Auteur inconnu, MARTÎNEQUE : ISLAND
Carte conservée à la BNF (rue Richelieu), Département des Cartes & Plans,
sous la référence : Ge SH 18e pf 156 div 02 p01D
La BNF dispose d'une série importante de cartes anglaises anonymes
qui sont toutes apparemment du même auteur et de la même époque. La collection
ne s'arrête pas aux Antilles, ni au Nouveau Monde, elle concerne aussi le Pacifique, l'Océan Indien.
Dans les Antilles, on peut notamment découvrir :
Hispaniollia
Saint-Christophe
Trinidad
Document cartographique manuscrit sur parchemin pour la Martinique, dim 51 cm x 30 cm.
Echelle de latitudes sur la verticale de droite, le milieu de l'île positionné à environ 14°30', ce qui est
relativement précis pour l'époque. Pas de référence en longitude. Une superbe rose des vents orne
cette carte et marque le nord géographique avec assez de justesse.
Très jolie carte sur parchemin qui expose une vision particulière de l'île de la Martinique.
Le texte est principalement en anglais. Sur la carte semble déjà indiquée la première implantation
française que constitue l'établissement du Fort Saint-Pierre, au lieu de la Pointe Saint-Pierre,
ainsi nommée, ce qui laisse penser que le document est postérieur à 1635.
Mais, comme aucun établissement français n'est explicitement nommé, la carte pourrait fort bien être antérieure
à l'occupation française permanente qui commence en 1635. Un certain nombre de lieux étaient déjà nommés par les navigateurs
pour s'orienter et le fait que cette carte mentionne la Pointe St Pierre ne signifie pas pour autant que d'Esnambuc avait déjà débarqué
dans l'île. La Rivière Roxelane se nomme sur cette carte R Royale, les marins y faisaient de l'eau réputée très bonne.
La
carte de la Guadeloupe semble du même auteur, elle est vraisemblablement contemporaine.
Elle est postérieure à 1635. Là le Fort St-Pierre au nord de la Basse-Terre y est nommé explicitement.
La carte est certainenment antérieure à 1648. En effet, Marie-Galante y est réputée encore habitée par les Caraïbes :
Inhabited by Natives. Et on sait qu'en 1648 fut entrepris par ordre de Charles Houël,
une première tentative de colonisation. Une cohorte de colons vint s'y installer et y bâtirent le Vieux-Fort.
L'auteur a pris un certain soin à quadriller ses feuilles, il ajoute en partie
gauche des rhumbs donnant les secteurs de vents. Les deux cartes Guadeloupe et Martinique sont construites
selon la même technique.
La carte de la Martinique s'apparente à une carte marine, les sondes et un certain nombres de récifs (îles) sont mis
en évidence, notamment sur la côte sud de l'île Broken Ragedd Islands pour signifier la
dangerosité du lieu : la mer se brise fortement sur ces récifs.
De la même façon le trait paralèlle à la côte que l'on découvre sur une grande partie du littoral de l'île
pourrait indiquer les endroits où se trouvent des plages sablonneuses.
On peut également noter la présence de différentes sondes dans les baies mais aussi au large.
L'unité de mesure de ces sondes est indiquée sur la carte aux lieux d'observation.
C'est le Fathom, soit une brasse maritime anglaise équivalent à 6 pieds anglais.
Au large de Saint-Pierre, à l'entrée de la baie on peut lire 7 brasses, ensuite en son milieu 6, et en bord de mer 4.
L'auteur de la carte semble s'être manifestement trompé dans la profondeur des fonds ou dans la position des sondes.
La mesure de 7 brasses à cet endroit est extravagante.
Les caps portent déjà pour la plupart les noms des caciques caraïbes que l'on retrouvera dans
les cartes postérieures. Ainsi le Cap Solliman (pour Salomon), le Cap Louis. On remarque également
que les caps Diamant ou Dunant, Sallina (sallines), Ferre, et le cap Forment (pour Cap Tourmenté) sont déjà reconnus.
Au large de la baie de Fort de France qualifiée de Deep Bay, un îlot fantôme est indiqué : il se nomme
Divells Island ou Diuelles Island. S'agirait-il de l'îlet à Ramiers ou de celui du Diamant ?
Quelle que soit la réponse, cet îlet reste très éloigné de la position de ceux connus actuellement.
Du côté de la capesterre, on remarque une pointe nommée P Griall qui s'apparente certainement
à la dénomination que l'on retrouvera pour la baie dans la carte de Sanson/DuTertre, ou bien encore dans celle de Visscher,
le mot aura été déformé, on l'écrira alors Grimal.
Ce n'est pas la seule carte à faire mention du mot Griall avec un l ou deux, le cas échéant.
Rappellons tout de même que Grial en espagnol veut dire Graal (le fameux calice).
La quête de celui-ci aurait-elle été transplantée aux Antilles ? Galions, Trésors, ...le rêve américain de la flibuste....
On trouve également, sur cette carte anglaise, un hypothétique Tree Island en lieu de place de la Caravelle.
Au nord de l'île on remarque la Grande Pointe. Au centre, la baie du futur Fort-Royal tendrait à s'appeler
Governers Baye.
Jean-Baptiste Dutertre,
Isle de la Martinique située a 14 degrez 30 minutes de latitude septentrionnale.
carte parue dans l'ouvrage de Dutertre, Histoire générale des Isles de Saint-Christophe, de la Guadeloupe, de la Martinique
1ère édition, page 68, année 1654, par Jacques Langlais à Paris.
Deux couronnes, l'une royale avec trois fleurs de lys, l'autre de marquis aux armes
de la maison des Vaudrocques-Dyel de Normandie (chevron de sable d'argent assorti de trois trèfles d'azur).
dimensions approximatives : 32 cm x 22 cm.
échelle en lieuës (4).
une superbe rose des vents.
longitude orientale par rapport au méridien de l'île de fer (316°)
Selon la plupart des auteurs, comme par exemple Moreau de Jonnès qui tente de tracer
un historique complet de la production de cartes de la Martinique,
la première carte française de la Martinique est réputée avoir été réalisée par le Père Dutertre, qui l'aurait dressée lors de son premier séjour aux Îles [1640-1658]
vraisemblablement un peu avant 1650.
Cette carte manuscrite aurait ensuite servi de matrice pour celles imprimées dans les ouvrages que
le Père Dutertre a consacré aux Antilles, notamment de son
Histoire générale des Isles de Saint-Christophe, de la Guadeloupe, de la Martinique
dont la première édition est datée de 1654.
La carte de l'ouvrage de Dutertre aurait ensuite été reprise par les géographes européens comme
Sanson d'Abbeville, Van Keulen, ainsi qu'également, un peu plus tard, par le Père Labat.
On peut s'interroger sur le bien fondé de cette "vérité".
A aucun moment, et dans aucune des différentes éditions de l'Histoire générale des Isles de Saint-Christophe, de la Guadeloupe, de la Martinique
le père Dutertre laisse entendre qu'il est l'auteur des cartes présentes dans son ouvrage.
Dans la seconde édition, il présente une carte de Marie-Galante dont il mentionne aussitôt l'auteur :
le Gouverneur de Théméricourt qui aurait dressé la carte sur parchemin (peau de brebis), lors de
sa tournée d'inspection de la petite l'île. Voudrait-il par là nous laisser comprendre qu'il n'est pas
l'auteur des cartes ? Qu'il n'avait pas les compétences géographiques ou cartographiques,
nécessaires à leur confection...
Compte tenu de la polémique que Dutertre entretient tout au long de l'ouvrage (seconde édition de 1667) avec C de Rochefort,
qui a produit un ouvrage un peu similaire en 1658, si notre bon père Dutertre était vraiment l'auteur des cartes,
il l'aurait sans nulle doute clairement revendiqué. ce qu'il ne fait pas.
Il tance d'ailleurs assez le pauvre Rochefort sur la mauvaise implantation et la fausse description
de certains établissements coloniaux des îles. C'était l'occasion ou jamais de préciser une éventuelle "paternité"
de la carte de la Martinique.
Si ce n'est plus le père Dutertre l'auteur de la première carte française (connue) de la Martinique, alors qui ?
Le tracé de la carte est identique en tous points à celui que publie Sanson d'Abbeville.
Qu'elle carte succède à l'autre ?
Sanson était certes un géographe talentueux, mais il n'a pas vécu aux îles.
S'il n'a pas copié la carte de Dutertre, il a certainement utilisé des sources diverses pour dresser sa carte.
Dutertre aura alors utilisé la carte de Sanson pour illustrer son Hitoire Générale ?
Il est vrai que la prolifique école de géographes d'Abbeville (Duval, Sanson, ...)
est non loin située de Dieppe, d'où allaient et venaient les expéditions aux Isles.
La colonisation des Îles n'est-elle pas partie de ce port ?
Des navigateurs de toutes origines, des missionnaires, des voyageurs auront très bien pu apporter à Sanson de précieux éléments
qui lui auraient permis de dresser sa fameuse carte...
Comme on le sait, J-B Du Tertre, dans la version de 1667 de son Histoire des Îles, propose
pour sa carte de la Martinique, une version à peu près similaire à celle présentée ici,
sauf qu'il a procédé à une actualisation.
Dans cette nouvelle version de 1667, apparaissent sur la carte :
Fond de St Jacques
Basse Pointe
Case Capot
Case Pilote
les Pitons
Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica
L'Isle de la Martinique issue de la
collection Bourguignon d'Anville.
Isle de la Martinique
dimensions approximatives : 54 cm (haut) x 31 cm (large)
La feuille en papier épais comprend deux cartes manuscrites, au recto la carte de l'Isle
de la Martinique, au verso le Cul de Sac de Fort Royal de la Martinique.
Cartes conservées à la BNF (rue Richelieu), Département des Cartes & Plans,
sous la référence : GE D 16 513
Pour accéder à la banque d'images de la BNF, venez découvrir les authentiques cartes
au service de la reproduction des IMAGES de la BNF
I - Isle de la Martinique
La carte présentée ici, s'inscrit dans les premières cartes manuscrites de langue française.
Les experts de la B.N.F avancent les environs de 1700. Compte tenu des informations qu'elle véhicule,
on peut la rapprocher des premières cartes imprimées aux alentours de 1650
[celle de Dutertre, celle de Sanson].
Cette carte pourrait donc être précoce, d'une bonne dizaine d'années, voire plus.
Elle pourrait même avoir constitué une "source" supplémentaire pour les géographes européens.
L'orientation et l'inclinaison de cette carte générale de l'île avec celles de Dutertre et de Sanson, plaide
aussi pour une proximité de réalisation.
Sur la carte de l'Isle de la Martinique deux roses des vents sont dessinées.
La carte présente une échelle de trois lieuës qui suit le titre (en haut à droite).
La carte indique les implantations françaises essentiellement dans la partie de la côte
sous le vent (ou basse terre).
Le relief mis en évidence concerne seulement la Montagne Pelée et les pitons de l'actuel Carbet.
La montagne du Vauclin n'est pas dessinée, pas plus que les autres mornes importants de l'île.
Au sud Saint-Pierre, le Fort St Charles est mentionné, ainsi qu'à proximité la présence d'une Rivière douce.
Cette rivière pourrait correspondre à celle de l'actuelle ance Latouche, qui aurait pu effectivement servir aux navigateurs
à faire de l'eau. Le Fort Saint-Pierre n'est pas représenté. La carte reste dans l'ensemble très dépouillée.
Dans la baie du Fort Royal, Le futur îlet aux Ramiers, porte le nom d'Ilet Colombier.
C'est pour l'instant, la seule carte que je connaisse pour laquelle cette dénomination est employée.
Le Fort Royal se retranche sur la petite péninsule qui abrite aujourd'hui la Citadelle [Fort Saint-Louis].
Le dessin présentant la fortification reste sommaire. Cela laisserait penser que la carte a été réalisée au tout début
de l'implantation des colons sur le rocher. Elle serait donc contemporaine des années de primo-colonisation.
Du côté de la côte au vent, l'auteur pointe l'îlet aux Loups Marins, la Baye de Grimal,
le cap de Tourmente, le Cap Louïs ainsi que le Cap Ferré. On retrouve la toponymie
employée dans la carte de Sanson d'Abbeville, et dans celle de Visscher, dont les dates d'édition sont mieux connues.
L'auteur écrit en lieu et place de Case, le mot Casse.
Ainsi la Case Pilote devient Casse Pilote, de même Case Navire devient
Casse Navire.
Il est vrai que la prononciation des mots peut quelquefois laisser libre cours à certaines interpétations.
Actuellement, l'oralité pourrait faire effectivement entendre "Casse Pilote" plutôt que "Case Pilote".
L'accent créole est ancré...
II - Cul de Sac de Fort Royal de la Martinique : A Fort Royal
Contrairement au recto, l'orientation de cette carte positionne le nord sur l'un des côtés
de plus grande largeur. Une rose des vents à huit branches garnit la carte à gauche au milieu.
On peut supposer que le plan du Cul de Sac a été dressé, à peu près en même temps,
que la carte entière de île. Mais il se peut fort bien que quelques années soient passées
entre les dates de réalisation des deux cartes.
Une échelle de 1 200 toises est portée en bas à droite.
La carte donne plus précisément la cartographie de la baie du Fort Royal.
Sur la péninsule, la future "Citadelle" est entourée d'un simple rempart (palissades de bois semble-t-il)
où l'on peut distinguer quelques tours d'angles.
Le bourg de Fort-Royal ne semble pas encore exister en tant que tel.
La vie "intra muros" est circonscrite à l'intérieur de la presqu'île.
Cette dernière est marquée de l'indice A qui fait référence au A que l'on retrouve dans le titre.
L'aspect maritime de la carte est évident. Sans juger de la véracité de la mesure des fonds et des contours des récifs,
l'auteur a porté les sondes de façon précise (certainement en brasses). Les récifs (ou cayes) connus alors se veulent bien délimités
et fort délicatement dessinés.
Autour de la baie, sur le littoral, les noms des lieux principaux
sont mentionnés, par exemple : le Trou à l'Asne qui sera bientôt l'ance à l'âne; Larcher, ...
Au fond du Cul de Sac Royal, l'auteur a mis en évidence le réseau hydrographique des différentes rivières.
Celui-ci semble contribuer à former une sorte de delta, où îlots et canaux d'écoulement s'entremèlent les uns les autres..
L'auteur nous signale la rivière Lésard écrite avec un S [rivière du Lamentin], la Rivière des Fourneaux,
la Rivièree Salée, et la Rivière Lézard, cette fois écrite avec avec un Z.
La bibliothèque numérique Gallica présente une carte de la Martinique et un plan de la rade du Fort-Royal,
issus de la collection Bourguignon d'Anville qui semblent avoir été dressés par une seule et même personne.
Tout, dans ces deux documents, laisse entendre qu'ils ont été réalisés par le même auteur certainement à peu près à la même période.
On trouve ainsi une correspondance importante dans les principales caractéristiques graphiques comme l'écriture, la représentation des cultures,
le relief ou la stylisation du littoral, la représentation de la végétation (particulièrement des arbres..),...
Ces deux documents sont difficilement datables, ils pourraient avoir été composés entre 1680 et 1720, donc à cheval sur la fin du
XVIIe et le début du XVIIIe siècle (je pencherai moi même pour cette dernière période).
Il s'agit à mon sens de copies de manuscrits originaux voire même de reproductions manuscrites de documents déjà imprimés.
Carte ayant pour titre :Isle de la Martinique, document cartographique manuscrit de dimensions 34,5 cm x 40 cm
Cette carte présente de fortes similitudes avec le profil tracé par Dutertre/Sanson. Par contre la toponymie s'en éloigne plus que légèrement.
On trouve sur cette carte une caractéristique relativement peu commune où l'îlet Ramier est nommé Isle Colomb: pour Isle Colombier. Ce qui nous ramène
à la carte précédente. Le suffixe S qui apparaît en décalé juste après Colomb: serait la préfiguration de l'indexation que l'on rencontre dans
la carte suivante, celle du Plan de la Rade du Fort Royal où les noms de lieux sont indexés sur la carte et explicités dans le titre.
L'Islet Ramier y est indexé avec la lettre S. Il semble donc que le copiste ait effectué ces travaux l'un à la suite de l'autre avec les deux documents à recopier en main.
Le copiste a commis quelques erreurs de recopie. Par exempple, il a dupliqué la paroisse et la chapelle de nôtre Dame qu'il a placé au Carbet
(en fait il s'agit en réalité de Saint-Jacques) comme à Case-Pilote (Nôtre Dame de l'Assomption).
Un élément important est celui de l'emploi de l'accent circonflexe qui viendra peu à peu amenuiser le S
dans un certain nombre de mots de l'ancien français.
On retrouve cette caractéristique dans la carte du Père Feuillée (voir les cartes françaises du XVIIIe siècle).
La duplication de nôtre Dame est peut être également le signe d'une certaine précipitation dans la duplication.
plan ayant pour titre :Plan de la rade du Fort-Royal de la Martinique, document cartographique manuscrit de dimensions 30 x 40 cm
Ce plan manuscrit de la rade du Fort Royal reprend les sondes déjà entrevues dans l'ouvrage du Père Laval qui est plus tardif. Il pourait donc être daté plutôt du début XVIIIe, le Père Laval ayant réalisé son voyage en 1720.
Nicolas Sanson d’Abbeville, L’Isle de la Martinique , gravée par A. Peyrounin. Editée par P. Mariette à Paris, 1ère édition parue vers 1650, dimensions approximatives : 31,8 cm x 42,5 cm.
C’est certainement avec celle contenue dans l'ouvrage du père Dutertre (voir plus haut), l’une des premières cartes imprimées
de la Martinique réalisée par un géographe français. L'île est représentée environ 15 ans après les premiers
jours de la colonisation par Belain d’Esnambuc (septembre 1635). L'objet principal de la carte est le partage de l’île entre les Caraïbes et les
nouveaux venus que sont les colons français.
Le graveur Abraham Peyrounin signe de son nom le travail accompli, et pour le faire il entrelace intelligemment ses initiales
dans la première lettre de son patronyme.
Ce partage scinde la Martinique entre la "Cabesterre ou demeure des sauvages", y sont indiqués les
principaux carbets où les "sauvages tiennent leurs assemblées", et la partie française
dénommée "demeure des françois".
Les caraïbes sont appelés "sauvages". Les cartes hollandaises de la même période les qualifient de cannibales.
Les caraïbes s'appellent eux-mêmes "Kalinas". Pour les espagnols ce sont des
"Canibas", le mot qui est à l'origine de celui de cannibales.
Le terme "Canibas" semblerait venir du nom du héros légendaire
"Kalinago" avec lequel de ce peuple a entamé sa grande migration vers
les Antilles, depuis les bouches de l'Orénoque trois ou quatre siècles avant
l'arrivée des européens.
Le partage entre colons français et caraïbes est
intervenu quelques années plus tôt en 1639, un traité ou plutôt un accord est conclu entre les deux parties.
Cet accord va permettre une coexistence, presque
pacifique, durant une vingtaine d'années. Les colons pourront commencer sans trop de
craintes à exploiter la terre. Le partage de l'île s'interrompra en 1659, les
colons français devenus plus nombreux et plus forts, peuvent alors étendre leur
domination sur l'ensemble de la Martinique.
La carte dans l'ensemble est assez dépouillée. Les principaux détails portent sur les
mouillages reconnus et les lieux-dits du côté de la partie française appelée également Basse-Terre.
Cette partie a été davantage explorée par les colons qui y sont effectivement installés.
La "Montagne Pellée" est ici nommée avec deux L. Elle porte déjà son nom évocateur.
Le relief est mis en évidence presque exclusivement du côté français.
A l’emplacement de l’actuelle Case-Pilote, le nom de la paroisse 'Nostre Dame’ est indiqué.
Les rivières environnantes sont baptisées du nom des premiers gouverneurs (R. de Nambucq pour d'Esnambuc, R. Du Parquet).
L'emplacement de la maison de Monsieur du Parquet, gouverneur, est signalé à l'embouchure
de la rivière du Carbet.
Du côté de la partie concédée aux caraïbes, la toponymie des lieux (cap, etc.) présente des noms de caciques réputés :
ainsi le cap Louys, le carbet et la rivière du capitaine Pilote (ou Pilotte).
L'actuel îlet Saint-Aubin est mentionné comme s'appelant l'îlet de Caerman.
Le père Jacques Bouton note
dans son ouvrage "
Relation de l'Establissement des François depuis l'an 1635"
publié en 1640, que le capitaine caraïbe Kaïerman aurait été emprisonné par Du Parquet. Le chef Kaïerman aurait
réussi à s'échapper, mais s'étant fait piquer par un trigonocéphale, il serait arrivé parmi les siens pour y mourir.
Sur la carte de Sanson, la surface de l'étang des salines est exagérément agrandie.
Un étang d'eau douce est signalé à la hauteur du cap Ferré.
L'actuel îlet Loup-garou est appelé alors
"Isle aux loups marins".
Dans la "Description Nautique des Côtes de la Martinique" [page 154]
Monnier écrit :
La dénomination de loup
employée à la Martinique pour désigner un haut-fond s'applique à tous les bancs couverts
d'une faible quantité d'eau sur lesquels la mer se brise.
Compte tenu de leur dangerosité, les "loups" portent en général, un nom en relation étroite
avec un naufrage. Ainsi le "Loup Marseillais" est appelé ainsi à cause de la perte d'un
vaisseau en provenance de Marseille qui y a sombré. Idem pour le "Loup bordelais", où un navire de Bordeaux
serait venu s'y fracasser.
L'îlet aux Loups Marins répond à la définition donnée par Monnier. Par contre sans nier le caractère périlleux
du récif, l'îlet tient sa dénomination d'un animal que l'on pourrait assimiler aujourd'hui à un phoque.
Peut être que la présence de tels animaux à conduit les premiers navigateurs à dénommer l'îlet ainsi.
Mais on peut s'interroger sur la présence de phoques marins sous ces latitudes ...(confusion avec des lamentins ?)
Le partage de l'île entre la
"Cabesterre" (ou Capesterre) et la Basse-Terre répond des deux côtés
à des préoccupations d'ordre maritime. La Cabesterre est le côté
où les vents alizés soufflent, la mer y est agitée, de nombreux récifs (cayes)
sont présents. Cette partie du territoire est moins propice aux accostages des
lourds vaisseaux européens, tandis que les pirogues des caraïbes n'y éprouvent
aucune difficulté. Au contraire la Basse-Terre (côte sous le vent) détient les
principaux mouillages en eau profonde de l'île. Les bâtiments ne sont pas
susceptibles de s'échouer ou d'être malmenés par des flots impétueux et peuvent
donc mouiller en toute sécurité.
La carte présente une jolie rose des vents (en haut à droite)
ainsi qu'un cartouche où figure la légende.
L'échelle est placée en bas à gauche. La carte de Sanson/Dutertre est, d'une certaine façon,
la matrice des cartes qui vont être produites jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, voire même jusqu'à sa fin.
En effet la séparation "Cabesterre / Basse-Terre" va être reprise par
de très nombreux cartographes dans la représentation de la Martinique.
L'orientation (axe sud-est / nord-ouest) de la
Martinique présente un certain écart par rapport à la réalité (environ une
vingtaine de degrés). Cette inclinaison s'atténuera progressivement
dans les diverses représentations pour atteindre
dans le milieu du XIXe siècle l'orientation que nous connaissons.
Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica
L'Isle de la Martinique issue de la
collection Bourguignon d'Anville
François Blondel, L'Isle de la Martinique
Pour accéder à la banque d'images de la BNF, venez découvrir les authentiques cartes au service de la reprographie des IMAGES de la BNF
Carte manuscrite conservée à la BNF (58, rue de Richelieu),
département des Cartes et plans - référence portefeuille 156 - D2 - pièce 5.
Carte entoilée de dimensions approximatives de 137cm x 71 cm, noir et blanc,
échelle en lieues (sans autre indication). Carte pouvant avoir été réalisée
selon toute vraisemblance entre 1667 et 1675 par François Blondel. Aucune sonde
(ou mesure des profondeurs) n'y est indiquée. Les noms et emplacements des
premiers colons sont par contre portés.
Comme les auteurs de cette époque, Blondel utilise la perspective cavalière qui était alors
en usage courant, ce qui donne à la carte un charme suranné.
Dans le cartouche baroque, placé à droite, se trouve le nom du cartographe : F Blondel. Pour François Blondel.
François Blondel est l'architecte-urbaniste qui a posé les fondements de la
cité du Fort-Royal. Cette dernière trouve certainement son nom dans la structure même de la fortification
concue par Blondel en 1667. François de Dainville rapplle dans "Le language des Géographes" [page 231],
qu'un fort est un château ou une petite place fortifiée.
Qu'on l'appelle fort royal lorsqu'il a 120 toises pour ligne de défense. Ce qui est le cas.
Blondel a conçu la fortification, elle a été ensuite construite sous la direction successive des
ingénieurs Payen (Germain, Marc, ...) et Jean-Baptiste de Giou de Caylus.
Il ne faut pas confondre François Blondel né à Ribemont en 1618 et mort à Paris en 1686 qui fut scientifique, architecte militaire et civil mais également géographe et diplomate, ce François Blondel qui a séjourné aux Antilles en mission d'inspection des fortifications entre 1666-1667, et qui en a tiré une carte montrant l'occupation territoriale, avec un autre François Blondel qui fut intendant des "Îles du Vent" : Charles François Blondel de Jouvencourt qui résida à la Martinique entre 1723 et 1728.
Cette carte annonce celle de Nicolas de Fer. Ce dernier reprendra dans sa présentation de la Martinique l'allure générale de la carte réalisée par Blondel. Les habitations des principaux propriétaires de l'île sont indiquées et le nom du colon y est généralement porté. Outre les habitations, la carte présente les principaux édifices : les chapelles et les forts. Ainsi le Fort Royal, en tant que construction défensive, est déjà mentionné sans aucun bourg alentour.
On constate qu'en cette période de primo-colonisation, les implantations sont établies essentiellement sur le littoral et principalement en côte sous le vent. La présence de caraïbes dans cette zone est encore avérée puisqu'un certain nombre de carbets sont signalés, ça et là, parmi les habitations coloniales. Les îlets du Prêcheur sont appelés îlets Ceyron (il existe d'ailleurs sur la carte de Blondel, l'habitation de M Ceyron au nord de l'actuel Prêcheur. Au sommet de la "Montagne Pelée" est un lac est clairement établi.
Côté Cabesterre (ou côte au vent) plus récemment investi par les colons, on trouve des implantations coloniales principalement vers Sainte-Marie et Trinité. Sont nommées par exemple du côté de Sainte-Marie, les habitations des Jacobins ou encore celle de M Clodoré (Gouverneur de la Martinique de février 1665 à 1667, Robert Le Fichot des Friches, sieur de Clodoré).
La baie de Trinité porte déjà son nom. Il a remplacé la "baie de Grimal" comme indiquée sur la carte de Sanson. Sur la carte de Blondel on y découvre un cap nommé "C Grimal" (certainement pour Cap Grimal) situé sur la côte nord de la presqu'île de la caravelle et pouvant correspondre aujourd’hui à la «Pointe Spoutourne» (ou Spoultourne).
Quelques petits îlets de cette baie, situés parallèlement à la côte de la presqu'île de la Caravelle sont nommés. Les noms attribués à ces îlets correspondent à des embarcations utilisées : l'un se nomme "la caravelle", il est bien éloigné de son actuelle position, et un autre "la tartane".
Dans la zone du Robert et du François (Cul de sac du Robert et Cul de sac du François) sont mises en en évidence les dernières occupations caraïbe. Ces zones ne comportent pas encore ou très peu d'habitations coloniales.
François Blondel, Rade du Fort St Pierre de la Martinique
Carte manuscrite et entoilée, conservée à la BNF (58, rue de Richelieu), au département des Cartes et plans
- référence SH 18 portefeuille 156 - Div 6 - pièce 1 D.
Le plan a des dimensions approximatives de 58 cm (largeur) sur 37 cm (hauteur) avec de faibles marges.
Dans la rade aucune sonde n'est présente pour donner la profondeur des fonds.
La carte est attribuée à Blondel et serait datée des environs de 1667.
L'orientation générale place le Nord-Est en haut de la feuille. Au dessous du titre, la rose des vents positionnée dans
la rade de Saint-Pierre est explicite.
Comme pour la carte de l'Isle de la Martinique [voir plus haut] Blondel utilise la perspective cavalière.
Au pied de l'actuel morne Abel, sur la rive gauche de la Roxelane, Blondel positionne
la maison du Gouverneur. A l'extrème droite le plan se termine par la présence de deux fortifications en maçonnerie, semble-t-il.
Elles pourraient correspondre aux batteries Saint-Charles et de Sainte-Marthe, elles ne sont pas précisément identifiées
sur le plan de l'ingénieur-architecte.
Blondel a particulièrement soigné le bourg de Saint-pierre. Le fort y constitue un élément essentiel, sa perspective
rend fort joliment. On distingue nettement les deux tours rondes donnant sur le bourg et les batteries principales
avec leur créneaux portant sur la rade.
A cette époque Saint-Pierre semble développé essentiellement sur la rive droite, avec le bourg, sa place d'armes,
ses édifices religieux,
le quartier Galère [non nommé explicitement par Blondel] tend à s'étendre.
Autour du bourg proprement dit, Blondel positionne l'habitation MACART, qui possède plusieurs bâtiments.
Plus loin celle de LE VASSEUR forme presque un quartier entre l'actuelle allée Pécoul et la rivière du Fort [Roxelane].
L'implantation des Jésuites est bien précisée, ainsi que plus haut dans les terres, l'habitation
de LA MONTAGNE ... DU PARQUET avec un imposant édifice, qui correspond aujourd'hui à l'habitation Depaz.
En dehors du bourg, quelques maisons sont placées ça et là, indiquant des habitations
dans la campagne environnante, sans chemin spécifique pour s'y rendre.
François Blondel, Cul de Sac Royal de la Martinique, 1667
Les Archives Nationales de l'Outre-Mer [ANOM] disposent d'un plan daté de 1667 qui montre le Cul de Sac Royal et dessin d'un projet
de la citadelle du futur Fort-Royal. Même si les A.N.O.M ne donnent aucun auteur précis à ce plan, il est fort probable que ce document soit
l'oeuvre de F Blondel. La date de réalisation est un élément parmi d'autres, qui milite dans ce sens, car l'on sait pertinament
que l'ingénieux Blondel était en mission d'inspection cette année là aux Antilles et plus particulièrement à la Martinique.
Charles Plumier (1646, 1704 ou 1706),
Le père Plumier présente dans son recueil sur les plantes de la Martinique et de la Guadeloupe,
des planches (in folio) d'une beauté tout à fait remarquable.
Le dessin et les coloris préfigurent, quelque peu, l'oeuvre du fameux naturaliste du XIXe siècle que
sera Jean-Jacques Audubon (John-James pour les intimes).
Charles Plumier réalise ces superbes planches durant et après sa première expédition
dans les îles (1688/1689 à 1690/1691). Cette première expédition l'a fait connaître et reconnaître,
elle lui a permis de devenir botaniste atitré et pensionné du roi.
Le père Plumier engrangera une formidable collection de plantes antillaises
durant cette première expédition où il accompagnait le médecin et chimiste Surian.
Surian, que le père Labat écorne dans "Nouveau Voyages aux Îles" [tome IV], en le traitant notamment
d'avare se nourrissant exclusivement de farine de manioc et d'anolis (petit lézard commun aux Antilles).
Pour sa part Plumier ne se contentera pas de croquer des "natures mortes".
Il dessinera également des caraïbes, des esclaves, des mulatres... ainsi que des scènes de la vie quotidienne dans les îles.
Il entre pleinement dans ce site consacré aux cartes de la Martinique, puisqu'il a aussi dressé
quelques plans et cartes.
Le père Plumier revint quelques années plus tard en Martinique [soit en 1695-1696 soit en 1696-1697].
Les historiens ne sont pas unanimes sur la date de cette expédition. Durant cette dernière expédition il était chargé
de découvrir de nouvelles espèces de fougères. Le "jacobin" Labat offrit alors au "père minime" le gîte
et le couvert dans sa plantation de la cabesterre. Il nous le conte précisément, avec moultes détails,
ainsi qu'à son habitude.
A côté de dessins naturalistes et botanistes présentant la flore et la faune des îles,
le père Plumier décrit aussi les territoires et propose au lecteur des plans des principales
implantations coloniales.
Le Fort-Royal est présenté, sans oublier la ville et le mouillage de Saint-Pierre.
Plus rare à cette époque, il dresse également un plan des quartiers de la cabesterre que les
colons occupent désormais depuis le retrait forcé des caraïbes.
L'ensemble de ces documents est disponible à la Bibliothèque Nationale de France, rue de Richelieu à Paris.
Aux Estampes, sous la cote : JD 18 FL.
Plan du Fort Roïal de l'Isle de la Martinique
Le plan ne présente aucune sonde des profondeurs marines même si les haut fonds du carénage et ceux entourant la
presqu'île sont indiqués. La ville de Fort Royal n'apparaît que de façon très secondaire.
L'objet principal de la carte étant de présenter l'état de la construction du fort.
Le fort était en chantier à l'époque où le père Plumier a visité la Martinique. Certains éléments étaient déjà construits,
d'autres sont venus plus tard. Dans le fort, Plumier a représenté une succession de bâtiments "précaires" qui peuvent être liés
à l'implantation des cabanes des ouvriers ou des militaires réglés. Le relief de la péninsule est bien détaillé.
Les murs d'enceinte et les défenses sont construits du côté donnant sur le carénage. Les créneaux sont nettement discernables.
Le bastion royal, et à l'entrée du fort, la demi-lune sont déjà bien avancés.
Je vous propose également de contempler l'exemplaire disponible sous Gallica, la bibliothèque numérique de
la B.N.F qui présente une version légèrement différente de la précédente (dimensions d'une feuille : 42 cm x 61 cm) :
Plan du Fort Roïal de l'Isle de la Martinique
Plan du mouillage du Port St. Pierre de la Martinique / fait l'année 1689.
Le père Plumier nous présente dans cette carte relevé d'un magnifique cartouche titral le plan de la ville de Saint-Pierre
de la Martinique.Une double rose des vents [2 fois huit branches] orne la rade.
Dans une table récapitulative qu'il nomme INDICE pour connaistre les lieux les plus remarquables
il situe les principales implantations des établissements coloniaux. Cet indice prend sa place dans un parchemin déroulé
en haut à gauche de la carte.
On y trouve :
A les pères Jésuites
B les pères Blancs
C chapelle des pères
D le fort Saint-Pierre
E la place d'armes
F maison de l'intendant
G les religieuses
H le Fort St Charles
Sur le plan, Plumier donne encore d'autres lieux remarquables : on trouve par exemple la Maison de M le Gouverneur
à côté de l'indice B qui indique le lieu où les Pères Blancs sont installés.
Le mouillage de Saint-Pierre ne présente aucune sonde. Ce n'est donc pas une carte utile aux marins, même si le père Plumier
a dessiné plusieurs types de bateaux navigant dans la rade. L'orientation place le Nord-Est sur le côté haut de la carte.
Le père Plumier a particulièrement soigné le cartouche dans lequel le titre de la carte est placé.
Un faisceau d'étendards et de drapeaux agrémente le tout. Le cartouche est surmonté d'un blason supporté par deux lions.
A gauche Plumier a joliment esquissé un gentilhomme portant l'épée, coiffé d'un tricorne, tenant une canne sur laquelle il s'appuit.
A droite nègre esclave tenant une faucille rappelle
la dure réalité de la traite transatlantique qui alimente les rouages d'une société qui sera bientôt entièrement
tournée vers l'esclavage.
Saint-Pierre présente de nombreuses constructions sur la rive droite de la roxelane. La rivière elle même ne porte pas de nom précis.
Les rues sont bordées d'alignements d'arbres fort bien rendus. Sur la rive gauche, on rencontre moins de constructions,
mais Plumier met en valeur la Maison du Gouverneur ainsi que de l'emplacement des Pères Blancs. Pour franchir la rivière
le pont-de-pierre [qui existe encore] est construit.
Un Fort St Charles est indiqué par l'indice H. Le fort Fort St Charles ne semble n'avoir été en fait,
qu'un fortin sommaire, qui se mutera rapidement en batterie de défense côtière.
Je vous propose également de contempler l'exemplaire disponible sous Gallica, la bibliothèque numérique de
la B.N.F qui présente une version différente de la précédente (dimensions d'une feuille : 45 cm x 56 cm). La différence
principale est relative au cartouche de titre. Dans la première version le cartouche est fortement
embelli, alors que dans celle-ci, il reste relativement modeste.
Plan du Mouillage du Fort St Pierre de la Martinique
Plan de huict des / principaux quartiers de / la Capbesterre de L'Isle / Martinique / 1688:
Un fait étrange date cette carte de 1688, alors que l'on suppose que le premier séjour du père Plumier à la Martinique
s'est étalé de 1689 à 1691. Le manuscrit Plantes de la Guadeloupe et de la Martinique lui-même est daté de 1688.
Peut-être faudrait-il considérer que le premier voyage du père Plumier s'est étalé de 1688 à 1690-1,
plutôt que de 1689 à 1691 ?
Quoîqu'il en soit cette carte est très intéressante. La direction du nord se tourne vers le bas de la carte.
La rose des vents à 8 branches l'indique clairement.Les principales rivières délimitant les quartiers sont dessinées
et nommées.
Du bas vers le haut, On note successivement :
la rivière du Lorrain qui jouxte et s'entrelace avec une rivière dite Massé. La rivière du Charpentier,
celle du fond Saint-Jacques, la rivière de Sainte-Marie et celle du Gallion.
Il matérialise certains quartiers a l'aide de lignes brisées quand aucune rivière n'y sert de délimitation.
Les 8 quartiers de la capbesterre sont tous nommés :
1 - le quartier du Gallion
2 - le nouveau quartier de la rivière du Gallion
3 - le quartier de la Rivière Salée
4 - le quartier du Cul de Saq de la Trinité
5 - le quartier des Saintes Marie
6 - le quartier du fond Saint-Jacques
7 - le quartier du Pain de Sucre
8 - le quartier du Marigot
Le père Plumier orthographie le mot "sac" en "saq", par exemple le Cul de Saq du Gallion.
Deux lieux de la presqu'île de la Caravelle sont nommés : Tartane, et le Beau Séjour.
L'échelle empruntée par le père Plumier s'adapte aux coutumes locales, le pas d'arpentage en Martinique valait alors
3 pieds et demi. Plumier écrit pour l'échelle placée en bas et au centre : Echelle de 5000 pas de trois pieds et demy par pas qui valent ....
Visscher Nicolas II Insula Matanino vulgo Martanico in lucem edita per Nicolaum Visscher cum privilegio Ordin: general: Belgii Foederati. à Amsterdam chez Visscher, dimensions approximatives : 45,5 cm x 55,5 cm.
La carte de Nicolas Visscher a connu de multiples éditions qui s'étalent sur près de 40 années, de 1683 jusqu'à environ 1720.
La carte est très fortement inspirée de celle de
Sanson d’Abbeville et montre le partage physique et ethnique de la Martinique
entre français et "sauvages" (le peuple caraïbe) intervenu en 1639
après de rudes échanges belliqueux dus au début de la colonisation française.
Sous l'administration du gouverneur du Parquet, les relations seront quand même qualifiées d'amicales, les uns et les autres s'entraidant volontiers. Ce partage cessera en 1659 par l’expulsion des Caraïbes qui se replient sur la Dominique et Saint-Vincent.
Nicolas Visscher a repris dans sa presque intégralité, les détails fournis par la carte de Sanson/Dutertre. Il a cependant apporté quelques modifications au contour général de l'île. Les sources disponibles en 1683 semblent relater une certaine richesse de la colonie, cette richesse trouve son aboutissement dans un profil qui apparaît avec un peu plus d'embonpoint. L'étang des salines est moins étendu que sur la carte de Sanson. Les Français occupent la Basse-Terre qui va approximativement de l’actuelle Basse-Pointe à Sainte-Luce.
La maison de Monsieur du Parquet "autrefois gouverneur" est indiquée. Dans la carte de Sanson, elle y était également signalée. Les magasins et les lieux où les "Poids du Roy" sont disponibles sont également positionnés. Les poids du roy garantissent aux colons des mesures officielles et garanties dans les échanges commerciaux (poids de sucre, de tabac appelé encore pétun, d’indigo, etc). La plupart des transactions commerciales de l'époque sont quantifiées en poids de pétun ou de sucre. L'"Isle aux Loups Marins" nommé dans la carte de Sanson porte maintenant son nom : "Isle des Loups-Garoux".
Quelques habitations sont indiquées : habitation du monsieur Daragon, du sieur de Merville, et celle du sieur d'Oragne au fonds mouillage à Saint-Pierre. Actuellement existe le morne dit d'Orange à proximité du mouillage de Saint-Pierre, le graveur a certainement commis une inversion de lettre.
Les sauvages occupent la Cabesterre, les principaux lieux de regroupement (carbets, cases, etc) sont référencés comme dans la carte précédente de Sanson. Pour la Cabesterre sont indiqués la "Case de Caerman" ainsi que l’îlet de Caerman et la "Baye de Grimal" au Nord Est de l’île (l’îlet de Caerman correspond à l’actuel îlet Saint-Aubin, la Baye de Grimal à la baie de la Trinité), "le carbet du capitaine Pilote" (à Rivière Pilote). Les différentes cayes appelées "basses" sont très joliment dressées.
La toponymie de la colonisation a conservé les noms des principaux chefs caraïbes, "capitaines" ou "pilotes" en référence aux capitaines des navires européens. Dans le manuscrit de l'Anonyme de Carpentras qui relate le séjour d'un naufragé français à la Martinique quelques années avant le début de la colonisation française, sont mentionnés les noms de ces mêmes chefs caraïbes dénommés "capitaine Salomon" l’un des principaux de l’île", le capitaine Pilotte ou Pilote, le capitaine Louis ou Louys. La Rose (pointe La Rose) est également le nom d'un lieu occupé par un chef Caraïbe.
Les détails de la légende montrent les productions principales de l’île de la Martinique. Le cartouche est entouré d’un faisceau de cannes à sucre et présente également deux pains de sucre coniques, des fruits tropicaux et des denrées tropicales (ballot de tabac ou d'indigo). La vocation sucrière de l'île qui prendra vraiment son essor au XVIIIe siècle est d'ores et déjà soulignée. Par contre la présence d’une dépouille de bison ou de buffle, semble relater une vision européenne du nouveau monde qui correspond davantage aux vastes plaines de l'Amérique du nord.
En cette fin du XVIIe siècle, cette somptueuse carte réalisée par Johannes Van Keulen intègre un carton
qui met en évidence le centre politique de la Martinique qu'est devenu le Fort-Royal au détriment de Saint-Pierre.
Le Fort-Royal, sous la volonté de Charles de Courbon, comte de Blénac, s'est progressivement transformé en siège de
la lieutenance générale des îles du vent comme d'ailleurs en gouvernorat particulier de l'île.
Van Keulen présente dans son document une coupe transversale de la Martinique
mettant en évidence une vue de la côte qui donne le relief chahuté de l'île. La vue des côtes est située sous le cartouche
du titre et sous les échelles.
La présence de cette vue, celle des trois roses des vents, des hauts fonds (basses), des endroits propices au mouillage,
ainsi que des nombreux rhumbs, mettent en évidence la vocation maritime de cette carte. Deux échelles maritimes viennent
renforcer cette impression : les lieues germaniques de 15 au degré et les lieues de France de 20 au degré (ou lieue marine).
Mais, malgré ces divers éléments, la carte ne restitue aucune mesure des profondeurs marines.
Ce qui reste un facheux handicap pour une carte marine.
La vue présentée donne un aperçu de la côte que l'on peut avoir depuis un point nommé ZW par Van Keulen.
Le géographe flamand situe ce point à une distance de 3 lieues marines des côtes de la Martinique.
L'emplacement de ce fameux point ZW dans la carte reste cependant confus. Le géographe français Le Rouge
qui reprendra les travaux de Van Keulen, tout en les confrontant à ceux de Delisle,
positionne ce point d'observation au Nord Ouest de la Martinique [voir carte de Le Rouge de 1753].
La légende située dans le cartouche du titre place la Martinique à 14 degrés et demi de latitude nord et à 317 degrés de longitude Est
implicitement par rapport à l'île de Fer. Aucun repère de positionnement n'est donné dans la carte elle-même,
les graduations en latitude et longitude restent absentes du cadre.
Les sources travaillées par J. Van Keulen semblent multiples mais à dominante française.
La plupart des noms gravés sont écrits en français suivi parfois d'une traduction en flamand.
La Martinique y est présentée selon un découpage paroissial entre Jésuites, Capucins et Dominicains ou (Jacobins).
JVK n'emploie aucune légende pour donner clairement la signification des symboles employés. Ni dans la carte principale, ni dans le carton
présentant le Fort-Royal.
Tout laisse cependant croire que la fleur de lys correspond aux paroisses dévolues aux jésuites.
La croix de Saint-André aux paroisses occupées par les capucins, et l'étoile aux paroisses désservies par les
jacobins (dominicains).
Cela correspondrait tout à fait au partage présenté par le révérend père Labat, quelques années plus tard, dans sa carte qui accompagne
son fameux ouvrage publié en 1722 [Nouveau Voyage aux Isles].
Cette même symbolique est d'ailleurs présente dans la carte de Reiner et Joshua Ottens
[carton présentant la Martinique] qui date à peu près de la même époque (1720-1730).
On peut légitimement se poser la question de la présence de ces symboles explicités clairement dans la carte d'Ottens
tandis qu'ils restent obscurs dans la carte de JVK.
Pour représenter les paroisses, Johannes Van Keulen prolonge jusqu'au centre de l'île les limites connues
et les fait coïncider à la frontière devenue caduque qui existait entre la Cabesterre et la Basse-Terre.
Cette frontière partageait autrefois l'île en deux zones : celle des caraïbes et celle des français.
L'habitat est représenté par plusieurs poinçons, l'un d'entre-eux pourrait décrire un habitat précaire, un autre un habitat en dur.
Chapelles, églises et autres lieux de culte possédent des graphismes diversifiés. Les bourgs semblent représentés selon leur importance
par un poinçon particulier. Le symbolisme des fortifications distingue deux catégories : les forts et les batteries.
La carte de JVK comporte de nombreuses inexactitudes. D'abord la transcription générale des noms laisse apparaître
énormément d'erreurs d'interprétation de la part du cartographe flamand ou de son graveur de lettres, ce qui laisse penser
qu'il a eu recourt à des documents manuscrits, moins facilement lisibles que les documents imprimés,
ou bien qu'il a agi dans la précipitation, ...
Ainsi par exemple, le Morne Calebasse est transformé en Corne de la Calebasse.
A proximité du Fond Capot une pointe s'avançant dans la mer est nommée Fond Capet
(certainement pas en l'honneur du souverain régnant !!!).
Aux Trois-Rivières, la demeure des P.P. Jésuites s'est transformée en de Meure de PP..
La liste des coquilles et des erreurs serait trop longue à donner. Pareillement les inexactitudes géographiques sont patentes,
les Trois-Îlets sont positionnés à l'Ouest de la pointe du Bout.
En dehors des sources françaises, Johannes Van Keulen semble également avoir exploité d'autres données.
On constate la présence de nombreux termes latins pour indiquer le nom des localités ou bourgs (vicus), des paroisses (arx),
des ances et des baies (sinus). La plupart des termes latins employés se retrouvent avec largement plus de cohérence dans la carte d'Ottens.
Mais celle ci est réputée postérieure à celle de JVK. Tout comme celle du Père Labat.
Le carton représentant le Fort-Royal a été également "repris" dans le Nouveau Voyage aux Isles de Labat.
Le bon père ne s'y contente pas de présenter le plan de la ville et du fort. Il fournit une légende très détaillée des ouvrages et des projets de construction,
ce qui manque au carton de JVK. On pourrait croire que c'est JVK qui s'est inspiré des travaux de Labat ...et non l'inverse (?).
Un certains nombre d'indices montrent que Van Keulen serait également allé puiser des informations dans les cartes anglaises
de la fin du XVIIe. Ainsi la baie du Fort Saint-Pierre est nommée Gouverneur's Bay.
De la même façon, on découvre également au nord de la presqu'île de la Caravelle un hypothétique îlot nommé Isle Arbre
ou en flamand Boomen Eyland qui transparaissait déjà dans certaines cartes anglaises (Tree Island).