La Martinique à la Carte : fabrication des cartes anciennes

I - Procédés de fabrication des cartes anciennes.


La gravure sur bois (woodcut)

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Le procédé le plus ancien est la "gravure en relief" sur plaques de bois. Ces plaques sont destinées a être encrées sur la partie en relief et pressées ensuite sur une feuille de papier chiffon [type papier couramment fabriqué avant le XVIIIe siècle].
Le dessin était réalisé sur une surface de bois assez tendre comme par exemple le sycomore (nom souvent donné à l'érable ou faux platane) ou encore du hêtre. Le dessin était obtenu en coupant le bois à l’aide d’outils ordinaires comme les couteaux à bois ou bien encore les gouges (qui permettent de faire des cannelures). L’encrage avait pratiquement lieu à chaque impression de document.
Dans les les cartes anciennes, les lettres (textes et légendes) étaient taillées séparément, le plus souvent dans du métal et rajoutées ensuite sur la plaque de bois sur laquelle la carte proprement dite était gravée. Les lettres étaient insérées dans des encoches préparées à cet effet. Durant les années 1450-1550 (années des incunables) cette méthode d’impression a été prédominante pour l’impresion des cartes géographiques.
Ce procédé procédé rustique ne permettait pas d’imprimer les cartes autrement qu’en noir et blanc. Les plus talentueux parvenaient cependant à donner du caractère aux gravures en jouant avec les dégradés, les effets d’ombre etc.
Une plaque de bois de qualité pouvait en général, être utilisée durant de nombreuses années. Mais son usage intensif finissait par user le relief et de nombreux détails commençaient ainsi à devenir grossiers. La clarté des impressions permet souvent de pouvoir donner une date d’impression ou de positionner chronologiquement les diverses impressions entre-elles.
Certaines fois, les plaques de bois étaient "rajeunies" par un nouveau gravage. Des modifications pouvaient être aussi apportées. Ces modifications, leurs caractéristiques et leurs dates sont connues des spécialistes. Elles permettent de dater les oeuvres.



La gravure sur cuivre.

C'est vers le second quart du XVIIe que parurent les premières cartes géographiques gravées sur étain ou sur cuivre. Le principe général pour la gravure était de ne se servir que du burin, ce qui rendait l'ouvrage sec et aride. Les eaux des mers et les lacs étaient allongés, les côtes étaient relevées par des hachures très dures, quelques coups de burin suffisaient pour graver une montagne ou un relief.
A la fin du XVIIe siècle, les techniques se perfectionnèrent et la gravure de la géographie bénéficiat de ces progrès.
L'usage de l'eau forte devint alors plus général et la gravure géographique perdit une partie de sa sécheresse, pour se prêter aux détails requis par la topographie. Les cartes topographiques, les plans de bataille finement reproduits, commencèrent alors à paraître.
Le trait de la géographie, comme celui de la topologie, s'est ensuite fait plus systématiquement à l'eau forte, ce qui n'a pas exclu, bien entendu, l'usage du burin.
L'eau forte a permis plus de liberté, plus de mouvement et de moelleux. Le burin offrait plus de brillant, de netteté, de solidité et de profondeur.
Ordinairement, l'eau forte a servi à graver les sinosités des côtes et des rivières, l'indication des marais, l'ébauche des masses de rochers, et tout ce qui doit être tracé avec facilité et souplesse.
Le burin était préférable pour les routes, les canaux, les ouvrages indiqués par des traits paralèlles et rectilignes. Par exemple : les massifs de maison, les ouvrages de fortification, ...qui doivent avoir de la précision et du brillant.
On peut également couper à la pointe sèche les longues lignes droites, et tout ce qui peut être tracé à l'aide d'une règle.

Lorsque le trait d'une carte ou d'un plan était terminé, on mettait la planche entre les mains du graveur de lettres.
Cet artiste était obligé de tirer un grand nombre de lignes pour disposer ses mots, et quoîque ces lignes soient légères, elles pouvaient attaquer et détériorer les détails topographiques. Outre cela, la lettre était généralement faite au burin. Celle-ci, une fois gravée, avait besoin d'être fortement ébarbée. Cette opération pouvait endommager les travaux déjà gravés.

Lorsque la lettre était terminée, on vernissait de nouveau la planche, et l'on traitait tous les détails de la carte ou du plan.

Les terres labourées se représentaient alors par de petites lignes de points longs, figurant les sillons, les bois par des feuillus variés, suivant l'échelle du plan et la nature des arbres. Le travail le plus compliqué, le plus difficile, celui le plus sujet à variations, était la gravure des montagnes qui se faisait en grande partie à l'eau forte, et se terminait à la pointe sèche.

La gravure sur cuivre consiste à utiliser une plaque de cuivre sur laquelle le dessin final est dessiné à l'envers (de l'original - on emploie aussi le terme "en miroir" - par le tracé de fins sillons. Cette plaque est ensuite encrée et pressée sur un papier préalablement humidifié. La presse peut être traditionnelle ou rotative.
Le procédé de gravure peut varier. Les sillons peuvent être réalisés soit mécaniquement "au burin" soit chimiquement à l'acide appelé encore "eau forte".

Au Burin (copper plate) :

Le graveur grave un sillon dans la plaque de métal à l’aide d’un burin à lame quadrangulaire dont la pointe est taillée en biseau. La plaque gravée est ensuite encrée, puis essuyée afin de ne laisser l’encre que dans les tailles (les creux). Puis les épreuves sont imprimées en posant une feuille de papier humide sur la plaque positionnée sur une presse. La pression entraîne le report de l’encre sur le papier. Un nouvel encrage est en général nécessaire pour chaque épreuve.

À l'Eau-forte (copper etching) :

Cette technique consiste à graver à l'aide d'une pointe un vernis déposé sur la plaque de cuivre. Le trait est ensuite "mordu" à l'acide nitrique, en plusieurs fois : près de 2 minutes pour les gris et 10 à 12 minutes pour les noirs profonds. L'encre doit donner un noir parfait au tirage.
Les trous sont ensuite rebouchés avec un outil pointu, pour rechercher le dessin. Après dépôt de l'encre sur la plaque, le papier que l'on à préalablement humidifié, est passé sous presse.
L'Aquatinte est une variante de ce procédé : de la résine est pulvérisée sur la plaque de cuivre. Celle-ci est chauffée pour faire adhérer la poudre sur la plaque que l'on fait mordre à l'acide nitrique. Cette technique donne une impression de granulation, utilisé en particulier pour certains rendus.



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II - Les conventions cartographiques en usage au XVIIIe et XIXe.


Le Lavis

Les conventions cartographiques françaises pour le coloriage des cartes cadastrales [mappes, plans-terroirs, extraits parcellaires,...] du XVIIIe siècle préconisent généralement la technique du lavis effectué à l'aide de couleurs claires. Le lavis est l'application d'une couleur uniforme pour former une plage colorée unie (washed en anglais). Le lavis permet de souligner certains éléments.

Il s'applique d'abord aux cartes manuscrites, mais beaucoup de cartes imprimées étaient également "lavées" et/ou "enluminées".

Le Lavis consiste à peindre avec une seule couleur que l'on dilue avec plus ou moins d'eau afin d'obtenir des tonalités différentes qui s'appuient sur le blanc de la feuille de papier. On obtient ainsi certains effets de transparence ou de glacis de couleur. Le lavis doit s'effectuer en général d'une seule traite, les retouches sont facilement identifiables, elles perturbent l'homogénéité du coloriage. On pratique le lavis avec des couleurs utilisées pour l'aquarelle ou encore avec de l'encre de Chine. Plus la couleur est diluée, plus le blanc du papier est important. Cette technique demande une bonne maîtrise du pinceau et un certain esprit de synthèse.

La clarté des couleurs permet une bonne lisibilité des indications [notamment des noms des lieux, ...] portées sur la carte. Le lavis permet d'ajuster des effets d'ombre, qui marquent le relief, en délayant plus ou moins les couleurs de base. On "lave" [délaye]la couleur de base pour obtenir le dégradé recherché.

Le père François de Dainville dans son célèbre ouvrage "Le langage des Géographes" [pages 69 et 81] définit le LAVIS comme s'appliquant aux cartes et plans manuscrits, tandis que l'ENLUMINURE serait le propre des cartes gravées ou imprimées.

Dainville dit :
On dit laver un plan, une carte, non peindre et encore moins enluminer, parce que les couleurs étant aussi liquides que de l'eau lorsqu'on les emploie, il semble effectivement qu'on lave le papier, de là le mot de lavis, une ou plusieurs couleurs détrempées dans l'eau, appliquées sur un dessin fait à la plume ou au crayon.
On dit d'un plan qu'il est lavé à l'encre de la chine, lavé de bleu ou de vert. Un lavis est dur lorsque les couleurs ou les teintes sont trop fortes ou trop foncées en couleur, tendre dans le cas contraire.

Dans la définition des "cartes enluminées" [page 81], Dainville précise :
Si la carte manuscrite est lavée, les auteurs semblent parler d'enluminure pour les cartes gravées (imprimées). L'enluminure consiste à appliquer à la main, au pinceau sur l'estampe de la carte des couleurs en détrempe avec de la gomme pour la rehausser.Cette peinture n'exige que du soin et de la précision. Elle est souvent faite par des femmes travaillant aux pièces à domicile.

L'enluminure sert donc à mettre en valeur soit la carte, soit ses ornements divers (cartouche, vignette ou gravure, &c.).


Le rendu du relief

1 - l'estompage


Les types de relief ou de nature de terres sont parfaitement codifiés par la profession. Une couleur par type ou par nature (même si on observe des adaptations locales). En général les bois sont en vert foncé, les prés en vert tendre, les parcelles labourables en couleur terre pâle, les bâtiments en pierre et les murs de clôtures en rouge [plus généralement les constructions en maçonnerie]. Le réseau hydrographique [rivières, étangs, lacs ...] adopte des couleurs d'eau.

L'estompage est une technique permettant de rendre le relief : cela peut être un dégradé de gris, mais pas nécessairement. On parle aussi dans ce cas de teintes fondues. Dans tous les cas, l'estompage traduit un certain effet d'éclairement donnant une impression de volume, d'où une meilleure perception des formes du terrain.

Au XVIIIe et compte tenu des techniques prévalant dans l'imprimerie, l'estompage s'applique davantage aux cartes manuscrites qu'aux cartes imprimées. Ce ne sera plus le cas à la fin du XIXe où les procédés d'impression en couleur permettront de le restituer sur les cartes.
Au XVIIIe l'estompage peut être effectué au lavis, au crayon, à la plume, etc. Ainsi, une carte peut comporter un lavis (fond) et un estompage (relief).

2 - les hachures

Les hachures ont été employées pour rendre le relief dans les cartes imprimées. Le procédé consiste à jouer sur l'espacement et la longueur des hachures. La densité de hachures est proportionnelle à l'intensité de la pente du relief. Plus les hachures sont courtes et resserrées plus la pente est forte. Le dessin apparaît alors sombre. Si la pente est plus atténuée, le graveur espacera les hachures et les alongera. Le dessin apparaît alors plus clair.

Les hachures étaient également associées à des effets d'éclairement.
On en compte deux principaux :
l'éclairement oblique, est celui provenant d'une source lumineuse placée au nord-ouest environ à 45 degrés de hauteur par rapport au plan.
L'éclairement zénithal, provient comme son nom l'indique, d'une source lumineuse placée veticalement au dessus du plan.
Dans les faits, les deux types d'éclairement étaient souvent combinés au sein d'une même carte.

III - Procédés de conservation des cartes anciennes.

chapitre à développer