La Martinique à la Carte : historique général sur les cartes

Petit résumé de l'histoire des cartes marines et des atlas.

Les premières cartes marines ont vraisemblablement été utilisées dès l'antiquité en Méditerranée, comme vraisemblablement aussi en mer de Chine.
Les savants grecs tels Anaximandre et Eratosthène avaient posé les fondements d'une terre ronde et sphérique. Cela il y a bien longtemps....
Ces choses avaient fini par échapper à la mémoire des hommes.

En l'an 150 de l'ère chrétienne, le grec Claudius Ptolémée (mathématicien, astronome et géographe) qui vivait à Alexandrie note que Marinus de Tyre dessinait à Rhodes, déjà un demi-siècle auparavant, des cartes de l'est Méditerranéen. Ptolémée publia un ouvrage qui devait faire date, la Geographia puisqu'il fut à la base de l'ensemble des représentations cartographiques du monde pendant près de mille cinq cents ans.

Du VIIe au XIVe siècle, les civilisations arabes, très amatrices d'astronomie, de géographie, de mathématiques et de sciences ont développé de nombreux usages de la cartographie ptolémaïque. Grâce à elles, ces connaissances ont pu atteindre l'occident par les routes vénitiennes et majorquines.
C'est ainsi que plus près de nous, vers le XIIIe siècle, se développèrent en Méditerranée des ouvrages appelés portulans, terme basé sur le mot portolano, qui est à l'origine un livre italien réalisé pour les pilotes de bateaux (ou les marins). Ces portulans présentaient les plans des différents ports, les principales routes maritimes, le dessin des côtes avec les repères caractéristiques. Ils indiquaient les difficultés (écueils, récifs, etc) et présentaient la direction des vents permettant de suivre les routes tracées. On pourrait les considérer comme les ancètres des "instructions nautiques" d'aujourd'hui.
En 1375, un recueil de cartes sur peau et cuir connu sous le nom de l'Atlas Catalan fut réalisé pour Charles V alors roi de France, par des pilotes de Majorque, réputés à cette époque pour être des marins hors pairs.

A Venise en 1485 fut imprimé le premier livre de cartes marines des îles de la Méditerranée. Les cartes qui furent élaborées par Bartoloméo dalli Sonetti. Ce recueil et ceux qui suivirent furent communément appelés Isolario.
Ces ouvrages eurent sans aucun doute une utilisation très courante en Méditerranée jusqu'au milieu du XVIe siècle. Le développement du commerce de l'Europe du Nord (îles britanniques, mer du nord, mer baltique etc..) a transféré progressivement le savoir-faire (on dirait maintenant un transfert de technologie) de la Méditerranée c'est à dire des écoles italiennes, espagnoles et portugaises vers les écoles française, flamandes, puis britanniques.
Les cartographes néerlandais ont répondu à la nouvelle demande. Leurs marins sillonnaient les mers grâce au développement des échanges commerciaux.
Les marins hollandais acquérirent une réelle expérience de l'ensemble des mers de l'Europe et même au delà. Dès lors, il n'est pas étonnant que ce soit un pilote hollandais Lucas Janszoon Waghenaer qui compila et publia à Leyden en 1584 une collection de cartes intitulée Spiegel der Zeevaerdt en français : "le miroir de la mer".
Cet ouvrage connu un succès immédiat et fut traduit dans de nombreuses langues : en français, anglais et allemand, et réédité à plusieurs reprises durant les décennies qui suivirent.
L'édition anglaise du Spiegel der Zeevaerdt traduite par sir Anthony Ashley fut publié à Londres en 1588, l'année où l'Invincible Armada espagnole fut anéantie en mer du nord. Cette même année, apparurent une série de cartes dressées par Robert Adams qui relatait les combats entre les flottes britanniques et espagnoles. Les cartes d'Adams ont été publiées durant près de 150 ans.
En 1569, quelques années avant la publication de Waghenaer, Gérard Mercator (de son vrai nom Gerhard Kremer) publia en Allemagne une carte du monde en utilisant une nouvelle méthode de projection, connue maintenant sous le nom de la projection de Mercator. Cette projection sera ensuite modélisée par le mathématicien-géographe Edward Wrigth.

Cette nouvelle projection eut du mal à s'imposer et c'est seulement vers 1600 qu'elle fut reconnue et acceptée par les géographes, les utilisateurs (marins …) et que son usage se développa.
Le premier atlas, Dell'Arcano del Mar (les secrets de la mer) basé sur la méthode de projection de Mercator fut réalisé par Sir Robert Dudley en exil à Florence en 1646. Les cartes de cet ouvrage ont été superbement gravées par Antonio Lucini.

Dans les premières années du XVIe siècle, à Amsterdam, la famille Blaeu publiait un nombre important d'atlas marins qui étaient basés principalement sur le travail de Waghenaer. Les hollandais ont su maintenir leur prédominance dans l'industrie cartographique durant tout le XVIe siècle et une bonne partie du XVIIe siècle grâce leurs cartographes prolifiques : Anthonie Jacobsz, Pieter Goos, de Wit, Hendrick Doncker et bien entendu les familles van Keulen et Blaeu. Ils pouvaient accèder aux sources d'informations développées grâce à l'activité de leurs compagnies de commerce, notamment la célèbre Verenigte Oostindishe Companie basée à Amsterdam. Ces compagnies ont développé un savoir faire en matière de cartographie marine et ont approvisionné en cartes l'ensemble des marines, aussi bien de guerre que de commerce, des pays européens.
Vers la fin du XVIIe siècle la cartographie batave perd toutefois de son influence, l'Angleterre et la France s'engageant dans une voie leur permettant d'acquérir progressivement une certaine indépendance en matière de production cartographique et hydrographique.
Durant ces temps encore anciens, en France, l'art de la "confection" des cartes n'était pas absent. Il a même rayonné durant le XVIe siècle en mettant au point des techniques innovantes.
La production de cartes a été assurée principalement par deux écoles : l'école bretonne et l'école normande. Dont les géographes les plus éminents sont certainement Guillaume Brouscon (breton), et Pierre Desceliers (normand).
Mais l'essor de la cartographie en France s'est réellement produit durant les dernières années du XVIIe siècle. Les ambitions de louis XIV ont amené un éveil de la pensée scientifique. Après la création de l'Observatoire de Paris en 1667 dont la direction fut confiée par Colbert à Jean-Dominique Cassini, une campagne pionnière de relevés par triangulation eut lieu sur les côtes de France et les résultats parurent dans un recueil de cartes marines appelé le Neptune François publié en 1693 par Hubert Jaillot et Jean Dominique Cassini à l'imprimerie royale.
Ces cartes « réduites » étaient de très belle facture (échelle de l'ordre d'1 / 100 000 en moyenne). Elles employaient la projection de Mercator.
Le "Neptune François" a été initialement commandé par Colbert afin de permettre aux navigateurs français d'utiliser un outil moderne [cartes réduites] et efficace propre à leur conférer une connaissance optimale du littoral européen. Les considérations de défenses des côtes françaises contre d'éventuelles attaques anglaises faisaient bien entendu parti de ce projet. Ce sont principalement Joseph Sauveur (1653-1716) et Jean-Mathieu de Chazelles (1657-1710), cartographes de leur état, qui ont réalisé la cartographie du Neptune. Ils se sont appuyés sur les travaux préliminaires des astronomes Jean Picard (1620-1682) et Philippe de La Hire (1640-1718) qui ont mené une campagne d'observation astronomique sur les côtes françaises et sur les opérations de triangulation et de relevés topographiques, entamées notamment par les ingénieurs géographes du roi comme Denis de La Voye ou La Favolière.
A sa sortie le "Neptune François" est premier atlas français entièrement dédié à la marine. Il obtient un succès mérité car il est aussitôt copié par les contrefacteurs hollandais.
Cependant son utilisation pratique dans le milieu maritime ne décolle pas, les marins préférant encore recourir aux anciennes cartes plates qu'ils jugent meilleures.
La collection de cartes que contient le Neptune représente l'ensemble des côtes occidentales de l'Europe "de la Norvège à l'Espagne".
Les français surent maintenir leur place dans la fabrication des cartes marines durant tout le XVIIIe siècle, grâce notamment à la fondation en 1720 du Dépôt de la Marine , qui deviendra en 1886 le Service Hydrographique de la Marine puis le SHOM (Service Hydro et Océanographique de la Marine).
Une première révision du "Neptune François" eut lieu en 1753 sous l'autorité de Jacques Nicolas Bellin, et de nombreuses cartes des autres parties du monde furent également ajoutées à l'ouvrage. La seconde révision du Neptune date de 1773.
Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les français devancent nettement leurs voisins britanniques dans la réalisation d'atlas maritimes. En effet les atlas anglais ne se distinguent ni par une grande qualité d'exécution ni par une présentation moderniste des nouvelles découvertes.
Ainsi l'English Pilot, ouvrage en six volumes publié par John Sellers au XVIIe est constamment réédité (plus d'une centaine de fois) durant tout le XVIIIe sans une véritable réactualisation d'envergure.
Il faudra attendre la fin du XVIIIe, en 1784 avec l'Atlantic Neptune pour que les britanniques commencent à en imposer aux autres nations dans le domaine des atlas maritimes.
L'Atlantic Neptune est consacré aux côtes de Nouvelle-Angleterre et sera le premier atlas de qualité réalisé par les anglais. L'Atlantic Neptune servira d'ailleurs de base aux cartographes de la toute nouvelle république des Etats-Unis, lorsque ceux-ci voudront prendre également leur indépendance cartographique, ils en feront l'American Pilot (1791).

Dès le milieu du XVIIIe siècle, les anglais ont acquis la suprématie dans le domaine maritime, la Navy est maîtresse des mers. Les nouvelles techniques de détermination des longitudes sont testées (montres marines) et permettent d'acquérir une précision sans pareille. Les sujets de sa majesté commencent à concurrencer les maîtres cartographes continentaux : les hollandais et les français. Une génération de prolifiques géographes britanniques voit alors le jour, on peut citer notamment : Emmanuel Bowen, Thomas Kitchin, Thomas Jefferys et John Cary.
Comme les français, les britanniques se sont dotés d'une structure spécifique destinée à consolider et à augmenter leur savoir-faire en la matière. La Royal Society of Arts (Société pour l'encouragement des arts, de l'industrie et du Commerce) fut créée à Londres en 1759. Une de ses premières actions fut la mise en place d'un concours pour la réalisation de la carte la plus précise de l'Angleterre à l'instar de ce qui se faisait alors en France (carte de Cassini). Ce concours doté de fortes récompenses dynamisa la production de cartes plus précises.