Quelques cartes des Îles Caraïbes...


Les petites Antilles sont occupées par les farouches caraïbes à l'arrivée de Christophe Colomb, ils effectuent régulièrement des raids sur les grandes Antilles où habitent les Taïnos. Il y enlèvent les femmes et les jeunes filles qu'ils asservissent. Des hommes sont également capturés, les guerriers sont boucanés et dévorés lors de rituels cérémoniels à caractères religieux appelés "caouinages" et décrits notamment par l'Anonyme de Carpentras. Les enfants mâles captifs et les jeunes adolescents sont généralement castrés, élevés comme servants au sein des groupes de caraïbes, et enfin consommés à l'âge adulte.
Pour les espagnols, ces peuplades guerrières se nomment Canibas (les espagnols en tireront le mot Cannibales, ou mangeurs d'hommes). Pour les français ce sont des Kalinas ou caraïbes, du nom du héros éponyme Kalinago qui mena la première grande migration de ce peuple vers les Antilles, deux ou trois siècles avant l'arrivée des premiers européens.
Les îles occupées par les Caraïbes partaient de l'actuelle Sainte-Croix jusqu'aux Grenadines voir la carte de Blaeu Willem Janszoon de 1635 représentant les îles caraïbes.

La présentation qui est faite des îles Caraïbes dans cette page concerne plus particulièrement les îles colonisées par les français.




BLAEU Johannes Canibales Insulæ

Imprimée à Amsterdam, 1662, édition latine de l'Atlas Major, dimensions : 42,0 cm x 53,0 cm.

carte des îles cannibales de Blaeu

Cette carte présente de façon détaillée le chapelet d'îles des Petites Antilles qui s'étend de Porto-Rico à Trinidad. Le titre de la carte de Blaeu Johannes est évocateur : CANIBALES INSULAE soit les "Îles des Cannibales".

La vision des européens est a cette période impressionnée par les récits des explorateurs et des premiers colons qui relatent, certainement en exagérant beaucoup, leurs combats contre les farouches et sanguinaires guerriers Caraïbes qui dévorent leurs victimes et leurs prisonniers.




Van Keulen Joan, Pas kaart Van de Caribes Tuschen J. Barbados en J.S. Martin Door C Voght Geometra. Amsterdam, C. Vogt (1684). dimensions : 51,5 cm x 59,0 cm.

carte de la caraïbe dressée par Van keulen




Alain Manesson Mallet, les Isles Caribes.
Imprimée à Paris vers 1683 dans la Description de l'Univers.
dimensions : 10 cm x 15 cm

carte de la caraïbe par Mallet

Cette carte présente de façon élégante les Petites Antilles de la côte du Vénézuela jusqu'à la partie Est de l'Île Espagnole (Hispaniola).
La carte est agrémentée d'une bataille navale se déroulant dans la Mer des Caraïbes. Sur l'horizon naviguent des vaisseaux de guerre, et des galions. Le tout rend une joli effet de perspective.
Le graveur, s'est manifestement trompé dans les appellations des îles des Petites Antilles. Il a nommé l'Ile de Marie-Galante en lieu et place de la Dominique. Le décalage se répercute sur les îles suivantes.

La Martinique est ainsi appelée la Dominique, et l'île de Sainte-Lucie emprunte le nom de sa voisine du nord, voir l'extrait suivant.




Reiner et Joshua Ottens, Tabula novissima atque accuratissima Caraibicarum insularum sive cannibalum/Peculiaris Tabula Insulae Martanico.
Carte imprimée vers 1735-1740 à Amsterdam par Reiner et Joshua Ottens.

Dimensions approximatives : 50 cm x 60 cm.

carte de la caraïbe par Ottens

Cette superbe carte de haute qualité détaille les petites Antilles de la Guadeloupe jusqu'à la Grenade avec un large carton de présentation de la Martinique, fleuron du colonialisme français de l'époque. L'île est alors en pleine expansion économique grâce au développement de l'industrie sucrière.
La Carte de la Martinique est présentée selon la division intervenue en 1639 entre les Caraïbes et les colons français, bien que celui-ci soit devenu caduque en 1656. On y distingue également les partitions territoriales issues du découpage paroissial.
Ottens y insère une légende donnant la répartition des paroisses selon l'ordre cathéchisant : les , les Capucins, les Jacobins (ou Dominicains).

Je vous présente un superbe exemplaire de cette carte mise en ligne par la bibliothèque numérique de la B.N.F Gallica.





Johann Georg Schreiber, Die Caribischen Insuln in Nord America.
imprimée à Leipzig à partir de 1749, Atlas Selectus.
Dimensions approximatives : 19,0 cm x 25,0 cm

carte de la caraïbe par Screiber

Cette carte est issue de l'Atlas Selectus (1ère édition 1749) publié à plusieurs reprises, sur la seconde partie du XVIIIe. Les dernières éditions, qui ont eu lieu au début du XIXe, comportent 163 cartes. La carte des îles de la Guadeloupe et de la Martinique est la douzième des cartes de l'ouvrage.


La carte présente trois échelles, la première en mille germanique (15 au degré), la seconde en mille française (20 au degré), et la troisième en mille espagnole de 17 1/2 au degré.
Schreiber s'inspire fortement de la production d'Alexis Hubert Jaillot, qui avait publié presque sous cette forme - texte également en latin - à la fin du XVIIesiècle la carte des principales îles françaises de la mer des Antilles.
Ne figurait pas dans la carte éditée par Jaillot le carton présentant la Martinique. Celle-ci était représentée sur une autre feuille.
La jolie carte de Schreiber regroupe les deux principales possessions françaises du milieu du XVIIIe siècle. La Dominique reste plus ou moins à cette époque dans une zone de neutralité où se cotoient anglais, français et caraïbes. Schreiber la décrit comme principalement occupée par les Caraïbes, anthropophages belliqueux voire bellicistes.
La partie interne de la Dominique est "agrémentée" de serpents, alors qu'aucune espèce venimeuse n'existe dans cette île, au contraire de la Martinique et de Sainte-Lucie qui abritent les fameux trigonocéphales "fer de lance". César de Rochefort dans son "Histoire Naturelle et Morale des Iles" évoque une légende caraïbe, selon laquelle un serpent monstreux habiterait au centre de l'île. Ce serpent aurait comme ornement, sur la tête, une pierre précieuse écarlate d'une valeur inestimable. Peut-être que l'énorme reptile représenté sur la carte de Schreiber se rapporte à cette croyance.
A l'instar de l'éditeur Jaillot, Schreiber rappelle dans un texte situé en haut à gauche la date de colonisation de la Guadeloupe (1635) et donne les principales productions cette île, qui sont aussi celles de la Martinique : Maïs, Manioc, Patates Douces, Gingembre et Sucre.
L'état des lieux des paroisses desservies par les différents ordres religieux semble le principal objet de la carte. Elle identifie les implantations des chapelles et des églises et nomme le Saint Patron de chaque paroisse ou quartier.





Henri Abraham Châtelain , Cartes des Antilles Françoises et des Isles voisines dressée sur des mémoires manuscrits.

Parue dans l'Atlas Historique d'Abraham Chatelain, tome VI sous le n°35, page 154, cette carte des Petites Antilles présente une dimension (au cadre) d'environ 47 cm (hauteur) sur 33 cm (largeur), la gravure est sur cuivre.

La carte de Chatelain s'inspire fortement de celle de Delisle, datée de 1717. En fait c'en est une copie pure et simple qui ne présente aucun ajout ni modification (voir plus bas la carte de G Delisle) au niveau cartographique.
Seule valeur ajoutée à l'ouvrage, A Chatelain donne au lecteur un cadre renfermant une Remarque Historique qui présente un bref aperçu des possessions françaises et anglaises dans les Caraïbes aux alentours des années 1715 à 1720.





Weigel Christophe, Insulae Antillae Francicae Superiores cum vicinis insulis ex commentariis manuscriptis et variis navigantium observationibus descriptae a Petito Geometra Regio Editore Christophoro Weigelio Norib. - Insulae Antillae Francicae Inferiores commentariis manuscriptis et variis navigantium observationibus descriptae a Petito Geometra Regio Editore Christophoro Weigelio Noribergae.

Nuremberg, C. Weigel, vers 1719-1720
dimensions approximatives : 63,5 x 36,5 cm

L'éditeur et géographe Christophe Weigel a travaillé à Nuremberg notamment avec Johann B Homann. On sait que cette coopération s'est plutôt déroulée en 1719. C'est pourquoi on date généralement cette carte de Weigel vers cette année. Weigel a reproduit la première édition de la carte de Delisle, celle imprimée alors que le géographe français n'était pas encore devenu le "1er géographe du roy".
La longitude de la Guadeloupe est portée sur le 317° (longitude orientale par rapport au méridien de l'île de fer) et celle de la Martinique sur le 318°. On sait que dans les éditions postérieures à 1719, Delisle a corrigé ses déterminations d'un degré, la Martinique se positionne alors sur le 317°.

La carte de Weigel reflète le style caractéristique des imprimeurs d'Allemagne du Sud au début du XVIII. Les cartes étaient colorisées manuellement par des "petites mains" sitôt qu'elles sortaient de l'atelier d'impression.
La carte de Weigel est l'association de deux feuilles réunies au niveau de la rose des vents
Sous celle-ci, est mentionné que le Révérend Père Feuillée a observé une certaine déviation de l'aiguille aimantée de la boussole relativement au nord géographique :

En 1706 le RP Feuillée observa dans l'isle de la Martinique que la variation de l'aiguille aimantée.... étoit de 6. degrez 10. minutes vers le Nord Ouest .

Si l'année 1706 est également évoquée dans la carte originale de De L'Isle, il est certain aujourd'hui que le Père Feuillée a observé cette déviation en février 1704 (le 20 février 1704 pour être précis) et que la déviation portait vers le Nord-Est et non le Nord-Ouest. Delisle s'est donc là aussi trompé. Ces erreurs, d'année, comme d'orientation de la déviation, ainsi que la position erronnée de la Grenade, seront reprises par l'ensemble des géographes européens.
La fin du texte se trouve sur la seconde feuille qui représente les îles françaises inférieures (de Sainte-Lucie à Grenade).
Le tout comme le souligne chacun des titres des simples feuilles [cartes], est inspiré du travail du Géomètre du Roi "Geometra Regio" dénommé Petit (Petito en Latin). On pourrait penser que tout comme De l'Isle, Weigel aura retranscrit les informations communiquées par l'arpenteur royal Petit. Mais il s'agit de façon certaine d'une pure et simple recopie de la carte de Guillaume Delisle qui n'est pas cité.

Ci-dessous est présentée la partie correspondant aux îles françaises supérieures "Insulæ Antillæ Franciæ" qui comprend la Guadeloupe et la Martinique, la Dominique étant encore réputée pour neutre (habitée par les Caraïbes).

Carte de Weigel




Thomas Kitchin, A New Map of the Caribbee Islands in America. 1761

Carte des îles caraibes par Kitchin

Cette carte a été élaborée par Kitchin. Elle est datée dans son titre de l'année 1761 et semble relater l'état des possessions des puissances européennes. En effet, on remarque que la Guadeloupe est indiquée comme conquise par les anglais (Conq. by Eng). Elle est tombée aux mains des anglais en 1759. La Martinique est encore indiquée comme possédée par les français (Fr). Elle va bientôt passer aux mains des brittaniques en février 1762.
Thomas Kitchin, indique également les possessions des autres puissances coloniales : les espagnols, les hollandais (dutch).
La carte est d'une dimension de de 26 cm (haut) sur 19 cm (largeur). L'échelle indiquée est en mille brittanique de 69 au degré. La longitude ouest fait référence au méridien de Londres.
En haut de la carte est inscrit Engraved for Smollet Continuation of Story of England

L'originalité de la carte tient en ce qu'elle indique la direction des vents dominants (trade winds). Le positionnement des latitudes semble toutefois entaché d'erreur. En effet, le Fort Royal de la Martinique est positionné à peu près à 15°30 de latitude nord, alors qu'en réalité il se situe un bon degré plus bas,. plutôt vers les 14°30. Dans cette carte le Fort Royal devrait être au niveau la pointe nord de Sainte-Lucie.





Carte de S. Domingue
Carte de Cuba
Carte de La Martinique
Carte de La Guadeloupe et des Isles de Saintes
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Planche de 4 Cartes particulières des îles caraibes

Planche de dimension approximative totale de 37 cm de haut sur 50 cm de large, présentant 4 cartes particulières des îles antilles. L'ensemble s'inspire fortement de l'oeuvre de Jacques Nicolas Bellin. La composition a vraisemblablement été réalisée vers la fin du XVIIIe siècle.
Le texte accompagnant chaque carte est rédigé en français, il relate les principales caractéristiques des îles présentées.
Les cartes sont dressées par rapport à la "Longitude Occidentale du Méridien de Paris", la latitude indiquée près de la bordure droite est la latitude septentrionnale.
En haut, près de la bordure de chaque carte, est simplement indiqué le nord, ce qui dispense apparemment de la présence d'une rose des vents.
Sous l'échelle de la carte des la Martinique est présentée une explication des marques simplifiée qui s'accorde bien avec celle adoptée par Bellin dans son hydrographie ainsi que dans la carte d'Homann gravée en 1762 [voir chapitre des cartes française du XVIIIe siècle].




Bonne Rigobert, Les Petites Antilles ou Les Isles Du Vent, avec Celles De Sous Le Vent. Par M. Bonne, Ingenieur-Hydrographe de la Marine.


imprimée à Paris,
dimensions : [24 x 34,8 cm],
Gaspard André(sculp)
Hérisson (del) [Eustache Hérisson ?]
5 échelles avec diverses mesures européennes

carte des îles au vent et sous le vent par Bonne

Cette carte utilise da ns son titre les appellations spécifiques qu'utilisèrent les européens pour identifier les Îles des Petites Antilles.

L'Hydrographe de la Marine, Rigobert Bonne y emploie une projection qui restitue la rotondité de la terre. On remarque que les méridiens convergent à mesure qu'ils se rapprochent du pôle. Les paralèlles sont légèrement incurvés, ils coupent les méridiens avec des angles qui ne sont pas droits. La courbure de la terre devient alors flagrante.





Jean-Baptiste Poirson, Les Iles Antilles, par J.B Poirson. An XI (1802).

carte des îles Antilles par JB Poirson


imprimée à Paris, Vendémiaire An XI (1802)
dimensions approximatives au cadre : [ 42,5 x 35 cm]
cadre gradué : en haut longitude orientale rapportée à l'île de Fer, en bas longitude occidentale au méridien de Paris
gravée par Tardieu l'aîné

échelles avec diverses mesures européennes, dont une échelle en Myriamètres.

Cette carte illustre la réactivité exceptionnelle [pour l'époque] de l'Ingénieur Géographe Jean-Baptiste Poirson dans la mise à jour de sa carte des Îles Antilles. En effet Le 18 avril 1802 (An X) le premier consul Bonaparte signe le décret par lequel la ville du Fort-Royal de la Martinique, sera dorénavant appelée Fort-de-France. Dès la fin du mois de septembre 1802 (Vendémiaire an XI), soit à peine 6 mois plus tard, parait l'atlas de J.B Poirson, où la prise en compte du nouveau toponymique est enregistée.

Dans cette carte, Poirson met en évidence les occupations insulaires des îles par le colonisateur européen. L'ensemble de l'île d'Haïti et de Saint-Domingue apparaît alors sous domination française. Cela ne va pas durer. On sait que l'Indépendance va bientôt être proclamée (1804). Le corps expéditionnaire du général Leclerc a fraîchement débarqué dans la grande île (janvier 1802) mais la situation politique comme militaire reste très instable. L'armée française est malmenée par des rebelles toujours plus astucieux et fortement diminuée par la fièvre jaune.

La forme générale de la Marinique se rapproche de celle dressée par Moreau du Temple déjà adoptée dans la carte marine de Verdun parue en 1775 au Dépôt [voir plus bas - Carte réduite des Iles Antilles n°75 bis].

Dans une note spécifique, J.B Poirson avertit le lecteur des modifications patronymiques qui ont touché les différentes localités des îles françaises.





La série des cartes marines françaises sur les Îles Caraïbes

Pierre Duval a produit en 1677, une des premières cartes françaises dédiée aux seules Petites Antilles. Cette carte n'est toutefois pas une carte marine, loin s'en faut.

La carte de Delisle sur les "Antilles Françoises et des Isles Voisines", dont les premiers exemplaires sont sortis en 1717, peut s'apparenter à une carte marine, bien qu'elle ne porte pas physiquement de lignes de rhumbs, caractéristiques de ces cartes. La présence de la Rose des Vents plaide dans pour cette prise en compte. Les copies hollandaises, tirées par Covens et Mortier, ajouteront ces lignes de rhumbs.
La carte du fameux géographe ne représente alors qu'une portion de l'arc des Petites Antilles : celle des îles allant de la Guadeloupe à la Grenade.

En 1758, JN Bellin produit, d'abord dans l'Hydrographie, puis ensuite sous l'estampile du Dépôt de la Marine, une carte marine de la région qui rejoint l'aire de Pierre Duval. Publiée par le Dépôt de la Marine, elle portera le n°75.

Le Dépôt poursuivra la série, avec la publication en 1775, de la carte mise à jour durant la campagne de la Flore. Dans celle-ci, Verdun de la Crenne, le Chevalier Borda et le père Pingré sont cités dans le titre. Cette carte portera dans la collection du Dépôt, le n°75 bis. Elle se partage en deux parties. La première, présente les Caraïbes des Îles Vierges à Saint-Vincent, la seconde présente les débouquements de Saint-Domingue.

La série continuera avec une carte marine parue au début du XIXe siècle, plus précisément durant la période du Consulat, elle sera datée de l'An X. L'aire représentée est celle de l'arc des îles des petites Antilles.
Cette carte sera dédiée à Denis Decrès, nommé une première fois ministre de la Marine en octobre 1801, il exercera jusqu'en avril 1814. Il sera nommé à nouveau à ce même ministère durant les "cents jours" (mars à juillet 1815).




Pierre Duval, Isles d'Amérique dîtes Caribes et Antilles de Barlovento

carte des Isles d'Amérique par P Du Val, 1677

Par Pierre Du Val d'Abbeville, Géographe du Roy, A Paris chez l'Autheur. 1677.

dimensions approximatives : 26 cm x 34 cm

échelle de vingt et quatre lieües de France, chacune de 2500 Pas Géométriques.

longitude calée sur le méridien de l'Île de Fer

La carte couvre les îles situées entre le 11e degré et le 19e degré de latitude nord. Soit les îles s'étendant des Vierges à Tobago.





De l'Isle Guillaume, Carte des Antilles Françoises et des Isles Voisines Dressée sur les mémoires manuscrits De Mr. Petit Ingénieur du Roy, et sur quelques observations. Par Guillaume De I'Isle de l'Académie

Imprimée chez l'auteur à Paris, Quai de l'horloge avec privilège du Roy. Carte datée de juillet 1717. dimensions : 60 cm x 45 cm.

Cette carte sera également imprimée chez Covens et Mortier à Amsterdam dès 1719.

carte des îles caraïbes par Delisle d'après l'ingénieur Petit

Le modèle de la carte de Delisle de 1717, a été principalement réalisé à partir de mémoires manuscrits transmis par M. Petit.
Le sieur Petit était "Arpenteur Juré de la Martinique". C'est à dire arpenteur assermenté auprès du Conseil Souverain.
L'arpenteur royal délimitait et bornait les concessions attribuées aux colons, un peu comme le ferait de nos jours un géomètre du cadastre.
M. Petit sera par la suite nommé membre du Conseil Supérieur de la Martinique. En tant qu'arpenteur royal, l'ensemble des îles françaises ressortait de sa compétence. Il les a directement visité lui-même, à plusieurs reprises. Aussi, lui fallait-il manier les mesures d'arpentage qui différaient suivant les îles.
Par exemple, un pas d'arpentage valait 3 pieds en Guadeloupe, et trois pieds et demi en Martinique.
Grâce à Delisle, premier géographe du roi, M. Petit a été promu au rang d'ingénieur du roi. Petit avait dressé une carte manuscrite des îles Antilles qui a servi de source, presque exclusive, à Guillaume Delisle pour constituer cette carte datée de juillet 1717.
Mais il semble que, contrairement à l'opinion du père Labat, G. Delisle ait bel et bien commis une erreur d'interprétation de la carte manuscrite et du mémoire attaché de Petit.
Croyant bien faire, l'arpenteur, limité par la taille de la feuille a positionné volontairement la Grenade à l'envers "tête en bas", afin de représenter le chapelet d'îles de façon continuelle.
Malgré les indications, Delisle s'est fourvoyé et à laissé la Grenade dans cette position, ce qui valut à l'arpenteur Petit les foudres du père Labat.

Dans le Nouveau Voyage aux Isles d'Amérique [tome IV], le père Labat souligne les difficultés rencontré par le "Premier Géographe du Roy" pour dresser la carte de la Grenade, datée de 1717.
Le père Labat critique vertement (et injustement) l'ingénieur Petit, tout ingénieur est arpenteur, mais il s'en faut bien que tout arpenteur soit ingénieur.
Labat reproche à Petit de nombreuses inexactitudes, qui concernent surtout le positionnement de l'île de la Grenade, figurant sur la carte des îles de 1717. On se rend compte qu'en effet, la Grenade y est présentée de bien étrange manière. Afin de défendre Delisle pour lequel il a une haute considération, Labat indique que De L'Isle a travaillé sur les mauvais mémoires de l'ingénieur Petit qui a inversé les positions : il a placé à l'Ouest ce qui est à l'Est, et au Nord ce qui est au Sud.
Selon Labat, qui reconnaît la forte compétence de De l'Isle, il y a peu de Géographes plus exacts, Delisle ne pouvait pas éviter de reprendre ces erreurs.
La carte erronnée, qui présente le chapelet d'îles des Petites Antilles, sera reprise par de nombreux autres géographes européens, comme Ottens, Weigel, Chatelain, et bien d'autres encore....Ce qui montre bien que peu d'entre-eux se souciaient de vérifier l'exactitude de leurs sources, fussent-elles de Delisle.
Cette carte aura été tirée tout au long du XVIII e siècle.

La première édition date de la fin de l'année 1717. Dans le cartouche du titre est absente la mention "premier Géographe du Roy". En effet Delisle a reçu cette "charge", conçue spécialement pour lui, en 1718. Dans cette première édition la Martinique est placée à environ 318° (par rapport à l'Isle de Fer), tandis que la Guadeloupe est située au 317°.

Les éditions postérieures à 1718/1719 portent la mention "premier Géographe du Roy" qu'elles aient été tirées à Paris chez la Veuve Delisle ou bien encore à Amsterdam par Covens et Mortier. Elles présentent des longitudes orientales rectifiées qui positionnent la Guadeloupe au 316° et la Martinique au 317°, relativement à l'Isle de Fer. Les latitudes n'ont, quant à elles, pas changé.
Ce changement dans les longitudes intervient après que Guillaume Delisle ait en 1720 revu l'écart "officiel" entre le méridien de l'île de Fer et celui de Paris de façon presque unilatérale. Toute la communauté scientifique s'accordait déjà depuis quelques années pour dire que l'estimation de la position de l'île de Fer [puisqu'aucune détermination précise n'avait pu avoir lieu], longtemps estimée à 21 degrés à l'occident de Paris, était erronée, et que 20° d'écart semblait plus juste.
L'erreur d'un degré de longitude porté sur les cartes [quelles qu'elles soient] fut donc rectifiée à partir des années 1720. Les éditions de la carte des Petites Antilles de Delisle n'échappent pas à cette nouvelle règle, et montrent une adaptation presque instantanée à la réalité scientifique.

La carte mentionne qu'en l'année 1706 le Père Feuillée a observé une déviation de la boussole de 6°10 vers le Nord-Ouest. En fait Delisle, s'est là aussi, également mépris. La déviation a été observée par Louis Feuillée le 20 février 1704, et elle portait vers le Nord-Est et non le Nord-Ouest (voir les comptes-rendus de l'Académie des Sciences - Cassini).

La carte de la Martinique présentée dans la suite des Petites Antilles fait état d'une rivière nommée Rivière du Ponche. Ainsi, l'origine du mot pourrait-elle être rediscutée sur cette base .... un peu tendancieuse, je l'avoue.
En attendant je vous invite à méditer sur la Martinique vue par Delisle selon Petit.

En 1760, cette carte sera rééditée chez Dezauche à Paris, mais dans une version corrigée par le gendre de G. Delisle, Philippe Buache, qui redonne à Grenade, une position plus conforme à la réalité.

En résumé la carte des Isles des Petites Antilles de G Delisle aura connu de multiples versions que je vous invite à découvrir en cliquant sur le lien précédent.




Jacques Nicolas Bellin, Carte Réduite des Isles Antilles



Carte Réduite des Iles Antilles, par Bellin - Hydrographie - 1758

Cette carte marine est issue de l'Hydrographie Française, d'abord éditée par Bellin dès 1758, elle sera ensuite publiée avec la fameuse estampile du Dépot de la Marine (sceau d'une ancre marine avec trois fleurs de lys). On la retrouvera alors gravée en bas à gauche de la carte, dans le coin supérieur droit s'affichera son numéro dans le catalogue du Dépôt : n°75. La carte n°75 sera vendue aux utilisateurs au prix de trente sols (soit une livre et demie).

Sa dimension approximative est celle d'une double-feuille [soit grand-aigle] d'environ 57 cm x 88 cm.
La carte présente les Petites Antilles depuis les Îles Vierges jusqu'à Tobago. Elle comprend un cadre gradué qui présente, sur son bord supérieur, trois longitudes "occidentales" principalement usitées par les navigateurs européens : la première est relative au méridien de Paris, la seconde au méridien de Londres, et la troisième au méridien du Cap Lézard situé à l'extrème pointe sud-ouest de l'Angleterre.
Sur le bord inférieur du cadre, le méridien de Londres est remplacé par la longitude de Ténérife.

La carte est relativement chargée en rhumbs. Cela semblait être indispensable pour pouvoir assurer l'écoulement de telles cartes auprès des navigateurs qui les réclamaient expressement.
La carte comprend deux cartons, dont celui consacré aux Vierges est joliment entouré d'un cadre fleuri. Il donne le détail de l'archipel des îles Vierges. JN Bellin y précise la source de son travail : Carte Particulière des Isles des Vierges, Tirée des Anglois.

Le second carton présente le profil des côtes de l'île de Saint-Eustache observé de deux positions différentes. Le premier profil s'intitule : veue de l'isle de St Eustache restante à l'Est quart de Nord Est a 6 lieues, tandis que la seconde vue de profil est veue de l'isle de St Eustache restante au Nord Ouest quart de Nord a 6 lieues
L'exemplaire présenté ci-contre provient de l'Hydrographie Française de 1758. Le sceau du Dépôt en est absent. Le cartouche de titre est superbement présenté. A coté de l'île de la Martinique est remarquable.
Cette carte réduite ne présente pas d'échelle apparente comme celles que l'on trouve dans les autres cartes (cartes plates), hormis dans le carton relatif aux Isles Vierges.
C'est tout à fait normal. L'échelle des cartes réduites varie en fonction de la latitude : c'est ce que l'on appelle une échelle de Latitudes Croissantes. C'est bien la caractéristique principale des Cartes Réduites.

L'échelle se matérialise sur les deux côtés verticaux [échelle de lieues marines de France et d'Angleterre de 20 au degré], où les 20 lieues ne présentent pas le même écartement selon qu'elles soient prises en bas de la carte, latitudes basses vers le 11e degré de latitude septentionnale, qu'en haut de la carte vers le 20e degré de latitude nord.

La technique employée par les officiers du bord pour déterminer les distances marines, consistait à prendre, à l'aide un compas à pointe séche, l'écartement dans la marge correspondant à la mesure en lieues, pour le reporter ensuite sur la carte afin d'évaluer les distances à parcourir ou parcourues.

Jacques Nicolas Bellin insère dans cette carte très technique, une référence à la déviation [ou à la variation] de l'aiguille aimantée de la boussole. Il fait graver le repére de la boussole au Nord-Est-Quart-Est de l'île de la Grenade, près des îles Moustiques et il y indique une déviation de 2 degrés au N.E.
On constate un écart relativement important avec la déviation de 5° mentionnée en 1764 dans le plan du Cul de Sac Royal de la Martinique, à peine quelques degrés de latitude plus au nord.
Selon Claret de Fleurieu, qui fut le dirigeant pratiquement exclusif du Dépôt de la Marine dans les années pré-évolutionnaires, les déterminations astronomiques [tant en latitude qu'en longitude] adoptées par Bellin et indiquées par l'hydrographe de cabinet dans sa production, étaient sujettes à des distorsions variant de quelques "minutes" à parfois un degré, dans les documents produits à seulement quelques années d'écart. C'était semble-t-il également la même chose pour les indications concernant les variations de la boussole.





Verdun de la Crenne , Carte Réduite des Iles Antilles


la dimension de la feuille est d'environ 52 cm (largeur) x 86 cm (hauteur)

Le titre même de la carte indique qu'elle est une carte réduite

Carte Réduite des Antilles, par Verdun de la Crenne, le Chevalier de Borda et le père Pingré

Cette carte marine de MM. Verdun, Borda et Pingré est le résultat de la mission de la Flore. Elle a été gravée par Petit et diffusée "à la feuille" dès 1775, année ou fut couronné Louis XVI, par le Dépôt de la Marine sous le numéro 75 bis, en paralèlle à la carte de Bellin de 1758 (n°75), voir la Carte Réduite des Isles Antilles au dessus.
La carte se rencontre également dans la relation de la mission de la frégate, "Voyage fait en 1771 et 1772 par MM Verdun, Borda et Pingré" ouvrage en deux volumes édités en 1778, à Paris.
De gros progrès ont été réalisés notamment dans la détermination de la latitude et de la longitude, et surtout dans l’orientation générale et dans la forme de la Martinique.
La forme donnée à la Martinique s'approche de celle reconnue et tracée par Moreau du Temple, dans sa grande carte datée de 1770. L'ingénieur-géographe Hesse l'a réduite, en petit, en 1771.
En 1773, une copie calquée [consultable à la B.N.F sous la cote PF156 Div2 Pièce 14] de cette réduction a été communiquée au Chevalier de Verdun, qui revenait de l'expédition de la Flore. C'est ce calque qui servira de trame, pour représenter la Martinique dans la carte n°75 bis du Dépôt de la Marine. Les autres îles demeurant généralement d'une forme identique à la version de Bellin.

Malgré cette avancée indiscutable, la Martinique selon Bellin figurera encore dans le catalogue du Dépôt de la Marine durant de nombreuses années. Même le fameux hydrographe, Rigobert Bonne, en sera réduit à utiliser des déterminations et des configurations obsolètes, au lieu de tirer toutes les leçons de l'enseignement de ses prédécesseurs.
Les extraits suivants montrent que les nouvelles coordonnées, et l'orientation géodésique ont été mises à profit par le Dépôt de la Marine :

1 - la Martinique selon Verdun de la Crenne.
A remarquer que l’ancien français Isle a été remplacé par Île, traduisant le passage au langage contemporain.


2 - Partie supérieure de la carte.


Le graveur indique explicitement dans le cartouche du titre le procédé de gravure :

divisé et gravé au burin par Petit.

Le sieur Petit s'est donc appliqué à travailler selon les recommandations de Claret de Fleurieu. C'est à dire qu'il a gravé directement la carte et les échelles sur le cuivre, afin d'éviter les erreurs et les imperfections dues à toute recopie. Les parallèles ont été établis à l'aide d'une table de latitudes croissantes, comme le préconisait de Fleurieu.
Dans un carton nommé Avertissement comun aux deux cartes
Le graveur Petit rappelle que : Les latitudes et longitudes des point principaux de cette carte se trouvent dans celle de l’Océan Occidental, publiée en même tems. Les chiffres indiquent partout des brasses à moins qu’ils ne soient suivis du mot Pieds ou d’un P. Les chiffres au milieu desquels passe une ligne ponctuée, sont les sondes qui ont été faites sur la frégate La Flore. Les échelles ont été divisées et les principaux points déterminés sur le cuivre lui-même suivant l’exemple qu’en avait donné M de Fleurieu.
Dans la division des échelles de latitude l’on a eu égard à l’applatissement de la terre.


La référence à Eveux de Fleurieu dans cet avertissement, rappelle l'expédition de l'Isis, de 1769 dans laquelle, le commandant de la frégate était accompagné du père Pingré. L'expédition de l'Isis avait permis de tester les horloges et montres marines (n°6 et n°8) de Ferdinand Berthoud concurrent en l'espèce du britannique John Harrisson.
Dans le rapport de cette mission de Feurieu consacre une large partie à la construction des cartes. Il préconise alors la correction systématique, des longitudes et des latitudes, de l'altération causée par l'applatissement de la terre aux pôles.
Je vous invite à découvrir un exemplaire particulier, et semble-t-il assez rare, de la carte n°75 bis, celui-ci a été imprimé très certainement au début de l'époque révolutionnaire, lorsque la France est entrée en République.




Some See Chart on the "Caribs Islands"



introduction :




Louis Stanislas d'Arcy de la Rochette (1731, 1802) A Chart of the Antilles or Charibee or Caribs Island ...



Carte Réduite des Antilles, par d'Arcy de la Rochette

from the Situation of the Caribs Island, compared with that of Westermost Isles of the Mexican Gulf, They are named Windward Island by the Spaniards, as well as by the French, the Deutch and the Danes, while the English who consider the position of those Islands respectively to Barbados give them the name of Leeward Islands or Leeward Charibbees Islands


Cette remarque dans le titre de la carte de la Rochette, met en évidence la position particulière des anglais relativement à la distinction "îles sous le vent" et "îles du vent". Ils sont les seuls à prôner, contrairement aux autres nations, que les îles caraïbes ne sont pas des îles du vent.


dimension approximative (largeur x hauteur) : 46 cm x 52 cm.
longitude Ouest de Londres
lieues nautiques de 20 au degré (nautic leagues 20 to a degree)
William Palmer Sculpt

C'est dans l'atelier londonnien du géographe-imprimeur William Faden qu'a été publiée en 1784 cette très belle carte marine (See Chart). Elle a été intégrée de fait au "General Atlas" produit par la firme de l'imprimeur en continuation de celui initié par Jefferys. En effet W Faden avait repris à son compte la célèbre entreprise, puis avait remplacé en 1783 Th Jeffreys comme Geographer du roi d'Angleterre (Georges III).
On peut distinguer deux grandes parties sur cette carte. La première qui présente la carte des îles. Elle est située essentiellement sur la partie gauche. La seconde partie, à droite, consituée d'une bande verticale où sont mises en évidence d'abord une réduction (au tiers) de la carte des îles assortie d'un tableau où figurent des coordonnées astronomiques, puis une succession de vues des îles.
La première partie cette carte marine s'inspire de la carte émise par le Dépôt de la Marine en 1775 (voir plus haut). Hormis les chérubins souffleurs d'alizés qui n'y figurent pas, elle est également lourdement chargée de rhumbs. Elle distingue les îles selon l'occupant (ou le colonisateur), le contour de chaque île est légèrement aquarellé afin d'identifier le colonisateur.

Le profil de la Martinique dans la carte de la Rochette, est conforme à celui présenté dans la carte de Verdun. Il reprennent tous deux les travaux réalisés par les Ingénieurs Géographes des Armées (Moreau du Temple, Hesse, ...).
La seconde partie est dans le ton des cartes marines de l'époque. Elle apporte des informations supplémentaires constituées par 23 vues des principales îles des Caraïbes. On sait que les marins étaient en général très demandeurs de ce type d'informations...les imprimeurs les inséraient alors fort volontiers pour pousser les ventes.
Certaines îles, selon leur importance respective, comptent plusieurs vues. Ainsi la Martinique est abordée sous 3 vues :

la 1ere : la montagne du Vauclain vue a environ 6 ou 7 lieues, sur un axe d'Ouest Nord Ouest

la 2nd : le rocher du Diamant et la Pointe des Salines vus à 2 ou 3 lieues, sur un axe Ouest - Nord - quart Nord

la 3e : la Pointe Ouest (?) à 3 lieues, vu sur un axe Sud Ouest

La carte en réduction (au tiers par rapport à celle situé à gauche) des îles Antilles présente une triangulation majeure qui ne veut pas dire son nom. Le tableau des coordonnées astronomiques se scinde en deux listes. D'une part, les coordonnées (latitude & longitude) qui ont été prises "à terre" (made on the Land) et d'autre part celles dont les relevés (dans ce cas seules les latitudes sont concernées) ont été fait "à la mer" (taken at the see).