XVIIIe siècle

Les cartes françaises

Les cartes publiées au XVIIIe siècle présentent pour la plupart des échelles en lieues ou en milles. Beaucoup de cartes adoptent des échelles multiples (lieues marines, lieues ordinaires, milles germaniques, lieues françaises, lieues d'une heure, toises, &c). Même en cas d'appellation identique, ces mesures étaient souvent différentes d'une région à l'autre. Elles ont été remplacées par les mesures du système métrique adopté par les révolutionnaires en décembre 1799 (loi du 19 frimaire an VII).
La Constituante a demandé en 1790 à l'Académie des Sciences de mettre au point un système de mesure harmonisé qui pourrait être généralisé à toutes les régions et par extension à tous les peuples.
De 1792 à 1799, Messieurs Méchain et Delambre ont effectué d'importants travaux de triangulation afin de déterminer la longueur du méridien comprise entre Dunkerque et Barcelone.
Leur illustre prédécesseur Eratosthènes d'Alexandrie avait, 21 siècles auparavant, calculé celle comprise entre Alexandrie et Sienne. Les deux savants français en déduisirent la longueur totale du méridien (40 000 km) à partir de celle du quart du méridien. Les travaux des français confirmèrent ainsi la justesse des calculs du savant grec. Le mètre fut désigné comme la quarante millionième partie de cette longueur.
On le matérialisa par un étalon en platine iridié. La Loi du 18 germinal an III (avril 1795) adopta le principe du système métrique qui devint légal en 1799, puis obligatoire en France à partir du 1er janvier 1840.
Aujourd'hui le système métrique a été adopté par la majeure partie des pays de la planète, sauf dans les domaines maritime et aéronautique où les milles et les pieds supplantent les mètres.



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Nicolas de Fer (1646-1720), L'Isle de la Martinique (n°129) dans l'Atlas Curieux, imprimé à Paris en 1705. Dimension au cadre 26 cm x 36 cm. Gravée par P Starckman.

carte de la Martinique par de Fer

La principale œuvre de Nicolas de Fer est l'Atlas Curieux. Il possède une première épreuve datée de 1700. Dans l'édition de 1705, la plupart des cartes de la première édition ont été actualisées et enrichies.
La carte de la Martinique de Nicolas de Fer présente en bas à droite, une table indexée [de 1 à 63]. Ce procédé permet à une carte de faible dimension, de délivrer un grand nombre d'informations. L'originalité de cette carte, tient avant tout dans le style de la représentation qui se rapproche d'une mise en perspective cavalière. Cet effet met le relief en valeur.
L'orientation de la carte n'est pas usuel, le nord, identifiable à l'aide de la rose des vents, se situe à gauche.
Les établissements des ordres religieux sont indiqués : jésuites, capucins et jacobins [dominicains]. Parmi les religieux, les jésuites furent les premiers à s'installer en Martinique (dès 1640), ils possédaient d'importants domaines où travaillaient de nombreux esclaves.
Les jésuites seront interdits puis expulsés de France et des îles à partir de 1761. L'ordre sera supprimé en France en 1764 par Louis XV, sa suppression par le pape Clément XIV interviendra par la suite. Ce traitement fait suite à l'affaire Lavalette [Antoine Valete] principal représentant de l'ordre des jésuites dans les îles du vent. Sa gestion irresponsable amènera la banqueroute de l'institution et l'ouverture un procès retentissant qui se soldera par l'interdiction de l'ordre.

A côte des jésuites, on trouve les dominicains [ou jacobins] qui comptent dans leur rang de prestigieux Révérends, tels les Pères du Tertre et Labat.

L'Atlas Curieux présente les cartes accompagnées de descriptions.

La description donnée par Nicolas de Fer est la suivante :
La Martinique est une des plus considérable île des Antilles en Amérique, et de celles que les espagnols appellent sur le vent. Elle est située à 14 degrés 30 minutes de latitude septentrionale et à 317 degrés 10 minutes de longitude, les français s'y établirent au mois de juillet 1635 et en chassèrent les sauvages l'an 1658. Les insulaires qu'on y trouva la nomment Madanina, elle a environ 50 lieues de circuit et dix huit de longueur, pour sa largeur elle est fort inégale. On la divise en Cabesterre et en Basse Terre, la Cabesterre n'a aucune subdivision, mais la Basse Terre est subdivisée en 4 quartiers, à savoir : la case du pilote, le carbet, le Fort St Pierre et le Prêcheur, le quartier du Fort de St Pierre est le principal et la résidence du Gouverneur, avec une paroisse dédiée aux Sts Apôtres.
Les Jésuites ont fort près de ce Fort une belle maison, une chapelle et leur habitation avec le premier moulin à sucre qui ait été bâti dans l'île....Cette île est moins sujette aux ouragans que les autres Antilles.

Comme la plupart des cartes françaises de cette période, la longitude est donnée par rapport au méridien de l'Isle de Fer dans les Canaries.
Nicolas de Fer mentionne comme longitude : 317 degrés 10 minutes pour la Martinique. La longitude du Méridien de l'Isle de fer est une longitude Est. Les longitudes relatives aux Méridiens de Paris ou de Greenwich seront des longitudes Ouest, le méridien de Greenwich étant placé à 2° 20' 14" à l'ouest de celui de Paris.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica la Martinique chez le Sr. de Fer issue de la collection Bourguignon d'Anville.




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Enigme : Feuillée ou Delisle ?

Manuscrit Gallica - Carte de l'Isle de la Martinique - Delisle (?) - Feuillée

Cette carte issue de la collection Bourguignon d'Anville est mis en ligne par Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF. Elle possède les caractéristiques similaires en toute chose à la carte du Père Louis Feuillée [voir plus bas]. Elle est cependant manuscrite tandis que celle du Père Feuillée est gravée. Cette dernière est parue en 1725 dans le Journal des Observations Physiques, Mathématiques et Botaniques, faites par l'Ordre du Roy sur les Côtes Orientales de l'Amérique Méridionale rédigé par l'auteur.
La carte manuscrite possède des dimensions [selon Gallica] au cadre de 19,5 cm x 31,5 cm.
Quelqu'un [Bourguignon d'Anville lui même ?] est venu ajouter sous le titre de la carte faite par De L'Isle Géographe du Roy. Bien que cette écriture cursive ne ressemble pas à celle du corps de la carte, Gallica attribue tout de même cette carte au fameux géographe Guillaume Delisle, faute de mieux.
Il me semble toutefois que la prudence devrait prévaloir. Ce manuscrit ne doit pas être attribué derechef à G Delisle, sans preuve plus tangible. Découvrir ainsi une nouvelle version de la Martinique dressée Delisle serait extraordinaire, mais après tout dans le domaine du possible. Si l'on compare les profils de la Martinique dans la production de G. De L'Isle, on en connait au moins deux de façon certaine :

a - Carte des Antilles Française de 1717

b - carte posthume de la Martinique [Delisle/Buache] de 1732

On aurait alors (si l'on attribue cette carte à G Delisle) une nouvelle production du Géographe postérieure à 1717, car publiée dans la décade 1720-1730 qui aurait été aussitôt copiée par Feuillée (pour illustrer son Journal) du vivant de Delisle, sans que ce dernier n'y trouve à redire. Ce qui paraît fort étrange.




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Le Père Louis Feuillée , Carte de l’Isle de la Martinique

Carte tirée du «Journal des Observations Physiques, Mathématiques et Botaniques, faites par l'Ordre du Roy sur les Côtes Orientales de l'Amérique Méridionale & aux Indes Occidentales / Et dans un autre Voïage fait par le même ordre à la Nouvelle Espagne & aux Isles de l’Amérique.
Ouvrage en trois volumes. Le volume III, publié en 1725 à Paris chez Jean Mariette, rue Saint Jacques, aux Colonnes d’Hercules. Il contient à la page 236 une carte de l’Isle de la Martinique dressée par le père Feuillée.

carte de la Martinique par le Père Feuillée
La carte attribuée au Père Feuillée est particulière et surtout très originale. Elle tranche avec les autres cartes, en ce sens qu'elle présente un profil général de l'île assez différent. Elle indique une indépendance certaine, Louis Feuillée semble avoir travaillé "sa" propre carte.

La carte présente les saints patrons des différentes églises et chapelles qui desservent les quartiers de l’île ainsi que les ordres chargés du culte. L’aspect religieux prédomine.
Elle met en évidence la présence sur la côte de la capesterre, entre la «Pointe du Macabou» et le «Cap feré», de carbets de caraïbes. Le Père Feuillée y indique la «demeure des sauvages». En ce début de XVIIIe siècle, les caraïbes avaient encore quelques bases arrières en Martinique. Mais la fin de leur présence permanente dans l’île était proche ….

Au sud de Saint-Pierre est portée une indication concernant le «Fort Saint-Charles». L'existence de ce fort est attestée dans la plupart des premières cartes dédiées à l'île, et à la ville de Saint-Pierre. Il semblerait toutefois que le fort Saint-Charles n'ait jamais été davantage qu'un fortin sommaire, qui se serait transformé en batterie de défense côtière assez rapidement.
En ce début XVIIIesiècle, on dénombrait dans les environs du bourg de Saint-Pierre plusieurs batteries de défense. Deux des trois principales étaient au sud de la bourgade : l'une d'elle s'appelait Saint-Charles et l'autre Sainte-Marthe.
Complétant le dispositif défensif, au nord était située une troisième position : la batterie "Saint-Louis". Vinrent ensuite au début du XVIIIe renforcer la position de Saint-louis, d'autres batteries secondaires comme celles de Saint-Ignace et de Saint-Xavier.
La plupart de ces batteries ont connu des stades divers de construction. Ils étaient fonction de l'efficacité tactique ou stratégique reconnue à la position. Au tout début de la colonisation, les batteries étaient le plus souvent installées sur de simples buttes de terres : batterie en barbette. Ces buttes sont parfois passées au rang de terre-pleins défensifs, c'est à dire dotées de maçonnerie avec créneaux et merlons.
D'autres batteries sont devenues des constructions davantage maçonnées, avec des embrasures et parfois des locaux à proximité permettant l’abri plus ou moins permanent d'un corps de garde.

Le Père Feuillée connaissait bien la Martinique pour l’avoir parcourue à plusieurs reprises. Son dernier séjour connu, s’étale entre mai et juillet 1711, alors qu’il revenait sur le vaisseau du roi «le Phélypeaux» d’une expédition scientifique. Elle l’avait amené à parcourir l’Amérique du Sud de la Terre de Feu au Pérou entre 1707 et 1711.
Durant ses séjours, le Père Feuillée a observé la déviation de l’aiguille aimantée (déclinaison magnétique). Il a également précisé la latitude de l’île et effectué de nombreux calculs, basés sur de nombreuses observations astronomiques, visant à déterminer la longitude "exacte" de l'île.
Il a effectué ses observations astronomiques dans plusieurs lieux de l’île. Mais c'est surtout au Gros-Morne, dans les habitations de colons chez lesquels il a été hébergé, que Feuillée a travaillé. Le père Feuillée note dans ses mémoires qu’il a été hébergé chez monsieur Tartonne d’une part et monsieur de la Chapelle d’autre part.
Sur la carte de Buache/Delisle de 1732, les habitations de ces deux colons sont mises en évidence. Avec une indication particulière mettant en évidance que c'est dans ces lieux qu'ont été réalisées les mesures astronomiques.
La carte postérieure de Mattheus Seutter, reprend intégralement les informations issues du travail de Guillaume Delisle. Elle indique également les positions des sites d'observations du Père Feuillée.
Voir l'extrait suivant même si le révérend père n’est pas explicitement mentionné par le géographe allemand. Ni d'ailleurs sur la carte dressée par Buache et Delisle.

Les fortes attaches de Feuillée avec la Martinique sont soulignées dans un tableau à la gouache dont l’auteur nous est resté inconnu. Le tableau suivant présente le Père Feuillée étudiant "sa" carte de la Martinique. L’île dont il avait particulièrement étudié la botanique... et les coordonnées astronomiques.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica Carte de l'Isle de la Martinique issue de la collection Bourguignon d'Anville.




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L'ISLE DE LA MARTINIQUE

carte manuscrite, conservée à la BNF (rue Richelieu) Départements des Cartes et Plans, référence : SH 18e PF 156 Div 2 P 6 D semble attribuée par la BNF à François Blondel (?). Je pense qu'il doit y avoir une erreur dans le report de la cote de ce document. Il se pourrait bien qu'il s'agisse plutôt de Blondel de Jouvencourt - intendant en Martinique - et qui, on le sait, a communiqué plusieurs exemplaires de cartes (dont il n'était pas l'auteur) au Dépôt de la Marine, de la Guerre, ou encore au Dépôt des Fortifications. Ces cartes accompagnaient généralement des rapports rédigés par l'intendant.
L'Isle de la Martinique
Cette carte possède, en haut et à gauche, une simple croix qui fait office de boussole. Y sont indiqués le Nort et le Sud.
Ses caractéristiques générales sont les suivantes :
Echelle de cinq lieuës.
Pas de sonde en mer.
Pas d’indication de latitude ni de longitude.
dimensions approximatives : 49 cm (largeur) x 37,5 cm (hauteur).


Carte de la Martinique - Anonyme - envoyé par B de J - 1724

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]


Cette carte de la Martinique dressée par un auteur anonyme [peut-être Vincent Houël], relate surtout les implantations des congégations religieuses en fonction des paroisses qu'elles désservent.

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LA MARTINIQUE

carte manuscrite, conservée à la BNF (rue Richelieu) Départements des Cartes et Plans, référence : SH 18e PF 156 Div 2 P 7 La Martinique

Au dos de cette carte, une inscription manuscrite, partiellement interprétable, annonce :
PLan de l'Isle de la Martinique
remis au depon par mgr. le maal Obrien en janvier 1720


Ce qui laisse entendre que cette carte est antérieure à 1720, année à laquelle elle aura été remise au Dépôt de la Marine [au tout début de sa création], selon toute vraisemblance par le futur maréchal O'Brien (1699, 1761).
Nul doute que le jeune JN Bellin a bien étudié attentivement cette carte, et s'en soit inspiré pour la réalisation de son exemplaire de 1758.


Cette carte [PF156 DIV2P7] est d'une taille sensiblement plus grande que la précédente. Sa dimension approximative est de 72,5 cm (largeur) sur 50 cm (hauteur).
Elle possède un cadre où les latitudes sont indiquées seulement sur le côté droit. Fort Royal y est environ à 14°40' de latitude nord.
Aucune sonde en mer n'y figure.
une échelle de cinq lieue est présente, ainsi qu'une rose des vents [en bas à gauche] d'où partent des lignes rhumbs

Ces deux cartes manuscrites présentent de fortes ressemblances entre-elles, l'une est elle l'ébauche de l'autre ? mais aussi avec celle du Père Feuillée publiée par Mariette en 1725.
Hormis quelques points de détail, les concordances sont assez patentes. On peut penser que l'une de ces deux cartes manuscrites aura été une source d'information pour le graveur ou le géographe travaillant pour Mariette.
On sait que le Père Feuillée a séjourné à plusieurs reprises en Martinique. Qu'il y a relevé longitudes et latitudes en divers endroits, principalement au Gros-Morne. Le Père Feuillée aura pu localiser les lieux de ses observations sur une carte particulière qu'il aura lui même tracée, c'est d'ailleurs plus que probable.
Mais malheureusement, aucune de ces deux cartes manuscrites ne porte la localisation des lieux d'observations du savant père, ni aucune autre indication qui pourrait faire penser que l'auteur de l'une d'entre-elles est le RP Feuillée.

Quelques différences notables existent entre les trois cartes. Sur les deux cartes manuscrites on trouve au Carbet un établissement religieux nommé Notre Dame de Bon Port qui n'existe pas dans la carte gravée. Inversement dans les cartes manuscrites, il n'existe pas de Fort St-Charles, à Saint-Pierre, comme indiqué dans le document de Feuillée/Mariette. Sur les manuscrits par de Mont Pelée, contrairement à la gravure où la montagne est indiquée.
Sur la première carte manuscrite l'îlet la Caruelle s'apparente à celui de la carte publié par Mariette où il y est indiqué comme étant l'îlet Coruelle. Similitude troublante. La seconde carte (la plus grande) ne dit rien sur cet îlet, il en est d'ailleurs absent.
Sur la seconde carte manuscrite apparaissent les hauts fonds de la côte au vent, que l'on retrouve sous une autre forme sur la carte gravée de Feuillée/Mariette. La première carte manuscrite (la plus petite) est dépourvue de ces dangereuses cayes.

Si l'on retient la proximité des dates connues pour ces cartes :
1 - 1720 remise au dépôt de la seconde carte manuscrite
2- 1725 parution de la carte gravée dans l'ouvrage de Feuillée publié par Mariette,
On peut penser que les deux cartes manuscrites peuvent être datées dans la prériode 1700-1720.




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Le Père Laval , Plan de la Rade du Fort Royal
Plan de la Rade du Fort Royal - RP Laval
La carte de la Martinique attribuée au Père Feuillée a été reprise par l'imprimeur Mariette pour illustrer le récit du R.P Laval de la Compagnie de Jésus, intitulé : Voyage de la Louisiane, fait par ordre du roy en l'année 1720. La carte figure alors en page 48 de l'ouvrage. Elle est accompagnée du Plan de la Rade du Fort Royal.

Le récit du père Laval a été édité par Jean Mariette, à peu près à la même époque où il éditait le troisième et dernier tome du Voyage de Louis Feuillée. L'éditeur et imprimeur Jean Mariette a donc fait d'une pierre deux coups. Sur la feuille qui présente la carte de la Martinique est portée la pagination selon l'ouvrage auquel elle se destine (celui de Feuillée ou celui de Laval).
Le récit du Voyage de la Louisiane est intéressant. Il donne des indications essentielles sur l'utilisation des cartes marines à bord des vaisseaux français. On y apprend que les cartes de Pieter Goos et de Gérard Van Keulen (fils de Johannes) étaient principalement utilisées, même si l'on savait bien qu'elles étaient imprécises.

Le récit du R.P Laval permet d'avoir une vue assez objective des conditions dans lequelles navigaient alors les navires. Il soulève bien les problèmes de localisation (latitude, longitude, mesure de la vitesse, estime,...) auxquels étaient confrontés les navigateurs. Les difficultés de lecture des instruments de mesure sont aussi évoquées, notamment pour le compas de variation, à cause du roulis.
Laval relève la grande imprécision des cartes marines utilisées. A cette époque, la constatation de la "défectuosité" des cartes ne permettaient pas de les rectifier avec une certitude maximale.
Les corrections apportées manuscritement sur les cartes, par les capitaines de navires ou les pilotes, étaient parfois aussi erronées, voire plus, que les configurations initiales. Les seules rectifications fondées, pouvaient être basées sur des observations astronomiques réalisées dans de bonnes conditions. Encore fallait-il souvent jouer de finesse.

Laval (à partir de la page 47) nous conte son arrivée à la Martinique :
sur les trois heures du matin, on a vu la terre de la Martinique, et l'île au Loups Marins nous restait à l'ouest... le vent étant Est-Nord-Est médiocre, nous avons couru au Nord jusqu'au jour. Alors on a reviré et fait route au Sud quart Sud-Est, l'amure à babord pour courir le long de l'île, et aller au Fort Roïal (sic)...

Le père laval conjecture ensuite sur les estimations de longitude du vaisseau. Celles-ci les situaient à 60 lieues à l'Est de l'île, tandis qu'ils en étaient à trois. Laval pense qu'il faut tenir compte des courants portants entre Madère et la Martinique pour avoir une meilleure estimation de la longitude.
Il est vrai que la Martinique est posée trop à l'Est de 28 minutes de degré sur les cartes de Pieter Gos, qui valent neuf lieues dont il faut la reculer à l'Ouest, mais comme il est beaucoup mieux de se faire plus près de terre que de s'en estimer plus loin, on peut fort bien n'avoir pas égard à ces neuf lieues.
Antoine Laval ne donne pas de description littérale de l'île de la Martinique, ni de présentation de la faune ou de la flore. Cela a déjà été présenté dans d'autres ouvrages, dont celui du Père Du Tertre qui a longtemps demeuré dans l'île : je renvoïe donc les Curieux aux livres du P. du Tertre & du P. Feüillée ....

Laval s'en tient à joindre à son ouvrage, un plan de la rade du Fort Roïal, ainsi qu'un plan général de l'île.
A la fin de son ouvrage il récapitule, dans des chapitres appelés "réflexion sur ...", les différences entre les positions indiquées sur les cartes en vigueur et les dernières observations des scientifiques qui parcouraient alors le monde pour y relever les longitudes et les latitudes.

Le Plan de la Rade de Fort Royal que nous présente le R.P Laval est toutefois assez défectueux. Les sources qu'il a utilisé l'ont certainement induit en erreur. Le délinéament et la position des principales cayes de la baie ne correspond pas à la réalité.

Comme le dit si bien le savant prélat : ne mettons point sur les cartes des dangers qui ne sont pas à la mer, il n'y en a déjà que trop, non seulement de réels, mais même de faux, qui donnent assez d'exercices aux navigateurs.....

De Fleurieu, dans l'ouvrage qui rend compte de la mission de l'Isis (1768, 1769), ne ménage pas ses critiques sur la carte du Cul de Sac proposée par le R.P. Laval :
Le plan du cul-de-sac du Fort-Royal qu'on trouve sur la Carte de l'île de la Martinique, au grand point (Dépôt, 1758), m'a paru très exact. il s'agit là du plan de JN Bellin, puis de Fleurieu enchaîne :
Il n'en est pas de même de celui qu'a donné le Père Laval, dans son Voyage à la Louisiane (page 48) : les cayes y sont mal placées : les gisements sont défectueux : la grande caye, dont le milieu est à peu près dans le Sud-Ouest du Fort, & qui barre l'entrée de la rade, du Nord au Sud, sur une longueur de près d'une demi-lieue : cette caye, dis-je, n'y est pas marquée : il est vrai qu'on y trouve depuis cinq & demi jusqu'à quatorze brasses : mais, avec de la mer, un gros Vaisseau peut taloner sur la queue du Sud, où l'on ne trouve que cinq brasses & demie

La section Cartes et Plans de la BNF (rue Richelieu à Paris) dispose de trois cartes relativement proches de l'exemplaire proposé par le R.P. Laval pour représenter le Cul de Sac Royal . Elles peuvent être considérées comme les "matrices" ou des "sources" qui ont abouti à l'élaboration du modèle de Laval.

La date du Voyage à la Louisiane et la parution de l'ouvrage du R.P. Laval militent pour une période de confection de ces trois modèles comprise entre 1720 et 1725. La B.N.F attribue les deux premières cartes à un dénommé CJF Berthou.


carte n°1 - Rade du Fort Royal de la Martinique. références : GE D 16699 - [CJF Berthou ?]
Rade du Fort Royal de la Martinique
dimensions approximatives au cadre : 41,5 cm x 28 cm - échelle de 1/2 lieüe (1, 1/4, 1/2) - une rose des vents. Pas d'indication sur la longitude ou la latitude.
Carte manuscrite entoilée représentant la baie du Fort-Royal de la "pointe des nègres" au "cap Delay" [Cap d'Arlay ?] c'est à dire vers les ances d'Arlet. L'intérêt de cette carte, est la présentation des contours des cayes et des sondes de la baie de Fort-Royal. Ces éléments sont proches de ceux présentés dans le Plan du cul de Sac Royal du R.P. Laval.
Certaines rivières sont explicitement nommées : Riv à M de Valmenier, R à M de Laguarigue, du Lamantin, R à M Le Merle, à M Hureaux, Riv lézard, R du trou au chat, R salée.

On y trouve également nommés : la pointe des nègres, l'ance aux flamans, le Fort-Royal, le Cul de Sac Royal qui se confine alors au traditionnel Carénage, le cul de sac au hay, les 3 islets, le grand islet, le petit islet, l'islets aux ramiers.

Le bâti est à peine représenté, quelques bâtiments ou maisons éparses, en projection orthogonale. La citadelle du Fort-Royal est représentée, sur une presqu'île hypertrophiée, en forme de fer à cheval (pointes vers le nord) comme une simple batterie en demi-lune avec 3 bâtiments à l'intérieur.
Cette carte semble être l'expression d'un premier jet qui aurait dû être finalisé dans l'exemplaire qui suit.

carte n°2 - pas de titre. références : GE D 16700 - [CJF Berthou ?]
Carte manuscrite entoilée qui ressemble à une tentative de mise au propre de la carte précédente. Elle est d'une dimension légèrement supérieure, mais embrasse le même périmètre.
dimensions approximatives au cadre : 48,5 cm x 34.5 cm - échelle de 1/2 lieüe (1, 1/4, 1/2) - une rose des vents - Pas d'indication sur la longitude ou la latitude
cartouche de titre ; vide
Aucun texte n'a été porté sur cette carte, le dessin des cayes et la mesure des sondes sont par contre présents (les mêmes que sur la carte précédente). La volonté de finaliser l'esquisse précédente est patente, un superbre cadre devant accueillir le titre de la carte a bien été dessiné mais rien n'est inscrit à l'intérieur. On peut penser que le cartographe chargé de reproduire la version précédente a abandonné subitemment son ouvrage. Les raisons de cet abandon sont inconnues à ce jour. Aurait-on constaté des défaillances importantes dans la carte primitive ?


carte n°3 - Plan de la Rade du Fort-Royal. références : GE F carte 5913.
Plan de la Rade du Fort Royal
Carte mansucrite sur calque - dimensions au cadre : 20,5 cm x 15 cm - échelle d'un demie lieüe - pas de longitude ni latitude.

Un carton dans lequel l'auteur a porté des lettres indiciaires qui renvoient les noms des principaux lieux : A - Fort-Royal / B - L'ance aux flamans / C - Pointe des nègres / D - Cap De Lay [pour Cap d'Arlay ?] / E - trou au chat / F - Grand Ilet / G - Petit Islet / H - les 3 islots / I - Isle aux Ramiers / L - Cul de Sac au Hay / M - Cul de Sac Royal (pour le carénage).

La représentation de la citadelle est la même que dans les deux cartes précédentes. Les cayes et les sondes sont similaires. Ce calque a dû servir à l'élaboration par l'imprimeur Mariette de la planche destinée à l'impression du Plan de la Rade du Fort Royal attribué au R.P Laval. Le calque et le plan du R.P. Laval se recoupent parfaitement, jusque dans le carton posé en haut et à droite.

A noter que Philippe Buache s'inspirera de ces derniers modèles, dans sa carte générale de 1732 [voir l'extrait] comme dans le plan particulier qu'il consacrera au Cul de Sac Royal (1740).





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L’ingénieur Vincent Houël ou l’œil des géographes métropolitains

Houël, «Plan du Réduit de Saint-Pierre dans l’Isle de la Martinique»

Carte datée de 1727, conservée à la B.N.F rue Richelieu. Fonds S.H.M, portefeuille 156 division 6 pièce D4D

Pour accéder à la banque d'images de la BNF, venez découvrir les authentiques cartes au service de la reproduction des IMAGES de la BNF


dimensions approximatives : 58 cm x 44 cm

Estampille du Dépôt des Cartes, plans et journaux de la Marine.
Echelle de 600 pas de 3 pieds ½ chacun.
Une rose des vents (16 branches) en haut à gauche. Au centre de la rose des vents, une fleur joliment dessinée.
En bas à gauche: «Fait au Fort Royal de la Martinique Juin 1727» suivi de la signature manuscrite de Houel. A côté, un bref texte également manuscrit rédigé sans aucun doute par le lieutenant général de Pas de Feuquières avec signature manuscrite de ce dernier.

La carte montre le réduit de Saint-Pierre (ou Grand Réduit) qui constitue un retranchement naturel considéré par les stratèges de l'époque comme ultime et sûr en cas d’invasion. Ce réduit se trouve à la sortie de Saint-Pierre, en montant vers l’actuelle commune du Morne-Rouge.
On y trouve actuellement deux principaux lieux-dits : le Petit-Réduit juste après les Trois-ponts et ensuite le Grand Réduit.
Sur la carte de Hoüel, le chevelu des rivières fait l’objet d’une description détaillée. La route de Saint-Pierre à la Trinité [Grand chemin de la Cabesterre], est accompagnée d'une inscription «Réduit de Saint-Pierre entre les deux lignes rouges a costé des rivières» qui délimite l'étendue du réduit.
Sont mise en évidence les batteries de défense [en demi-lune], la batterie du Mont Parnasse, celle du Grand Réduit …. Elles sont toutes tournées vers Saint-Pierre d’où pourrait venir les forces étrangères après y avoir débarqué.

Diverses habitations, celle de M. le Jeune, celle de M Crézol, celle de M de Massias sont mentionnées.
Pour la petit histoire : l'ingénieur Hoüel en nous présentant ce plan du Réduit se fait l'écho d'un litige territorial qui semble opposer les "habitants" de ce secteur.
En effet on peut lire l'annotation suivante : chemin defendu par 2 arrests du Conseil à M de Massias puis une autre annotation chemin prétendu par M de Massias / division entre M de la Vernade et M le Jeune.

Apparemment l'habitation de M de Massias, enclavée, n'était accessible que par 2 chemins qui ont fait l'objet d'âpres négociations ou de différents d'usage importants entre les voisins concernés.
L'un des chemin traverse la propriété de M de la Vernade, après recours, il a été défendu d'usage à M de Massias, 2 arrêts du Conseil de la Martinique, sembleraient réserver son usage au seul sieur Vernade. Initule de vous décrire l'état des relations entre les deux hommes !!!

Reste donc le chemin délimitant les propriétés de M le Jeune et de Vernade, réputé chemin empruntable par M de Massias pour rejoindre son habitation.

Les maisons sont joliment dessinées en perspective cavalière, elles sont parfois entourées de quelques arbres bien plantés.

Carte de la Martinique par Jean-Baptiste Romain

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Ce plan oeuvre d'un "anomyne" pour les Archives Nationales de l'Outre-Mer est certainement une copie du plan de Vincent Hoüel disponible à la B.N.F. [voir plus haut dans cette section]. Les deux plans présentent, à peu de choses, près exactement les mêmes caractéristiques.

C'est Charles François Blondel de Jouvencourt qui expédia ce plan en métropole en juin 1727. La date d'expédition correspond également à celle de réalisation mentionnée par Vincent Houël dans l'exemplaire de la B.N.F (juin 1727).







Hoüel, «Plan de l’Isle de la Martinique» datée de 1729

carte conservée à la BNF rue Richelieu. Fonds SHM, portefeuille 156 division 2 pièce 8

Carte entoilée, en couleur.
Dimensions approximatives 116 cm x 95 cm [2 cm de marge environ]
En haut à droite sous le titre une rose des vents.

L’habitat épars [habitations] est représenté en perspective cavalière et le relief général de l’île aussi. Dans les bourgs, notamment Saint-Pierre et Fort Royal, les quartiers sont représentés en projection orthogonale. Les routes royales ou grands chemins de l’île sont mis en évidence. Quelques sondes dans les principaux mouillages.

La carte a été faite en 1729 pour relater l’inspection des défenses et des fortifications, réalisée par le Gouverneur et Lieutenant Général, le marquis de Champigny qui a fait son tour de l’île.
Hoüel a porté la mention suivante «chemin de la tournée de l’isle que Monsieur le marquis de Champigny, Gouverneur a fait au mois de juin 1729».
Il indique sur le plan par une ligne de pointillés, la traversée faite par mer entre le Prêcheur et Grand’Rivière par le Gouverneur lors de la dite tournée.
Le cartographe présente les travaux, notamment les batteries nouvelles, projetés par de Champigny pour améliorer la défense générale de l'île.

Le recensement des défenses est avec la tournée du gouverneur le principal objet de la carte. Les Batteries côtières ou non [le réduit de saint-Pierre est particulièrement bien décrit] et les fortifications sont numérotées en partant du Diamant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
La 1ère batterie se situe à la Grande Anse d’Arlet, …, batterie du Paquemar n°10, batterie du Vauclin n°11,…, Batterie Pointe La Rose n°18, …, batterie Pointe La Marre n°41, …, etc.

En bas à gauche, Hoüel a portée une «Table pour l’intelligence des choses les plus remarquables de ce plan». Les lignes ponctuées marquent les grands chemins de l’Isle».
La table donne un décompte statistique par paroisses des moulins à eau, à vent, à bœuf… Précision des dessertes par les congrégations [Capucins, Jacobins etc ….] .
A la ville du Fort Royal
B L’église Saint-Louis
C La Citadelle
Dl’Hopital
10 paroisses desservies par les pères capucins dans l’étendue desquelles il y a ...puis énumération du nombre de moulins etc.

Cette carte préfigure le tracé qui sera largement adoptée par l’ensemble des géographes [voir notamment carte de Delisle selon Buache].
Philippe Buache n’oubliera pas que le succès de sa carte est dû à l’excellent travail de l’ingénieur Hoüel [voir plus bas] et de son beau-père Guillaume Delisle. Les informations de la carte de Houel, seront reprises par les géographes européens dans les cartes postérieurement éditées.



Plan de Saint-Pierre par l'ingénieur V Hoüel

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Noter la sobriété du plan... et l'orientation au Nord indiquée par une rose des vents très sophistiquée mais malencontreusement inversée. A moins que Hoüel ait bien eu l'intention d'indiquer le sud en positionnant ainsi la fleur de lys sur la rose des vents.





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Labat Jean-Baptiste (1663, 1738), Isle de la Martinique

Nouveau Voyage aux Îles de l'Amérique, premières éditions à partir de 1722 à Paris.

Titre : Isle de La Martinique a 14 degrez 30 min. de Lat. Sept. et a 317 .d 10 min. de Longitude.
Dimensions approximatives : 22 cm x 30 cm.


échelle de 4 lieües, en bas à gauche.

Le premier exemplaire présenté est tiré de la collection de Mr Jeff Bodington (San Francisco / USA), avec son aimable autorisation.

carte de la Martinique par le Père Labat

Décidément le Père Labat n'en finira pas d'étonner les profanes. Cet homme d'église, qui a exercé tous les métiers pendant son séjour aux îles, rentre dans l'Histoire grâce à ses fabuleux talents de narrateur qui relatent une destinée aventureuse extraordinaire.
Dans son ouvrage intitulé Nouveau Voyage aux Îles de l'Amérique il s'essaie également, pour illustrer ses propos, au métier de cartographe. Pour ce faire le R.P. Jean-Baptiste s'appuye sur un fond de carte tiré des travaux de Sanson d'Abbeville, ou de l'ouvrage du père Dutertre.
Les cartes du Père Labat [celle de la Martinique, et celle du Fort-Royal] présentent de fortes coïncidences avec celle que Johannes Van Keulen a produit à la fin du XVIIe siècle. Cependant si la carte de JVK ne comporte pas de légende ni d'informations qui permettent de meilleures interpétations, les cartes du jacobin n'en manquent pas !!!
La longitude de la carte de Labat donnée dans le titre est rapportée au méridien de l'île de fer (317° et 10 minutes de longitude orientale) bien que celui-ci ne soit pas mentionné explicitement. Son orientation générale est calée par la rose des vents, où la fleur de lys indique la direction du nord géographique. La carte du Jacobin ne comporte pas de cadre gradué en latitude ou longitude.
L'objet principal de la carte de Labat est le partage de l'île entre les congrégations religieuses. Ce dominicain, qui gèrera une importante plantation à Fond Saint-Jacques (dans la commune de l'actuelle Sainte-Marie), présente les paroisses desservies par les Jésuites, les Capucins et les Jacobins [autre nom par lequel se nommaient les Dominicains]. Il a lui même contribué à la création des nouvelle nouvelles paroisses du Robert et du Vauclin.

Les zones et les différentes paroisses sont délimitées sur la carte par des lignes de tirets perpendiculaires à la côte. Comme Nicolas de Fer, le R.P. Jean-Baptiste recourt un tableau de lettres indiciaires pour nommer clairement les paroisses déclinées selon les trois ordres religieux présents dans l'île. La frontière entre caraïbes et français [Cabesterre / Basse-Terre] qui n'est plus d'actualité n'a pas été reprise par le révérend père.

La nature burlesque du R.P. Labat transparait quelque peu dans son oeuvre. Au milieu du Cul de Sac Royal, il mentionne un Islet aux Moines qui pourrait sembler sortir tout droit de sa fertile imagination. Un îlet nommé de façon identique est également présent dans la carte de Johannes Van Keulen. Dans certaines cartes comme celle d'Ottens qui est écrite en latin, un îlet nommé Insula Monachorum Misericordis que l'on traduit en îlet au moine pourrait être à l'origine de la confusion.

La Nouvelle Paroisse du Vauclain est mise en évidence sur la carte. Le graveur qui avait commis une faute, en omettant le v de Nouvelle, l'a corrigée de façon astucieuse.



carte de la Martinique par le Père Labat Je vous présente également un autre exemplaire de cette même carte, cette fois ci en noir et blanc. Cet exemplaire est issu du Nouveau Voyage aux Îles [édition de 1742]. La carte y figure dans le Tome I page 2. On y remarque la trace des pliures qui servent à refermer la carte dans l'ouvrage auquel elle appartient.

La bibliothèque numérique Gallica présente également la carte de la Martinique du Père Labat, issue de la collection du fameux géographe Bourguignon d'Anville.


plan du Fort Saint-Pierre par le Père Labat

Le père du Tertre dans son Histoire Naturelle évoque la construction du Fort Saint-Pierre :

Le Fort Saint-Pierre qui n'était qu'une forte muraille avec huit ou dix embrasures où il y avait autant de canons...

a en 1665 commencé à faire l'objet de travaux important visant à son renforcement

...ces messieurs [de Clodoré et de Chambré] se réduisirent à faire une simple terrasse (du côté de la mer) avec deux guérites aux deux coins, et huit embrasures pour autant de canons qu'il en fallait pour défendre la rade.
Du côté de la terre, il y a deux grosses tours aux deux extrémités d'une muraille d'environ 35 toises de face. Chaque tour a quatre embrasures avec leurs canons et au milieu de cette face il y a une terrasse avec deux autres pièces, le tout battant et commandant sur la place d'armes et sur le bourg.
Les murailles sont partout de 4 pieds et demi d'épaisseur sur lesquelles on a aménagé un parapet avec des créneaux pour tirer et un chemin pour les rondes : elles sont bâties de moellons de rochers forts durs avec des chaînes de neuf pieds en neufs pieds dedans et dehors, et un cordon, tout à l'entour, de pierres de taille.
Toute la circonférence est sans fossé, mais les portes sont couvertes en dehors d'une forte palissade capable de les défendre. Ce fort ne fut achevé qu'au commencemment de la guerre.


Sur le plan du Père Labat, on remarque que la muraille "côté mer" a été emportée en partie par les flots. Des huit embrasures battant sur la rade mentionnées par du Tertre, il n'en reste plus que deux. Par ailleurs, la distance de 35 toises entre les deux tours mentionnée par du Tertre, semble très supérieure à celle représentée dans le plan du père Labat (une vingtaine de toises tout au plus, 25 si on y inclus les deux tours).

La bibliothèque numérique Gallica présente également Plan du Fort Saint-Pierre du Père Labat, issue de la collection du fameux géographe Bourguignon d'Anville.


plan de la Ville et du Fort Royal de la Martinique par le Père Labat

Document du Nouveau Voyage aux Îles de l'Amérique, Tome I page 205, édité par Guillaume Cavelier en 1722 à Paris, rue de la parcheminerie. Dimensions approximatives de cette gravure en taille douce : 13 cm (haut) sur 19 cm (largeur). L'échelle de la carte est en toises.
Le Fort Royal tire son nom de ce que les fortifications, dont la longueur dépassait les 120 toises pour ligne de défense (cf le langage des géographes de François de Dainville, page 231), étaient réputées royales.
La forteresse n'échappat pas à cette règle, et fut communément appelée le Fort Royal, ce qui donna finalement à la ville étalée à ses pieds, le nom qu'on lui connaît.
Dans dans le 1er volume de son ouvrage, le Père labat présente plusieurs gravures et plans relatifs à la forteresse ainsi qu'à la Ville de Fort Royal.
Page 198, il nous fait découvrir le Plan de l'Arsenal et Logement du Général au Fort Royal de la Martinique, suivi du Plan des souterains de l'arsenal du Fort Royal.
Page 200, il présente une coupe du Fort Royal qu'il intitule Elevation de l'Arsenal du Fort Royal du costé du magasin a poudre.
Dans le Plan de la Ville et du Fort Royal de la Martinique, présenté ci-contre, le RP Labat met en évidence le tracé prévu de l'enceinte fortifiée de la Ville les lignes ponctuées marquent l'enceinte projetée.

La carte de Van Keulen composée en 1678 (voir cartes du XVIIe siècle, présente dans un carton le même plan de la Ville et du Fort. Si le carton du flamand limite l'aire représentée, le plan du père l'élargit.
La version du père Labat est actualisée : des nouveaux canaux d'assainissement apparaissent, la ville s'étend.
Les projets de construction indiqués dans la carte de Van Keulen, notamment ceux donnant sur la "savanne" ont pris forme, voir ce comparatif des deux forteresses. Le plan de Labat les indique comme achevés.

Autre construction nouvelle, le plan du dominicain montre l'emplacement des "Capucins" [voir le cartouche du titre : 6 les capucins], l'édifice n'est bien entendu pas mentionné dans le plan de Van Keulen.

Le révérend père met en évidence le tracé des canaux destinés à assainir le sol marécageux de la Ville de Fort Royal. La ville était à cette époque, fin XVIIe début XVIIIe en pleine expansion sous les directions successives des ingénieurs du roi tels : Payen, de Giou-Caylus, ...

La bibliothèque numérique Gallica présente également Plan du Fort Royal du Père Labat, issue de la collection du fameux géographe Bourguignon d'Anville.




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Philippe Buache (1700, 1773) , Carte de l'Isle de la Martinique



Carte de l'Isle de la Martinique / Colonie Françoise de l'une des Isles Antilles de l'Amérique. Dressée sur des plans manuscrits entr'autre sur celui de M Houel Ingénieur du Roy, Assujettis à des observations astronomiques et conciliés avec les mémoires particuliers de feu M Guillaume de l'Isle, Premier Géographe de sa Majesté, de l'Académie des Sciences

Dimensions approximatives du cadre (ou bordure): 47 cm (hauteur) x 60 cm (largeur).
Les premiers exemplaires de cette carte, ont été imprimés à Paris chez la Veuve De L'Isle (ou Delisle) en 1732, dans l'atelier de la rue de l'horloge. Elle a été gravée par le fameux sculpteur Delahaye.
En 1745, Philippe Buache procèdera à une seconde édition d'envergure de cette carte, ensuite la carte de Buache sera progressivement remplacée chez les utilisateurs par celle de JN Bellin dressée en 1758 pour le Dépôt de la Marine.
En 1779, l'imprimeur et graveur Jean-Claude Dezauche, a repris quelques temps plus tôt le fonds de la maison d'édition créée par les Delisle, la nouvelle entreprise se situe alors rue des noyers. Il tente une nouvelle édition des cartes des deux illustres géographes.
JC Dezauche décide dans un soucis mercantiliste évident de réactualiser la date d'édition, ce qui était une opération fréquemment usitée par les imprimeurs et éditeurs, pour attirer les nouveaux lecteurs et acheteurs avec une version de la Martinique qui se veut "moderne". En fait la carte n'a pas variée depuis la matrice dressée par Buache en 1732.
Sur les exemplaires imprimés chez Dezauche, on peut lire dans le cartouche d'Avertissement [en bas à gauche] la nouvelle année de parution: MDCCLXXIX (1779) et plus bas la griffe de l'imprimeur : A PARIS, chez DEZAUCHE graveur, Successeur des Srs / De L'Isle et Buache premiers géographes du Roi, rue des Noyers

L'imprimerie de Jean Covens et Corneille Mortier "géographes" située à Amsterdam, a également produit de nombreux exemplaires (contrefaçons) dès 1733.
Dans l'ensemble la carte de Buache, comme beaucoup d'autres à cette époque, a eu de nombreuses éditions durant presque l'ensemble du XVIIIe siècle. Elle a été reprise telle quelle par de nombreux géographes européens comme Seutter et Jefferys.

Ph Buache précise dans le titre de la carte que les travaux sont basés sur les plans manuscrits notamment celui de Monsieur Houel, Ingénieur du Roy.

Vincent Houël avait en effet réalisé une carte générale de la Martinique en 1729 qui a servi de fondement aux travaux de Buache. A l'occasion de l'envoi du manuscrit [exemplaire unique conservé à la B.N.F], le gouverneur de Champigny avait souhaité qu'il en soit fait des copies. Il en demandait d'ailleurs une pour lui même, afin d'avoir constamment sous les yeux la descrition de son gouvernement. Le gouverneur sera largement exhaussé et les travaux de Buache contribueront à la renommée de Houël.
P Buache ajoute également dans le titre que les observations astronomiques et les mémoires particuliers de son beau-père [décédé en 1726] feu Guillaume de l'Isle ont été utilisés.

Il met en valeur la condition particulière de Guillaume de l'Isle, et cite les charges et fonctions honorifiques du géographe. Rappele qu'il était membre titulaire de l'Académie Royale des Sciences. Ph Buache informe l'utilisateur que les travaux ont été présentés, et logiquement approuvés, par le comte de Maurepas, Secrétaire d'Etat à la Marine, fonction qui correspond peu ou prou à la Direction du Ministère des Colonies.
Il termine de façon très modeste, en s'attribuant le titre de très Humble Serviteur et mentionne qu'il est lui même membre de l'Académie Royale des Sciences et de surcroît gendre de Guillaume de L'Isle. On sait qu'il épousa la fille de Delisle en 1729 peu après la mort de ce dernier (1726).

carte de la Martinique par Philippe Buache Les travaux de Guillaume de l'Isle poursuivis par Philippe Buache ont fortement influencé les premières œuvres de toute une génération de géographes prolifiques, tant français qu'étrangers. On peut citer : Le Rouge, Tirion, Jefferys, Kitchin, Seutter, ...

La carte de Buache présente la séparation Cabesterre / Basse-Terre issue de l'ancien partage entre français et Caraïbes. Ce partage s'est prolongé dans la répartition des audiences des différentes congrégations religieuses. Les Jésuites implantés à Saint-Pierre, les Dominicains tenant leurs paroisses en Cabesterre et les Capucins évangélisant le Sud Caraïbe, incluant alors Fort-Royal.
Par rapport aux cartes du siècle précédent, on remarque que la partition "Cabesterre", "Basse Terre" a changé. La limite inférieure de la Basse-Terre englobe maintenant les places allant des actuelles communes du Marin à Sainte-Anne.
La carte présente deux type de longitudes. La première est relative au méridien de l'île de fer (en haut à droite : 317°), la seconde à celui de Paris (63° de longitude occidentale par rapport au méridien de Paris). Ces indications sont portés sur la verticale symbolisant le méridien local au 317° [verticale de droite]. Dans le cartouche de l'Avertissement, Buache précise que : Pour rendre cette Carte propre à l'usage des Navigateurs / on a employé la Projection et les Boussoles usitées dans / les cartes marines
Cette assertion vient donner une dimension importante à la carte de la Martinique de Buache. C'est la première carte géographique qui revendique clairement une compatibilité avec une utilisation maritime. Et poutant peu de sondes sont présentes sur la carte.
Le Dépôt de la Marine n'a pas encore sorti de carte marine pour la Martinique. Elle viendra en 1758, Bellin sortira alors sa carte réduite. Philippe Buache qui travaille pour le jeune Dépôt né douze ans auparavant (1720), et en connaît les forces et les faiblesses.

L'hydrographe Paul Monnier [voir son mémoire sur les opérations hydrographiques et géodésiques] précise que Guillaume Delisle, premier géographe de Louis XV, a enrichi en 1732, la carte originale dressée par Hoüel en 1729.
En fait, Monnier aurait dû plutôt dire que Ph. Buache a enrichi la carte de Hoüel, le géographe Delisle est décédé en effet quelques années plus tôt, en 1726. Il n'a donc pas eu matériellement le temps de pouvoir consulter la carte manuscrite de Hoüel datée de 1729. Delisle aura surtout travaillé sur les mémoires de l'arpenteur Petit et sur diverses relations de voyages. Les données compulsées par G Delisle permettront toutefois à Ph Buache d'affiner la carte dont il est l'auteur.

Selon Monnier, Delisle [ou plutôt pour nous Philippe Buache] a positionné les principaux bancs (et récifs) par rapport à la côte. Il a porté les passes permettant les entrées et sorties des principaux mouillages de la côte au vent (cabesterre).
Pour Monnier la carte de Buache & Delisle est loin de transcrire la réalité du terrain. Pas plus que la réalité hydrographique de l'île. Il est vrai que les moyens dont disposaient le géographe métropolitain pour vérifier ses sources étaient réduits. Que ce soit la partie terrestre, ou la partie maritime, la carte de 1732 demeure éloignée de la réalité.

Je vous présente, ci après, les cartouches d'Avertissement de la carte originale, imprimée à Paris, et de la copie imprimée à Amsterdam.
Dans l'exemplaire imprimé par Covens et Mortier à Amsterdam, le cartouche est différent de celui porté sur la version parisienne. L'Avertissement présente les explications des marques en français et en flamand, ce qui montre le soucis évident, de la part des deux géographes et imprimeurs néerlandais, d'élargir la clientelle aux personnes de langue flamande.
Les différents symboles utilisés (les types de moulins dans les sucreries , les chemins et mouillages, &c.) sont énumérés.
On retrouve les mêmes échelles dans les deux versions, ce sont les échelles les plus couramment utilisées à l'époque, comme les lieux marines de France et d'Angleterre.
Le graveur Delahaye a utilisé plusieurs poinçons pour représenter les forêts, les différents arbres représentés s'agencent parfaitement et donne le plus bel effet. Comparativement, la carte de Seutter (copie de celle de Buache basée sur la version contrefaite également de Covens et Mortier) ne restitue qu'un seul poinçon, tous les arbres sont identiques.

la Martinique par P Buache, carte dépliante Pour les besoins des voyageurs du XVIIIe siècle, et pour des raisons certaines d'encombrement et de maniabilité, les cartes étaient parfois découpées puis entoilées. Faites ainsi, les cartes pouvaient être pliées et dépliées à volonté, sans risque d'être abîmées ou déchirées. Elles étaient ainsi consultées plus commodémment.
La carte de Philippe Buache n'a pas échappé à la règle. Cette carte (ci contre) a été imprimée à Paris chez la Veuve Delisle. Elle a été ensuite découpée en 12 parties, qui ont été réassemblées par collage sur une toile de lin. Les séparations entre les parties sont bien visibles (dimensions approximatives : 49 cm x 63 cm).


Le Cul de Sac Royal vu par Philippe Buache


Philippe Buache a dressé sur trois feuilles les plans des "Isles, Rades, et Ports de plusieurs lieux de l'Amérique" en reprenant et en "réduisant" une partie des travaux du géographe Henry Popple.
Le britannique avait publié dans une série de vingt feuilles le plan des principales îles, ports et rades des Amériques, travaux imprimés en 1733 à Londres.
Buache nous présente sept ans plus tard sa version, le Cul de Sac Royal. Ces travaux ont été impimés à Paris à partir de 1740, par l'atelier familial du géographe français.
Ce plan de la baie de Fort-Royal montre que le "Cul de Sac Cohé" que nous connaissons aujourd'hui, tire son nom de la déformation progressive du "Cul de Sac au Hay" mentionné par Popple et ensuite par Buache. A titre anecdotique, Nicolas De fer l'écrit quelques années auparavant : "cul de sacq hoé" [voir sa carte plus haut].




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Pierre Gilly

carte n°1 - Plan / du Fort Royal / de la Martinique / levé géométriquement en 1740 /Par le sieur Gilly

carte manuscrite, entoilée, conservée à la BNF (rue Richelieu) Départements des Cartes et Plans, référence : GE D 16 514. carte du Fort Royal par Gilly, fait en 1740 dimensions approximatives : 49 cm (hauteur) x 66 cm (largeur), marges périphériques d'environ 1,8 cm. Echelle graphique, en bas à droite de 1 500 toises (divisée en : 500 / 1 000 / 1 500 toises).

Ce plan manuscrit fait par le sieur Gilly, est l'esquisse de la carte présentée plus bas sous la cote SHM 18e PF156 D5 P11.

Le titre de ce plan fait explicitement mention d'un levé géométrique, qui indique qu'il a été réalisé de façon scientifique en s'appuyant au moins sur des levés orientés à la boussole et calés sur des points particuliers [amers] et au mieux sur une véritable triangulisation préalable.

La carte identifie les cayes (petits fonds) qui jalonnent la baie de Fort Royal. Elles sont bien mises en évidence sur toute leur surface. Pierre Gilly donne également les sondes [en brasses] des différentes profondeurs qu'il a relevé dans la baie.
La carte comporte deux roses des vents, alignées au milieu de la feuille. Pour chacune, le vray nord tracé en pointillé et le nord de la boussole tracé en ligne pleine est indiqué. Gilly a tenu compte de la déclinaison de la boussole entre le nord géographique ("vray nord") et le nord magnétique (nord de la boussole).
L'auteur a dû trembler, ou la règle a dû glisser, car l'un des rumbs de la rose des vents, située à gauche, est décalé sur une partie de son tracé (on peut imaginer que le tracé a été fait sur un vaisseau soumis aux aléas du roulis). Le rumb ne passe pas exactement par le milieu des autres droites concourantes, au centre de cette rose des vents. Mais la bévue n'étant pas trop visible ni inconvéniente, Gilly n'a pratiqué aucune rectification.
L'auteur donne quelques indications terrestres qui souligne toutefois les préoccupations du marin. Par exemple à Case Navire, il indique l'endroit R ou on fait l'eau. Il nomme également la Riv du Petit Brésil qui correspond aujourd'hui au Canal Levassor.
On remarque une extraordinaire similitude de présentation entre la carte de Gilly et celle que JN Bellin consacrera plus tard au Cul de Sac Royal, soit dans le carton de la carte de 1758 soit dans le plan du Petit Atlas Martitime de 1764.
Les sondes correspondent en partie, le délinéament des cayes et des isobathes également. L'orientation des plans, calée sur le nord de la boussole plutôt que sur le nord géographique, est similaire. On peut alors penser que le plan du Sieur Gilly aura été une des principales sources de l'ingénieur hydrographe Bellin.



carte n°2 - PLAN /DE LA RADE DU FORT / ROYAL DE LA MARTINIQUE par Pierre Gilly

relevé géométriquement par ordre de monsieur le cher Dalbert capitaine des vaisseaux du roy / Inspecteur des cartes plans et journeaux de la marine / commendant de l'Alcion / en 1740

Pierre Gilly a inséré une anotation dans le superbe cartouche [placé en bas à peu près au milieu] qu'il consacre au titre de la carte, on peut y lire : nota : on a point marqué les sondes du mouillage / des 3 islets attendu quon na pas eu le temps.

carte manuscrite, conservée à la BNF (rue Richelieu) Départements des Cartes et Plans, référence : SHM 18e PF156 D5 P11. Dimensions approximatives au cadre 82 cm x 68 cm. (en deux morceaux : à restaurer au plus vite !!!). La mer est lavée en vert pâle.

Cette carte est le document qui semble finaliser la précédente version exécutée par le sieur Gilly (voir juste plus haut GE D 16 514). Le titre nous fait comprendre que Pierre Gilly n'est peut-être pas l'un des membres de l'équipage de l'Alcion et n'est peut-être pas un marin. Pierre Gilly a porté ses qualités [en abrégé] sur le document. On peut y voir quelque chose qui ressemble à un Ier suivi de Entu que l'on pourrait interprêter par ingénieur entretenu [(?) - à voir].

Il a effectué, en cette année 1740, une intense campagne de relevés de sondes de la baie du Fort-Royal qu'il n'a pas eu apparemment le temps d'achever. Comme Gilly l'indique, les sondes du mouillage des 3 îlets n'ont pu être marquées [c'est à dire mesurées] et portées ensuite sur la carte.

L'ingénieur Gilly a donc travaillé sous la bannière de l'Alcyon vaisseau du roy de France envoyé dans ces eaux, dont le commandant le Chevalier Charles d'Albert est également, à cette époque, inspecteur du Dépôt des Cartes et Plans de la Marine.

Nul doute alors que ce plan se soit retrouvé dans les pièces principales qu'aura utilisé JN Bellin pour la confection de sa carte hydrographique du Cul de Sac Royal qui apparaît à la fois dans l'Hydrographie de 1758 sous le numéro 79 (puis n°192) ainsi que dans le Petit Atlas Maritime de 1764. D'ailleurs l'ingénieur hydrographe Paul Monnier confirme bien dans son mémoire sur les opérations hydrographiques menées à la Martinique en 1824 et 1825, publié en 1828, que le plan de la baie du Fort-Royal de M. Gilly levé sous les ordres de M. D'Albert en 1740 est l'un des moins inexacts qu'il a eu l'occasion d'examiner.

L'échelle, placée dans le cartouche du titre, est de 1 074 toises. Elle diffère de celle de la carte précédente (pm : 1 500 toises) et de celle de Bellin (1 200 toises).

Le cartouche du titre est surmonté d'un blason joliment aquarellé posé sur un fond représentant la croix de l'ordre maltais. Le blason quasi circulaire comprend quatre parties. Dans le sens horaire : un lion [rouge] surmonté d'une couronne dans le premier quart de cercle, dans le second quart trois croissants de lune [jaunes] pointes tournées vers le haut. Dans le troisième quart le lion couronné, et dans le quatrième quart les trois croissants de lune.

Deux roses des vents ornent la carte qui est orientée sur le nord de la boussole. Sur chacune d'elles est indiqué le "vray nord" et le "nord de la boussole". La variation de la boussole est indiquée dans les deux roses à l'aide d'une graduation spécifique (croissante de droite à gauche) Elle atteint 4 degrés et demi, Gilly précise variation N E. JN Bellin indiquera 5 degrés de déclinaison dans son Plan du Cul de Sac Royal et n'en indiquera pas le sens (NE).

La carte présente la rade du Fort Royal entre la pointe au pilote au nord-ouest et la pointe au relay [d'Arlay ?] au sud-ouest. Les sondes et la délimitation des cayes sont l'objet principal du plan. ll s'agissait alors de dresser une carte précise de la profondeur des fonds de la baie et de cerner les meilleurs mouillages.
A remarquer que deux orthographes sont employées pour le mot "caye". Sur les hauts fonds au centre de la baie est indiqué "caye" tandis que pour les hauts fonds situés à l'intérieur de la baie, c'est le mot "caille" qui est usité.
On retrouve inscrit la plupart des noms de lieux qui seront repris par JN Bellin :

caze à Hureau (Gilly) et caze à Héraux (Bellin)
Ance du Mitan (Gilly) et Ance du Milieu (Bellin)
caze à Girardin (Gilly) et Pointe à Girardin (Bellin)
Isle au rasmié (Gilly) et Isle aux Ramiers (bellin)

Gilly indique en outre la Pointe du Bout, la caze à M. Vaucourtois.

La citadelle de Fort-Royal est agréablement bien dessinée, avec les murailles en rouge et un détail suffisamment précis des fortifications.




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Jean-Baptiste Pierre Romain, Ville et Rade du Fort St Pierre de la Martinique levé en 1734 par M Romain

Carte conservée à la BNF (rue Richelieu) sous le numéro suivant : GE D 7539.

Pour accéder à la banque d'images de la BNF, venez découvrir les authentiques cartes au service de la reproduction des IMAGES de la BNF

Plan manuscrit de la rade de Saint-Pierre fait en 1734 par Romain
dimensions approximatives 30 cm (hauteur) x 44 cm (largeur)
carte manuscrite entoilée à faible marge (1 cm environ).
échelle graphique de 300 toises en bas à droite
L'orientation choisie par Romain positionne le Nord-Est en haut du plan, comme la plupart des cartes de la ville à cette époque.
Romain présente la ville de Saint-Pierre prise entre la batterie Saint-Charles [à l'extrème gauche] et le système défensif constitué par les batteries : Saint-Louis, Saint-Ignace et Saint-Xavier [à droite], sur la rivière des Pères.
Romain dresse le plan simplifié du bourg de Saint-Pierre. Il nomme certains lieux particuliers comme la rafinerie matérialisée actuellement par la rue de la raffinerie.
Il indique l'Hôpital St Jean qui jouxte la Savane de l'Hôpital. Romain met l'accent sur le caractère impétueux de la rivière Roxelane (rivière du Fort), en indicant la présence le long de la rive gauche d'une digue propre à contenir les crues inopinées. Cette digue a été construite à proximité de la Savane des Religieuses, les Urselines.

Carte de la Martinique par Jean-Baptiste Romain

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Cette carte manuscrite dressée par Jean-Baptiste Romain met l'accent sur le relief occidental de l'île, c'est à dire celui de la côte sous le vent. L'ingénieur Romain s'est évertué à traduire, de la meilleure façon possible, sa vision du relief des principaux massifs de la Martinique. Romain met ici tout son art, ce qui n'est pas peu, à la disposition des amateurs. Il suffit pour en juger d'admirer la superbe perspective offerte sur la montagne Pelée et les mornes environnants. La Pelée est pourvue de son lac joliment rendu. Chaque plissement du terrain semble avoir été étudié avec un soin particulier et restitué de façon la plus méticuleuse. JB romain qui n'a pu s'élever aussi haut dans le ciel pour obtenir un panorama aussi précis, nous restitue là une esthétique sans pareille.

L'ingénieur nous prévient dans un cartouche [NOTA] - en haut à gauche - que l'orientation de l'île s'articule autour d'une rose des vents (ou rose des rhumbs) dont le Nord est le le Vray Nord [nord géographique]. Il rappelle dans le cartouche du titre - en haut à droite - les coordonnées en latitude et longitude de la Martinique. Il donne également la "déclinaison magnétique" ou variation de l'aiguille aimantée pour l'année 1734 : 6° Est.

La carte associe encore "à l'ancienne' la perspective cavalière (pour le relîef) et la projection orthogonale pour les bourgs.

Dans le carton en bas à gauche, JB Romain nous propose un plan sommaire de Saint-Pierre. Quelques sondes sont données dans la rade où des vaisseaux sont représentés au mouillage. Dans le carton de droite, il propose un plan plus resserré autour du fort Saint-Pierre, mais lui même ou quelqu'un [l'écriture peut-elle lui être attribuée ?] est venu inscrire que ce plan n'est pas si juste que les autres.

Fausse modestie ou stratégie ? En tout état de cause, cette assertion permet de valoriser davantage ses autres plans considérés alors comme les plus justes.




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Didier Robert de Vaugondy, L'isle de la Martinique par le Sr Robert de Vaugondy, fils de Mr Robert Géogr. Ord du Roi. Avec privilège. 1749.

Atlas Portatif, 1748-1749 et Nouvel Atlas Portatif (1762 et suivantes).
dimensions approximatives : 16 cm x 19 cm. carte imprimée à Paris. Echelle en Lieues d'une Heure

Cette carte, est l'œuvre de Didier Robert de Vaugondy. Dans le titre de la carte Didier Robert de Vaugondy fait état de sa filiation avec le Géographe Ordinaire du Roi. La carte a été imprimée à plusieurs reprises dans différents travaux qu'effectuèrent les Robert de Vaugondy.
Comparée aux travaux réalisés par les autres cartographes français de l'époque comme Ph Buache ou G Delisle, l'aspect général de l'île tient de l'exploitation de sources anciennes (le début du siècle, voire probablement da la fin du XVIIe siècle).
Les Vaugondy, malgré une notoriété importante, n'avaient pas la réputation d'être des cartographes très scientifiques comme Guillaume de l'Isle qui confrontait les différentes sources, les actualisait fréquemment et arbitrait entre les différentes données dont il disposait.
La carte des Vaugondy rappelle plutôt celle établie par Blondel au XVIIe ou encore celle de Nicolas de Fer, au début du XVIIIe (voir plus haut), hormis qu'elle est présentée sur son axe traditionnel Sud-Est/Nord-Ouest. En dehors de la configuration générale de l'île, l'échelle est présentée en "Lieues d'une heure".

carte de la Martinique par Vaugondy

La carte (à gauche) porte en titre Département de la Martinique 85 Elle est pratiquement de mêmes dimensions que la précédente de 1749. Elle est incluse dans le Nouvel Atlas Portatif publié en 1795 par Delamarche à Paris.
La France est alors en pleine période révolutionnaire, la "Terreur" touche cependant à sa fin. La plupart des Isles sont tombées aux mains des anglais. Seule la Guadeloupe résiste, elle passe même à l'offensive, dans une guerre de course effrénée, sous les ordres de l'intrépide et controversé Victor Hugues.
Dans la carte de la Martinique, une nouvelle échelle apparaît à côté de celle en Heure. Elle se rapporte à une mesure assez rare : les myriamètres. Cette nouvelle mesure éphémère a été adoptée sous la Révolution. Elle correspondait grosso-modo à 10 000 mètres, ce qui en ancienne mesure valait environ trois lieues communes.

Sur la carte, on remarque quelques changements significatifs de noms, le Fort Royal s'appelle maintenant le Fort La Liberté, la dialectique révolutionnaire de l'époque transparait dans la production cartographique.
Dans cette carte le fameux c-devant indique les noms utilisés sous le régime monarchique et normalement tombés en désuétude, ainsi : Ft Libre cy-dev Fort Royal, de même cy-devant Cul de Sac Royal.
Le graveur a repris le cuivre initial sur lequel il a porté une touche patriotique, sans changer fondamentalement les informations initiales. Aucune année de réalisation n'est portée, pas même l'année révolutionnaire, signe que celle-ci n'est pas encore intégrée dans les esprits. Il est cependant à remarquer que dans l'index départemental la Martinique semble s'être vu attribuée le numéro 85. Les départements français ont vu le jour en mars 1790. Au début il y en avait 83.
Il semble que rapidement, dès 1793, les îles de la Guadeloupe et la Martinique sont passées à l'état départemental. La Guadeloupe ayant alors le numéro 84.

Au fur et à mesure des conquêtes continentales révolutionnaires et des pertes de territoires quand la situation s'inversait, le nombre de ces départements a fluctué.

Pour revenir brièvement à l'Histoire, on sait qu'en février 1793, le nouveau gouverneur le comte de Rochambeau [fils du célèbre Rochambeau qui s'était illustré lors de la guerre d'indépendance des "Insurgents"], envoyé de la Convention, arrive avec le Général Lacrosse. Ils débarquent dans l'île en effervescence. Dès lors, la Martinique est instituée, de façon très éphémère, en département français.
Rochambeau renomme la ville du Fort-Royal en "République Ville" et le fort Desaix en "Fort La Convention".
Le débarquement des troupes anglaises [près de 16 000 hommes] au début de l'année 1794, mit un terme aux velléités de liberté et d'émancipation de la population. Les défenseurs du "Fort la Convention" capitulèrent, en mars 1794, avec les honneurs. Les troupes anglaises s'étonnèrent que si peu d'hommes aient tenu une si grande résistance.
Les anglais occupèrent l'île durant 8 ans, jusqu'à la paix d'Amiens signée en 1802 avec les Consuls.

Malgré un air austère et quelque peu primitif, la carte des Vaugondy a fait preuve d'une longévité extraordinaire. En effet, on la retrouve dans de nombreuses publications. Notamment dans des atlas parus en Europe Centrale ou en Europe de l'Est, au début du XIXe siècle.
Ainsi en 1814 le célèbre "Géograph Institut" de Weimar publie un atlas où la Martinique est représentée selon le profil adopté par les Vaugondy : " Charte von der Westindishen Insul Martinique ".

De la même façon en 1822, le cartographe tchèque Pluth publie à Prague une carte similaire Charte von der Westindishen Insul Martinique.

carte de la Martinique par Vaugondy

La carte de la Martinique se retrouve [en carton] dans la carte dressée par Robert de Vaugondy père. Elle présente principalement l'isle de Saint-Domingue [Hispaniola], principale possession française dans les grandes Antilles. Cette carte a été imprimée à Paris vers 1750. Dimensions 48 cm x 51 cm.





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Georges Louis Le Rouge La Martinique, Unes des Antilles Françoises de l'Amérique "Dressée sur les Nouvelles Observations, à Paris. Par le Rouge Ing.rGéographe du Roi. Rue des Grands Augustins. 1753. Avec privilège du Roi.

Imprimée à Paris à partir de 1753, dimensions approximatives : 51 cm x 63 cm. Echelle en lieux marines de France et d'Angleterre de 20 au degré.

carte de la Martinique par Le Rouge, 1753

Cette carte de Le Rouge décrit de façon splendide le joyau qu'est alors la Martinique sucrière de l'époque coloniale. Au delà de la beauté de cette carte, il faut rappeler que les conditions de vie étaient déplorables pour la partie de la population qui subissait l'esclavage. Chaque point sur la carte qui représente : là une sucrerie ; là un moulin en activité ; était pour les noirs esclaves des lieux de grandes souffrances et d'humiliation.

Les îles à sucre ont été des "affaires" très convoitées par les puissances européennes. Les royaumes colonisateurs ont pu développer une grande partie de leur commerce et amasser ainsi des richesses considérables en exploitant des populations maintenues de force dans la servilité.
Dans sa carte, Le Rouge reprend une présentation d'une vue des côtes nord de la Martinique dressée à la fin du siècle précédent par Van Keulen.

Cette vue transversale du relief de l'île, voir en bas à gauche, est celle qu'aurait un observateur situé sur le point identifié en AB. Ce point se positionne en haut de la carte à quelques centimètres à gauche de la rose des vents.

Dans cette carte, l'auteur propose en fait trois versions en une. La première, celle de Van Keulen, une seconde, celle de G. Delisle et enfin la sienne qui reflète parfois un difficile arbitrage entre les deux premières.
Le Rouge, quand il n'a pas tranché, rappelle une information travaillée par Van Keulen, il indique alors "selon Van Keulen" ou G Delisle, "Selon Delisle". C'est la cas par exemple pour déterminer la position de l'îlet "la Caravelle" ou du "Cap Tourmenté".

Dans un superbe cartouche baroque (certains diraient très justement rococo) en haut à droite, le titre de la carte rappelle qu'elle a été dressée avec les dernières informations disponibles.
En haut et à gauche quelques notes historiques sur le début de la colonisation de 1635 relatent les attaques avortées des hollandais (celle de Ruyter en 1674) et des anglais (1695).

Le Rouge va s'orienter ensuite vers une nouvelle carte de la Martinique, celle qu'il va emprunter à Jefferys. En bon professionnel il propose aux acquéreurs de la carte de 1753, un échange gratuit avec celle nouvellement sortie (voir par exemple le Journal des sçavans de mars 1780 - page 573).



voici un superbe exemplaire disponible à la BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA
carte de la Martinique par Le Rouge, 1753 Bibliothèque Nationale d'Espagne



Thomas Jefferys vu par Le Rouge


Le Rouge a dressé des cartes de la Martinique à différentes périodes, souvent à partir de cartes dressées par d'autres éminent géographes. En 1779, donc peu de temps après la mort de l'éditeur, l'atelier Le Rouge produit la version française de la célèbre carte dressée par Thomas Jefferys "La Martinique par les Ingénieurs Anglais lorsqu'ils en étaient possesseurs. Par Jefferys. 1775. A Paris. Chez Le Rouge Ingénieur Géographe du Roy. Rue des Augustins. 1779. Avec privilèges du Roy".

L'atelier de Le Rouge (alors dirigé par sa veuve) rend à César ce qui est à César. L'éditeur-imprimeur attribue bien cette fabuleuse carte de la Martinique à Thomas Jefferys décédé aussi quelques années plus tôt. Et pourtant, la France associée aux Insurgents est en pleine guerre contre l'ennemi héréditaire. Le traité de paix de Paris ne sera signé qu'en 1783.
Le titre de la carte rappelle la première occupation de l'île par les anglais : ils avaient occupé la Martinique de février 1762 à juillet 1763. Leurs ingénieurs y avaient mené une importante campagne de relevés topographiques pour mettre à jour cartes et plans. Thomas Jefferys en avait profité pour ajuster les cartes et plans de ses atlas.

Je vous présente ici la carte de Jefferys selon Le Rouge, carte extraite d'un d'atlas de poche utilisé par les voyageurs : Jefferys selon le Rouge (atlas de poche). De nombreuses cartes étaient ainsi découpées puis réassemblées sur toile (entoilées) pour servir aux besoins des voyageurs.

A partir de 1799, une autre version est imprimée notamment chez Charles Dien, rue Saint-Jacques à Paris. C'est une reprise de la carte de Jefferys par Le Rouge de 1779.
Rappelons qu'en 1799 la France révolutionnaire dirigée par les Consuls est une fois de plus en conflit avec le royaume d'Angleterre. La nouvelle présentation de la carte, introduit les travaux réalisés en 1771 et 1772 par l'officier de marine Jean-René-Antoine Verdun de la Crenne (1741, 1805), le cartographe-hydrographe Jean-Charles de Borda (1733, 1799), et l'astronome-géographe Alexandre-Guy Pingré (1711, 1796).
La première carte de l'atelier de Le Rouge (version de 1779) faisait déjà mention des travaux des trois scientifiques, mais d'une façon succincte. Un bref texte situé sous la rose des vents. Dans la version de 1799, les successeurs de le Rouge font une place d'honneur, dans le titre même de la carte, à ces éminents scientifiques.

carte de la Martinique par Le Rouge, 1799.
Cette carte imprimée chez Charles Dien (ru due Foin, Saint-Jacques, au Collège de Maitre Gervais) est bien l'émanation réactualisée du travail de la carte de Le Rouge de 1779.

Dans cette version de 1799 voir carte présentée ci-contre, un tableau donne pour six positions de Morne aux Bœufs à Fort Royal, en passant par le Diamant et le Cap Salomon, les coordonnées en latitude et longitude. Les calculs astronomiques ont été effectués par l'astronome Alexandre Pingré. Les déterminations sont rapportées à longitude Occidentale de Paris (soit une Martinique à environ 63° ouest).

La carte se réfère pourtant [voir en bas à gauche] à une longitude occidentale par rapport à l'Isle de Fer (soit une longitude d'environ 43° ouest). On retrouve cette longitude dans les cartes originales de Jefferys imprimées en Angleterre.

L'échelle est en lieues marines. Les dimensions de la carte sont approximativement de 45 cm x 61 cm. L'éditeur mentionne dans le titre de la carte de 1799 : "D'après les observations astronomiques de MM de Verdun, de Borda & Pingré".
L'intitulé du tableau reste incomplet. Il a été rédigé ainsi : "Observations de M Pingré faites à la Martinique en", l'année n'a pas été spécifiée. Mais on sait qu'il s'agit de 1772.
Les trois scientifiques nommés : Verdun, Borda, Pingré, ont été au cœur de la compétition entre l'Angleterre et la France qui visait à mettre au point des méthodes modernes de calculs pour déterminer de la manière la plus précise possible les longitudes en mer.
Ces méthodes passaient par une parfaite mesure du temps en mer à l'aide d'horloges [ou de montres marines] fabriquées dans le plus grand secret. Ces scientifiques ont effectué un long voyage expérimental à bord de la Flore, partie de Brest en octobre 1771, qui les a mené jusqu'au Antilles françaises où ils durent patienter durant les semaines de réparations de la Flore malencontreusement échouée.
Sur place ils travaillèrent à l'amélioration des techniques de relevés hydrographiques et effectuèrent de nombreux calculs astronomiques relatifs aux coordonnées des îles.
La mission de la Flore avait été précédée quelques années plus tôt (en 1768 et 1769) par celle de l'Isis qui avait permis un premier ensemble de rectification des cartes du Dépôt de la Marine. Les expériences furent menées par Claret de Fleurieu qui commandait alors la frégate, et le père Pingré que l'on retrouve dans la mission de la Flore.
Les détails topographiques présentés dans cette carte commencent à être significatifs, même si l'allure d'ensemble de la Martinique n'est pas encore celle que nous connaissons. Le Rouge comme son éminent collègue britannique, propose un cartouche détaillant plus particulièrement la baie de Fort Royal (Cul de Sac Royal) où les sondes sont mises en évidence.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica La Martinique.




Le Rouge édité par Crépy


Atlas Nouveau Portatif (planche n°85). Carte imprimée par Crépy, à Paris en 1767. Dimensions approximatives : 21 cm x 28 cm.

carte de la Martinique par le Rouge, Crépy

Cette carte imprimée chez Crépy est une réédition de la carte de Le Rouge imprimée 20 ans plus tôt vers 1748 dans les premières éditions de l'Atlas Nouveau Portatif.
L'année 1748 voit la fin de ce que les historiens ont nommé la "Guerre du Roy George" (1744-1748). Durant celle-ci, les anglais et les français se livrent à des continuelles actions d'hostilités, dans les îles des petites Antilles, qui se traduisent surtout par des combats navals entre flibustiers, corsaires et navires marchands des deux nations. Le traité d'Aix la Chapelle (1748) amènera à une cessation temporaire des hostilités. Elles reprendront, avec plus d'envergure, quelques années plus tard avec la "Guerre de 7 ans" (1756-1763).

La carte est relativement sobre. C'est la première carte de l'île dressée par Le Rouge. Elle semble présenter des points communs avec la carte de Philippe Buache mais en diffère par de nombreux aspects.
Par exemple, la presqu'île de la Caravelle est dessinée d'une façon tout à fait personnelle à Le Rouge. Le Rouge reste toutefois classique dans sa présentation et met en évidence le partage de la Martinique entre Cabesterre et Basse Terre . Le relief intérieur est appuyé, on remarque que la montagne Pelée possède un large cratère (on indique donc qu'il s'agit d'un volcan). Les principales voies de communication (routes) sont indiquées.




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Chevalier Jean de Beaurain, l'isle de la Martinique,

imprimée à Paris en 1765, dimensions approximatives 11,5 cm x 18,5 cm.

Il s'agit d'une carte miniature, mais cependant assez détaillée, qui relate la première attaque réussie par les anglais qui s'emparèrent de l'île de la Martinique en février 1762 (selon la carte de Beaurain). L'occupation anglaise devait durer près de 18 mois, jusqu'à sa restitution en juillet 1763 par le traité de Paris signé en février de la même année.
La "Guerre de 7 ans" commence en réalité le 28 mai 1754 en Amérique. Les deux nations entretenaient en Amérique des querelles persistantes qui découlaient d'une concurrence commerciale exacerbée. Le conflit en Amérique opposera d'une part les anglais, d'autres part les français aidés de la plupart des nations indiennes.
Les anglais commandés par Georges Washington [il était encore en 1754 sujet du Roi d'Angleterre] semblent avoir tendu un piège au Capitaine de Jumonville. Ce dernier était venu parlementer près de la fourche de l'Ohio avec quelques indiens pour apaiser un climat devenu malsain. Les anglais ont pu penser qu'il venait dans une intention belliqueuse. Ils ont décimé le bataillon. La guerre en Amérique du nord allait être une nouvelle fois déclarée...elle se propagera jusqu'en Europe dès 1756.
La "Guerre de Sept ans" va se marquer pour les français par une série de revers continuels notamment dans les colonies du Canada, de la Caraïbe et des Indes Orientales. La puissance anglaise est déterminée à évincer toute présence française dans le nouveau monde. Elle veut dominer l'ensemble des voies commerciales et par là même des échanges pour faire prospérer son économie de façon exclusive.

carte de la Martinique par Beaurain Au niveau des Caraïbes, la redoutable escadre anglaise commandée par l'Amiral Moore entame le blocus des petites Antilles françaises dès 1759. Les troupes anglaises s'emparent tout d'abord de la Guadeloupe en janvier 1759 [voir la carte de Kitchin - cartes anglaises du XVIIIe. La résistance de la garnison et des milices martiniquaises permet dans un premier temps de repousser les incursions anglaises, mais le blocus des anglais amène très vite une dégradation des conditions de vie et la disette devient le quotidien des habitants. Aucun renfort de la métropole ne parvient en Martinique qui semble abandonnée à son destin.
L'amiral Rodney et le général Moncton lancent alors en janvier 1762 une vaste offensive avec plus de 20 000 hommes de troupes. Le contingent ennemi réussi à débarquer à Sainte-Anne et à s'y tenir. La pénétration à l'intérieur de l'île peut alors commencer. Les fortifications françaises et les lignes de défense cèdent une à une. Les anglais s'emparent d'abord de Fort de France le 3 février 1762. Le gouverneur de la Martinique, Le Vassor de la Touche, essaye de faire front avec les défenseurs de Saint-Pierre en y concentrant les dernières troupes valides. Mais peine perdue, devant des forces bien supérieures en nombre et aguerries par des années de campagne, il est obligé de capituler le 14 février.
La légende sous la carte de Jean de Beaurain signale que "les troupes françaises s'en sortirent avec tous les honneurs de la guerre". Il décrit brièvement l'offensive anglaise et donne les principales dates : reddition du Fort Royal le 3 février 1762 et de la ville de Saint-Pierre le 14 février. La carte porte des lettres indiciaires qui renvoient aux principaux sites de l'île. Deux cartouches spécifiques présentent chacun un plan sommaire : le Fort de Saint-Pierre et le Fort Royal, principales fortifications de l'époque.
Cette carte se distingue des autres cartes de la même époque, notamment dans l'orientation "pein nord" donnée à la Martinique. En général les cartographes du XVIIIe "allongent" la Martinique sur un axe prononcé sud-est / nord-ouest. Beaurain semble précurseur et donne un axe presque Nord/Sud. Le reste du contour de l'île est également bien appréhendé par l'auteur.




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Jacques Nicolas Bellin


Jacques Nicolas Bellin(1703, 1772).

Jacques-Nicolas Bellin a été le plus important hydrographe français du XVIIIe siècle. Il a été également très controversé.
Il prend lentement la direction des opérations hydrographiques du jeune Dépôt de la Marine né en 1720 et se charge alors de produire les cartes de toutes les mers connues et des îles qui y figurent.
Profitant de sa situation privilégiée, celle d'hydrographe officiel, il commercialise sous son nom propre des productions conçues pour et par le Dépôt. Il participe de ce fait à la production directe d'atlas (les révisions du Neptune François, L'Hydrographie Française - 1758, Le Petit Atlas Maritime - 1764, ...) et à l'illustration de nombreux ouvrages littéraires en vogue durant cette période.

L'abus de sa position dominante : accès aux informations du Dépôt; utilisation de sa réputation d'hydrographe du Dépôt pour produire des cartes "personnelles", va "tardivement" conduire le Dépôt à prendre une mesure d'exclusivité dans la production des cartes marines officielles. Cette réforme aura lieu, quelques mois après le décès de JN Bellin, le 5 octobre 1773. Dès lors les cartes produites seront estampilées par le Dépôt et nul autre que le Dépôt de la Marine ne pourra publier et diffuser, en France, des cartes marines à l'usage des navigateurs. Cette nouvelle approche se concrétisera en 1775 par une nouvelle politique commerciale des cartes produites par le Dépôt. Seul ce que l'on appellera désormais l' Entrepôt Général sera habilité à commercialiser, auprès d'un réseau contrôlé de détaillants-revendeurs, les cartes marines officielles.

JN Bellin est surtout connu pour avoir produit deux grandes oeuvres : d'abord l'Hydrographie Françoise, puis le Petit Atlas Maritime. Ces deux atlas ressortent davantage comme des travaux "personnels" de Bellin. Les cartes qui en sont issues ne portent pas la marque de fabrique, le fameux "sceau", du Dépôt. Par contre on constate souvent dans le cartouche du titre (pour l'Hydrographie notamment), l'indication que ces cartes ont été Dressée au Dépost des Cartes et Plans et Journaux de la Marine.
On compte aussi, dans les œuvres de JN Bellin, la composition de l'atlas qui illustre et accompagne la publication de Prévost d'Exiles. Prévost d'Exiles plus connu sous sous son nom d'écrivain romantique d'Abbé Prévost. Son ouvrage est intitulé "Histoire Générale des Voyages". C'est une monumentale compilation de tous les voyages connus, de toutes les découvertes réalisées dans ce milieu du XVIIIe.
Ce travail gigantesque sera repris par Jean François Laharpe, sous forme condensée ou abrégée... Son ouvrage porte d'ailleurs le titre de "l'Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages". Là aussi, les cartes de Bellin serviront abondemment d'illustrations.
D'une manière générale, il y a eu de nombreuses éditions des cartes de JN Bellin. Elles ont été gravées et produites par les principales maisons de cartographie (françaises, allemandes, hollandaises, italiennes,...) de cette époque.

Bellin : l'Hydrographie Françoise - 1758


Carte Réduite de L'Isle de la Martinique, imprimée à Paris et datée de 1758, de grandes dimensions, approximativement : 55 cm x 88 cm.

Carte de la Martiniquepar Bellin, Carte Réduite

Cette très belle carte est issue de l'Hydrographie Françoise. Elle présente la Martinique, et dans un cartouche rococo un plan de la baie de Fort Royal (ou Cul de Sac Royal) où sont indiquées les profondeurs des mouillages.
La carte du Cul de Sac Royal présentée dans ce carton, est à peu de choses près, l'exact modèle du plan du Cul de Sac Royal du Petit Atlas Maritime publié quelques années plus tard (1764).
Comme l'indique le titre général de la carte, il s'agit d'une carte réduite, elle utilise donc la projection de Mercator qui s'appuie notamment sur une échelle variable de représentation des latitudes (latitudes croissantes). Il est vrai que pour cette carte qui représente finalement une aire du globe très restreinte, celle de la Martinique, qui ne s'étend que sur à peine 2 degrés de latitude comme de longitude, l'effet de la "réduction" reste modeste et revient sensiblement à produire une carte plate.

La carte générale semble orientée par rapport au nord géographique, contrairement au Cul de Sac du carton qui est orienté clairement selon le méridien magnétique. La carte générale porte un cadre gradué qui présente une Longitude Occidentale calée sur le méridien de Paris.
L'Hydrographie est quasiment un travail pesonnel de JN Bellin qui se chargera d'éditer les cartes de l'Hydrographie dans sa petite entreprise sise dans un premier temps à la rue Dauphine à Paris, près de la rue Christine, ou dans un second temps près de Saint Louis du Louvre comme il est souvent indiqué sur les cartes ou dans le frontispice des ouvrages.

En paralèlle des cartes de l'Hydrographie, les cartes seront également produites par le Dépôt de la Marine. Sur ces dernières, apparaît alors l'estampile ou le sceau du Dépôt. Les cartes diffusées par le Dépôt de la Marine sont des cartes officielles, surtout à partir de 1773, année où le Dépôt se voit confier le monopole de la fabrication des cartes marines.
Ces cartes officielles seront en principe mises à jour de façon régulière. Le catalogue du Dépôt de la Marine va présenter la carte de la Martinique de JN Bellin durant une large période durant laquelle elle ne subira que des modifications mineures qui touchent principalement sa numérotation. Cette carte va tout d'abord porter le numéro 79, puis ensuite le numéro 192. C'est seulement en 1827 que le jeu de cartes de Paul Monnier remplacera officiellement la carte générale de JN Bellin.

De très nombreuses exemplaires de cette carte produite tant à la fin du XVIIIe qu'au début du XIXe sont encore aujourd'hui accessibles. Ces cartes étaient destinées à être vendues à l'unité aux marins et navigateurs.

On y trouve souvent une indication sur leur prix de vente. Les cartes les plus anciennes indiquent un prix en sol. En général compte tenu du format (Grand Aigle) de la carte, ce prix vaut trente sols (soit une livre et demie). L'inflation aidant on trouve des cartes valorisées à trois livres notamment durant la période révolutionnaire.
J'en profite pour rappeler qu'un sol ou son équivalent un sou, valait 1/20 de la livre ou du franc, soit 5 centimes. D'autres cartes, plus récentes, sont appréciées directement en francs (le franc français a été institué par la loi du 17 germinal an XI soit celle du 7 avril 1803).
Autre critère de datation, les premières cartes réduites portent la mention Pour le service des Vaisseaux du Roy, tandis que les cartes plus tardives [imprimées jusqu'en 1825-27] adoptent une mention plus générale de Pour les Vaisseaux Français, acceptable quelque soit le Régime politique en place. Et l'on sait que le Régime a varié entre 1758 et 1827. La numérotation imprimée sur la carte permet également de confirmer l'époque d'impression. Les cartes portant le numéro 79 étant bien plus précoces que celles dotées du numéro 192.

Dans, l'exemplaire de l'Hydrographie présenté, le cartouche où se situe la légende [en bas à gauche], JN Bellin précise que la carte a été Dressée au Dépost des Cartes Plans et Journaux de la Marine dont il est l'hydrographe officiel, pour le Service des Vaisseaux du Roy.
Par ordre de M Moras, Ministre et Secrétaire d'Etat aiant le Département de la Marine. JN Bellin indique ensuite ses diverses qualités, parmi lesquelles celle de membre de la Société Royale de Londres.

Pour réaliser sa carte de la Martinique, JN Bellin en bon hydrographe officiel aura compilé un ensemble de sources provenant de témoignages de navigateurs, de cahiers de sondes établis plus ou moins empiriquement (voir la carte de Pierre Gilly plus haut).
Le travail réalisé par JN Bellin a été l'objet de nombreuses critiques souvent très fondées. Ainsi, il n'a pas été épargné par ses contradicteurs tels : Claret de Fleurieu et Paul Monnier, ... qui lui reprochent, à juste titre, de nombreuses imprécisions et confusions ... notamment des écarts de longitude importants entre différentes cartes produites à la même époque.
La carte, c'est son objectif principal, présente les mesures bathymétriques mesurées en brasses françaises qui permettent aux navigateurs de localiser les meilleurs mouillages, les écueils à éviter.
Elle comporte en particulier, l'implantation des habitations sucrières avec les différents types de moulins usités, le positionnement des batteries de défense côtières et une grande partie du réseau routier.

La carte réduite de la Martinique possède un carton particulier représentant le Cul de Sac Royal, où sont indiquées les sondes. Selon de Fleurieu, qui n'a pas ménagé ses critiques à l'égard de l'hydrographe du Dépôt, ce plan du Cul de Sac sera malgré tout l'un des plus correct qu'il aura pu avoir entre les mains.
L'orientation du carton du Cul de Sac est toutefois calé sur le Nord de la Boussole [nord magnétique] tandis que le reste de la carte réduite semble orienté sur le Nord du Monde ou Nord Géographique. Deux échelles propre à ce carton sont indiquées : l'une en lieues marines, l'autre en toises.
Faute de document plus précis, les marins devront utiliser la carte générale de la Martinique de Bellin jusque dans le premier quart du XIXe siècle.
Vers 1827, apparaitront enfin les nouvelles cartes de la Martinique, réalisées par le Dépôt, qui seront, sans commune mesure, incomparables en précision, fiabilité et qualité.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica la Carte Réduite de la Martinique issue de la collection Bourguignon d'Anville.


Voir aussi le superbe exemplaire présenté par aux A.N.O.M Archives Nationales de l'Outre Mer Carte de la Martiniquepar Bellin, Carte Réduite






Bellin : le Petit Atlas Maritime - 1764


Le "Petit Atlas Maritime" est sorti en 1764, il comporte cinq volumes (in quarto) vendus initialement au prix de 96 livres dans sa version basique soit les cartes en noir et blanc et les feuilles non brochées. Au prix de 120 livres en format broché avec des cartes qui présentent des mers lavées en couleur d'eau. Et au prix de 144 livres lorsque les volumes sont reliés en veau et les mers lavées en couleur d'eau.
Cet ouvrage est particulièrement intéressant pour ses plans des principaux ports et mouillages. On y dénombre 575 cartes et plans de port dont l'échelle tend généralement vers les 1/100 000. Son format le rend relativement maniable, la taille moyenne des plans n'est que d'une vingtaine de centimètres sur trente.
Toutefois la manipulation aisée de l'ouvrage recèle une contrepartie en terme de précision, qui rend tout atterrage relativement incertain.
Malgré ces défauts de précision, il présente tout de même de nombreux détails d'hydrographie marine propres à renseigner les capitaines pour l'accostage et pour le mouillage de leur vaisseau. Les cartes issues du "Petit Atlas" sont réputées avoir constitué l'ordinaire de la panoplie cartographique embarquée à bord des navires et vaisseaux du "roy".
Le Petit Atlas Maritime comporte notamment le "Plan du cul de sac Royal de la Martinique" dimensions 17 cm x 21 cm, planche n°94. Ce plan montrant le Cul de Sac Royal, est extrait de la grande carte "réduite" de l'Hydrographie de 1758 (dont la source est prinicpalement le relevé géométrique de la baie effectué par Pierre Gilly en 1740). Avec des sondes reconnues comme fiables, Bellin y transcrit une information primordiale pour les marins : la déclinaison magnétique.
Si l'intention est bonne, elle n'en est pas moins trompeuse, voire dangereuse. En effet, la carte du Cul de Sac Royal, ce qui n'est pas protocolaire, est orientée sur le Nord de la Boussole, alors que les cartes sont normalement orientées au "Nord Géographique". Ce choix se traduit visuellement par une déviation apparente "de l'aiguille" vers l'Ouest et non vers l'Est comme elle devrait. JN Bellin indique le Nord du Monde qui est le nord géographique, et le Nord de la Boussole qui restitue le nord magnétique. Entre les deux quelques 5° et puis ...de variation.

Déjà Guillaume Delisle avait une erreur à peu près similaire dans sa carte des Petites Antilles de 1717.

On peut seulement espérer que cette inversion ne se soit pas traduite [à l'époque] par des naufrages malencontreux.

e tome I du Petit Atlas Maritime présente, de nombreuses cartes des Antilles et de la Martinique. Je vous en livre ci-après quelques exemplaires, où apparaît la Martinique :

1 - LES PETITES ANTILLES / ou Les Isles du Vent
(dimensions approximative de la gravure : 17 cm x 22 cm / planche n°79).

extraite du Tome I du Petit Atlas Maritime, cette carte a été gravée par Croisey (sculp). Un commentaire de bas de page renvoie aux autres cartes de l'Atlas présentant les îles : Voyez ces Isles plus grand N°80, N°81 ou N°82. Voyez la Barbade N°98.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°79 issue de la collection Bourguignon d'Anville.

2 - PARTIE DES / ISLES ANTILLES / I.Partie
(dimensions approximatives : 16 cm x 22 cm / planche n°80).


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°80 issue de la collection Bourguignon d'Anville.

3 - SUITE DES / ISLES ANTILLES / 2.Partie
(dimensions approximatives : 17 cm x 22 cm / planche n°81). Echelle de dix lieues communes.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°81 issue de la collection Bourguignon d'Anville.

4 - La Martinique.
(dimensions approx : 22 cm x 35 cm / planche n°91).

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°91 issue de la collection Bourguignon d'Anville.


autre superbe exemplaire accessible à la B.N.E - BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA Bellin - Petit Atlas Maritime - Martinique


5 - Partie Septentrionale de la Martinique
(dimensions approx : 22 cm x 35 cm / planche n°92).

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°92 issue de la collection Bourguignon d'Anville.


autre superbe exemplaire accessible à la B.N.E - BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA Bellin - Petit Atlas Maritime - Partie Septentrionale de la Martinique


6 - Partie Méridionale de la Martinique
(dimensions approx : 22 cm x 35 cm / planche n°93).

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°93 issue de la collection Bourguignon d'Anville.


autre superbe exemplaire accessible à la B.N.E - BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA Bellin - Petit Atlas Maritime - Partie Méridionnale de la Martinique


7 - le Cul de Sac Royal (dimensions approx : 17 cm x 21 cm / planche n°94).

le Cul de Sac Royal par Bellin

Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica n°94 issue de la collection Bourguignon d'Anville.


autre superbe exemplaire accessible à la B.N.E - BIBLIOTECA NACIONAL DE ESPAÑA Bellin - Petit Atlas Maritime - le Cul de Sac Royal




Bellin : édité par les Héritiers de Homann


Carte de l'Isle de la Martinique, imprimée à Nuremberg et éditée par les Héritiers de Homann. Elle est datée de 1762, dimensions approximatives : 46 cm x 55 cm.

la carte de la Martinique par Bellin, Héritiers Homann

Cette carte de Bellin a été imprimée chez les héritiers de Homann qui ont produit plusieurs atlas composites, [c'est à dire des regroupements cartes dressées par des géographes différents] dans lesquels elle a figurée.
La Martinique s'apparente à celle réalisée dans le cadre de "l'Hydrographie Françoise". Comme cette dernière, la carte de la Martinique d'Homann présente des détails maritimes importants pouvant servir aux navigateurs. Les sondes ou profondeurs sont indiquées en brasses.
La longitude est relative au méridien de Paris, elle situe l'île à 63 degrés Ouest. La référence au méridien de l'île de fer commence à paraître obsolète. Elle n'est plus la seule et unique longitude utilisée par les géographes français.
La carte est datée 1762, année où les anglais prennent, pour la première fois, possession de l'île.

En haut à droite, dans le cartouche intitulé "explication des marques" , les différents symboles utilisés sont indiqués.
JN Bellin précise que les indications qu'il a portées sur la carte sont sujettes à des changements dont il ne peut répondre. Il est vrai qu'en ces temps incertains, il se créait autant de sucreries qu'il en pouvait disparaître. Les guerres endémiques ne favorisaient pas la stabilité économique des habitations sucrières.
Les mouillages "sûrs" sont représentés à l'aide d'une ancre de marine, ou une double ancre pour les pour les bâtiments plus importants à fort tirant d'eau. Les "cayes" ou récifs coraliens sont matérialisés. Les "passes" pour différents types d'embarcations sont indiquées. Les défenses côtières (batteries de canons, redoutes,...) sont généralement bien identifiables.

Je vous en propose quelques détails choisis :
1 - Le Cul de Sac Royal
2 - La partie septentrionnale
3 - La partie méridionnale
4 - La Légende insérée dans un cartouche somme toute attrayant.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica Héritiers de Homann issue de la collection Bourguignon d'Anville.




Bellin : l'Histoire Générale des Voyages de Prévost d'Exiles

et l'Abrégé de l'Histoire Générale des Voyages de JF Laharpe


Carte de l'Isle de la Martinique pour servir à l'Histoire Générale des Voyages. Par M Bellin 1758. Dimensions approximatives 20 cm x 30 cm. Imprimée à Paris. Datée de 1758.

Cette carte est présentée de façon très originale, la Martinique est placée horizontalement sur la feuille. Seules deux lignes, la ligne méridienne sur laquelle est portée une fleur de lys symbolisant la direction du Nord géographique et un parallèle, permettent d'orienter précisément la carte.

La carte de la Martinique par Bellin, Prévost d'Exiles



La même version, en langue germanique, La carte de la Martinique par Bellin, AllemandKarte Von Der Insel Martinique

Zur Allgemeinen Husterie der Reisen", imprimée à Leipzig.






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"Plan du Fort Royal tel quil estoit il y à quattre ans".



Plan manuscrit du Cul de Sac Royal par un Anonyme vers
PLan disponible au "National Maritime Museum"

Selon le "National Maritime Museum" le plan aurait été dressé vers 1790. La feuille sur laquelle il est dessiné est de 49 cm (haut) x 70 cm (largeur), le dessin laisse à gauche une bande vierge de 9 cm environ, la dimension du dessin est donc de 49 cm (haut) x 61 cm (largeur).

Le plan représente globalement la partie nord de la baie de Fort-Royal (ou Cul de Sac Royal). La ligne de côte décrite est tracée entre le bourg de la Case-Navire et l'embouchure de la Rivière Monsieur, elle se termine un peu avant la Pointe des Sables. Au sud l'auteur a positionné l'Ilet aux Ramiers et peut-être le fort des Trois Ilets à une place qui ne lui convient pas : il averti l'utilisateur qu'il se situe à Les 3 Ilets fort / 1 milles plus à l'est.
Beaucoup d'indices laissent penser que l'auteur de cette carte est un marin français, qui connaît assez bien la Martinique pour y être certainement venu à plusieurs reprises. Ce n'est pas un habitant ou quelqu'un qui a vécu dans l'île très longtemps. Hormis les alentours immédiats du Fort Royal qu'il a bien repéré, il reste "muet" sur beaucoup d'élements environnementaux importants, éléments aussi bien topographiques qu'hydrographiques.
Sur les hauteurs du Fort Royal, manque par exemple le Morne Garnier où le Fort Bourbon devrait être vu, compte tenu de la date supposée de la carte (1790). La présence de l'imposant Fort n'aurait pas pu échapper à l'auteur. Le fort devait être quasiment achevé à l'époque, même si le contexte de représentation est anoncé : "quatre ans auparavant".
La carte est limitée à l'est du Fort-Royal par une ligne que les navires ne passent jamais en entrant dans le bassin.
Sur la carte sont portées un ensemble d'indication très précieuses aux marins.
Tout d'abord les sondes sont indiquées avec des mesures (en brasses) qui se veulent très précises. Les bons mouillages sont indiqués, avec parfois la nature du fond.
Les récifs, roches ou hauts fonds sont particulièrement mis en évidence. L'auteur souligne la perte d'un batiment à la hauteur de la pointe des nègres. Cet évènement a dû le marquer. Il est vrai que les naufrages dans l'île ne manquent pas. La baie de Fort Royal est riche de naufrages et donc d'épaves de toutes sortes.
La date supposée de la carte (vers 1790) peut être rapprochée du naufrage du vaisseau Le Londrin intervenu une dizaine d'années plus tôt, en 1779. Ce bâtiment s'est effectivement perdu sur la Pointe des Nègres, 50 hommes, membres d'équipage et voyageurs s'y seraient noyés. L'auteur pourrait avoir pu se remémorer ce triste épisode et l'indiquer lors de la confection de la carte.
Pour ma part, je pense que la carte peut être antérieure à la date déterminée par le "National Maritime Museum". Je situerais sa conception vers 1766-67. Je pense que nous avons à faire à un marin français, peut être un flibustier, décrivant "à peu près", c'est à dire de mémoire, les mouillages des navires anglais et la position des troupes (soldats) durant l'occupation de l'île entre 1762 et 1763.

Le plan n'est pas gradué, n'y figure aucune échelle visible. Une rose des vents est dessinée, elle donne l'orientation du nord géographique.
L'auteur de la carte montre bien comment s'y prendre pour entrer dans le bassin du carénage. C'est certainement l'objet principal de la carte. Il détaille précisément le parcours à suivre. Les rhumbs virtuels sont tracés par deux lignes. L'anonyme inscrit en effet lon va sur cette ligne jusques à ce que lon aye décopuvert le bourg du Carénage. Ensuite il donne exactement l'endroit où il faut virer de bord et filer droit sur le carénage ligne pour entrer dans le bassin.

Il avertit prudemment les capitaines et les pilotes de la ligne Est à ne pas dépasser, sous peine d'échouage ou pire de naufrage. Sur la droite est écrit verticalement de bas en haut : ligne que les navires ne passent jamais en entrant dans le bassin.

A noter que le pavillon arboré au niveau de l' îlet aux Ramiers ressemble étrangement à celui de la Martinique d'antan, c'est à dire une croix blanche et quatre serpents sur fond d'azur. Mais compte tenu du contexte il s'agit certainement d'une tentative de représentation de l'Union Jack. L'auteur indique que le chemin d'accès à la fortification qui domine l'îlot est très mauvais.

Au dessus du titre de la carte qui comprend aussi la légende, l'auteur indique : Mouillages ordinaires des navires anglois mais très mauvais par l'inégalitté du fond, une ancre de marine est entourée d'un cercle. L'auteur veut certainement signaler l'atterrage des troupes britanniques entre la Pointe des Nègres et le Bourg de la Case-Pilote, c'est à dire vers Fond Gueltier où ils avaient précisémment débarqués en 1759.




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Rigobert Bonne


Rigobert BONNE(1727, 1795) Carte de l'Isle de la Martinique. Colonie Françoise dans les Isles Antilles,à Paris, Dimension : 21,5 cm x 31,5 cm. période d'édition : entre 1774 et 1790 (Atlas Moderne entre autre).

Rigobert Bonne succède à JN Bellin comme hydrographe officiel du Dépôt de la Marine en 1773. Comme son illustre prédécesseur il se montre très productif durant sa carrière.

Ses travaux se retrouvent dans l'"Atlas Moderne" encore nommé "Atlas de toutes les parties connues du globe terrestre" publié à Paris à partir de 1762. Rigobert Bonne contribue également a illustrer l'œuvre de l'Abbé GT Raynal intitulée "l'Histoire philosophique et Politique des Etablissemens et du Commerce des Européens dans les Deux Indes" qui a connu un vaste succès dès sa parution.
Dans la même démarche illustrative, il participe de façon active à la réalisation de "l'Atlas Encyclopédique" publié par Nicolas Desmaret.

Carte de la Martinique par Bonne

Cette séduisante carte de l'île de la Martinique a été produite à de nombreux exemplaires notamment pour les besoins de la publication de l'Abbé de Raynal GT (Guillaume Thomas) sur l'Histoire Philosophique, ... du Commerce des Indes (1774).
Le succès de l'ouvrage de GT Raynal (1716-1796) qui a été copié dans toute l'Europe a facilité la propagation des cartes de Bonne et leurs recopies multiples. Un an après la première parution de l'Histoire Philosophique l'on dénombrait déjà en Europe, plus d'une dizaine de copies.
La carte de la Martinique porte le n°41 du livre XXIII. Les longitudes font référence d'une part au méridien de l'Isle de Fer (317 degrés de longitude Est [en haut]) et au méridien de Paris (63° de longitude Ouest [en bas]).





L'Atlas Encyclopédique de Desmaret Carte de l'Isle de la Martinique / Carte de l'Isle de la Guadeloupe, de Marie-Galante, de la Désirade et de celles des Saintes.

Carte de la Martinique par Bonne, Desmaret

Dimensions approximatives : 23,5 cm x 35 cm. Graveur (sculp pour sculpteur): André
R Bonne emploie dans cette carte les deux longitudes en usage chez cartographes français (méridien de l'île de fer et méridien de Paris). Il trace en une seule carte les deux dernières principales possessions antillaises de la France de cette période pré révolutionnaire.
Malgré les succès importants obtenus par les armées françaises quelques années auparavant durant la guerre de soutient aux "Insurgents" américains [1776-1783], la France n'a rien gagnée territorialement. A l'issue du conflit, les négociateurs du traité de Versailles, n'ont pas su profiter des conquêtes aux Antilles. La plupart des îles conquises sera rendue aux anglais. La France ne conserve finalement que les îles de la Martinique, de la Guadeloupe avec ses dépendances, de Sainte-Lucie et de Tobago. Pas glorieux pour cette guerre qui a finalement saigné les finances du royaume. La crise financière précipita, comme on le sait, la chute de la monarchie française.
Durant la guerre d'indépendance américaine, le marquis de Bouillé alors gouverneur de la Martinique (1777-1783) et Lieutenant Général des îles du Vent c'est à dire "gouverneur militaire", entreprend les premières hostilités contre les britanniques.
Il réussi à s'emparer de la Dominique dès la fin de 1777. Les îles des petites Antilles dans le cadre des opérations américaines contrôlent stratégiquement l'alimentation en hommes et munitions des anglais. Les attaques des réserves anglaises dans la zone, empêche celles-ci de se déployer sur le continent et réduisent les approvisionnements des troupes en campagne. D'un autre côté les Insurgents américains viennent s'approvisionner [provisions de bouche et provisions de guerre] dans les ports français qui leurs sont grands ouverts. Les flibustiers et corsaires américains trouvent également dans les ports français toute la sécurité et la logistique dont ils ont besoin pour harceler continuellement les convois anglais dont les marchandises viennent alimenter les entrepôts de Saint-Pierre.
Malgré quelques revers, les forces anglaises s'emparent temporairement de Sainte-Lucie en 1778 [qui est rapidement reprise]. Les français enlèvent Saint-Vincent, la Grenade et les Grenadines en 1779. Les opérations s'accélèrent et s'intensifient, en 1781 c'est Tobago qui est prise grâce à l'action du comte de Grasse qui commande la flotte française. Puis c'est au tour de Saint-Christophe, de Nevis et de Montserrat, de Saint-Eustache de tomber aux mains des français.
Devant le succès des armes françaises, des projets de conquête de la Jamaïque sont programmés, en liaison avec les espagnols alliés à la France, mais finalement ces projets n'auront pas de suite. La fameuse et mémorable bataille navale des Saintes [12 avril 1782] entre l'escadre anglaise commandée par l'Amiral Rodney et la flotte française commandée par François-Joseph de Grasse (1722 - 1788) tourne à l'avantage des britanniques qui avec 37 bâtiments de ligne contre 30 pour les français, a infligé à la "Royale" suffisamment de pertes pour renoncer à s'emparer de la Jamaïque. Il est vrai que la marine anglaise a aussi beaucoup souffert de l'engagement [19 vaisseaux fortement endommagés].




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Moreau du Temple René (1736, 1786) Carte Géométrique et Topographique de l'Isle de la Martinique

Carte de la Martinique par Moreau, Robert

Dimensions totale de la carte : 485 cm x 270 cm. Exemplaire conservé à la Bibliothèque Nationale (Département des Cartes et Plans, Service Hydrographique). Carte sur toile peinte à l'huile.

La carte de Moreau du Temple possède une échelle de 1/14 400 qui permet de représenter les nombreux détails et particularités géomorphologiques relevées sur le terrain.
La carte présente également une précision toponymique précieuse pour les historiens et les généalogistes. Les habitations y sont particulièrement bien décrites, notamment les habitations sucrières. On distingue une différenciation des bâtiments selon qu'ils sont en "dur" [les maisons de maître] ou en bois [logements des esclaves].
Les limites de champ (ou de parcelles) sont indiquées ainsi que la nature des cultures en place (cannes à sucre, caféiers, ...). La plupart des habitations sont nommées avec le patronyme du propriétaire de l'époque.
Les ouvrages de défense et les fortifications (batteries, forts, etc) sont facilement identifiables. Moreau a pris soin de détailler les fortifications présentes à Saint-Pierre
Cette carte aura une diffusion très limitée. C'est une carte hautement stratégique. Elle ne sera reproduite qu'à très peu d'exemplaires, certainement moins d'une dizaine. Seuls les gouverneurs de l'île de la Martinique, les ministres et secrétaires d'Etat à la marine en place, les responsables des dépôts de la marine ou de la guerre en auront connaissance. Sa haute confidentialité fera que la plupart des cartes qui seront publiées après 1770 s'appuieront encore essentiellement sur les travaux des français P Buache (1732), JN Bellin (1753) ou du britannique Th Jefferys (1775).

Selon un autre célèbre Moreau, Moreau de Jonnès, qui a tenté de retracer brièvement la chronologie de la production de cartes sur la Martinique : en 1794, lors de la seconde invasion de l'île, le général anglais Charles Grey se serait emparé de l'exemplaire resté en Martinique au Dépôt Local des Fortifications. Le précieux document aurait été expédié aussitôt en Angleterre, mais la fabuleuse carte n'arrivât jamais à bon port, elle fut consummée dans un incendie, avec le vaisseau qui la transportait.

Le Dépôt de la Marine n'a pas pu exploiter les nouvelles informations de la carte de Moreau du temple qui est essentiellement terrestre, aucune mesure bathymétrique n'apparaît. L'utilisation de la carte marine de JN Bellin sera donc prolongée jusqu'en 1827.
Il faudra attendre la venue des ingénieurs hydrographes Paul Monnier et Gabriel Cyprien Le Bourguignon-Duperré, pour que les cartes marines deviennent aussi précises que la carte de Moreau du Temple.
Durant la campagne de levés hydrographiques, menée de février 1824 à juin 1825, les ingénieurs hydrographes du Dépôt de la Marine s'appuyeront sur la fiabilité de la carte de Moreau du Temple. Ils rendront un hommage mérité aux ingénieurs militaires qui les auront précédé dans cette vaste et longue épopée. Les hydrographes Monnier et le Bourguingon Duperré, armés d'un matériel plus moderne que leurs prédécesseurs, suivront la méthodologie définie par Charles-François Beautemps-Beaupré (1766, 1854) considéré comme le "père de l'hydrographie scientifique".

Un superbe ouvrage collectif est consacré à l'histoire et à la description de cette fabuleuse carte. Je vous renvoie à ma page bibliographique




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Charles François Hesse Carte de l'Isle de la Martinique>


L'ingénieur Hesse réalise en 1771 une réduction de la carte de Moreau du Temple, dont un exemplaire sera communiqué en 1773 à Verdun de la Crenne. Cet exemplaire est visible à La B.N.F rue Richelieu à Paris sous la référence PF 156 Div 2 Pièce 14.

description sommaire :
titre, en bas à gauche : Carte de l'Isle de la Martinique, 1771 fait d'après Mr Hesse.
2 échelles sont portées en bas à droite : échelle de 2 lieues communes de France (4 800 toises), et echelle de 2 lieues marines.

note, en haut à droite : communiqué pour le Chrde Verdun en 1773.

Dans l'exemplaire de la BNF l'intérieur de l'île reste très dépouillé : seules figurent des représentations très sommaires de la Montagne Pelée, des pitons, de la montagne du Vauclin. Au niveau de cette dernière comme au niveau de la forteresse du Fort Royal, longitude et latidude sont indiquées (resp : long 63°18'40", lat : 14°39'15" et long 63°29' lat : 14°35'55"). Aucune sonde.
A noter l'orthographe des lieux suivants : le lougarou, le diaman, Isle au Ramiers. Sur le pourtour de l'île sont indiqués les lieux-dits.

Il existe un exemplaire à peu près similaire [à l'exception de l'observation concernant Verdun de la Crenne] de ce travail aux Archives Nationales d'Outre-Mer. Voir ci-dessous.

Carte de la Martinique par l'ingénieur Charles François Hesse

Carte disponible aux Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM]

Pour accéder à la fabuleuse collection des Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM], je vous enjoins de cliquer promptement sur le lien suivant :

Et de rechercher votre cible dans la base ULYSSE.







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Plan de la Ville et de la Citadelle de Fort Royal fait en 1774

Carte conservée à la BNF (rue Richelieu) sous le numéro suivant : GE D 7532.

Pour accéder à la banque d'images de la BNF, venez découvrir les authentiques cartes au service de la reproduction des IMAGES de la BNF

Plan manuscrit du Fort Royal - fait en 1774
dimensions approximatives : 66 cm x 42 cm, carte entoilée et peinte.
échelle de 100 toises, pas de sondes des profondeurs.

Sur la droite de la carte, une bande de 12 cm de large est réservée à la présentation du titre et de la légende. Cette dernière est divisée en deux parties qui se suivent. La première partie concerne la Ville de Fort Royal. Elle est constituée d'un index alphabétique allant de A jusqu'à Z.
La seconde partie est relative à la Citadelle, elle suit la première. Elle est constituée d'un index numérique allant de 1 à 27.
La carte de 1774 est essentiellement terrestre. Peu d'indications sont portées sur la zone maritime constituée par la baie ou rade de Fort Royal. Sont écrits par exemple de façons assez isolée : l'Ance des Flamands et le Port du Carénage. Aucune sonde, ni aspect du fond, ne figurent sur la carte.
L'inclinaison de la carte, mise en évidence par une jolie rose des vents, positionne le Nord vers le coin supérieur gauche.
Le plan présente un territoire délimité par le Morne Cartouche au nord, le Morne Tartanson à l'Ouest (côté gauche), et par le port du carénage à l'Est (côté Droit). Le relief est particulièrement bien mis en évidence. Les couleurs employées et les dégradés mettent bien en valeur la topographie locale.

Le Canal d'écoulement des eaux (ou d'assainissement du sol marécageux) sert de limite au territoire urbain de la la Ville.
Le canal peut être franchi en trois endroits où figurent des ponts. Les trois ponts permettant le franchissement sont nommés : en B le Pont du Petit Brésil, en C le Pont Fenelon, en D le Pont d'Enery.
Au dessus du canal, peu d'indications apparaissent, si ce n'est que certains édifices importants sont mis en évidence comme Al'Hôpital, et à côté Qle Cimetière.
La savane est bordée sur ses deux côtés terrestres par une double haie d'arbres fort agréablement représentée.

L'index relatif à la Ville est le suivant :

A L'Hôpital, B Pont du Petit Brésil, C Pont Fenelon, D Pont d'Enery, E Magasins de l'Artillerie, E+ Magasins de la Marine, F Forges, G Intendance, H Parc d'Artillerie, I Maison du Génie, K L'Eglise, L Pavillon des Officiers Supérieurs, M Casernes, N Pavillon pour les Officiers, O Quartier Rouge, P Maison des Capucins, Q Cimetière, R Le Collège, S Maison des Religieuses, T Bureau des Classes, V Forge et magasin de l'Artillerie, Z Magasin du Roy

et celui relatif à la Citadelle comprend une description des ouvrages de défense. Il ressort pour partie du vocabulaire propre aux ingénieurs des fortifications (jargon de la poliorcétique ...) :
1 Bastion du Carénage, 2 Réduit du Carénage, 3 Bastion Royal, 4 Cavalier de la Pointe, 5 Batterie Basse de la Pointe, 6 Batterie Haute, 7 Batterie Dauphine, 8 Grand Cavalier, 9 Cavalier, 10 Batterie Inférieure, 11 Fausse Braye, 12 Demi-Lune, 13 Gouvernement, 14 Cuisine et Barraques du Gouvernement, 15 Pavillon du Commandant, 16 Citerne, 17 Caserne, 18 Pavillon des officiers, 19 Caserne, 20 Logement du Major, 21 Boulangerie, 22 Logement du Lieutenant du Roy, 23 Magasin de l'Artillerie, 24 La Chapelle, 25 Logement de l'Artillerie, 26 Barraques de bois, 27 Forges




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René Phelipeau (1748, 1784) «Itinéraires des Chemins Royaux de la Martinique»

Routier de la Martinique

Sous le générique "d'Itinéraires des Chemins Royaux de la Martinique" appelé encore improprement Routier de la Martinique on découvre 103 petits plans en couleur peints à l'encre et à l'aquarelle, et une carte dite d'assemblage, intitulée "Carte de l'Isle Martinique". Cette dernière carte est datée de 1785.
Les 103 cartes sont d'un format moyen d'environ 13 cm de hauteur sur largeur de 24 cm. Leur échelle est de 6 lignes pour 100 toises, tout comme la carte de Moreau du Temple [soit environ 1/14 400e]. C'était l'échelle de référence des cartes "militaires" de haute précision.

La cartographie des «chemins royaux» de la Martinique est le fondement de ce "Routier". L'un des deux exemplaires connus est actuellement conservé aux Archives Nationales, section de la France d'Outre-Mer à Aix-en Provence dans le fonds dit "Moreau Saint-Méry".

Comme la carte de Moreau du Temple le ce "Routier" est essentiellement terrestre. Il dresse un état des voies de communication existantes, dans le soucis de mieux les connaître pour les améliorer. Les préoccupations d'ordre tactique et stratégique sont bien entendu présentes.

Chacune des 103 cartes présente un segment de «grand chemin ou de chemin royal». L'environnement est particulièrement soigné. Le cartographe a mis en valeur de part et d'autre des voies, les principaux éléments du relief (mornes, ravines, falaises, cours d'eau, etc). La végétation, les cultures pratiquées, mais aussi les fortifications, les zones d'habitat (bourgs, maisons de maîtres, cases d'esclaves, etc.) sont déterminées.
Les éléments permettant de tenir une position et de ralentir la pénétration de troupes étrangères sont présentés.

La carte d'assemblage (datée de 1785) présente la même configuration que celle de Moreau du Temple. La date de cette carte accrédite l'idée que le "routier" est légèrement postérieur à la carte de Moreau. Ces travaux se situent donc dans une logique de poursuite des travaux entamés en Martinique dès 1763 par les ingénieurs géographes du roi. L'orientation des deux cartes [celle de Moreau et la carte d'assemblage du routier] est identique. On pourrait penser les documents ont été réalisée par Moreau du Temple lui-même. Après tout, l'objet et les dates concordent. Et le style des cartes du routier se rapproche beaucoup de celui de la Grande carte de la Martinique.

En effet, on sait que Moreau du Temple est resté en Martinique bien après la réalisation de la Grande Carte de 1770. Il a oeuvré dans la plupart des îles françaises. Les documents historiques étudiés par Monique Pelletier, montrent que Moreau s'est occupé du suivi de travaux de défense, notamment ceux du fort Bourbon en Martinique. Il semble que l'ingénieur ait été chargé par la suite de la réalisation de divers travaux publics, qui auraient pu inclure la réfection des grands chemins qui en avaient grand besoin. On sait qu'il s'est rendu en Guadeloupe pour effectuer de semblables travaux. Il est décédé à Tobago en 1786, avant d'achever une carte qui aurait été aussi sublime que celle de la Martinique.

Mais l’auteur de ce "Routier de la Martinique" n’est pas connu avec certitude. Dans son ouvrage sur la Martinique, Eugène Revert attribue le "Routier" à M. René Phelipeau. J'en conserve ici la référence quoiqu'elle puisse être controversée.

Il existe une autre version "originale" du Routier de la Martinique. Elle est conservée au Service Historique de la Marine (SHM) situé au chateau de Vincennes [pavillon de la reine] sous la référence suivante : cote SH 213
Cartes des chemins vicinaux de la Martinique (1785). 103 cartes coloriées, à l’échelle de 6 lignes pour 100 toises, et une carte (d'assemblage) de l’île. XVIII° Siècle. Papier. 108 feuillets. 235 sur 130 mm. Reliure maroquin rouge.

Un superbe travail réalisé par M. Reynal de Saint Michel et publié en 1997, présente et analyse ce fond cartographique. Selon M de Reynal, il est difficile de savoir lequel des deux fonds [celui d'Aix en Provence ou celui de Vincennes] précède l'autre. Dans tous les cas, l'un sera certainement une copie contemporaine de l'autre. Dans les deux cas les doutes sur l'auteur (ou les auteurs) de ces 103 cartes ne sont pas levés.
M de Reynal présente les 103 segments du routier [SHM] ainsi que la carte d'assemblage de 1785.
M de Reynal a réalisé une étude approfondie de la toponymie du Routier et de celle de la carte de Moreau du Temple. En annexe, il présente le "mémoire instructif" rédigé par M Loupia et qui concerne les premiers travaux géodésiques réalisés dans l'île (triangulation).




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*Pages spéciales sur les Ingénieurs des Fortifications des Îles du XVIIIe siècle*
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*Louis de la Roulais (xxxx, yyyy) *
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*Vincent Houel (xxxx, 1754) *
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*César Picaudeau des Rivières (1707, yyyy) *
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*Jean-Baptiste Romain (xxxx, yyyy) *
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*Henri de Rochemore (1718, 1768) *
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*Jean-Jacques Duportal [Duportail] (1701, 1773) *
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*René Moreau du Temple (1736, 1786) *
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*Charles Le Beuf ou Le Boeuf (xxxx, yyyy) *
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*Antoine Geoffroy du Bourguet (xxxx, yyyy) *
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*François Charles de Bexon (1741, 1806) *
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