La Martinique à la carte : notions sur le méridien d'origine

La notion de méridien:

Eratosthènes d'Alexandrie, philosophe, mathématicien, astronome a estimé, au troisième siècle avant JC, la circonférence de la terre. A l'aide de la distance approchée entre les villes d'Alexandrie en Haute Egypte et Sienne (actuelle Assouan) en Basse-Egypte.

Le jour du solstice d'été lorque le soleil est à son zénith, les ombres sont invisibles à Sienne (le soleil éclaire le fond des puits - les rayons du soleil frappent la terre verticalement). Tandis qu'à Alexandrie les ombres sont visibles. En mesurant la longueur que les ombres font avec les corps on en déduit la mesures des angles (a). Connaissant la distance entre Alexandrie et Sienne (d), l'estimation de la circonférence de la terre relève d'une simple règle de trois (d*360°/a) et d'une certaine maîtrise de la géométrie du cercle.

Pour Eratosthènes, comme pour les grecs anciens, il est indéniable que la terre est sphérique. Il adopte donc à sa vision de la terre, le concept de méridien. Alexandrie et Sienne sont approximativement sitées sur le même méridien. Erathostène découpe la sphère connue en 36 méridiens qui passent par les principales villes de cette époque. La distance entre les méridiens n'est pas constante.

Les successeurs d'Eratosthènes, malgré de multiples controverses, conserveront le concept de méridiens et leur nombre.
Ptolémé (87, 150) divise également la terre, ou le monde habitable, en 36 méridiens qui convergent vers le pôle nord. Ptolémé fait passer le méridien "zéro" ou de référence par l'archipel des îles Canaries, alors limite extrême ouest du monde connu.

Les travaux cartographiques de Ptolémé et son découpage terrestre resteront en vigueur jusqu'au XVe siècle. Les cosmographes, géographes et cartographes ne remettront pas en cause, durant cette longue période, le nombre des méridiens et l'emplacement du méridien "zéro".

Au XVIe siècle, Les découvertes d'îles plus à l'ouest que les Canaries, notamment les Açores, les îles du Cap Vert, vont amener les géographes à revoir l'emplacement du fameux méridien d'origine. Les découvertes d'îles se succèdant, chaque nation est finalement amenée à procéder au choix crucial du fameux méridien originel dans la panoplie de ceux proposés par les géographes.
On peut citer à l'instar de François de Dainville dans le "Le Langage des Géographes" les différents méridiens "zéro" utilisés : les Portugais ne jurent que par celui passant par l'île de Terceire aux Açores, les Espagnols par celui de Tolède, les Hollandais par celui de Ténérife. Le méridien de l'Île de Fer dans les Canaries sera parmi d'autres l'un des méridiens "zéro".

Devant cette cacophonie générale, Louis XIII décide en 1634 la tenue d'une assemblée réunissant les plus célèbres mathématiciens et astronomes d'Europe. L'objectif avoué est la détermination du méridien originel. Après délibération, l'assemblée décida de fixer le méridien zéro à la pointe la plus occidentale de l'île de fer dans les Canaries : un presque retour à la définition ptolémaïque.
Le roi de France imposa alors à tous les hydrographes, pilotes, graveurs, "compositeurs" de cartes et de globes géographiques de prendre le méridien de l'île de fer comme méridien d'origine. Cette recommandation royale s'imposait de prime abord aux français, mais compte tenu de l'influence des géographes français, la méridienne de l'île de fer allait s'imposer temporairement en Europe comme le méridien d'origine. Cette décision insuffla une harmonie de courte durée dans les oeuvres cartographiques européennes.
La particularité de la longitude du méridien de l'Île de Fer est qu'elle est une longitude Est. Sur la carte du monde connu, c'était le méridien le plus occidental, les longitudes étaient mesurées positivement à partir de cette origine. La détermination exacte du méridien de l'île de Fer par rapport au méridien de Paris n'a pas été constante. Au départ la communauté scientifique s'est accordée pour une différence d'environ 21° entre les deux méridiens. Cette différence a prévalu duant près d'un siècle, puis le géographe Guillaume Delisle l'a fixée [1720] à 20°, détermination qui s'est révélé être une meilleure que la précédente.
Un bémol cependant, souligné par certains géographes : ils regrettèrent que le décompte des méridiens soit fait d'Occident en Orient, et non l'inverse comme la logique l'aurait voulue. Il aurait fallu aligner la mesure des longitudes en fonction de la course du soleil (d'Orient en Occident). Ce qui aurait permis un plus facile calcul du temps local.
Le fait d'avoir une progression anti-horaire positionne la Martinique à 317° de longitude Est. Rapporté en longitude Ouest, cela donne 43° par rapport à l'Isle de Fer, Paris étant à 20° plus à l'Est, la Martinique se positionne à 63° Ouest par rapport au méridien de Paris. Les géographes français ont continué à référencer leurs cartes relativement à l'Isle de Fer (ou Isla de Hierro pour les espagnols) jusqu'au début du XIXe siècle. Mais parallèlement ils avaient introduit le méridien de Paris dans leurs productions cartographiques. Les cartographes des autres nations ont également référencé leurs cartes par l'adoption de méridiens nationaux ou identitaires (méridien de Londres, de Rome, etc.). Dès le XVIIe siècle (1676) le cartographe John Seller indiquait dans sa production, le méridien de Londres. Finalement ce sera le méridien passant par l'observatoire astronomique de Greenwich qui sera adopté comme le méridien international d'origine. Greenwich est placé à 2° 20' 14" à l'ouest du méridien de Paris.