries. Nicolas de Fer indique comme longitude : 317 degrés 10 minutes pour la Martinique.

La longitude du Méridien de l'Isle de Fer est une longitude «Est». Les longitudes relatives aux Méridiens de Paris ou de Greenwich seront généralement des longitudes «Ouest» [pour mémoire : le méridien de Greenwich est à 2° 20' 14" à l'ouest de celui de Paris].

Les coordonnées indiquées par N. de Fer seront reprises dans d'autres cartes du début du XVIIIe siècle. Par exemple, les cartes du père Labat et de Vincent Houël [voir plus bas] donneront les mêmes coordonnées astronomiques. Cependant, la source des coordonnées astronomiques utilisée par N. de Fer reste à déterminer plus précisément.

Ces coordonnées semblent toutefois provenir de la mission «Deshayes-varrin-du Glos» de 1682, qui avait conclu à Saint-Pierre [le lieu exact pourrait être à l'emplacement de la batterie Sainte-Marthe] à une latitude de 14° 44' septentrionnale et à une longitude de 63° 41' 25" par rapport au méridien de Paris [ce qui fait 296° 19' en longitude Est de Paris, si l'on ajoute 20° ou 21° afin de caler la mesure sur l'Île de Fer, on obtient bien une mesure comprise entre 316° 19' et 317° 19']. La mesure aura été rapportée, par calculs, à Fort-de-France et non à Saint-Pierre.

La révision de la position du méridien de l'Île de Fer par rapport au méridien de Paris, en 1720, induira des changements de longitudes dans les cartes : la longitude de l'Île de Fer sera corrigée par Guillaume Delisle qui considèrera que 20° [tout rond] est plus proche de la réalité et permet de meilleures déterminations.

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica la Martinique chez le Sr. de Fer issue de la collection Bourguignon d'Anville.








Enigme : Feuillée ou Delisle ?

Manuscrit Gallica - Carte de l'Isle de la Martinique - Delisle (?) - Feuillée
Cette carte issue de la collection Bourguignon d'Anville est mise en ligne par la bibliothèque numérique de la BNF : Gallica. Elle possède les caractéristiques cartographiques similaires - en presque toute chose - à la carte produite par le Père Louis Feuillée [voir juste plus bas]. Elle est cependant manuscrite tandis que celle du Père Feuillée présentée sans l'ouvrage, publié par Mariette est gravée et imprimée. Ce pourrait être ainsi l'original dont s'est servi le graveur pour produire le cuivre de la carte de Feuillée parue en 1725 dans le Journal des Observations Physiques, Mathématiques et Botaniques, faites par l'Ordre du Roy sur les Côtes Orientales de l'Amérique Méridionale. Ses dimensions au cadre, selon Gallica, seraient de 19,5 cm x 31,5 cm.

Quelqu'un [Bourguignon d'Anville lui même ?] est venu ajouter sous le titre de la carte faite par De L'Isle Géographe du Roy. L'écriture cursive n'est pas exactement ni parfaitement ressemblante à celle du reste de la carte [il faudrait des analyses graphologiques poussées, mais à première vue, la lettre « p » ressort nettement différenciée entre la nomenclature de la carte et le titre]. Mais, faute de mieux, les experts de la BNF attribuent cette carte au fameux géographe Guillaume Delisle.


Un élément, issu de la comparaison des profils de la Martinique dans la production de G. Delisle, vient renforcer ce doute. On connaît avec certitude deux cartes où apparaît la Martinique :

a - celui de la Carte des Antilles Française de 1717, basé sur les indications de Thimothée Petit.

b - celui de la carte posthume de la Martinique [Delisle / Buache] de 1732, basé sur les indications de Vincent Houël.

De grandes différences apparaissent entre les deux profils de la Martinique tant les deux sources, citées, sont différentes. Si Delisle a produit cet exemplaire manuscrit, il aurait pu le dresser entre les années 1720 à 1725, pourquoi n'a-t-il alors pas été produit et imprimé comme le reste de la production du géographe ?

En 1725, l'ouvrage de Feuillée sort chez Mariette. Delisle, est certes mort en 1726, ce qui limite les voies de recours, mais vraisemblablement son successeur, Philippe Buache, aurait protesté de cet accaparement. Or il ne se passe rien de tel. Et Buache sort en 1732 la fameuse carte attribuée aux deux savants, c'est-à-dire Delisle et lui-même.






Le Père Louis Feuillée, Carte de l’Isle de la Martinique

Carte tirée du «Journal des Observations Physiques, Mathématiques et Botaniques, faites par l'Ordre du Roy sur les Côtes Orientales de l'Amérique Méridionale aux Indes Occidentales / Et dans un autre Voïage fait par le même ordre à la Nouvelle Espagne & aux Isles de l’Amérique.
Ouvrage en trois volumes. Le volume III, publié en 1725 à Paris chez Jean Mariette, rue Saint Jacques, aux Colonnes d’Hercules. Il contient à la page 236, la carte de l’Isle de la Martinique «dressée» par le père Feuillée.

carte de la Martinique par le Père Feuillée
La carte attribuée au Père Feuillée est particulière et surtout très originale. Elle tranche avec les autres cartes, en ce sens qu'elle présente un profil général de l'île différent des précédentes. Elle indique une indépendance certaine, Louis Feuillée semble avoir travaillé "sa" propre carte. Elle ne présente toutefois pas de coordonnées astronomiques en longitude, ce qui est un comble pour celui qui a déterminé, « avec précision » pour l'époque, celles de l'île.

L'apport de Feuillée à la géographie réside pourtant dans un positionnement astronomique « plus précis » de l'île où il fit de nombreuses observations et déterminations notamment lors de son premier séjour en 1703 et 1704. La longitude qui sera retenue in fine [par Cassini et l'Académie des Sciences] comme résultant des travaux du père Feuillée sera celle de 63° 22' 0" à l'Ouest du méridien de Paris. Elle aura été conclue par des observations sur les immersions et les émersions des satellites de Jupiter à la Martinique (Gros-Morne) et à Paris. La latitude que donnera le religieux confirmera grosso-modo celle calculée par la mission «Deshayes - Du Glos - Varins» en 1682 soit environ 14° 44' 0".

La carte présente les saints patrons des différentes églises et chapelles qui desservent les quartiers de l’île ainsi que les ordres chargés du culte. L’aspect religieux prédomine. Elle met en évidence la présence sur la côte de la capesterre, entre la «Pointe du Macabou» et le «Cap feré», de carbets de caraïbes. Le Père Feuillée y indique la « demeure des sauvages ». En ce début de XVIIIe siècle, les caraïbes avaient encore quelques bases arrières en Martinique. Mais la fin de leur présence permanente dans l’île était proche...

Au sud de Saint-Pierre est portée une indication concernant le « Fort Saint-Charles ». L'existence de ce fort est attestée dans la plupart des premières cartes dédiées à l'île, et à la ville de Saint-Pierre. Il semblerait toutefois que le fort Saint-Charles n'ait jamais été davantage qu'un fortin sommaire, qui se serait transformé en batterie de défense côtière assez rapidement.
En ce début XVIIIesiècle, on dénombrait dans les environs du bourg de Saint-Pierre plusieurs batteries de défense. Deux des trois principales étaient au sud de la bourgade : l'une d'elle s'appelait Saint-Charles et l'autre Sainte-Marthe. Complétant le dispositif défensif, au Nord était située une troisième position : la batterie « Saint-Louis ». Vinrent ensuite au début du XVIIIe renforcer la position de Saint-louis, d'autres batteries secondaires comme celles de « Saint-Ignace » et de « Saint-Xavier ».
La plupart de ces batteries ont connu des stades divers de construction. Ils étaient fonction de l'efficacité tactique ou stratégique reconnue à la position. Au tout début de la colonisation, les batteries étaient le plus souvent installées sur de simples buttes de terres : c'étaient des batterie en barbette. Ces buttes sont parfois passées au rang de terre-pleins défensifs, c'est à dire dotées de maçonnerie avec créneaux et merlons.
D'autres batteries sont devenues des constructions davantage maçonnées, avec des embrasures et parfois des locaux à proximité permettant l’abri, plus ou moins permanent, d'un corps de garde.

Le Père Feuillée connaissait bien la Martinique pour l’avoir parcourue à plusieurs reprises. Son dernier séjour connu, s’étale de mai à juillet 1711, alors qu’il revenait sur le vaisseau du roi le « Phélypeaux » d’une expédition scientifique. Durant celle-ci, entre 1707 et 1711, il avait été amené à parcourir l’Amérique du Sud de la Terre de Feu au Pérou. Il a effectué alors de nombreuses déterminations astronomiques qui ont permis aux géographes de disposer enfin de données fiables.

Durant ses séjours à la Martinique, le Père Feuillée a observé la déviation de l’aiguille aimantée (déclinaison magnétique). Il a également précisé la latitude de l’île et effectué de nombreux calculs, basés sur de nombreuses observations astronomiques, visant à déterminer la longitude de l'île. Le révérend père a effectué ses observations astronomiques surtout au Gros-Morne, en 1703, dans les habitations de colons chez lesquels il a été hébergé. Le père Feuillée note dans ses mémoires qu’il a été hébergé dans un premier temps chez monsieur Tartonne d’une part et ensuite chez Monsieur de la Chapelle. La carte de Buache & Delisle de 1732 indiquera l'emplacement de ces deux habitations en indiquant : « lieux où ont été effectuées les observations ».

Les fortes attaches de Feuillée avec la Martinique sont soulignées dans un tableau à la gouache dont l’auteur serait Joachim Guénin [peintre marseillais] contemporain du Minime. Le tableau présente le Père Feuillée étudiant «sa» carte de la Martinique. L’île dont il avait particulièrement étudié la botanique... et les coordonnées astronomiques. L'oeuvre a probablement été réalisée du vivant de Feuillée. Cela renforce l'hypothèse selon laquelle cette carte de la Martinique a bien été compilée et dressée par le religieux [voir section juste au-dessus : Feuillée ou Delisle ?].


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica Carte de l'Isle de la Martinique issue de la collection Bourguignon d'Anville.








L'ISLE DE LA MARTINIQUE

carte manuscrite, conservée à la BNF (rue Richelieu) Départements des Cartes et Plans, référence : SH 18e PF 156 Div 2 P 6 D semble attribuée par la BNF à François Blondel (?). Je pense qu'il doit y avoir une erreur dans le report de la cote de ce document. Il se pourrait bien qu'il s'agisse plutôt de Blondel de Jouvencourt - intendant en Martinique - et qui, on le sait, a communiqué plusieurs exemplaires de cartes (dont il n'était pas l'auteur) au Dépôt de la Marine, de la Guerre, ou encore au Dépôt des Fortifications. Ces cartes accompagnaient généralement des rapports rédigés par l'intendant.
L'Isle de la Martinique
Cette carte possède, en haut et à gauche, une simple croix qui fait office de boussole. Y sont indiqués le Nort et le Sud.
Ses caractéristiques générales sont les suivantes :
Echelle de cinq lieuës.
Pas de sonde en mer.
Pas d’indication de latitude ni de longitude.
dimensions approximatives : 49 cm (largeur) x 37,5 cm (hauteur).


Carte de la Martinique - Anonyme - envoyé par B de J - 1724

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]


Cette carte de la Martinique dressée par un auteur anonyme [peut-être Vincent Houël], relate surtout les implantations des congégations religieuses en fonction des paroisses qu'elles désservent.




LA MARTINIQUE

carte manuscrite, conservée à la BNF (rue Richelieu) Départements des Cartes et Plans, référence : SH 18e PF 156 Div 2 P 7 La Martinique

Au dos de cette carte, une inscription manuscrite, partiellement interprétable, annonce :
PLan de l'Isle de la Martinique remis au dépôt par monseigneur le maréchal d'Estrées en janvier 1720

Ce qui laisse entendre que cette carte est antérieure à 1720, année à laquelle elle aura été remise au Dépôt de la Marine.
Nul doute que le jeune JN Bellin a bien étudié attentivement cette carte, et s'en soit inspiré pour la réalisation de son exemplaire de 1758.


Cette carte [PF156 DIV2P7] est d'une taille sensiblement plus grande que la précédente. Sa dimension approximative est de 72,5 cm (largeur) sur 50 cm (hauteur).
Elle possède un cadre où les latitudes sont indiquées seulement sur le côté droit. Fort Royal y est environ à 14°40' de latitude nord.
Aucune sonde en mer n'y figure.
une échelle de cinq lieue est présente, ainsi qu'une rose des vents [en bas à gauche] d'où partent des lignes rhumbs

Ces deux cartes manuscrites présentent de fortes ressemblances entre-elles, l'une est elle l'ébauche de l'autre ? mais aussi avec celle du Père Feuillée publiée par Mariette en 1725.
Hormis quelques points de détail, les concordances sont assez patentes. On peut penser que l'une de ces deux cartes manuscrites aura été une source d'information pour le graveur ou le géographe travaillant pour Mariette.
On sait que le Père Feuillée a séjourné à plusieurs reprises en Martinique. Qu'il y a relevé longitudes et latitudes en divers endroits, principalement au Gros-Morne. Le Père Feuillée aura pu localiser les lieux de ses observations sur une carte particulière qu'il aura lui même tracée, c'est d'ailleurs plus que probable. Mais malheureusement, aucune de ces deux cartes manuscrites ne porte la localisation des lieux d'observations du savant père, ni aucune autre indication qui pourrait faire penser que l'auteur de l'une d'entre-elles est bien le R.P. Feuillée.

Quelques différences notables existent entre les trois cartes. Sur les deux cartes manuscrites on trouve au Carbet un établissement religieux nommé Notre Dame de Bon Port qui n'existe pas dans la carte gravée. Inversement dans les cartes manuscrites, il n'existe pas de Fort St-Charles, à Saint-Pierre, comme indiqué dans le document de Feuillée/Mariette. Sur les manuscrits pas de Mont-Pelée, contrairement à la gravure où la montagne est indiquée.
Sur la première carte manuscrite l'îlet la Caruelle s'apparente à celui de la carte publié par Mariette où il y est indiqué comme étant l'îlet Coruelle. Similitude troublante. La seconde carte (la plus grande) ne dit rien sur cet îlet, il en est d'ailleurs absent.
Sur la seconde carte manuscrite apparaissent les hauts fonds de la côte au vent, que l'on retrouve sous une autre forme sur la carte gravée de Feuillée/Mariette. La première carte manuscrite (la plus petite) est dépourvue de ces dangereuses cayes.

Si l'on retient la proximité des dates connues pour ces cartes :
1 - 1720 remise au dépôt de la seconde carte manuscrite
2- 1725 parution de la carte gravée dans l'ouvrage de Feuillée publié par Mariette,
On peut penser que les deux cartes manuscrites peuvent être datées dans la période 1710-1720.






Le Père Laval , Plan de la Rade du Fort Royal
Plan de la Rade du Fort Royal - RP Laval
La carte de la Martinique attribuée au Père Feuillée a été reprise par l'imprimeur Mariette pour illustrer le récit du R.P Laval de la Compagnie de Jésus, intitulé : Voyage de la Louisiane, fait par ordre du roy en l'année 1720. La carte figure alors en page 48 de l'ouvrage. Elle est accompagnée du Plan de la Rade du Fort Royal.

Le récit du père Laval a été édité par Jean Mariette, à peu près à la même époque où il éditait le troisième et dernier tome du Voyage de Louis Feuillée. L'éditeur et imprimeur Jean Mariette a donc fait d'une pierre deux coups. Sur la feuille qui présente la carte de la Martinique est portée la pagination selon l'ouvrage auquel elle se destine (celui de Feuillée ou celui de Laval).
Le récit du Voyage de la Louisiane est intéressant. Il donne des indications essentielles sur l'utilisation des cartes marines à bord des vaisseaux français. On y apprend que les cartes de Pieter Goos et de Gérard Van Keulen (fils de Johannes) étaient principalement utilisées, même si l'on savait bien qu'elles étaient imprécises.

Le récit du R.P Laval permet d'avoir une vue assez objective des conditions dans lequelles navigaient alors les navires. Il soulève bien les problèmes de localisation (latitude, longitude, mesure de la vitesse, estime,...) auxquels étaient confrontés les navigateurs. Les difficultés de lecture des instruments de mesure sont aussi évoquées, notamment pour le compas de variation, à cause du roulis.
Laval relève la grande imprécision des cartes marines utilisées. A cette époque, la constatation de la "défectuosité" des cartes ne permettaient pas de les rectifier avec une certitude maximale.
Les corrections apportées manuscritement sur les cartes, par les capitaines de navires ou les pilotes, étaient parfois aussi erronées, voire plus, que les configurations initiales. Les seules rectifications fondées, pouvaient être basées sur des observations astronomiques réalisées dans de bonnes conditions. Encore fallait-il souvent jouer de finesse.

Laval (à partir de la page 47) nous conte son arrivée à la Martinique :
sur les trois heures du matin, on a vu la terre de la Martinique, et l'île au Loups Marins nous restait à l'ouest... le vent étant Est-Nord-Est médiocre, nous avons couru au Nord jusqu'au jour. Alors on a reviré et fait route au Sud quart Sud-Est, l'amure à babord pour courir le long de l'île, et aller au Fort Roïal (sic)...

Le père laval conjecture ensuite sur les estimations de longitude du vaisseau. Celles-ci les situaient à 60 lieues à l'Est de l'île, tandis qu'ils en étaient à trois. Laval pense qu'il faut tenir compte des courants portants entre Madère et la Martinique pour avoir une meilleure estimation de la longitude.
Il est vrai que la Martinique est posée trop à l'Est de 28 minutes de degré sur les cartes de Pieter Gos, qui valent neuf lieues dont il faut la reculer à l'Ouest, mais comme il est beaucoup mieux de se faire plus près de terre que de s'en estimer plus loin, on peut fort bien n'avoir pas égard à ces neuf lieues.
Antoine Laval ne donne pas de description littérale de l'île de la Martinique, ni de présentation de la faune ou de la flore. Cela a déjà été présenté dans d'autres ouvrages, dont celui du Père Du Tertre qui a longtemps demeuré dans l'île : je renvoïe donc les Curieux aux livres du P. du Tertre & du P. Feüillée ....

Laval s'en tient à joindre à son ouvrage, un plan de la rade du Fort Roïal, ainsi qu'un plan général de l'île.
A la fin de son ouvrage il récapitule, dans des chapitres appelés "réflexion sur ...", les différences entre les positions indiquées sur les cartes en vigueur et les dernières observations des scientifiques qui parcouraient alors le monde pour y relever les longitudes et les latitudes.

Le Plan de la Rade de Fort Royal que nous présente le R.P Laval est toutefois assez défectueux. Malgré cela, on le retrouvera dans un certain nombre de travaux cartographiques postérieurs. Il semble que Popple s'en soit largement inspiré pour dresser son plan (1733). Le géographe britannique a été suivi par Ph Buache qui a également repris dans sa carte de la Martinique la plupart des informations données par LAVAL.

Dans la carte présentée par le R.P. LAVAL le délinéament et la position des principales cayes de la baie ne correspond pas à la réalité. Il manque à sa carte les principaux dangers existants à l'entrée de la baie de Fort-Royal.

Comme le dit si bien le savant prélat : ne mettons point sur les cartes des dangers qui ne sont pas à la mer, il n'y en a déjà que trop, non seulement de réels, mais même de faux, qui donnent assez d'exercices aux navigateurs....., mais dans la réalité la confusion dans le genre règne.

De Fleurieu, dans l'ouvrage qui rend compte de la mission de l'Isis (1768, 1769), ne ménage pas ses critiques sur la carte du Cul de Sac proposée par le R.P. Laval :
Le plan du cul-de-sac du Fort-Royal qu'on trouve sur la Carte de l'île de la Martinique, au grand point (Dépôt, 1758), m'a paru très exact. il s'agit là du plan de JN Bellin (largement copié sur les travaux de Pierre Gilly), puis de Fleurieu enchaîne :
Il n'en est pas de même de celui qu'a donné le Père Laval, dans son Voyage à la Louisiane (page 48) : les cayes y sont mal placées : les gisements sont défectueux : la grande caye, dont le milieu est à peu près dans le Sud-Ouest du Fort, & qui barre l'entrée de la rade, du Nord au Sud, sur une longueur de près d'une demi-lieue : cette caye, dis-je, n'y est pas marquée : il est vrai qu'on y trouve depuis cinq & demi jusqu'à quatorze brasses : mais, avec de la mer, un gros Vaisseau peut taloner sur la queue du Sud, où l'on ne trouve que cinq brasses & demie

La section Cartes et Plans de la BNF (rue Richelieu à Paris) dispose de trois cartes relativement proches de l'exemplaire proposé par le R.P. Laval pour représenter le Cul de Sac Royal. Elles peuvent être considérées comme les "matrices" ou des "sources" qui ont abouti à l'élaboration du modèle de Laval.

La date du Voyage à la Louisiane et la parution de l'ouvrage du R.P. Laval militent pour une période de confection de ces trois modèles comprise entre 1720 et 1725. Mais la B.N.F attribue [peut-être à tort] les deux premières cartes à un dénommé C.I.F Berthou ou C.J.F Berthou bien qu'aucun lien véritablement sérieux ne puisse être établi avec certitude. Appramment ces deux cartes faisaient partie d'un même lot où l'on trouvait également une carte espagnole du Golfe du Mexique, recopiée en 1714 scrupuleusement et dans son intégralité par le dénommé Berthou.

Était-ce un cartographe atitré ou quelqu'un plus simplement chargé de calquer ou de vérifier les cartes ?

On n'en sait à priori rien. L'original de la carte espagnole copiée par Berthou reste non identifié, compte tenu des informations présentées « l'original » aurait été réalisé vers la fin du XVIIe siècle. Gallica possède diverses copies de cette carte espagnole, divisée en quatre parties [4 feuilles]. Les longitudes qui y sont adoptées sont des longitudes Est par rapport aux îles du Cap Vert (La Praya / Praia). La Martinique est ainsi positionnée à ~ 322° Est, c'est-à-dire à ~ 38° Ouest des îles du Cap Vert. Ainsi, l'attribution des cartes du Cul de Sac Royal à Berthou est-elle sujette à caution.


carte n°1 - Rade du Fort Royal de la Martinique. références : GE D 16699 - [CJF Berthou ?]
Rade du Fort Royal de la Martinique
dimensions approximatives au cadre : 41,5 cm x 28 cm - échelle de 1/2 lieüe (1, 1/4, 1/2) - une rose des vents. Pas d'indication sur la longitude ou la latitude.
Carte manuscrite entoilée représentant la baie du Fort-Royal de la "pointe des nègres" au "cap Delay" [ie : Cap d'Arlay ?] c'est à dire vers les ances d'Arlet. L'intérêt de cette carte, est la présentation des contours des cayes et des sondes de la baie de Fort-Royal. Ces éléments sont proches de ceux présentés dans le Plan du cul de Sac Royal du R.P. Laval. Les même erreurs y sont constatées. Les principaux dangers marins à l'entrée de la baie manquent (caye de la Vierge, caye du Mitan, caye du Gros-Îlet, ...).
Certaines rivières sont explicitement nommées : Riv à M de Valmenier, R à M de Laguarigue, du Lamantin, R à M Le Merle, à M Hureaux, Riv lézard, R du trou au chat, R salée.

On y trouve également nommés : la pointe des nègres, l'ance aux flamans, le Fort-Royal, le Cul de Sac Royal qui se confine alors au traditionnel Carénage, le cul de sac au hay, les 3 islets, le grand islet, le petit islet, l'islets aux ramiers.

Le bâti est à peine représenté, quelques bâtiments ou maisons éparses, en projection orthogonale. La citadelle du Fort-Royal est représentée, sur une presqu'île hypertrophiée, en forme de fer à cheval (pointes vers le nord) comme une simple batterie en demi-lune avec 3 bâtiments à l'intérieur.
Cette carte semble être l'expression d'un premier jet qui aurait dû (?) être finalisé dans l'exemplaire qui suit.

carte n°2 - pas de titre. références : GE D 16700 - [CJF Berthou ?]
Carte manuscrite entoilée qui ressemble à une tentative de mise au propre de la carte précédente. Elle est d'une dimension légèrement supérieure, mais embrasse le même périmètre.
dimensions approximatives au cadre : 48,5 cm x 34.5 cm - échelle de 1/2 lieüe (1, 1/4, 1/2) - une rose des vents - Pas d'indication sur la longitude ou la latitude
cartouche de titre ; vide
Aucun texte n'a été porté sur cette carte, le dessin des cayes et la mesure des sondes sont par contre présents (pratiquement les mêmes que sur la carte précédente). La volonté de finaliser l'esquisse précédente semble patente, un superbre cadre devant accueillir le titre de la carte a bien été dessiné mais rien n'a été inscrit à l'intérieur. On peut penser que le cartographe chargé de reproduire la carte a abandonné subitement son ouvrage. Les raisons de cet abandon ne sont pas connues à ce jour ... si ce n'est que cette carte est fâcheusement erronnée. Sa publication aurait pu entraîner des naufrages et fortunes de mer pour les navigateurs ne connaissant pas la baie. Heureusement, quand les vaisseaux navigaient en mer inconnue, les usages impliquaient le recours à des pratiques, c'est à dire à des pilotes portuaires. Leur activité remonte, dans l'île, aux origines de la colonisation. C'est encore le cas, actuellement à Fort de France des pilotes embarquent à bord des « Croisières » pour leur permettre un accostage sans difficulté.




carte n°3 - Plan de la Rade du Fort-Royal. références : GE F carte 5913.
Plan de la Rade du Fort Royal
Carte mansucrite sur calque - dimensions au cadre : 20,5 cm x 15 cm - échelle d'un demie lieüe - pas de longitude ni latitude.

Cette carte est peut être la copie calquée de la carte d'Henry Popple de 1733. En effet elle correspond presque en tout point à la carte du géographe britannique dont les sources pourraient être celles du père LAVAL.

Un carton dans lequel l'auteur a porté des lettres indiciaires qui renvoient les noms des principaux lieux : A - Fort-Royal / B - L'ance aux flamans / C - Pointe des nègres / D - Cap De Lay [pour Cap d'Arlay ?] / E - trou au chat / F - Grand Ilet / G - Petit Islet / H - les 3 islots / I - Isle aux Ramiers / L - Cul de Sac au Hay / M - Cul de Sac Royal (pour le carénage).

La représentation de la citadelle est la même que dans les deux cartes précédentes. Les cayes et les sondes sont similaires. Ce calque a dû servir à l'élaboration par l'imprimeur Mariette de la planche destinée à l'impression du Plan de la Rade du Fort Royal attribué au R.P Laval. Le calque et le plan du R.P. Laval se recoupent parfaitement, jusque dans le carton posé en haut et à droite.

A noter que Philippe Buache s'inspirera de ces derniers modèles, dans sa carte générale de 1732 [voir l'extrait] comme dans le plan particulier qu'il consacrera au Cul de Sac Royal (1740).







L’ingénieur Vincent Hoüel ou l’œil du géographe métropolitain

Hoüel, «Plan du Réduit de Saint-Pierre dans l’Isle de la Martinique»

Plan du Reduit de St Pierre dans l'Isle de la Martinique / Houël

Carte datée de 1727, conservée à la B.N.F rue Richelieu. Fonds S.H.M, portefeuille 156 division 6 pièce D4D

dimensions approximatives : 58 cm x 44 cm


Estampille du Dépôt des Cartes, plans et journaux de la Marine.
Echelle de 600 pas de 3 pieds ½ chacun.
Une rose des vents (16 branches) en haut à gauche. Au centre de la rose des vents, une fleur joliment dessinée.
En bas à gauche: «Fait au Fort Royal de la Martinique Juin 1727» suivi de la signature manuscrite de Hoüel. Á côté, un bref texte également manuscrit rédigé sans aucun doute par le lieutenant général de Pas de Feuquières avec signature manuscrite de ce dernier.

La carte montre le réduit de Saint-Pierre (ou Grand Réduit) qui constitue un retranchement naturel considéré par les stratèges de l'époque comme ultime et sûr en cas d’invasion. Ce réduit se trouve à la sortie de Saint-Pierre, en montant vers l’actuelle commune du Morne-Rouge.
On y trouve actuellement deux principaux lieux-dits : le Petit-Réduit juste après les Trois-ponts et ensuite le Grand Réduit.
Sur la carte de Hoüel, le chevelu des rivières fait l’objet d’une description détaillée. La route de Saint-Pierre à la Trinité [Grand chemin de la Cabesterre], est accompagnée d'une inscription «Réduit de Saint-Pierre entre les deux lignes rouges a costé des rivières» qui délimite l'étendue du réduit.
Sont mise en évidence les batteries de défense [en demi-lune], la batterie du Mont Parnasse, celle du Grand Réduit …. Elles sont toutes tournées vers Saint-Pierre d’où pourrait venir les forces étrangères après y avoir débarqué.

Diverses habitations, celle de M. le Jeune, celle de M Crézol, celle de M de Massias sont mentionnées.
Pour la petit histoire : l'ingénieur Hoüel en nous présentant ce plan du Réduit se fait l'écho d'un litige territorial qui semble opposer les "habitants" de ce secteur.
En effet on peut lire l'annotation suivante : chemin defendu par 2 arrests du Conseil à M de Massias puis une autre annotation chemin prétendu par M de Massias / division entre M de la Vernade et M le Jeune.

Apparemment l'habitation de M de Massias, enclavée, n'était accessible que par 2 chemins qui ont fait l'objet d'âpres négociations ou de différents d'usage importants entre les voisins concernés.
L'un des chemin traverse la propriété de M de la Vernade, après recours, il a été défendu d'usage à M de Massias, 2 arrêts du Conseil de la Martinique, sembleraient réserver son usage au seul sieur Vernade. Initule de vous décrire l'état des relations entre les deux hommes !!!

Reste donc le chemin délimitant les propriétés de M le Jeune et de Vernade, réputé chemin empruntable par M de Massias pour rejoindre son habitation.

Les maisons sont joliment dessinées en perspective cavalière, elles sont parfois entourées de quelques arbres bien plantés.


Réduit de Saint-Pierre par Vincent Houël

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Ce plan oeuvre d'un "anomyne" pour les Archives Nationales de l'Outre-Mer est certainement une copie du plan de Vincent Hoüel disponible à la B.N.F. [voir plus haut dans cette section]. Les deux plans présentent, à peu de choses, près exactement les mêmes caractéristiques.

C'est Charles François Blondel de Jouvencourt qui expédia ce plan en métropole en juin 1727. La date d'expédition correspond également à celle de réalisation mentionnée par Vincent Houël dans l'exemplaire de la B.N.F (juin 1727).







Hoüel, «Plan de l’Isle de la Martinique» datée de 1729

carte conservée à la BNF rue Richelieu. Fonds SHM, portefeuille 156 division 2 pièce 8



Plan de l'Isle de la Martinique levée par les 14 d 30 min de Latitude sept et de 317 degrez 10 min de Longitude / par Hoüel Ingénieur du Roy en 1729

Plan de l'Isle de la Martinique levée par les 14 d 30 min de Latitude sept
 et de 317 degrez 10 min de Longitude / par Hoüel Ingénieur du Roy en 1729

Carte entoilée, en couleur.
Dimensions approximatives 116 cm x 95 cm [2 à 3 cm de marge environ]
En haut à droite sous le titre une rose des vents.
échelle en "lieuës" terrestres [en bas à droite : trois lieuës].

C'est une carte purement terrestre qui ne comporte aucune sonde. Elle représente l’habitat [habitations] généralement en perspective cavalière et le relief général de l’île aussi. Houël utilise trois symboles pour décrire l'habitat épars. Les cases des esclaves sont reconnaissables à un symbole en forme de tente, avec une certaine proportionnalité entre le nombre de tentes et celui des esclaves employés. Les autres constructions qui caractérisent l'Habitation esclavagiste, sont la maison du maître, et les moulins, généralement à boeufs. Houël utilise d'autres symboles pour caractériser les autres types de moulins, il en donne dans le descriptif dans la légende.

Dans les bourgs, notamment Saint-Pierre et Fort Royal, les quartiers sont plutôt représentés en projection orthogonale. Les routes royales ou grands chemins de l’île sont mis en évidence.

La carte a été faite en 1729 pour surtout relater l’inspection des défenses et des fortifications, réalisée par le Gouverneur et Lieutenant Général, le marquis de Champigny qui a fait son tour de l’île.
Hoüel a porté la mention suivante «chemin de la tournée de l’isle que Monsieur le marquis de Champigny, Gouverneur a fait au mois de juin 1729». Il indique sur le plan par une ligne de pointillés, la traversée faite par mer entre le Prêcheur et Grand’Rivière par le Gouverneur lors de la dite tournée. Le cartographe présente les travaux, notamment les batteries nouvelles, projetés par de Champigny pour améliorer la défense générale de l'île. En fait c'est une carte très politique, réalisée pour appuyer l'action défensive que le gouverneur compte développer. Les Batteries côtières ou non [le réduit de saint-Pierre est particulièrement bien décrit] et les fortifications sont numérotées en partant du Diamant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
La 1ère batterie se situe à la Grande Anse d’Arlet, …, batterie du Paquemar n°10, batterie du Vauclin n°11,…, Batterie Pointe La Rose n°18, …, batterie Pointe La Marre n°41, …, etc.

En bas à gauche, Hoüel a portée une «Table pour l’intelligence des choses les plus remarquables de ce plan». Les lignes ponctuées marquent les grands chemins de l’Isle».
La table donne un décompte statistique par paroisses des moulins à eau, à vent, à bœuf… Précision des dessertes par les congrégations [Capucins, Jacobins etc ….] .
A la ville du Fort Royal
B L’église Saint-Louis
C La Citadelle
Dl’Hopital
10 paroisses desservies par les pères capucins dans l’étendue desquelles il y a ...puis énumération du nombre de moulins etc.

Cette carte préfigure le tracé qui sera largement adopté par l’ensemble des géographes européens [voir notamment carte de Delisle selon Buache]. Pour sa part, Philippe Buache n’oubliera pas que le succès de sa carte est dû à l’excellent travail de l’ingénieur Hoüel [voir plus bas] et de son beau-père Guillaume Delisle.



Plan de Saint-Pierre par l'ingénieur V Hoüel

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Noter la sobriété du plan... et l'orientation au Nord indiquée par une rose des vents très sophistiquée mais malencontreusement inversée. A moins que Hoüel ait bien eu l'intention d'indiquer le sud en positionnant ainsi la fleur de lys sur la rose des vents.





La destruction du STANISLAS en octobre 1744



Le destruction du STANISLAS, navire marchand de Saint-Malo et certainement armé, s'est déroulée en Martinique en 1744. Elle a fait l'objet d'un rapport officiel illustré d'une carte de situation présentant, en quelque sorte, la chronologie des évènements survenus. Le lieutenant de roi, Martin de Poinsable, gouverneur particulier de la Martinique et l'intendant Jean Louis Albert de Ranché, ont dû en rendre compte à l'autorité royale. Le Stanislas transportait un grand d'Espagne, éminent personnage, qui avait été nommé gouverneur d'une province de la Terre Ferme.

L'excellent site de l'archéonavale présente des documents relatifs à cette affaire. Les principaux, accessibles aux Archives de l'Outre-Mer (CAOM), sont également présentés sur le site.

Naufrage du Stanislas - recto, Hoüel

dimensions au cadre : 61,5 x 44 cm
dimensons de la feuille : 65 cm x 47,5 cm
échelle : en lieüex
coordonnées latitude & longitude: aucune

Le recto du document disponible chez Gallica, présente principalement une carte centrée sur le canal situé entre la Martinique et Sainte-Lucie. Son aire s'étend du Sud de la Dominique au Nord de Saint-Vincent. Ce qui est plus supprenant c'est que cette carte est réputée avoir été dessinée par Vincent Houël (son nom figure sur la feuille au verso : Houël fecit). L'ingénieur en Chef avait pourtant dressé une carte de la Martinique en 1729 plus réaliste et qui avait fait date. Le modèle avait d'ailleurs été repris par Philippe Buache. Le profil de la Martinique que Houël emploie ici en 1744, est largement obsolète. Il découle des travaux de MM Chaufourier et Petit (tous deux arpenteurs), transmis à Guillaume Delisle qui en avait tiré une bien mauvaise carte des Petites Antilles en 1717. Alors pourquoi Vincent Houël a utilisé ce fond en 1744 ?

Sur cette première carte, l'auteur a dessiné un groupe de cinq vaisseaux de guerre anglais [Le Superbe et 3 autres vaisseaux de 50 canons plus une frégate de 40 canons] en embuscasde dans le canal de sainte-Lucie, et le navire « Le Stanislas » arrivant plein Est, avec la route qu'il a suivi entre le moment où il a aperçu les bâtiments ennemis et son bien mauvais atterrage à la petite anse d'Arlet. Le Stanislas était semble-t-il parti de cadix le 6 septembre 1744 et devait rallier Cartagène. Il arriva en vue des côtes de la Martinique le 11 octobre.


Naufrage du Stanislas - verso, Hoüel

Le verso du document, fait le zoom sur la Petite Anse d'Arlet. Elle est présentée, vue de la mer, en perspective cavalière dans toute son étendue. Le relief et le bâti, les défenses côtières, les chemins d'accès, ont fait l'objet d'une attention particulière. Les cinq vaisseaux anglais [dont l'échelle est démesurée] ferment la baie et cannonent le Stanilas et les batteries côtières qui répliquent. Le stanilas est montré échoué sur une roche à très peu de distance de la côte [une portée de fusil] où il s'est amarré. Un index de lettres allant de A à F donne des indications sur les positions des protagonistes et les évènements survenus. En B l'auteur écrit : Cinq gros vaisseaux anglais de 50 à 60 pièces de canons, commandés par l'amiral Kenol (?) qui après avoir chassé et fait échouer le navire le Stanislas, mouillèrent à la dite anse et tirèrent envion 3 000 coups de canons tant sur le navire que sur la batterie et les maisons du bourg. L'escarmouche se déroula sur deux jours, après avoir fait échouer le navire et tenter de s'en emparer, ce qu'ils ne purent faire, les anglais laissèrent passer la nuit puis revinrent s'embosser pour désemparer le bâteau marchand. Les anglais dépêchèrent ensuite une chaloupe pour aller mettre le feu au Stanislas [C : chaloupe des Vaisseaux anglais armée et détachée pour mettre le feu au navire Le Stanislas]. L'incendie ravagea le navire et provoqua l'explosion de l'arrière du bâtiment, tandis que l'avant brûla jusqu'à la ligne de flottaison. L'auteur note aussi les hauteurs, lettre [E] de l'index, où les milices commandées par leur capitaine, le Sieur Vaudor, s'étaient retirées pour agir en cas de débarquement inopiné de troupes anglaises à terre. Elles auraient pu, le cas échéant, être promptes à fondre sur l'ennemi.

Dans sa présentation, l'auteur a écorché le nom de l'amiral anglais. Il s'agit en fait de l'amiral Charles Knowles, commandant de l'escadre.

Selon les documents compilés par l'Archéonavale, cet affrontement aurait causé le décès du Gouverneur Espagnol passager du Stanilas et de trois matelots de l'équipage. Décidément, ce grand d'Espagne n'a pas eu de chance !!! Ce qui est surprenant, il aurait dû être le plus protégé et ce ne fut pas le cas... Ce qui explique les divers rapports circonstanciés. Á priori les officiers du navire marchand se seraient plaint du pillage de la cargaison du navire, les riverains étant accusés d'avoir capté la marchandise. Il y aurait eu une enquête et des perquisitions dans les maisons du bourg, mais rien n'aurait été récupéré. Quant au capitaine, le sieur Macé de Vallon [Massey], qui était resté à bord, il fut selon les cas, soit fait prisonnier par les anglais qui étaient monté à bord (chaloupe) et dans ce cas emmené à la Barbade, soit mort lors de l'explosion du bâtiment et disparu de corps.






Labat Jean-Baptiste (1663, 1738), Isle de la Martinique

Nouveau Voyage aux Îles de l'Amérique, premières éditions à partir de 1722 à Paris.

Titre : Isle de La Martinique a 14 degrez 30 min. de Lat. Sept. et a 317 .d 10 min. de Longitude.
Dimensions approximatives : 22 cm x 30 cm.


échelle de 4 lieües, en bas à gauche.

Le premier exemplaire présenté est tiré de la collection de Mr Jeff Bodington (San Francisco / USA), avec son aimable autorisation.

carte de la Martinique par le Père Labat
Décidément le Père Labat n'en finira pas d'étonner les profanes. Cet homme d'église, qui a exercé tous les métiers pendant son séjour aux îles, rentre dans l'Histoire grâce à ses fabuleux talents de narrateur qui relatent une destinée aventureuse extraordinaire. Dans son ouvrage intitulé Nouveau Voyage aux Îles de l'Amérique il s'essaie également, pour illustrer ses propos, au métier de cartographe. Pour ce faire le R.P. Jean-Baptiste s'appuye sur un fond de carte tiré des travaux de Sanson d'Abbeville, ou de l'ouvrage du père Dutertre.
Les cartes du Père Labat [celle de la Martinique, et celle du Fort-Royal] présentent de fortes coïncidences avec celle que Johannes Van Keulen (2e du nom) produira plus tard. Cependant si la carte de JVK II ne comporte pas de légende ni d'informations qui permettent de meilleures interpétations, les cartes du «Jacobin» n'en manquent pas !!!
La longitude de la carte de Labat donnée dans le titre est rapportée au méridien de l'île de Fer. Labat donne 317° et 10 minutes de longitude orientale, sans mentionner le méridien correspondant. Les coordonnées astronomiques mentionnées ici reprennet celles données par Nicolas de Fer dans la carte qu'on lui connait [voir plus haut].

L'orientation générale est calée par la rose des vents, où la fleur de lys indique la direction du nord géographique. La carte du Jacobin ne comporte pas de cadre gradué en latitude ou longitude.
L'objet principal de la carte de Labat est certainement le partage de l'île entre les congrégations religieuses. Ce dominicain, qui gèrera une importante plantation à Fond Saint-Jacques (dans la commune de l'actuelle Sainte-Marie), présente les paroisses desservies par les Jésuites, les Capucins et les Jacobins [autre nom par lequel se nommaient les Dominicains]. Il a lui même contribué à la création des nouvelle nouvelles paroisses du Robert et du Vauclin.

Les zones et les différentes paroisses sont délimitées sur la carte par des lignes de tirets perpendiculaires à la côte. Comme Nicolas de Fer, le R.P. Jean-Baptiste recourt un tableau de lettres indiciaires pour nommer clairement les paroisses déclinées selon les trois ordres religieux présents dans l'île. La frontière entre caraïbes et français [Cabesterre / Basse-Terre] qui n'est plus d'actualité n'a pas été reprise par le révérend père. Les travaux du père labat inspireront Johannès van Keulen (2e du nom) qui reprendra dans sa carte de la Martinique les informations transmmises par Labat.

La nature burlesque du R.P. Labat transparait quelque peu dans son oeuvre. Au milieu du Cul de Sac Royal, il mentionne un Islet aux Moines qui pourrait sembler sortir tout droit de sa fertile imagination. La Nouvelle Paroisse du Vauclain est mise en évidence sur la carte. Le graveur qui avait commis une faute, en omettant le v de Nouvelle, l'a corrigée de façon astucieuse.

carte de la Martinique par le Père Labat
Je vous présente également un autre exemplaire de cette même carte, cette fois ci en noir et blanc. Cet exemplaire est issu du Nouveau Voyage aux Îles [édition de 1742]. La carte y figure dans le Tome I page 2. On y remarque la trace des pliures qui servent à refermer la carte dans l'ouvrage auquel elle appartient.

La bibliothèque numérique Gallica présente également la carte de la Martinique du Père Labat, issue de la collection du fameux géographe Bourguignon d'Anville.


plan du Fort Saint-Pierre par le Père Labat

Le père du Tertre dans son Histoire Naturelle évoque la construction du Fort Saint-Pierre :

Le Fort Saint-Pierre qui n'était qu'une forte muraille avec huit ou dix embrasures où il y avait autant de canons... a en 1665 commencé à faire l'objet de travaux important visant à son renforcement, Dutertre dit :

...ces messieurs [de Clodoré et de Chambré] se réduisirent à faire une simple terrasse (du côté de la mer) avec deux guérites aux deux coins, et huit embrasures pour autant de canons qu'il en fallait pour défendre la rade.
Du côté de la terre, il y a deux grosses tours aux deux extrémités d'une muraille d'environ 35 toises de face. Chaque tour a quatre embrasures avec leurs canons et au milieu de cette face il y a une terrasse avec deux autres pièces, le tout battant et commandant sur la place d'armes et sur le bourg.
Les murailles sont partout de 4 pieds et demi d'épaisseur sur lesquelles on a aménagé un parapet avec des créneaux pour tirer et un chemin pour les rondes : elles sont bâties de moellons de rochers forts durs avec des chaînes de neuf pieds en neufs pieds dedans et dehors, et un cordon, tout à l'entour, de pierres de taille.
Toute la circonférence est sans fossé, mais les portes sont couvertes en dehors d'une forte palissade capable de les défendre. Ce fort ne fut achevé qu'au commencemment de la guerre.


La guerre dont par le père Dutertre n'est pas celle dite par les français de « Dévolution » qui s'est déroulé en 1667 et 1668. Cette guerre opposa la France à une quadruple alliance composée de l'Espagne, l'Angleterre, les Provinces Unies (Pays-Bas) et le royaume de Suède. Elle prit fin avec le traité d'Aix-la-Chapelle. La guerre dont parle le père Dutertre est celle qui a juste précédé à la guerre de « Dévolution ». C'est-à-dire la deuxième guerre entre les anglais et les hollandais auxquels les français s'étaient alliés. Les ennemis de demain [les hollandais] étaient les alliés d'hier...

Cette deuxième guerre anglo-néerlandaise s'est déroulée de 1665 à 1667 et s'est conclue par le traité de Bréda. Elle s'est également déroulée dans les colonies où elle a eu des épisodes très marqués, notamment en Martinique, une escadre anglaise ayant tenté de s'emparer de l'île, ... ou à tout le moins de nombreux bateaux commerçants faiblement escortés [flotte de la Cie des Indes occidentales protégée par « de la Barre »] mouillés dans la baie de Saint-Pierre. Cet épisode a eu lieu du 30 juin au 7 juillet 1667.

Les français considèrent qu'ils ont alors repoussé l'assaillant dans sa tentative de conquète de l'île, c'est dont une Victoire. Les anglais considèrent ce qu'ils appellent le « Harman’s Martinican Bonfire » du nom de l'Amiral anglais John Harman également comme une Victoire. Puisqu'ils ont détruit la plupart des bateaux et se sont emparés des autres. Le bilan des pertes humaines diffère selon les uns ou les autres. Malgré leur échec à s'emparer de la Martinique, la neutralisation de la flotte française à Saint-Pierre a permis à Harman de récidiver aussitôt et avec succès cette fois, à Cayenne mal défendue, qui s'est rendue pratiquement sans combattre.


Sur le plan du Père Labat, on remarque que la muraille « côté mer » a été emportée en partie par les flots et par la rivière la Roxelane lors de l'ouragan d'octobre 1695. Des huit embrasures battant sur la rade mentionnées par DuTertre, il n'en reste plus que deux. Le fort ne sera pas reconstruit à l'identique. L'ingénieur Caylus proposera une nouvelle défense qui sera partiellement réalisée. Par ailleurs, la distance de 35 toises entre les deux tours mentionnée par DuTertre, semble très supérieure à celle représentée dans le plan du père Labat (une vingtaine de toises tout au plus, 25 si on y inclus les deux tours).

La bibliothèque numérique Gallica présente également Plan du Fort Saint-Pierre du Père Labat, issue de la collection du fameux géographe Bourguignon d'Anville.


plan de la Ville et du Fort Royal de la Martinique par le Père Labat

Document du Nouveau Voyage aux Îles de l'Amérique, Tome I page 205, édité par Guillaume Cavelier en 1722 à Paris, rue de la parcheminerie. Dimensions approximatives de cette gravure en taille douce : 13 cm (haut) sur 19 cm (largeur). L'échelle de la carte est en toises.
Le Fort Royal tire son nom de ce que les fortifications, dont la longueur dépassait les 120 toises pour ligne de défense (cf le langage des géographes de François de Dainville, page 231), étaient réputées royales.
La forteresse n'échappat pas à cette règle, et fut communément appelée le Fort Royal, ce qui donna finalement à la ville étalée à ses pieds, le nom qu'on lui connaît.
Dans dans le 1er volume de son ouvrage, le Père labat présente plusieurs gravures et plans relatifs à la forteresse ainsi qu'à la Ville de Fort Royal.
Page 198, il nous fait découvrir le Plan de l'Arsenal et Logement du Général au Fort Royal de la Martinique, suivi du Plan des souterains de l'arsenal du Fort Royal.
Page 200, il présente une coupe du Fort Royal qu'il intitule Elevation de l'Arsenal du Fort Royal du costé du magasin a poudre.
Dans le Plan de la Ville et du Fort Royal de la Martinique, présenté ci-contre, le RP Labat met en évidence le tracé prévu de l'enceinte fortifiée de la Ville les lignes ponctuées marquent l'enceinte projetée. Ces plans proviennent probablement des projets émis par l'Ingénieur Général de la Marine, Renau d'Éliçagaray qui avait durant l'année 1700 effectué une mission d'inspection dans les colonies françaises des Caraïbes. Le père Labat avait rencontré Renau en Guadeloupe en mars 1700. Labat avait même présenté un « plan de financement » de ces lourds travaux de fortification qui ont effrayé l'administration locale, notamment le Gouverneur d'Amblimont et l'intendant Robert.

La carte de Johannès Van Keulen II composée (voir cartes hollandaises du XVIIIe siècle, présente dans un carton le même plan de la Ville et du Fort. Si le carton du flamand limite l'aire représentée, le plan du père l'élargit. La version du père Labat est actualisée : des nouveaux canaux d'assainissement apparaissent, la ville s'étend. Les projets de construction indiqués dans la carte de Van Keulen, notamment ceux donnant sur la «savanne» ont pris forme, voir ce comparatif des deux forteresses, le plan de Labat les indique comme achevés.

Autre construction nouvelle, le plan du dominicain montre l'emplacement des " Capucins " [voir le cartouche du titre : 6 les capucins], l'édifice n'est bien entendu pas mentionné dans le plan de Van Keulen.

Le révérend père met en évidence le tracé des canaux destinés à assainir le sol marécageux de la Ville de Fort Royal. La ville était à cette époque, fin XVIIe début XVIIIe en pleine expansion sous les directions successives des ingénieurs du roi tels : les frères Payen, Caylus, ...

La bibliothèque numérique Gallica présente également Plan du Fort Royal du Père Labat, issue de la collection du fameux géographe Bourguignon d'Anville.






Philippe Buache (1700, 1773) , Carte de l'Isle de la Martinique

Carte de l'Isle de la Martinique / Colonie Françoise de l'une des Isles Antilles de l'Amérique. Dressée sur des plans manuscrits entr'autre sur celui de M Houel Ingénieur du Roy, Assujettis à des observations astronomiques et conciliés avec les mémoires particuliers de feu M Guillaume de l'Isle, Premier Géographe de sa Majesté, de l'Académie des Sciences

. Cette carte de dimensions approximatives au cadre (ou bordure) de 47 cm (hauteur) x 60 cm (largeur) a été tirée à plusieurs reprises entre 1732 et la fin du XVIIIe siècle. Entre la 1ère version et les suivantes aucune modification «majeure» n'a eu lieu, la planche de cuivre n'a pas été retravaillée. Si bien que les exemplaires imprimés à la fin du XVIIIe siècle correspondent à ceux de 1732.

carte de la Martinique par Philippe Buache, version 1732 1 - Les premiers exemplaires ont été imprimés, à partir de 1732 [année indiquée dans la légende de la carte], dans l'atelier de la rue de l'horloge à Paris, chez la Veuve De L'Isle (ou Delisle), l'héritière et la continuatrice de l'oeuvre de Guillaume Delisle, le très fameux géographe, son défunt mari. Le cuivre a été gravé par le graveur Jean-Baptiste Delahaye dont le nom est systématiquement mentionné en bas à gauche [dans toutes les versions françaises quelle que soit la date de parution]. Cette carte issue des travaux de Delisle & Buache aura une notoriété appuyée. Elle fera référence en la matière et sera copiée « sans retenue » par la plupart des géographes européens. Les travaux de Guillaume de l'Isle, poursuivis par Philippe Buache, ont fortement influencé les œuvres de toute une génération de géographes prolifiques, tant français qu'étrangers. On peut citer : Le Rouge, Tirion, Jefferys, Kitchin, Seutter, ... Ces géographes reprendront souvent telles quelles les informations délivrées par la carte de Delisle & Buache. C'est normal, Guillaume Delisle était considéré comme l'un des plus talentueux géographe de son époque.

carte de la Martinique par Philippe Buache 2 - A partir de 1745, Philippe Buache qui avait pris la direction de l'atelier des Delisle obtient le privilège de l'édition de cartes pour le «roy» [il était déjà devenu à son tour en 1729, Premier Géographe du Roy et membre de l'Académie des Sciences comme son illustre beau-père]. Le géographe procèdera à une nouvelle édition dans laquelle il indiquera ses attributions honorifiques [en bas à droite : Ph. Buache P.G.d.R, l'A.R.d.S. Gendre de l'Auteur avec privilège du 30 Av. 1745] ce qui permet de distinguer ces exemplaires des précédents. Une modification qui ne touche pas les informations véhiculées par la carte a toutefois été opérée, il s'agit de la prolongation et de la densification des lignes de rhumbs. Celles-ci coupent désormais la Martinique, alors que dans la version précédente, elles s'arrêtaient à la ligne de côte. Buache aura certainement voulu renforcer le caractère maritime de la carte, en procédant ainsi. La carte de Buache sera toutefois progressivement remplacée chez les utilisateurs par celle de JN Bellin dressée en 1758 pour le Dépôt de la Marine.

carte de la Martinique par Philippe Buache 3 - En 1779, l'imprimeur et graveur Jean-Claude Dezauche qui a racheté l'atelier d'édition à Philippe Buache [et par là même l'Entrepôt Général] entreprend pour, rentabiliser son acquisition, de procéder à diverses ré-éditions de cartes anciennes. L'imprimeur décide dans un soucis mercantiliste évident de réactualiser la date de la légende [ce qui était une opération fréquemment usitée par les imprimeurs et éditeurs] pour attirer les acheteurs avec une version de la Martinique qui se voudrait plus «moderne». En fait la carte n'a pas variée d'un iota depuis la matrice dressée par Buache en 1732. Sur les exemplaires imprimés chez Dezauche, on peut lire dans le cartouche d'Avertissement, c'est à dire [en bas à gauche] la nouvelle année de parution : MDCCLXXIX (1779) et plus bas la griffe du nouvel imprimeur : A PARIS, chez DEZAUCHE graveur, Successeur des Srs / De L'Isle et Buache premiers géographes du Roi, rue des Noyers. Dezauche avait déménagé la nouvelle entreprise de la rue de l'horloge à la rue des des noyers.


En dehors de la production française, des copies de la carte de Delisle & Buache ont été aussitôt produites après la première mouture de 1732, notamment chez les imprimeurs néerlandais d'Amsterdam. Les copies hollandaises diffèrent toutefois «en qualité» [notamment de gravure] d'avec la production française. C'est principalement l'imprimerie de Jean Covens et Corneille Mortier «géographes» située à Amsterdam, qui a produit des contrefaçons dès 1733.


Les informations principales qui ont servi de sous-basements à la carte sont explicitées clairement par Ph. Buache. Le géographe précise dans le titre de la carte, que les travaux sont basés sur les plans manuscrits notamment celui de Monsieur Houël, Ingénieur du Roy. L'ingénieur Houël avait en effet réalisé une carte générale de la Martinique en 1729 afin illustrer la tournée réalisée dans et autour de l'Île par le nouveau gouverneur. À l'occasion de l'envoi du manuscrit [l'exemplaire unique est conservé à la B.N.F - voir plus haut], le gouverneur de Champigny avait souhaité qu'il en soit fait de multiples copies. Il en demandait d'ailleurs une pour lui même, afin d'avoir constamment sous les yeux la description de son gouvernement. Le gouverneur Champigny sera largement exhaussé puisque les travaux de Buache contribueront à la renommée de Houël.

La carte de Delisle & Buache a donc trouvé dans la carte de Houël une bonne partie des informations qu'elle contient (notamment la toponymie) mais le tracé des côtes n'est pas pour autant entièrement calqué sur la réalisation de Vincent Houël. Delisle et Buache sont allés glaner des informations dans d'autres cartes. L'oeuvre est donc une véritable compilation de données et d'informations savamment confrontées mais parfois, malgré tout, erronées.

L'apport des deux cartographes français se situe dans le positionnement astronomique de l'île et la détermination de son gisement. Pour ce faire, Ph. Buache indique que les observations astronomiques et les mémoires particuliers de son beau-père [décédé en 1726] feu Guillaume de l'Isle ont été utilisés.

La valeur ajoutée des géographes Delisle & Buache réside surtout dans l'utilisation des déterminations astronomiques [en l'occurrence celles du père Feuillée dont les deux lieux principaux d'observations sont matérialisés : habitations de M. de la Chapelle et de M. Tartonne près du Gros-Morne] et dans l'utilisation des procédés de projection cartographiques [carte plate, carte réduite, ...].
La carte présente deux type de longitudes, la première est relative au méridien de l'île de fer (en haut à droite : 317°) et la seconde à celui de Paris (63° de longitude occidentale par rapport au méridien de Paris). Ces indications sont portés sur la verticale symbolisant le méridien local au 317° [verticale de droite].

Delisle a donc, en tant que Premier Géographe, apporté tout son savoir faire et ses compétences pour bien faire correspondre les déterminations astronomiques du père Feuillée avec le fond de carte proposé par Vincent Houël. D'autres déterminations ont été également employées : à Saint-Pierre comme à Fort-Royal, la carte signale par une «étoile» appropriée la prise en compte de déterminations spécifiques [qui proviennent de missions antérieures à celle de Feuillée]. C'est «à cause» de ces déterminations et de l'interprétation qui en a été faite par Delisle, que la Martinique se trouve ainsi inclinée sur son axe.

La carte de Delisle et Buache comporte, a elle seule, 4 positions astronomiquement déterminées. Alors que la plupart des cartes de ce début du XVIIIe siècle en manquait cruellement, que ce soit des cartes européennes ou des cartes de pays lointains, des cartes marines ou des cartes géographiques. Ne serait-ce que pour les îles des Antilles, peu d'entre-elles bénéficiaient d'une seule détermination astronomique. Il faudra attendre le milieu du XIXe pour que le retard dans ce domaine soit comblé.

Une information anecdotique concernant l'implantation et la mise en service du premier moulin à vent de l'île (en 1718) est présente sur la carte à proximité des habitations où a oeuvré le père Feuillée.

Ph. Buache met en valeur la condition particulière de Guillaume de l'Isle, et cite les charges et fonctions honorifiques du Premier Géographe. Il rappele que son beau-père était membre titulaire de l'Académie Royale des Sciences. Ph Buache informe en outre l'utilisateur que les travaux ont été présentés au comte de Maurepas, Secrétaire d'Etat à la Marine, fonction qui correspond peu ou prou à la Direction du Ministère des Colonies. Il termine de façon très modeste, en s'attribuant le titre de très Humble Serviteur. Buache ne s'oublie pas, il mentionne qu'il est lui même membre de l'Académie Royale des Sciences et de surcroît gendre de Guillaume de L'Isle. On sait qu'il épousa la fille de Delisle en 1729, peu après la mort de ce dernier (1726).

La carte de Delisle & Buache présente la séparation Cabesterre / Basse-Terre issue de l'ancien partage entre français et Caraïbes [contrairement la carte de Houël pour laquelle ce partage était obsolète et qui n'en fait pas mention]. Ce partage - qui n'avait plus lieu d'être - est prolongé chez Delisle & Buache dans la répartition des audiences des différentes congrégations religieuses. L'information dans ce domaine provient davantage des travaux du père Labat qui a indiqué dans sa carte, les zones d'influence des différentes congrégations. Les Jésuites implantés à Saint-Pierre, les Dominicains tenant leurs paroisses en Cabesterre et les Capucins évangélisant le Sud Caraïbe, incluant alors Fort-Royal. Par rapport aux cartes du siècle précédent, on remarque que la partition «Cabesterre», «Basse Terre» a changé. La limite inférieure de la Basse-Terre englobe les places allant des actuelles communes du Marin à Sainte-Anne, ce qui n'était pas le cas auparavant.

Par ailleurs dans l'Avertissement, Buache précise que : Pour rendre cette Carte propre à l'usage des Navigateurs / on a employé la Projection et les Boussoles usitées dans / les cartes marines. Cette assertion vient donner une dimension importante à la carte de la Martinique de Delisle & Buache. C'est la première carte géographique de l'île qui revendique clairement une compatibilité avec une utilisation maritime. Et poutant peu de sondes sont présentes sur la carte, hormis dans la baie du Fort-Royal [sondes reprises des travaux du père Laval]. Cette carte n'est toutefois pas une carte réduite, elle ne fait pas intervenir de latitudes croissantes. C'est simple une carte plate et cela suffit bien, compte tenu son étendue.

Le tout jeune [né douze ans auparavant en 1720] Dépôt de la Marine n'a pas encore publié de carte marine pour la Martinique. Elle viendra en 1758, Bellin sortira alors sa «carte réduite». JN Bellin se servira alors des travaux de M. Gilly [1740] pour réaliser le carton spécifique au Cul-de-Sac Royal. Philippe Buache qui travaille également pour le Dépôt [en tant que géographe] en connaît les forces et les faiblesses. C'est peut-être pour cela qu'il tâchera de donner une touche maritime à sa carte de la Martinique.

Quoiqu'il en soit, l'hydrographe Paul Monnier [voir son mémoire sur les opérations hydrographiques et géodésiques] précise que Guillaume Delisle, premier géographe de Louis XV, a enrichi en 1732, la carte originale dressée par Houël en 1729. Le constat est exact, sinon que Monnier aurait plutôt dû dire que Ph. Buache a enrichi la carte de Hoüel, le géographe Delisle est décédé en effet quelques années plus tôt, en 1726. Il n'a donc pas eu matériellement le temps de pouvoir consulter la carte manuscrite de Houël qui est datée de 1729. Delisle aura surtout travaillé sur les mémoires de l'arpenteur Petit qui a oeuvré en Martinique, et sur les déterminations astronomiques [notamment celles de Feuillée] ainsi que sur diverses relations de voyages. Les données compulsées par G. Delisle permettront toutefois à Ph. Buache d'affiner la carte dont il est le finalisateur principal.

Monnier est très critique vis à vis des travaux de Delisle & Buache (sur cette carte]. Il reconnait cependant que la carte est novatrice par rapport aux précédentes dans la mesure où elle positionne les principaux bancs (et récifs) par rapport à la côte. Elle tâche d'identifier les passes permettant les entrées et sorties des principaux mouillages de la côte au vent (cabesterre).
Pour Paul Monnier la carte de Buache & Delisle est toutefois loin de transcrire la réalité du terrain, pas plus que la réalité hydrographique de l'île. Il est vrai que les moyens dont disposaient les géographes métropolitains pour vérifier leurs sources étaient réduits. Que ce soit dans sa partie terrestre, ou dans sa partie maritime, la carte de 1732 [comme celle de 1745 et donc celle de 1779] demeure très éloignée de la réalité. La partie consacrée au Cul-de-Sac Royal [baie de Fort-Royal] présente des sondes et des délinéaments qui ne correspondent pas aux informations transmises dans la carte que Ph. Buache a repris de l'anglais Popple [voir plus bas] alors que les deux cartes sortent à peu près à la même époque [vers 1740]. Aucune correction ne sera d'ailleurs apportées à la définition de la carte, malgré quelques avancées notables de la cartographie de l'île entre 1732 et 1779. Les travaux de Pierre Gilly resteront ignorés de Philippe Buache.

Je vous présente, ci-après, les Avertissement de la carte originale, imprimée à Paris, et celui de la copie imprimée à Amsterdam. Dans l'exemplaire imprimé par Covens et Mortier à Amsterdam, le cartouche est différent de la version parisienne. L'Avertissement présente les explications des marques en français et en flamand, ce qui montre le soucis évident, de la part des deux géographes et imprimeurs néerlandais, d'élargir la clientelle aux personnes de langue flamande.
Les différents symboles utilisés (les types de moulins dans les sucreries , les chemins et mouillages, &c.) sont énumérés. On retrouve les mêmes échelles dans les versions françaises et hollandaises. Ce sont les échelles les plus couramment utilisées à l'époque dans les cartes marines : les lieux marines de France et d'Angleterre. Dans les versions françaises, le graveur Delahaye a utilisé plusieurs poinçons pour représenter les forêts [bois-debouts] avec des types d'arbres variés, ils s'agencent parfaitement et donnent le plus bel effet. Comparativement, certaines copies hollandaises [carte de Seutter] ne restituent qu'un seul poinçon : les arbres sont identiques. La gravure des copies reste moins riche que celle réalisée par Delahaye, qui avait rendu là un fort bel ouvrage.



De nombreux exemplaires des tirages français de 1732 et 1745 sont disponibles sous Gallica

Le Cul de Sac Royal vu par Philippe Buache


Philippe Buache a dressé sur trois feuilles les plans des « Isles, Rades, et Ports de plusieurs lieux de l'Amérique » en reprenant et en « réduisant » une partie des travaux du géographe Henry Popple. Le britannique avait publié dans une très grandes carte plusieurs cartons représentant le plan des principales îles, ports et rades des Amériques, travaux imprimés en 1733, à Londres.

Buache nous présente, sept ans plus tard, sa version du Cul de Sac Royal. Ces travaux ont été imprimés à Paris à partir de 1740, dans l'atelier de la Veuve Delisle. Ph. Buache reprend globalement les caractéristiques de la Martinique issues de la carte de Vincent Houël (1729) qui mentionnent notamment : les « roches cohé ».

Le « Cul de Sac Cohé » semble ainsi tirer son nom de la déformation progressive d'une dénomination laissant entendre ce phonème. On le trouve aux XVIIe et XVIIIesiècles sous de nombreuses orthographes [« Cul de Sac au Hay », « Cohé », « Koé » ...].

En 1667, la carte générale de la Martinique que l'on doit à François Blondel donne une étrange « B de Loé » [B pour baie]. Le toponyme semble s'appliquer à cette zone bien que la perception de l'ensemble du Cul Sac Royal ne soit pas des plus justes.

En 1700, Renau d'Éliçagaray indique simplement « Le Cohé », en 1702, La Galissonnière l'écrit Koé. Le géographe Nicolas de Fer l'orthographiera en 1705 en « cul de sacq Hoé ». L'anglais Popple (1733) et ensuite les pères Labat, Laval... puis Ph Buache, Seutter ... mentionneront plutôt les « Roches Cohé » avec sa variante accordée en genre et en nombre de « Roches Cohées ».

Un hiatus dans cette chronique, le grand Guillaume Delisle l'a nommé « Cul de Sac de St Cosne » dans la carte des Petites Antilles de 1717. Mais sinon, la consonnance reste toujours pratiquement la même. Au début du XIXe siècle, la nomenclature de Paul Monnier portera : « Cohé du Lamentin» (voir carte N°192(4) de 1827).

La provenance du toponyme « Cohé » reste assez confuse, chacun y allant de son interprétation. Aujourd'hui, les opinions semblent converger vers le nom d'un oiseau commun des Antilles (Engoulevent Cayennensis) qui aurait niché abondamment dans ces lieux et dont le nom commun vernaculaire est « Cohé ». Mais il existe plusieurs variétés de ce même oiseau (cayennensis, piramidig, ...). Les « roches cohés », quand elles découvrent, et les rivages du Cul de Sac auraient donc été des sanctuaires de nidification pour ce craintif volatile.

Certaines cartes précoces portent toutefois : « Cul de sacq au Hay ». Il pourrait s'agir dans ce cas d'un terme issu du normand ancien signifiant « enclos », ce qui ne serait pas sans raison appliqué à cette partie du cul de sac royal.

extrait de la carte de la Martinique par Philippe Buache, 1732 Noter certaines contradictions avec la représentation du Cul-de-Sac Royal dans la carte de la Martinique de 1732. Mêmes si les sondes dans la version de 1732 sont moins précises - compte tenu de l'échelle et de la mesure en brasse française ou anglaise - elles ne sont pas toujours en correspondance avec celles de Buache / Popple. Les délinéaments des cayes sont également différents entre les deux versions.

Ci-contre, le Cul-de-Sac Royal dans les cartes de 1732, 1745 et 1779.






Pierre Gilly

carte n°1 - Plan / du Fort Royal / de la Martinique / levé géométriquement en 1740 /Par le sieur Gilly

carte manuscrite, entoilée, conservée à la BNF (rue Richelieu) Départements des Cartes et Plans, référence : GE D 16 514. carte du Fort Royal par Gilly, fait en 1740 dimensions approximatives : 49 cm (hauteur) x 66 cm (largeur), marges périphériques d'environ 1,8 cm. Echelle graphique, en bas à droite de 1 500 toises (divisée en : 500 / 1 000 / 1 500 toises).

Ce plan manuscrit fait par le sieur Gilly, est l'esquisse de la carte présentée plus bas sous la cote SHM 18e PF156 D5 P11.

Le titre de ce plan fait explicitement mention d'un levé géométrique, qui indique qu'il a été réalisé de façon scientifique en s'appuyant au moins sur des levés orientés à la boussole et calés sur des points particuliers [amers] et au mieux sur une véritable triangulisation préalable.

La carte identifie les cayes (petits fonds) qui jalonnent la baie de Fort Royal. Elles sont bien mises en évidence sur toute leur surface. Pierre Gilly donne également les sondes [en brasses] des différentes profondeurs qu'il a relevé dans la baie.
La carte comporte deux roses des vents, alignées au milieu de la feuille. Pour chacune, le vray nord tracé en pointillé et le nord de la boussole tracé en ligne pleine est indiqué. Gilly a tenu compte de la déclinaison de la boussole entre le nord géographique ("vray nord") et le nord magnétique (nord de la boussole).
L'auteur a dû trembler, ou la règle a dû glisser, car l'un des rumbs de la rose des vents, située à gauche, est décalé sur une partie de son tracé (on peut imaginer que le tracé a été fait sur un vaisseau soumis aux aléas du roulis). Le rumb ne passe pas exactement par le milieu des autres droites concourantes, au centre de cette rose des vents. Mais la bévue n'étant pas trop visible ni inconvéniente, Gilly n'a pratiqué aucune rectification.
L'auteur donne quelques indications terrestres qui souligne toutefois les préoccupations du marin. Par exemple à Case Navire, il indique l'endroit R ou on fait l'eau. Il nomme également la Riv du Petit Brésil qui correspond aujourd'hui au Canal Levassor.
On remarque une extraordinaire similitude de présentation entre la carte de Gilly et celle que JN Bellin consacrera plus tard au Cul de Sac Royal, soit dans le carton de la carte de 1758 soit dans le plan du Petit Atlas Martitime de 1764.
Les sondes correspondent en partie, le délinéament des cayes et des isobathes également. L'orientation des plans, calée sur le nord de la boussole plutôt que sur le nord géographique, est similaire. On peut alors penser que le plan du Sieur Gilly aura été une des principales sources de l'ingénieur hydrographe Bellin.




carte n°2 - PLAN /DE LA RADE DU FORT / ROYAL DE LA MARTINIQUE par Pierre Gilly
carte du Fort Royal par Gilly, fait en 1740

relevé géométriquement par ordre de monsieur le cher Dalbert capitaine des vaisseaux du roy / Inspecteur des cartes plans et journeaux de la marine / commendant de l'Alcion / en 1740

Pierre Gilly a inséré une anotation dans le superbe cartouche [placé en bas à peu près au milieu] qu'il consacre au titre de la carte, on peut y lire : nota : on a point marqué les sondes du mouillage / des 3 islets attendu quon na pas eu le temps.

carte manuscrite, conservée à la BNF (rue Richelieu) Départements des Cartes et Plans, référence : SHM 18e PF156 D5 P11. Dimensions approximatives au cadre 82 cm x 68 cm. (en deux morceaux : à restaurer au plus vite !!!). La mer est lavée en vert pâle.

Cette carte est le document qui semble finaliser la précédente version exécutée par le sieur Gilly (voir juste plus haut GE D 16 514). Le titre nous fait comprendre que Pierre Gilly n'est peut-être pas l'un des membres de l'équipage de l'Alcion et n'est peut-être pas un marin. Pierre Gilly a porté ses qualités [en abrégé] sur le document. On peut y voir quelque chose qui ressemble à un Ier suivi de Entu que l'on pourrait interprêter par ingénieur entretenu [(?) - à voir].

Il a effectué, en cette année 1740, une intense campagne de relevés de sondes de la baie du Fort-Royal qu'il n'a pas eu apparemment le temps d'achever. Comme Gilly l'indique, les sondes du mouillage des 3 îlets n'ont pu être marquées [c'est à dire mesurées] et portées ensuite sur la carte.

L'ingénieur Gilly a donc travaillé sous la bannière de l'Alcyon vaisseau du roy de France envoyé dans ces eaux, dont le commandant le Chevalier Charles d'Albert est également, à cette époque, inspecteur du Dépôt des Cartes et Plans de la Marine.

Nul doute alors que ce plan se soit retrouvé dans les pièces principales qu'aura utilisé JN Bellin pour la confection de sa carte hydrographique du Cul de Sac Royal qui apparaît à la fois dans l'Hydrographie de 1758 sous le numéro 79 (puis n°192) ainsi que dans le Petit Atlas Maritime de 1764. D'ailleurs l'ingénieur hydrographe Paul Monnier confirme bien dans son mémoire sur les opérations hydrographiques menées à la Martinique en 1824 et 1825, publié en 1828, que le plan de la baie du Fort-Royal de M. Gilly levé sous les ordres de M. D'Albert en 1740 est l'un des moins inexacts qu'il a eu l'occasion d'examiner.

L'échelle, placée dans le cartouche du titre, est de 1 074 toises. Elle diffère de celle de la carte précédente (pm : 1 500 toises) et de celle de Bellin (1 200 toises).

Le cartouche du titre est surmonté d'un blason joliment aquarellé posé sur un fond représentant la croix de l'ordre maltais. Le blason quasi circulaire comprend quatre parties. Dans le sens horaire : un lion [rouge] surmonté d'une couronne dans le premier quart de cercle, dans le second quart trois croissants de lune [jaunes] pointes tournées vers le haut. Dans le troisième quart le lion couronné, et dans le quatrième quart les trois croissants de lune.

Deux roses des vents ornent la carte qui est orientée sur le nord de la boussole. Sur chacune d'elles est indiqué le "vray nord" et le "nord de la boussole". La variation de la boussole est indiquée dans les deux roses à l'aide d'une graduation spécifique (croissante de droite à gauche) Elle atteint 4 degrés et demi, Gilly précise variation N E. JN Bellin indiquera 5 degrés de déclinaison dans son Plan du Cul de Sac Royal et n'en indiquera pas le sens (NE).

La carte présente la rade du Fort Royal entre la pointe au pilote au nord-ouest et la pointe au relay [d'Arlay ?] au sud-ouest. Les sondes et la délimitation des cayes sont l'objet principal du plan. ll s'agissait alors de dresser une carte précise de la profondeur des fonds de la baie et de cerner les meilleurs mouillages.
A remarquer que deux orthographes sont employées pour le mot "caye". Sur les hauts fonds au centre de la baie est indiqué "caye" tandis que pour les hauts fonds situés à l'intérieur de la baie, c'est le mot "caille" qui est usité.
On retrouve inscrit la plupart des noms de lieux qui seront repris par JN Bellin :

caze à Hureau (Gilly) et caze à Héraux (Bellin)
Ance du Mitan (Gilly) et Ance du Milieu (Bellin)
caze à Girardin (Gilly) et Pointe à Girardin (Bellin)
Isle au rasmié (Gilly) et Isle aux Ramiers (bellin)

Gilly indique en outre la Pointe du Bout, la caze à M. Vaucourtois.

La citadelle de Fort-Royal est agréablement bien dessinée, avec les murailles en rouge et un détail suffisamment précis des fortifications.



Cul de Sac Royal de la Martinique attribuée par la B.N.F à Pierre Gilly

dimensions approximatives : 74 x 90 cm

sondes : en brasses française

Carte conservée à la BNF (rue Richelieu) sous le numéro suivant : département Cartes et plans, GE SH 18 PF 156 DIV 5 P 11/2.
Cul de Sac Royal de la Martinique, Pierre Gilly, 1740


Cette carte attribuée justement à Pierre Gilly par la B.N.F est vraisemblablement le plan de travail opérationnel utilisé par le cartographe-hydrographe pour mener à bien ses opérations dans la baie de Fort-Royal. Cette carte s'apparente en quelque sorte à un croquis de plan, élément essentiel faisant partie de la chaîne de réalisation d'une carte marine.

Gilly a relevé depuis des points de station sur lesquels il s'est posté, les directions (à la boussole ou compas de variation) des amers identifiables sur les côtes opposée et adjacente. Il a noté sur ses tablettes les angles entre le nord magnétique [celui indiqué par la boussole] et la direction d'un point visé. L'orientation est donc conclue sur le Nord Magnétique. Ce qui était un facteur de confusion, la variation de la déclinaison ne permettant pas la longévité de la carte résultante. Gilly le sachant, il déterminera avant la fin de sa campagne hydrographique, la variation de la boussole en cette année 1740 (5° NE). Il indiquera ainsi le nord géographique qui sera repris dans les cartes construites à partir de ses travaux.

Cette carte montre qu'il y a eu tentative de triangulation. En effet, Gilly établit une base de 268 toises soit environ 522 mètres depuis l'extrémité de la Pointe du Bout jusqu'au début de l'Anse des Cocotiers ou l'anse Mitan. Cependant l'hydrographe base ses observations sur un tracé général de la côte qui n'est pas revu et dont les principales imperfections géodésiques ne sont pas corrigées. Les triangles eux-mêmes ne sont pas «conclus» c'est à dire : fermés et dont la somme des angles égale 180°. Il ne s'agit donc pas d'une véritable triangulation apte à positionner exactement chaque station par rapport à un canevas géodésique opérationnel.
Toutefois cette carte permet d'atteindre un degré de précision très appréciable pour cette année 1740. De Fleurieu, Paul Monnier et d'autres critiques postérieurs ne s'y tromperont pas. Ils ne ménageront pas leurs éloges à l'égard du travail précurseur de Pierre Gilly.

Pierre Gilly n'a pas eu la possibilité de relever, indépendamment des directions successives prises à la boussole (compas de variation, compas azimutal), les gisements entre les divers amers. Pour cela il aurait fallu disposer d'instruments nautiques plus précis (sextant, cercle hydrographique ....) qui n'apparaitront que bien plus tard. Toutefois, l'hydrographe a fait de son mieux avec les moyens du bord et le temps qui lui était alors imparti. Il a effectué des vérifications systématiques de ses principaux relèvements. D'un point à l'autre il a assuré ses calculs par croisements successifs. Il relève ainsi depuis la Grosse pointe (actuellement Pointe du Bout) la direction angulaire du Fort-Royal, il procède de même au Fort-Royal, et relève la direction de la Grosse Pointe.

Les sondes qu'il a certainement relevées lui-même avec son équipe, sont mesurées en brasses françaises. Elles sont sans nul doute positionnées également par relèvements à la boussole depuis la chaloupe [avec toute l'imprécision due aux effets de mer que l'on tente vainement de dompter] sur les amers et autres points remarquables identifiés préalablement sur la côte. La nature des fonds est parfois indiquée sur la carte finale, pas dans ce croquis, elle a donc eu également faire l'objet de notes prises à propos.






Jean-Baptiste Pierre Romain, Ville et Rade du Fort St Pierre de la Martinique levé en 1734 par M Romain

Carte conservée à la BNF (rue Richelieu) sous le numéro suivant : GE D 7939.

Plan manuscrit de la rade de Saint-Pierre fait en 1734 par Romain


dimensions approximatives 30 cm (hauteur) x 44 cm (largeur)
carte manuscrite entoilée à faible marge (1 cm environ).
échelle graphique de 300 toises en bas à droite
L'orientation choisie par Romain positionne le Nord-Est en haut du plan, la plupart des cartes de la ville à cette époque, ont fait, font ou feront de même.

Dans cette esquisse, J-B Romain présente la ville de Saint-Pierre prise entre la batterie Sainte-Marthe au Sud [non nommée] et le verrou défensif constitué par les batteries : Saint-Louis, Saint-Ignace et Saint-Xavier au Nord, sur la rive droite de la rivière des Pères Jésuites. Romain précise bien que c'est lui-même qui a effectué les levés en 1734.

Romain dresse là un plan simplifié du bourg de Saint-Pierre qui constitue une ébauche ou un premier « croquis » de plan. Il sera finalisé dans l'exemplaire présenté juste après.

Dans ce document, Romain présente certains lieux particuliers comme la rafinerie dont la trace reste encore dans la Saint-Pierre moderne, on y trouve en effet : la rue de la raffinerie. Il indique l'Hôpital St Jean qui jouxte la Savane de l'Hôpital, actuellement on trouve pratiquement à la même place l'hôpital de la ville. Le cartographe met l'accent sur le caractère impétueux voire destructeur lors des crues de la rivière Roxelane (rivière du Fort), en indicant la présence le long de la rive gauche d'une digue propre à contenir les crues inopinées. Cette digue a été construite à proximité de la Savane des Religieuses, les Urselines où les nonnes avaient un établissement d'enseignement destiné aux jeunes filles de la colonie.

L'objet principal du plan reste cependant la mise en évidence du système défensif déployé à Saint-Pierre. Toutes les batteries côtières y sont déclinées ainsi que le fort.

Plan manuscrit de la rade de Saint-Pierre, 1734 par Romain
échelle graphique : de 400 toises
indication de la variation magnétique : 6° N.E.
dimensions : 42 cm x 38 cm

Cette autre carte conservée à la BNF (rue Richelieu) sous le numéro suivant GE D 7938, se distingue de la précédente par sa dimension qui diffère [l'échelle a donc varié] et par l'ajout des « portées » des canons des différentes batteries installées à Saint-Pierre. Les deux plans, le « croquis » et la carte proprement dite, ont été dressés certainement dans la même année de 1734.

Le second est clairement la copie aboutie de l'autre, c'est-à-dire la carte finalisée. Romain y a particulièrement soigné la représentation du bâti et des autres élements constitutifs du bourg. On remarquera la méticulosité avec laquelle il représente les jardins, les alignements d'arbres ... L'écriture des toponymes est elle-même très appliquée.

La carte « finalisée » présente des informations que le « croquis » préliminaire ne présente pas. La batterie Saint-Nicolas, est clairement nommée. Elle a été construite à partir de la fin du XVIIe siècle et devrait son nom au gouverneur Nicolas de Gabaret. Á sa gauche est identifié le « Palais ». De la même façon, J-B Romain enrichit la toponymie en précisant le nom de la cathédrale : « N.D. de bon Port ». Le cartographe porte sur ce document la variation magnétique à 6° N.E. réputée prise en 1734, mais aucune indication supplémentaire ne vient donner un caractère un peu plus « maritime » au document : il n'y a pas de sonde, les mouillages ne sont pas plus indiqués, ...

Dans ce dernier travail, Romain traduit les rayons d'action des fortifications en dessinant leurs principaux angles de tirs, les trajectoires [lignes droites] et les portées [maximales] des tirs que les canons peuvent assurer. Il dessine de façon très imagée les boulets tirés : on pourrait presque identifier leurs calibres [poids de livres], en fonction de leur portée... La balistique de Romain [lignes droites] reste une projection verticale et pourrait faire croire à des « tirs tendus ». La portée des pièces d'artillerie semble varier de 400 toises (800 m) pour les petits calibres à 800 toises (1 600 m) pour les plus gros.

Jean-Baptiste Pierre Romain, Plan de l'Isle Martinique, l'une des Isles Antilles, 1734

Carte de la Martinique, par Jean-Baptiste Romain

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

datée : 1734.
Manuscrit aquarellé sur papier
dimensions : 74 cm x 74 cm

Le cartographe prévient dans un cartouche [NOTA] - en haut à gauche - que l'orientation de l'île s'articule autour d'une rose des vents. Romain la nomme fort justement « rose des rhumbs de vent », où le Nord indiqué est le Vray Nord : soit le Nord géographique. Il rappelle dans le cartouche du titre - en haut à droite - les coordonnées en latitude et longitude de la Martinique. La longitude est conforme à celle déterminée par le père Feuillée au Gros-Morne : 63° 18'. Romain situe la Martinique à 14°42' de latitude septentrionnale et à 63°18'45" à l'Ouest du méridien de l'Observatoire Royal Paris. La différence horaire entre Paris et la Martinique est donc de 4h 13' 15". J-B Romain a tenu a raccorder sa carte aux observations astronomiques disponibles et il donne la conversion, en heure sexagésimale, séparant la Martinique de Paris.

Le Sieur Romain donne également la « déclinaison magnétique » ou « variation de l'aiguille aimantée » pour l'année 1734 : 6° Nord Est. Ces déterminations se rapprochent de celles effectuées près de 30 années plus tôt par le père Louis Feuillée. Mais Romain ne dit pas exactement à quel endroit précis de Martinique la variation est observée. Il peut s'agir du Fort-Royal ou plus probablement de Saint-Pierre. S'il ne donne pas précisément le lieu d'observation de la déclinaison, elle est indiquée vers le Nord Est. Le père Feuillée l'avait calculée à 6°10' NE en 1706, Romain la donne à 6° en 1734. Rien d'étonnant, on sait que la mesure varie avec le temps et le lieu d'observation. Toute chose égale par ailleurs, la mesure a perdu 10' en 28 ans (soit 21" Ouest par an). Quoi qu'il en soit, le futur ingénieur Romain s'attache à donner des indications, somme toute, fortes utiles pour les navigateurs. Il positionne aussi les cayes de la côte au vent, qui sont bien mise en évidence.

Cette carte manuscrite dressée en 1734 par Jean-Baptiste Romain met l'accent sur le relief de l'île de la côte sous le vent, celui de la côte au vent étant sur ce document représenté de façon plus dépouillé. Le futur ingénieur des fortifications s'est évertué à traduire, de la meilleure façon possible, sa vision du relief des principaux massifs de la Martinique Occidentale. J-B.Romain met ici tout son art graphique sur le papier en utilisant au meilleur escient possible la technique de la perspective cavalière. Il suffit pour en juger d'admirer la superbe vue offerte sur la montagne Pelée et les mornes environnants. La Pelée est pourvue de son lac sommital joliment rendu. Chaque plissement du terrain semble avoir été étudié avec un soin particulier et restitué de façon la plus méticuleuse. J-B romain qui n'a pu s'élever aussi haut dans le ciel pour obtenir un panorama aussi précis, nous restitue là une esthétique sans pareille. L’ingénieur du Roi, précise d’ailleurs que les Montagnes qui sont représentées dans ce plan ont été dessinées selon leurs véritables figures de la partie occidentale. Cette vue de la côte aura également pu être construite aux fins d'être utilisée par les pilotes des navires à l'instar des profils ou vues de côte. Ces principales élévations sont discernables au large de l'île (les deux pitons centraux de l'isle, le piton dit du Carbet, la montagne Pelée, ...). À noter également le soin apporté par l'auteur pour dessiner les côtes escarpées (falaises) sur certains segments de côtes de l'île.


En cette année 1734, la carte associe encore la perspective cavalière « à l'ancienne » (pour le relîef) et la projection orthogonale pour les bourgs. Les plans de bourgs se veulent déjà précis, ils permettent d'évaluer avec assez de justesse l'ampleur de l'urbanisation et de localiser plus fiablement les grandes infrastructures. Après la carte que Vincent Hoüel a dressé en 1729 et dont Romain sera, bien plus tard, le successeur en titre (Ingénieur en Chef des Fortifications), c'est certainement la carte la plus précise pour la délimitation des bourgs, le tracé des chemins, et la représentation du relief de la côte occidentale.

Dans le carton en bas à gauche, J-B Romain propose un plan de Saint-Pierre assez précis. Quelques sondes [en brasse] sont données dans la rade où des vaisseaux sont présentés « au mouillage ». Le plan est associé à une table indexée qui donne les noms de principaux éléments du système défensif (batteries, etc..) ainsi que des principales constructions de la ville (chapelle, Hôpital, ...). À noter que Romain nomme la rivière des pères comme « Rivière des Pères Noirs » [en opposition aux Pères Blancs] et la Roxelane comme « Roxlane » ou rivière du Fort. Dans le carton de droite, il propose un plan plus resserré représentant le seul quartier du fort à Saint-Pierre, mais quelqu'un est venu noter que ce plan n'est pas si juste que les autres. Cette assertion permet de valoriser davantage les autres plans de Romain, considérés alors comme plus justes par l'anonyme commentateur.

Outre les vues orographiques et l'urbanisation des bourgades, le futur ingénieur a porté sur sa carte les voies de communication. Le successeur de Vincent Houël montre là une volonté de ne rien omettre. Il a tracé et nommé parfois, les différents itinéraires allant des quatre grands chemins ou chemins royaux aux plus petites voies. Ainsi, il a dessiné le principal chemin de la côte qui fait le tour de l'île, le « chemin de la Basse Pointe et de la Cabesterre » entre la Pelée et le Morne Calebasse, le chemin des « Pitons de l’Isle » entre le Fort-Royal et le bourg de Saint-Pierre, le chemin entre Fort-Royal et la Trinité.... Il a également tracé un chemin entourant l’étang des Salines avec certaines ramifications. L'apport de J-B Romain est précieux puisque sa carte restitue dans son ensemble les différentes liaisons vicinales existantes dans l'île. Elle montre une Martinique quadrillée par l'activité humaine. La carte de Romain permet de figurer bien avant les cartes qui seront confectionnées dans le dernier quart du XVIIIe siècle [cf. Moreau du Temple notamment qui restitue le formidable travail de Claude Loupia], un réseau de communication déjà considérablement développé.






Didier Robert de Vaugondy (1723, 1786), L'isle de la Martinique par le Sr Robert de Vaugondy, fils de Mr Robert Géogr. Ord du Roi. Avec privilège. 1749.

Atlas Portatif, 1748-1749 et Nouvel Atlas Portatif (1762 et suivantes).
dimensions approximatives de la carte : 16 cm x 19 cm. Imprimée à Paris.
Échelle en Lieues d'une Heure.
graveur présumé : Guillaume-Nicolas Delahaye


La première carte particulière de la Martinique de Didier Robert de Vaugondy est datée de 1749. Dans le titre de la carte Didier Robert de Vaugondy fait état de sa filiation avec le Géographe Ordinaire du Roi, son père Gilles Robert (1688, 1766). La famille Robert a changé de statut en rejoignant la noblesse, pour service rendu à la géographie et à l'éducation des princes. La carte a été imprimée dans différents travaux qu'effectuèrent les Robert de Vaugondy, notamment dans L'Atlas Portatif Universel et Militaire paru en 1748-49. L'Atlas a été réalisé par Gilles Robert, père de Didier. Mais Didier qui avait 25 ans en 1748 a été pleinement associé à sa réalisation. Il a contribué à dresser de nombreuses planches. Dans cet atlas, le travail de gravure semble avoir été partagé entre deux graveurs principaux. Certaines cartes sont ainsi signées par Guillaume-Nicolas Delahaye qui était réputé pour la lettre, mais réalisait aussi bien la géographie que la topographie (le trait). L'autre graveur étant Jean Lattré (sculp) davantage spécialisé pour le trait, mais également habile pour le reste. Il n'est pas à exclure une gravure réalisée, pour certaines cartes, par les Robert eux-mêmes.

Comparée aux travaux réalisés par les autres cartographes français de cette époque comme Philippe Buache ou Guillaume Delisle, l'aspect général de l'île de la Martinique, par les Vaugondy, tient de l'exploitation de sources anciennes remontant au moins au début du XVIII sièclee, voire certainement la fin du XVIIe siècle). De nombreux éléments laissent en effet penser les Vaugondy se sont servis d'informations issues des travaux de François Blondel (1667). On trouve ainsi mentionnée la présence de villages ou de carbets Caraïbes, les maisons des « gardes » sont présentes, l'îlet Saint-Aubin y est appelé îlet du Fort, les noms des Habitations cités tout au long du pourtour de l'île sont les mêmes, etc ... Pareillement la référence à l'ilet des Loups marins renvoie au siècle précédent. Les Robert de Vaugondy, malgré une notoriété importante, n'avaient pas la réputation d'être des cartographes scientifiques comme a pu l'être Guillaume de l'Isle (Delisle) qui confrontait les différentes sources, les actualisait fréquemment, arbitrait entre les différentes versions et données dont il disposait afin de produire une géographie cohérente et vraisemblable. La carte des Vaugondy rappelle plutôt celle établie par Blondel au XVIIe ou encore, un peu moins, celle de Nicolas de Fer, au début du XVIIIe. Elle est toutefois présentée sur son axe traditionnel Sud-Est/Nord-Ouest. En dehors de la configuration générale de l'île, l'échelle est présentée en « Lieues d'une heure » qui est de nature purement terrestre.

carte de la Martinique par Vaugondy
La carte (à gauche) porte en titre Département de la Martinique 85. Elle est pratiquement de mêmes dimensions que la précédente datée de 1749. Cette nouvelle édition, est cette fois ci, incluse dans le Nouvel Atlas Portatif publié en 1795 par Delamarche à Paris. La France est alors en pleine période révolutionnaire, la « Terreur » touche cependant à sa fin. La plupart des Isles sont tombées aux mains des anglais. Seule la Guadeloupe résiste, elle passe même à l'offensive, dans une guerre de course effrénée, sous les ordres de l'intrépide et controversé Victor Hugues.
Dans cette carte « Révolutionnaire », une nouvelle échelle apparaît à côté de celle en Heure. Elle se rapporte à une mesure assez rare : les myriamètres. Cette nouvelle mesure a été adoptée précisément sous la Révolution. Elle correspondait grosso-modo à 10 000 mètres (ou 10 km). Ce qui en ancienne mesure valait environ trois lieues communes (terrestres). Ici, comme dans l'exemplaire précédent, aucune mesure marine n'est utilisée. Sur la carte, on remarque quelques changements significatifs de noms, le Fort Royal s'appelle maintenant le Fort La Liberté, la dialectique révolutionnaire de l'époque transparait dans la production cartographique de l'éditeur Delamarche. Dans cette carte le fameux cy devant indique les anciens noms utilisés sous le régime monarchique et normalement tombés en désuétude. Ainsi : Ft Libre cy-dev Fort Royal, de même cy-devant Cul de Sac Royal.
Le graveur, quel qu'il soit, a repris le cuivre de 1749, sur lequel il a porté une touche patriotique et révolutionnaire, sans changer fondamentalement les informations initiales. Aucune année de réalisation n'est portée, pas même l'année révolutionnaire, signe que celle-ci n'est pas encore intégrée dans les esprits. Il est cependant à remarquer que dans l'index départemental la Martinique semble s'être vu attribuée le numéro 85. Les départements français ont vu le jour en mars 1790. Au début il y en avait 83. Rapidement, dès 1793, les îles de la Guadeloupe et la Martinique sont passées à l'état départemental. La Guadeloupe ayant alors le numéro 84. Au fur et à mesure des conquêtes continentales révolutionnaires et des pertes de territoires quand la situation s'inversait, le nombre de ces départements a fluctué.

Pour revenir brièvement à l'Histoire, on sait qu'en février 1793, le nouveau gouverneur le comte de Rochambeau [fils du célèbre Rochambeau qui s'était illustré lors de la guerre d'indépendance des Insurgents], missionné par la Convention, arrive avec le Général Lacrosse. Ils finissent par débarquer dans l'île en effervescence. Dès lors, la Martinique est instituée, de façon très éphémère, en département français. Rochambeau renomme la ville du Fort-Royal en République Ville et le fort Desaix en Fort La Convention. Le débarquement des troupes anglaises [près de 16 000 hommes] au début de l'année 1794, appuyé par certains colons, mit un terme aux velléités de liberté et d'émancipation de la population. Les défenseurs du « Fort la Convention » capitulèrent, en mars 1794, avec les honneurs. Les troupes anglaises s'étonnèrent que si peu d'hommes aient tenu une si grande résistance. Les anglais occupèrent l'île durant 8 ans, jusqu'à la paix d'Amiens signée en 1802 avec les Consuls. En quittant l'île, ils démantelèrent la plupart des fortifications, notamment le fort Desaix.

Malgré un air austère et quelque peu primitif, la carte des Vaugondy a fait preuve d'une longévité extraordinaire. En effet, on la retrouve dans de nombreuses publications. Notamment dans des atlas parus en Europe Centrale ou en Europe de l'Est. Ainsi en 1804 le célèbre Géograph Institut de Weimar publie une carte où la Martinique est représentée selon le profil adopté par les Vaugondy et avec les caractéristiques « révolutionnaires » du modèle paru en 1795 : Charte von der Westindischen Insul Martinique. Ce modèle sera repris notamment dans la version germanique de l'ouvrage produit en 1804 (An XII) par le général Joseph Romanet du Caillaud (1748-1811) : « Reise nach der Insel Martinique » [Voyage à la Martinique]

De la même façon en 1822, le géographe tchèque, de langue allemande, Friedrich Pluth publie à Prague une carte similaire Charte von der Westindischen Insul Martinique où est encore indiqué le Fort Libre en lieu et place du « Fort Royal », les éléments issus de la Révolution française sont donc présents bien que dépassés. Il transparaît toujours dans cette carte la nomenclature contenue dans la carte de François Blondel, c'est-à-dire dans l'une des toutes premières cartes de l'île. Cette épreuve présente donc un amalgame parfait entre deux époques éloignées aussi bien dans le temps que dans l'esprit, le grand écart est consommé.

carte de la Martinique par Vaugondy

La carte de la Martinique se trouve également en carton dans la carte dressée par Gilles Robert (père de Didier) qui présente principalement l'ensemble de l'isle de Saint-Domingue [Hispaniola], dont la partie Ouest (actuellement Haïti) fut la principale possession française dans les grandes Antilles. Elle fait partie de l'Atlas Universel par M. Robert Geographe ordinaire du Roy et par M. Robert de Vaugondy son fils. cette dernière carte (1750-1757) est donc plus tardive que la première (1748), elle a été imprimée à Paris. Dimensions 48 cm x 51 cm. Les Robert de Vaugondy soulignent à propos de cette carte de Saint-Domingue que leur source principale est la carte [vers 1720-1725] du fameux navigateur, savant et hydrographe Amédée François Frézier (1682, 1773). La valeur ajouté des vaugondy a seulement consisté à recaler la longitude de l'île. Les Vaugondy se valent donc d'avoir fait leur travail de Géographe. La plupart des cartes de l'Atlas Universel ont été gravé par Delahaye l'aîné (Jean-Baptiste-Henri Delahaye), c'est-à-dire le frère aîné de Guillaume-Nicolas. Il semble toutefois que ce soit Guillaume-Nicolas qui ait gravé les cartes de Saint-Domingue et de la Martinique.







Georges Louis Le Rouge «La Martinique, Unes des Antilles Françoises de l'Amérique . Dressée sur les Nouvelles Observations, à Paris. Par le Rouge Ing.rGéographe du Roi. Rue des Grands Augustins. 1753. Avec privilège du Roi.»

Imprimée à Paris à partir de 1753, dimensions approximatives : 51 cm x 63 cm. Echelle en lieux marines de France et d'Angleterre de 20 au degré.

carte de la Martinique par Le Rouge, 1753

Cette carte de Le Rouge décrit de façon splendide le joyau qu'est alors la Martinique sucrière de l'époque coloniale. Au-delà de la beauté de cette carte, faut-il rappeler que les conditions de vie étaient déplorables pour la partie de la population qui subissait l'esclavage ? Chaque point sur la carte qui représente : là une sucrerie ; là un moulin en activité ; était pour les noirs esclaves des lieux de grandes souffrances et d'humiliation. Les îles à sucre ont été des «affaires» très convoitées par les puissances européennes. Les royaumes colonisateurs ont pu développer une grande partie de leur commerce et amasser ainsi des richesses considérables en exploitant des populations maintenues de force dans la servilité.

Cette première carte de la Martinique produite par Le Rouge propose deux versions en une. La première est issue de la carte de Delisle & Buache (1732), tandis que la seconde est issue de la carte de Johannès Van Keulen II (1734). Quand il compose sa carte, vers 1753, Le Rouge dispose de ces deux solides références sur lesquelles il va largement s'appuyer. Dans un superbe cartouche baroque (certains diraient très . justement Rococo), le titre rappelle qu'elle a été dressée avec les dernières informations disponibles. Effectivement, les cartes précitées étaient les cartes à vocation «marines» les plus actuelles en 1753. Le Dépôt de la Marine n'avait pas encore sorti la grande carte hydrographique de la Martinique de Bellin (1758).

Le Rouge semble se baser sur le canevas de Delisle & Buache, les deux profils sont pratiquement similaires. Mais certains détails montrent toutefois qu'il ne s'est pas contenté de reprendre tel quel le contour de 1732. Il y a apporté de nombreuses modifications, parfois importantes. Par exemple, la distance séparant la «pointe des nègres» au «Fort Royal» s'est réduite de façon notable, le trait de côte a changé.
Les coordonnées géographiques sont quasiment à l'identique. En longitude, seul le référentiel a bougé. Le Rouge a abandonné celui de l'Île de Fer pour celui de Paris. Il «aligne» sa Martinique sur le parallèle du 14°40' de latitude nord et sur le méridien de 63°15' de longitude occidentale relativement à l'observatoire de Paris. Lors de l'élaboration de sa carte, Le Rouge a également introduit de nombreuses informations en provenance de l'épreuve de Van Keulen.


Le résultat cartographique restitue une oeuvre assez originale [qui n'est certes pas dénuée de beauté]. La carte de Le Rouge relate ses hésitations. Le Rouge connaissait les capacités scientifiques du couple de géographes français, mais Van Keulen était également très réputé pour la fiabilité de sa production. Le Rouge n'est pas un géographe de cabinet, il ne maîtrise pas toutes les facettes de ce métier. Cet ex-cartographe de terrain, reconverti dans le commerce et l'édition, n'a pas su toujours trancher - pour notre plus grand bonheur - entre les différentes sources.

Malgré ces renoncements, il a procédé à de nombreux arbitrages entre les sources qui ne se limitent pas aux deux principales : manifestement des informations viennent d'ailleurs. Il a ainsi fourni un véritable travail de synthèse.

Dans sa démarche, l'éditeur fait preuve d'une honnêté intellectuelle rare vis à vis de sa clientèle. Quitte à surcharger son oeuvre, il indique la source de l'information : «selon Van Keulen» ; ou encore «selon Delisle». C'est par exemple le cas lorsqu'il propose les positions possibles de l'îlet «La Caravelle» ou de l'extrémité du «Cap Tourmenté». Il reprend les emplacements et les noms des îlets proposés par Van Keulen : «la Caravelle ou Carman selon Van Keulen» ; «île Arbre selon Van Keulen» ; ... ce qui rappellent les cartes du XVIIe siècle qui présentaient l'île de Caerman (peut-être Saint-Aubin), le Boomen Island, la baie de Grimal ...

Dans sa carte de 1753, Le Rouge reprend la représentation de la «Veüe de la Martinique...» présentée par Van Keulen II. Cette vue transversale des côtes de l'île est celle qu'aurait un observateur en mer situé au point AB. Le Rouge positionne l'observateur au Nord Ouest de l'île, il l'identifie de manière certaine, tandis que la position du point restait inconnue dans la production de Van Keulen. En plus des nombreux rhumbs, le profil des côtes donne à la carte une dimension marine affirmée. Les navigateurs et les pilotes, clients potentiels de l'atelier Le Rouge, considéraient que les cartes marines se devaient de présenter de telles vues [ou profils] de côtes. Le Rouge avait-il prévu d'inclure un second profil ? puisqu'il existe sur la carte un point A à la même latitude que le point AB mais plus à l'Est. Aucune indication n'explique la présence de ce second point sauf une incertitude supposée sur la position «exacte» de l'observateur en mer. Le Rouge a ainsi peut-être oscillé entre deux positions : A et AB, puis aura finalement tranché pour cette dernière.

Dans la baie de Fort-Royal les délinéaments des hauts fonds s'inspirent de ceux de la carte de Delisle/Buache [1732] mais ceux-ci ne sont pas exactement identiques. La carte de Van Keulen [1734] en est dépourvue dans cette partie, comme dans la baie du Marin. Cependant, Le Rouge ne reprend aucune des sondes [brasses] pourtant présentes dans la carte de Delisle. D'une manière générale, Le Rouge semble avoir privilégié les informations «nautiques» des géographes français plutôt que celles du hollandais. C'est le cas pour la situation des cayes et des hauts fonds à l'Est de l'île. Sans correspondre d'une manière parfaitement exacte, la similitude d'ensemble est patente. Mais des différences existent. Ainsi, comme Van Keulen, il adopte la présence d'une caye devant la «Pointe des Salines», alors que celle-ci est absente dans la carte de Delisle.

C'est moins le cas pour la représentation du relief qui s'inscrit davantage dans celle proposée par le hollandais. Dans ce registre, Le Rouge indique bien un lac au sommet de la Montagne Pelée. C'est également le cas pour le contour et la surface accordés aux Salines du Sud de l'île. Chez le Rouge les Salines se rapprochent davantage de la carte de Van Keulen, la différence de surface avec Buache & Delisle est importante, allant du simple au double.

Mais Le Rouge fait preuve parfois d'une certaine indépendance de conception. Ainsi dans les cartes de Delisle et de Van Keulen la presqu'île de la Caravelle abrite une léger relief qui est entièrement gommé dans la carte de Le Rouge.

La représentation des bourgs se fait à l'aide de symboles ou poinçons divers. Le géographe n'a pas voulu représenter les bourgs en projection orthogonale, afin de ne pas les hypertrophier comme dans la plupart des autres cartes. Les bourgs les plus importants sont bien identifiés (Fort-Royal, Saint-Pierre, La Trinité) avec un poinçon usuel tandis que les petites paroisses [ou établissements] sont représentées par une simple chapelle. Le système de fortification n'est volontairement pas mis en évidence. Les emplacements des batteries côtières sont rares et la représentation des forts (hormis la citadelle du Fort-Royal) est souvent évitée. Le Rouge a dû confronter patiemment la véracité des toponymes, puisqu'il évite l'erreur de la carte de Buache & Delisle qui nomme la « Pointe du Macabou » : la « La Pointe du Macouba ». Le réseau de communication [chemins] est semblable à celui présenté dans la carte des géographes français, mais au lieu de symboliser les tracés par deux lignes parallèles, Le Rouge emploie un trait tireté.

Au dessus de la Veüe de la Martinique, Le Rouge a repris la distinction entre les différents ordres religieux [Jésuites, Dominicains, Capucins] qui était donnée localement par Van keulen, mais également par la carte de Buache où les périmètres des congrégations sont délimités. Cependant, contrairement à la production du batave, aucun sigle [poinçon] de reconnaissance n'est présent sur la carte de Le Rouge. Cette distinction entre les cures s'opère par l'adjonction de couleurs spécifiques permettant d'identifier le périmètre d'influence de chacun des ordres, comme dans la carte de Delisle & Buache.

Dans sa carte, Le Rouge propose [en haut et à gauche] quelques notes historiques sur le début de la colonisation. Il y relate les attaques avortées des hollandais (celle de Ruyter en 1674) suivies de celle des anglais (1695).

Près de vingt-cinq ans après la première publication de la carte de 1753, c'est-àdire en 1779, l'atelier Le Rouge va produire une nouvelle carte de la Martinique, qui va se baser cette fois sur les travaux du britannique Thomas Jefferys (carte de 1775). Le Rouge, en bon professionnel, propose aux acquéreurs de la carte de 1779, un échange gratuit avec celle de 1753 (voir par exemple le «Journal des sçavans» de mars 1780 - page 573). Il est certain que ce procédé commercial a été très novateur voire même avant-gardiste. Mais combien d'acquéreurs, ceux des années 1753 et suivantes, se sont-ils présentés à son atelier afin de procéder à l'échange ?



Voici un superbe exemplaire, disponible à la BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA
carte de la Martinique par Le Rouge, 1753 Bibliothèque Nationale d'Espagne


et celui mis en ligne sous Gallica



Thomas Jefferys vu par Le Rouge


Le Rouge a dressé des cartes de la Martinique à différentes périodes, souvent à partir de cartes dressées par d'autres éminent géographes, surtout britanniques. En 1779 l'atelier Le Rouge produit la version française de la célèbre carte dressée par Thomas Jefferys «La Martinique par les Ingénieurs Anglais lorsqu'ils en étaient possesseurs. Par Jefferys. 1775. A Paris. Chez Le Rouge Ingénieur Géographe du Roy. Rue des Augustins. 1779. Avec privilèges du Roy».

L'atelier de Le Rouge rend à César ce qui est à César. L'éditeur-imprimeur attribue bien cette fabuleuse carte de la Martinique à Thomas Jefferys décédé quelques années plus tôt. Et pourtant, la France associée aux Insurgents est en pleine guerre contre l'ennemi héréditaire. Le traité de paix de Paris, rétablissant la paix, ne sera signé qu'en 1783.

Le titre de la carte rappelle la première occupation de l'île par les anglais. Ils avaient occupé la Martinique entre février 1762 et juillet 1763. Les ingénieurs britanniques ont dès lors mené d'importantes campagnes de relevés tant topographiques qu'hydrographiques pour mettre à jour cartes et plans. Sur le plan hydrographique, le capitaine John Stott a égalament entamé de lourds travaux dans les principales baies de la Martinique. Ceux-ci donneront lieu à la production de cartes à fortes précisions [baie de Saint-Pierre, de Fort-Royal et du Marin]. Le géographe Thomas Jefferys qui avait accès à ces informations nouvelles, en a profité pour ajuster les cartes et plans de ses atlas.

Je vous présente ici la carte de Thomas Jefferys selon Le Rouge, carte découpée en plusieurs segments afin d'être utilisée plus commodémment par les voyageurs lors de leurs déplacements : Jefferys selon le Rouge (atlas de poche). De nombreuses cartes étaient ainsi découpées puis réassemblées sur toile (entoilées).

A partir de 1799, une autre version françisée de la carte de Thomas Jefferys est imprimée, notamment chez Charles Dien, rue Saint-Jacques à Paris. L'atelier de La Rouge a alors disparu dans les tourmentes de la Révolution française. Charles Dien signe là une reprise actualisée et enrichie de la carte de Le Rouge de 1779, elle même issue de celle de Jefferys.
Rappelons qu'en 1799 la France révolutionnaire dirigée par les Consuls est une fois de plus en conflit avec le Royaume Uni. La nouvelle présentation de la carte [1799] introduit les travaux réalisés en 1771 et 1772 par l'officier de marine Jean-René-Antoine Verdun de la Crenne (1741, 1805), le cartographe-hydrographe Jean-Charles de Borda (1733, 1799), et l'astronome-géographe Alexandre-Guy Pingré (1711, 1796).

La première carte de l'atelier de Le Rouge (version de 1779) faisait déjà mention des travaux des trois scientifiques, mais d'une façon plus succincte. Un bref texte situé sous la rose des vents. Dans la version de 1799, les successeurs de le Rouge font une place d'honneur, dans le titre même de la carte, à ces éminents scientifiques.

carte de la Martinique par Le Rouge, 1799.
Cette carte imprimée chez Charles Dien (ru due Foin, Saint-Jacques, au Collège de Maitre Gervais) est bien l'émanation réactualisée du travail de la carte de Le Rouge de 1779.

Dans cette version de 1799 voir carte présentée ci-contre, un tableau donne pour six positions de Morne aux Bœufs à Fort Royal, en passant par le Diamant et le Cap Salomon, les coordonnées en latitude et longitude. Les calculs astronomiques ont été effectués par l'astronome Alexandre Pingré. Les déterminations sont rapportées à longitude Occidentale de Paris (soit une Martinique à environ 63° ouest).

La carte se réfère pourtant [voir en bas à gauche] à une longitude occidentale par rapport à l'Isle de Fer (soit une longitude d'environ 43° ouest). On retrouve cette longitude dans les cartes originales de Jefferys imprimées à Londres.

L'échelle est en lieues marines. Les dimensions de la carte sont approximativement de 45 cm x 61 cm. L'éditeur mentionne dans le titre de la carte de 1799 : «D'après les observations astronomiques de MM de Verdun, de Borda & Pingré».
L'intitulé du tableau reste incomplet. Il a été rédigé ainsi : «Observations de M Pingré faites à la Martinique en...», l'année n'a pas été spécifiée. Mais on sait qu'il s'agit de 1772.

Les trois scientifiques nommés dans le titre de la carte : Verdun, Borda, Pingré, ont été au cœur de la compétition qui visait à mettre au point des méthodes modernes de calculs pour déterminer de la manière la plus précise possible les longitudes en mer.
Ces méthodes passaient par une parfaite mesure du temps en mer à l'aide d'horloges [ou de montres marines] fabriquées dans le plus grand secret. Ces scientifiques ont effectué un long voyage expérimental à bord de la Flore, partie de Brest en octobre 1771, qui les a mené jusqu'au Antilles françaises où ils durent patienter durant les semaines de réparations de la Flore malencontreusement échouée.
Sur place ils travaillèrent à l'amélioration des techniques de relevés hydrographiques et effectuèrent de nombreux calculs astronomiques relatifs aux coordonnées des îles.
La mission de la Flore avait été précédée quelques années plus tôt (en 1768 et 1769) par celle de l'Isis qui avait permis un premier ensemble de rectification des cartes du Dépôt de la Marine. Les expériences furent menées par Claret de Fleurieu qui commandait alors la frégate, et le père Pingré que l'on retrouve dans la mission de la Flore.
Les détails topographiques présentés dans cette carte commencent à être significatifs, même si l'allure d'ensemble de la Martinique n'est pas encore celle que nous connaissons. Le Rouge comme son éminent collègue britannique, propose un cartouche détaillant plus particulièrement la baie de Fort Royal (Cul de Sac Royal) où les sondes sont mises en évidence.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica La Martinique.




une autre carte de la Martinique par Le Rouge, 1748


On retrouve cette carte miniature dans plusieurs atlas édités par l'auteur ou par d'autres éditeurs entre les années 1748 et 1770. Cette carte se trouve et illustre notamment l'Atlas Nouveau Portatif à l'usage des militaires et du voyageur dont les premiers exemplaires paraissent en 1748. L'Atlas Nouveau Portatif sera imprimé jusque dans les années 1770. Les 91 cartes initiales de l'Atlas ont, semble-t-il, toutes été gravées par Le Rouge et peu de modifications les touchèrent durant la vingtaine d'année durant lesquelles l'Atlas a été produit.

carte de la Martinique par le Rouge, Crépy

Ci-contre : Atlas Nouveau Portatif (planche n°85). Dimensions approximatives : 21 cm x 28 cm.

L'année 1748 voit la fin de ce que les historiens ont nommé la « Guerre du Roy George » (1744-1748). Durant celle-ci, les anglais et les français se livrent à des continuelles actions d'hostilités, dans les îles des petites Antilles, qui se traduisent surtout par des combats navals entre flibustiers, corsaires et navires marchands des deux nations. Le traité d'Aix la Chapelle (1748) amènera à une cessation temporaire des hostilités. Elles reprendront, avec plus d'envergure et d'intensité, quelques années plus tard avec la désatreuse « Guerre de 7 ans » (1756-1763) qui aboutira à réduction drastique des possessions françaises d'outre-mer.

La carte est relativement sobre. C'est la première carte de l'île dressée par Le Rouge. Si elle présente quelques points communs avec la carte de Philippe Buache, cette carte de Le Rouge reste particulièrement originale. La presqu'île de la Caravelle est dessinée d'une façon tout à fait personnelle. Le Rouge reste toutefois classique dans sa présentation et met en évidence le partage de la Martinique entre Cabesterre et Basse-Terre . Le relief intérieur est appuyé. On remarque que la montagne Pelée semble posséder un large cratère rempli d'eau (on indique donc qu'il pourrait s'agir d'un volcan). Les principales voies de communication (routes) sont indiquées. Les réseau hydrographique de l'île est donné.






Chevalier Jean de Beaurain, l'isle de la Martinique,

imprimée à Paris en 1765, dimensions approximatives 11,5 cm x 18,5 cm.

Il s'agit d'une carte miniature, mais cependant assez détaillée, qui relate la première attaque réussie par les anglais qui s'emparèrent de l'île de la Martinique en février 1762 (selon la carte de Beaurain). L'occupation anglaise devait durer près de 18 mois, jusqu'à sa restitution en juillet 1763 par le traité de Paris signé en février de la même année.
La "Guerre de 7 ans" commence en réalité le 28 mai 1754 en Amérique. Les deux nations entretenaient en Amérique des querelles persistantes qui découlaient d'une concurrence commerciale exacerbée. Le conflit en Amérique opposera d'une part les anglais, d'autres part les français aidés de la plupart des nations indiennes.
Les anglais commandés par Georges Washington [il était encore en 1754 sujet du Roi d'Angleterre] semblent avoir tendu un piège au Capitaine de Jumonville. Ce dernier était venu parlementer près de la fourche de l'Ohio avec quelques indiens pour apaiser un climat devenu malsain. Les anglais ont pu penser qu'il venait dans une intention belliqueuse. Ils ont décimé le bataillon. La guerre en Amérique du nord allait être une nouvelle fois déclarée...elle se propagera jusqu'en Europe dès 1756.
La "Guerre de Sept ans" va se marquer pour les français par une série de revers continuels notamment dans les colonies du Canada, de la Caraïbe et des Indes Orientales. La puissance anglaise est déterminée à évincer toute présence française dans le nouveau monde. Elle veut dominer l'ensemble des voies commerciales et par là même des échanges pour faire prospérer son économie de façon exclusive.

carte de la Martinique par Beaurain Au niveau des Caraïbes, la redoutable escadre anglaise commandée par l'Amiral Moore entame le blocus des petites Antilles françaises dès 1759. Les troupes anglaises s'emparent tout d'abord de la Guadeloupe en janvier 1759 [voir la carte de Kitchin - cartes anglaises du XVIIIe. La résistance de la garnison et des milices martiniquaises permet dans un premier temps de repousser les incursions anglaises, mais le blocus des anglais amène très vite une dégradation des conditions de vie et la disette devient le quotidien des habitants. Aucun renfort de la métropole ne parvient en Martinique qui semble abandonnée à son destin.
L'amiral Rodney et le général Moncton lancent alors en janvier 1762 une vaste offensive avec plus de 20 000 hommes de troupes. Le contingent ennemi réussi à débarquer à Sainte-Anne et à s'y tenir. La pénétration à l'intérieur de l'île peut alors commencer. Les fortifications françaises et les lignes de défense cèdent une à une. Les anglais s'emparent d'abord de Fort de France le 3 février 1762. Le gouverneur de la Martinique, Le Vassor de la Touche, essaye de faire front avec les défenseurs de Saint-Pierre en y concentrant les dernières troupes valides. Mais peine perdue, devant des forces bien supérieures en nombre et aguerries par des années de campagne, il est obligé de capituler le 14 février.
La légende sous la carte de Jean de Beaurain signale que "les troupes françaises s'en sortirent avec tous les honneurs de la guerre". Il décrit brièvement l'offensive anglaise et donne les principales dates : reddition du Fort Royal le 3 février 1762 et de la ville de Saint-Pierre le 14 février. La carte porte des lettres indiciaires qui renvoient aux principaux sites de l'île. Deux cartouches spécifiques présentent chacun un plan sommaire : le Fort de Saint-Pierre et le Fort Royal, principales fortifications de l'époque.
Cette carte se distingue des autres cartes de la même époque, notamment dans l'orientation "pein nord" donnée à la Martinique. En général les cartographes du XVIIIe "allongent" la Martinique sur un axe prononcé sud-est / nord-ouest. Beaurain semble précurseur et donne un axe presque Nord/Sud. Le reste du contour de l'île est également bien appréhendé par l'auteur.






**********|**********|**********|**********|**********|**********|**********|**********|**********|
*Pages spéciales sur les Ingénieurs des Fortifications et les Ingénieurs Géographes *
* des Îles du XVIIIe siècle. *
* *
*Louis de la Roulais (xxxx, yyyy) *
* *
* *
*Vincent Hoüel (1688, 1754) *
* *
* *
*César Picaudeau des Rivières (1707, 17yy) *
* *
* *
*Jean-Baptiste Romain (17xx, 17yy) *
* *
* *
*Henri de Rochemore (1718, 1768) *
* *
* *
*Jean-Jacques Duportal [Duportail] (1701, 1773) *
* *
* *
*René Moreau du Temple (1736, 1786) *
* *
* *
*Charles Le Beuf ou Le Boeuf (xxxx, yyyy) *
* *
* *
*Antoine Geoffroy du Bourguet (xxxx, yyyy) *
* *
* *
*François Charles de Bexon (1741, 1806) *
* *
* *
***************************************************************************************************