Topographie et arpentage : ou l'art de lever cartes et plans



Évolution des techniques de restitution de l'art cartographique



Dans le « Langage des géographes » [à Nogent-Le-Rotrou, 1964], le père François de Dainville (1909, 1971) définit l'arpentage [ou arpenterie] comme le mesurage d'un terroir ou d'un héritage et l'action d'arpenter comme l'art et la science de mesurer les terres et les arpents. L'arpentage tire en effet son nom de l'unité de mesure de longueur et aussi de surface qu'est l'arpent. L'arpenteur est un homme intelligent en géométrie pratique, qui mesure les terres, les bois et en dresse les cartes topographiques et papiers terriers pour en faire le partage et asseoir les bornes.

Les arpenteurs on le conçoit fort bien, ont eu une contribution majeure dans la connaissance du territoire des îles et particulièrement de la Martinique, notamment de l'intérieur des terres [l'Hinterland]. La restitution de sa géomorphologie, de sa toponymie, ... ont été portées ensuite dans les cartes géographiques voire même dans certaines cartes marines. Le père Dainville reprend à juste titre les observations du géographe Robert de Vaugondy qui soulignait que : les ingénieurs qui se transportent sur les lieux pour les examiner par eux-mêmes et lever géométriquement les différentes situations doivent être regardés comme les « auteurs originaux ».

On comprend bien que sans la production de la « brique de base » qu'est le levé d'arpentage ou topographique, toute la fabuleuse construction de la géographie serait fragile. Les géographes ne faisant que combiner et discuter les matériaux précieux que les premiers [les arpenteurs] ont préparés..

Dainville poursuit son analyse et dit : ainsi les cartes géographiques sont construites d'après l'assemblage et la réduction des cartes chorographiques, elles-mêmes établies d'après les plans levés trigonométriquement sur le terrain. On ne peut donc séparer, comme on le fait trop souvent, les géographes des arpenteurs et des ingénieurs ... On perçoit bien la succession d'emboîtements qui va du détaillé au général.

Dès les premiers jours de la colonisation des Antilles, les arpenteurs royaux ont oeuvré au partage des terres pour borner les concessions attribuées aux colons par les Compagnies. Les coutumes en usage, les mesures, différaient selon les îles. Elles ont, plus souvent que parfois, évolué dans le temps. Ainsi au début de la colonisation en 1635, le « pas » valait 3 pieds [de roy] en Martinique, puis il s'est ajusté à partir de 1670, soit un peu avant le grand Terrier de 1671, à 3 pieds et demi. Tandis qu'en Guadeloupe le pas est resté stable, à 3 pieds.

La différence entre les mesures de longueur et de surface usitées dans les deux îles s'est traduite par une notion du « carré » particulière. Aux antilles françaises, les surfaces étaient évaluées en carrés qui avaient grosso-modo 100 pas de côté. Compte tenu de la différence entre le pas guadeloupéen et le pas martiniquais, le carré valait en Guadeloupe un peu moins d'un hectare soit 9 496 m2. Il valait en revanche à la Martinique près d'un hectare trente, soit 12 927 m2. On conçoit que cette différence pouvait perturber certaines transactions foncières, d'autant plus que les arpenteurs royaux oeuvraient, pour la plupart, à la fois dans les deux îles.
Tout comme de nombreuses autres disciplines, les techniques, la science de l'arpentage se sont formalisées et se sont normalisées au cours du temps. Les pratiques particulières ont fini par céder la place à une pratique collective encadrée. De nombreux auteurs entre le XVIe et le XIXe siècle ont contribué au sens du mouvement convergent. Leurs travaux ont abouti à des pratiques communes de représentation des territoires et de l'espace. Ils ont été également fondamentaux, dans leurs apports, à la naissance du futur service du Cadastre.

Durant ces siècles, la formalisation des principales sciences de la représentation du territoire, à grande comme à petite échelle (arpentage, topographie, chorographie, géographie, ...) se sont réalisées de conserve. Les unes empruntant aux autres, ou contribuant à l'alimentation du débat. Certaines techniques employées dans l'arpentage ont percolé vers la géographie, tandis que d'autres se sont enrichies des apports de la géométrie, des mathématiques, de la géodésie (triangulation). La modernisation des outils de mesure sur le terrain, l'élévation de leur précision, a été plus que souvent un facteur déterminant dans l'évolution des techniques, ainsi que sur le détail et le rendu du tracé.

Dans son ouvrage, le père Dainville récapitule les diverses contributions marquantes à l'évolution de l'arpentage et de la géographie : il énumère les « Traités d'arpentage », les « Traités sur les terriers », les « Traités sur l'art de lever et de laver les cartes et les plans » qui ont compté, en France entre le XVIe et le XIXe siècle, dans la genèse de la codification de la carte, dans la représentation du territoire et de ses paysages.

En France, les premières instructions établies par l'administation qui harmonisent et codifient le language des géographes sont celles dites de la « Commission de 1802 ». Comme l'affirme Dainville : Jusque-là point de règles uniformes, mais des échelles fixées d'après les anciennes mesures, non décimales, des rapports de longueurs traduits par des fractions à dénominateurs incommodes, le mélange dans une même carte, de la projection horizontale et de la projection perspective.

Á partir de 1802, les géographes militaires vont enfin disposer d'un « canevas » établi qui ne laisse plus guère de place à l'improvisation. La Commission de 1802 a bien « planché ». Par son travail elle a rendu uniformes les signes conventionnels en usage. Les échelles des cartes allaient dorénavant utiliser des rapports simples. L'unicité de projection pour une carte donnée fut adoptée et la projection horizontale préconisée. Et bien d'autres normalisations, à usage universel, furent promues par le travail de la Commission. Parallèlement, en novembre 1802 [12 brumaire An XI] le gouvernement a mis en oeuvre l'arpentage général de toute la surface du territoire français, opération d'envergure considérée aujourd'hui comme le prémice véritable à la création en France du Cadastre Général. Ce premier cadastre, partiel, est souvent qualifié de « cadastre de l'an XI ».

Mais avant la Commission de 1802, des instructions et des propositions avaient déjà été avancées sur la problématique de la standardisation des principes cartographiques. Catherine Bousquet-Bressolier [voir « Le Paysage des Cartes, genèse d'une codification », Musée des plans-reliefs, 1999], montre que dès la fin de la guerre de « sept ans » [1756-1763], une première instruction, celle de 1761, pose les bases d'une homogénéisation des pratiques, notamment chez les ingénieurs géographes militaires [du camp et des armées].
Selon Mme Bousquet-Bresollier : l'instruction de 1761 propose une méthode efficiente guidant l'ingénieur géographe dans son analyse du terrain de manière rationnelle et hiérarchisée. Elle permet de construire la carte et de rédiger le mémoire qui l'accompagne.. Cette instruction vise également à assurer une solide formation commune aux cartographes et géographes des armées dont une part non négligeable, passera ou était passée, par l'École du génie de Mézières créée en 1748. Ce qui ne fut pas le cas de Louis-Charles Dupain de Montesson (1713, 1803), géographe des armées qui reste l'un des plus célèbres membres du corps des ingénieurs-géographes. Il a contribué à modéliser et codifier certaines pratiques puis à les diffuser au plus grand nombre. Dupain a produit plusieurs ouvrages pédagogiques qui ont, en tout ou partie, servis de fondements aux réflexions de la Commission de 1802. Parmi ceux-ci, « La science de l'arpenteur » [1765], « Le spectacle de la campagne » [1773], « L'art de lever les plans » [1775] ont été des contributions importantes à la synthèse et à la transmission du savoir cartographique.

Dans cette page, l'évolution des techniques cartographiques sera étudiée principalement à l'aide des planches issues d'ouvrages de Dupain de Montesson. D'abord les planches du « Dessinateur au cabinet » (1760), qui préfigurent celles du « Spectacle de la campagne » (1787) véritable vademecum de l'ingénieur cartographe pour colorier ses cartes, puis les planches d'un ouvrage paru au milieu du XIXe siècle, celui de D. Puillé (d'Amiens) intitulé « Cours complet d'Arpentage ». Les différentes instructions académiques qui formalisent la carte (instructions de 1761, Commission de 1802, Commission de 1807, Commission de 1828, ...) serviront également de support à la trame présentée.

Au XIXe siècle, parmi les très nombreux ouvrages qui traitent de l'arpentage, celui de D. Puillé aura eu une longévité peu commune. Le nombre de ré-éditions excède certainement les 18 [voir notamment l'exemplaire disponible à Gallica datant de 1887]. L'ouvrage de D. Puillé a été plébiscité par les institutions et a fait florès.
Il présente deux planches (gravures sur acier) en fin d'ouvrage qui peuvent être comparées avantageusement à celles produites par Dupain.
D. Puillé rappelle [en 1851] qu'il ne peut, pour la construction d'une carte ou d'un plan topographique « civil », prescrire tel procédé plutôt que tel autre, attendu qu'il y en a encore aucun exclusivement adopté par les Arpenteurs-Géomètres. Nous avons donc suivi rigoureusement, pour le trait, les teintes ..., la méthode employée pour les dessins et le lavis des plans par le Dépôt de la Guerre.
Á la première parution de son ouvrage, D Puillé constate donc qu'aucune norme n'a été encore fixée pour l'établissement des cartes et plans, dans le domaine de l'arpentage. L'auteur réitère son propos en 1887 dans la 18e édition, celle-ci comporte quelques modifications qui ne changent pas "foncièrement" le contenu de l'ouvrage initial.
D. Puillé va se réfèrer aux conventions existantes adoptées par le dépôt de la Guerre, en 1802 puis élargies en 1828. On reste donc dans la lignée des propositions et conclusions de la Commission de 1802, contrôlée par le Dépôt de la Guerre. C'est celles qui paraissent convenir le mieux à l'arpentage. C'est pourquoi la comparaison des planches de Dupain et de Puillé à un sens.




Planches de Dupain de Montesson

Je vous livre l'introduction de Montesson telle qu'imprimée dans son ouvrage.

L'objet de cet ouvrage est de former des dessinateurs propres à suivre, à l'Armée, des officiers généraux. Il peut servir également à donner la pratique du dessin à ceux qui se destinent au Génie. En effet, ce n'est pas assez pour les premiers surtout, de savoir mettre au trait des plans et des cartes et d'avoir essayé à manier le pinceau, il faut encore connaître les couleurs par lesquelles on est convenu de désigner les différentes partie d'une fortification, d'un paysage, ... et la manière de les employer pour les représenter autant bien qu'il est possible.

Pour y parvenir, on a divisé ce Traité en 4 parties.

La 1ère enseigne à distinguer par des couleurs que l'usage a autorisées, tous les ouvrages faits ou projettés de l'Architecture Militaire mise en plan, tels que les remparts, parapets, taluds tant intérieurs qu'extérieurs, fossés secs ou inondés, glacis, corps-de-garde, casernes, etc.

La 2nde fait voir la manière de traiter le paysage qui environne une place, ou qui se trouve sur des cartes, tant générales que particulières, comme les montagnes, rochers, terres labourées, prairies, vignes, marais, etc. On y donne aussi la façon d'exprimer l'Architecture champêtre.

Dans l'une et dans l'autre, on a eu soin de parler de toutes ces choses dans le même ordre qu'elles doivent être.

Dans la 3e, on montre à exprimer le camp d'une Armée, sa marche et celle de son artillerie, ses mouvements dans une action, les travaux d'un siège, et commet on distingue, par différentes couleurs, les progrès que la tranchée fait chaque nuit, pour avance la prise d'une place.

Enfin, la 4e instruit des moyens de piquer et de reconnaître un dessin, de la calquer et contretirer, de mettre un plan ou une carte degrand en petit ou de petit en grand, et par supllément on y a ajouté la manière de mélanger les couleurs dont on se sert dans ces dessins.

Ceux qui ne savent « que mettre au trait », sans avoir jamais fait usage du pinceau, pourront avoir recours au « Traité de la science des Ombres », dans lequel ils apprendront, non seulement la manière de poser les teintes plates ou adoucies, mais encore à placer les ombres et les coups de force aux endroits convenables.


ndla : on se centrera ici sur la 2e partie que l'on réduira aux « objets » les plus représentatifs.

Dans l'ouvrage de Dupain « Le Dessinateur au Cabinet », semble manquer une 3e planche, citée plusieurs fois dans le texte mais inconnue. Les index deux planches connues (1 et 2) présentent parfois des incohérences avec les renvois effectués dans le texte. J'ai tâché dans cette présentation de rapporter, autant dque faire s'est pu, le descriptif à sa figure.

Dupain rappelle à bon escient que les techniques présentées ne concernent que les plans dont les traits ont déjà été réalisés : ...en supposant, ainsi qu'on l'a fait jusqu'ici, que le plan est mis au trait, et qu'il ne s'agit plus que d'y appliquer les couleurs convenables à chaque sujet. L'ouvrage ne donne pas d'indication déterministes sur le type de projection. Sur un même plan, la perspective jouxte souvent la projection horizontale. Dupain de dit rien sur les autres caractéristiques d'échelle, de coordonnées géographiques, voire d'azimut ....

Il s'agit donc de parvenir à codifier et universaliser les éléments de la nature afin d'en faire une représentation cohérente au travers de plans à grande comme à petite échelle. Les outils majeurs sont ici les couleurs et le pinceau servant à les appliquer. Le crayon intervenant parfois de façon légère.


Planche n°1 de l'ouvrage de Dupain de Montesson [l'ainé] : La Science des Ombres & Le Dessinateur au Cabinet.
à Paris, 1786 chez L. CELLOT [successeur de Charles-Antoine Jombert, 1ère édition à Paris en 1760].


Fig 2 - Des Montagnes : Pour représenter le plan des montagnes et des côteaux, on le fait avec une couleur composée d'encre de la Chine et de carmin, ou avec un mélange de gomme-gutte, de carmin et d'encre de la Chine, avec lequel on suit le contour de la montagne, adoucissant la couleur à mesure qu'on la pose, beaucoup plus du côté de la pente de la montagne ou du côteau que du côté de la crête.

Plus les montagnes sont hautes, plus la couleur doit être forte. Il faut cependant éviter qu'elle soit trop dure et observer que les parties « a » exposées au jour soient traitées et lavées plus légèrement que celles « b » qui sont dans l'ombre.

Lorsqu'on veut faire des montagnes avec un peu plus d'attention, il faut par-dessus la couleur déjà posée, faire des hachures au pinceau en sorte que les traits qu'elles formeront soient de diverses grandeurs, et que si ceux de dessus étaient continués de part et d'autre, de manière à se rencontrer, ils puissent former une espèce de « Berceau ». Et que ceux de dessous fassent avec les premiers, la figure d'un S, qui doit marquer le profil de la hauteur. Ces coups de pinceau donnés, comme nous le disons, représentent les hauteurs autant bien qu'i est possible de le faire sur un plan.

Fig 3 - Des Rochers : La manière d'exprimer les rochers plats ou élevés< est de mettre d'abord des masses de couleurs dans les parties des rochers qui se trouvent dans l'ombre, et comme ces parties ne sont pas toutes également sombres, il faut employer différents degrés de la même couleur, examinant bien, selon la figure du rocher les parties qui reçoivent moins d'ombre et qui par conséquent doivent être traitées plus légèrement. Ensuite avec la même couleur que l'on renforcit, on fait paraître des veines, des cassures, des masses pêtes à se détacher et enfin des saillies et des cavités toutes inégales et différentes les unes des autres.

Pour bien réussir à représenter les rochers, il faut imiter la nature, à quoi il sera aisé de parvenir dès que l'on évitera les régularités et les ressemblances aussi bien que la multitude des coups de pinceau, qui loin de perfectionner un rocher, fait une confusion qui ne ressemble à rien, pour tout dire en un mot : il faut que l'Art et le Goût agissent de concert.
Fig 4 - Du Sable : Pour exprimer le sable qui se trouve sur les bords de mer, des rivières, ou qui forme une île, on fait un mélange de carmin et de gomme-gutte, ce qui fait une couleur semblable à celle dont on se sert pour laver les fossés secs. On la pose le long du bord des eaux et on l'adoucit à mesure en s'en éloignant.

S'il faut représenter un banc de sable, on le lave avec une couleur plus claire et en lavant les eaux, on passe par dessus ce banc de sable, une couleur d'eau très légère. Si le dessin doit être recherché, on fait sur cette teinte rousse quantité de points ronds qu'on multiplie moins à mesure qu'ils s'éloignent de l'eau. Ce petits points se font ordinairement avec de l'encre de la Chine ou avec la couleur de sable, plus forte que celle de la teinte dont on a fait le fond, ou mieux encore avec du carmin.


Fig 5, 6 et 7 - Des Dunes : Les dunes se font quelquefois avec de l'encre de la Chine, mais plus ordinairement avec de la couleur de sable, qui leur convient beaucoup mieux, parce que ces levées sont de sable. Pour cela, on forme ordinairement avec un pinceau chargé de cette dernière couleur, la figure de chacune, puis on met à leur droite un peu de cette couleur, qu'on adoucit vers leur gauche. Quand cette couleur est sèche, on donne quelques légers coups de pinceau, ainsi que la figure 5 de la première planche le fait voir, afin de mieux exprimer ces levées et empêcher qu'elles ne paraissent aussi régulières que des cônes. Si au lieu des coups de pinceau dont nous parlons on prend le parti de les pointiller, elles ont encore plus de ressemblance (fig 6).

On doit faire des dunes de différentes hauteurs et grosseurs et assez inégales entr'elles, pour imiter, autant qu'il est possible, celles que la nature nous fait voir sur les bords de la mer.

On représente encore les dunes dans le goût que la figure 7 le fait voir. Cela convient quand, au lieu de les exprimer en élévation, on les veut en plan, afin d'en apercevoir la figure et l'étendue.





Planche n°2 de l'ouvrage de Dupain de Montesson [l'ainé] : La Science des Ombres & Le Dessinateur au Cabinet.
à Paris, 1786 chez L. CELLOT [successeur de Charles-Antoine Jombert, 1ère édition à Paris en 1760].

Fig 1 - Des Chemins, Chaussées et Digues : La fortification du plan étant entièrement lavée, on trace les chemins au crayon ou avec de l'encre pâle (s'ils ne l'ont pas été en même temps qu'on a mis le plan au trait), on en fait les deux côtés paralèlles. Si le plan est fait sur une grande échelle et que le chemin soit creux, on y met une couleur de fossé sec, du côté où une ombre conviendrait, pour le faire paraître enfoncé et on adoucit cette couleur vers l'autre côté. Si au contraire le chemin doit paraître élevé, on met une ombre d'encre claire le long et en dehors de ce chemin afin de le détacher et le faire distinguer du reste de la campagne. Après avoir mis extérieurement une ombre plate, on met dans le chemin une teinte rousse extrêmement pâle.

Quand l'échelle du plan est fort petite, on met simplement une teinte plate dans les chemins.

Les chaussées se distinguent par des petites hachures que l'on fait sur les côtés, ou mieux encore, on les exprime ainsi que les grands chemins, par des doubles lignes qu'on met de part et d'autre de leur largeur, et s'ils n'ont point de fossés sur leur bord, on écrit le long d'une des deux lignes : « grand chemin et chaussée de "Saint-Pierre" à "Fort-Royal" ».

Une digue s'exprime aussi par quatre lignes parallèles qui forment trois espaces. Celui du milieu exprime la largeur de la digue à sa partie supérieure, les deux autres marquent celle de ses taluds. Afin de faire sentir son élévation et les taluds qui la soutiennent, on en hache les bords, de même qu'on hache ceux des chaussées [et cela de la manière que le fait voir la figure 1]. Il est encore mieux de laver les deux taluds d'une digue avec un filet d'encre adoucie comme au glacis, et d'y passer après une teinte verte très légère.


Fig 2 - Des Ravins et Carrières : On exprime les ravins avec la couleur dont on s'est servi pour les montagnes. On la pose aux extrémités supérieures et on l'adoucit vers le fond du ravin et point du tout ou très peu vers le haut. On fait de part et d'autre des côtés du ravin, de petites hachures de différentes grandeurs afin que leurs pentes ne ressemblent point à un talud bien uni.

Á l'égard des carrières on commence par en tracer, légèrement avec le pinceau, la figure supérieure et ensuite l'inférieure, dont il y a toujours quelques parties de retour cachées par les parties saillantes de la plus élevée. On met à plat, du haut en bas de la carrière, des masses de couleur plus ou moins fortes selon que les parties où l'on les pose sont plus ou moins dans l'ombre. Après cela, on donne à propos quelques coups de pinceau pour faire paraître des lits, des cassures et des ressauts, qu'on peut facilement faire voir dans les endroits saillants, où il convient de marquer le profil de la carrière ainsi que le montre la figure 2.


Fig 3 et 4 - Des Terres Labourées : Dans tous les endroits où l'on veut faire des terres labourées, on met une teinte plate verte, rousse ou rouge, extrêmement claire et si faible qu'elle diffère très peu du fond du papier. Cette teinte étant posée, on trace dessus légèrement avec un pinceau les sillons de chaque pièce de terre que l'on fait avec deux ou trois des couleurs suivantes. Á savoir avec du vert de plusieurs sortes, que l'on compose de couleur d'eau et de seule gomme-gutte mêlées suivant différentes proportions, selon que l'on veut rendre la couleur plus ou moins verte, ou plus ou moins jaune avec de la gomme-gutte très claire, avec du carmin et du jaune mélangés et quelquefois encore avec de l'encre de la Chine où l'on ajoute très peu de carmin.

Les sillons des terres labourées se tracent parallèlement les uns aux autres sur la longueur des pièces, autant qu'il se peut. On ne met point bout à bout les sillons des différentes pièces à moins qu'elles ne soient séparées par un chemin, par une haie, ou par un ruisseau. Ce n'est pas qu'il ne s'en trouve pas de même dans les champs, mais sur un plan, une pareille rencontre fait un mauvais effet. Les sillons de chaque pièce doivent être disposés de façon que leurs extrémités viennent aboutir sur la longueur de ceux d'une autre pièce, ainsi que la figure 3 le fait voir.

On exprime encore les terres labourées d'une façon bien différente de celle que nous venons d'enseigner. Pour cela on n'y met point de teintes générales, mais on en met de particulières sous chaque pièce. Ces teintes qu'on fait très claires et de la couleur dont la pièce doit être labourée, se mettent dans l'intérieur de la pièce aux côtés qui seraient dans l'ombre, et s'adoucissent vers ceux qui n'y seraient pas. Quand elles sont sèches, on trace des sillons verts sur les teintes rousses, etc. Ensuite on fait sur chaque sillon quelques petits points verts, observant d'en mettre beaucoup moins aux sillons, qui sont du côté du jour qu'aux autres, et moins aussi à l'extrêmité de chaque sillon qui aboutit au côté éclairé. Il faut que les pièces de terre soient inégales, et éviter qu'elles représentent un échiquier.

Quand le pays est planté, on met des arbres , des buissons, des bouts de haies, etc. aux extrêmités des pièces, quelquefois dans l'intétieur et aussi le long des chemins, en ayant soin de faire toutes ces choses de différentes grandeurs, de les répandre sans confusion et comme par hasard ainsi qu'on le voit dans la campagne. On enseignera ci-après la manière de faire les arbres, les buissons ...


Fig 7 - Des Prairies : Pour représenter des prairies, on commence par y poser une teinte verte, faite avec du jaune et de la couleur d'eau, ensuite lorqu'elle est bien sèche on fait par dessus quantités de petits points variés, parmi lesquels on représente quelques petites touffes d'herbe, les unes s'épanouissant, et les autres formant la pomme, ces petits points et ces touffes d'herbe, se font avec du vert des vessie. La teinte semée ainsi que nous venons de le dire, représente le beau tapis qui caractérise les prairies dans lesquelles - par goût ou par nécessité - on met des arbres groupés de différentes grandeurs. Pour faire paraître une prairie nuancée, on ne met pas la teinte à plat, mais à divers endroits on l'adoucit, ensuite on achève la prairie comme on vient de le dire.

Une autre façon de représenter les prairies, c'est de faire, sur la teinte mise à plat, avec un pinceau chargé de vert un peu plus fort, c'est-à-dire, plus bleu ou plus jaune que le fond de la prairie, une infinité de petites lignes inégales parallèles à la base du plan. Afin qu'elles fassent un bon effet, on les dispose de manière qu'elles ne se trouvent pas directement les unes à côtés, ou sous les autres. C'est cette espèce de dérangement qui fait la beauté de cette prairie, qu'on augmente en y fermant des points, ainsi qu'il a été dit.

Quand le dessin, tel que serait celui d'une carte particulière, exige plus d'exactitude que d'ornements, on se contente de mettre seulement la teinte partout où il y a des près, sans autre augmentation.


Fig 5 - Des Vignes : Dans les endroits où il faut faire des vignes, on met d'abord une teinte plate d'un vert très clair tirant sur le jaune, que l'on fait avec un tiers de couleur d'eau et deux-tiers de gomme-gutte. Quand ce fond est sec, on fait dessus des sillons avec une couleur rousse très légère et ensuite on arrange, sur ces sillons, des échalats autour desquels, avec de l'encre de la Chine, ou du vert de vessie on fait une espèce d'S, qui représente le cep de vigne, qu'on exprime encore de la manière suivante : on traverse chaque échalat par plusieurs petites lignes parallèles et horizontales qui vont en décroissant du pied de chacun vers son sommet.

Si les vignes sont situées sur des hauteurs, les sillons de celles qui sont sur leur pente, doivent faire une courbure, qui en marque à peu près les profils, et être plus étroits par leurs extrêmités vers le sommet de la hauteur, que du côté du pied. Les échalats se font à la plume avec une couleur de bois, perpendiculairement sur la base du plan, ils ne doivent point excéder la hauteur des tiges d'arbres et lorsqu'ils sont faits, on marque au pied de chacun, parallèlement à la base du plan, l'ombre qu'ils causent sur la terre.

La séparation des pièces de vignes se fait avec des bouts de haie et des arbres fruitiers, on en met aussi quelques-uns comme par hasard, dans l'intérieur des pièces. Lorsque rien ne sépare les pièces de vignes, on évite de la mettre bout-à-bout, ainsi que nous avons dit au sujet des terres labourées. Comme les vignes ne sont pas toujours aussi bien arrangées que nous venons de le dire, surtout quand elles sont vieilles, il faut dans quelques-unes, placer indifféremment des ceps entre les sillons, afin d'en déranger la symmétrie. Quelquefois aussi, on fait les sillons assez larges, pour les mélanger avec d'autres sillons. Ces sillons s'expriment de même que ceux des terres labourées, avec une couleur telle qu'il plaît, cependant la verte est la plus convenable. Le goût demande aussi qu'on entremêle quelques pièces de terres labourées entre celles des vignes.


Fig - Des Bruyères et des Friches : Pour exprimer des bruyères, on commence par faire un fond de différentes couleurs, savoir avec du bleu, du vert, du carmin et du roux, avec lequel on fait des petites monticules et à mesure qu'on pose ces couleurs qui doivent être légères, on les adoucit. Quand elles sont sèches, on brindille, ou on sème dessus les points et des ronces, faits avec de semblables couleurs, mais plus fortes que celles du fond.

A l'égard des friches, on pose d'abord deux verts plus jaunes l'un que l'autre, qu'on adoucit à mesure, puis on brindille dessus avec du roux et du vert de vessie, de la manière dont on brindille les prairies


Fig 9 - Des Marais : Pour faire des lieux marécageux, il faut poser par zigzag une couleur d'eau pâle qu'on adoucit vers les côtés éclairés. Puis on met dans les espèces d'îles et de presqu'îles que forment les zigzags, une teinte verte sur laquelle on brindille, faisant ainsi qu'aux prairies trois ou quatre touffes d'herbes en un lieu, plus ou moins dans un autre, environnés de petits points semés dans le même goût. Sur les bords de ces zigzags du côté de l'ombre, plus que de l'autre, et aussi par hasard dans quelques-uns et même dans les endroits où il n'y a point d'eau, on fait des roseaux de différentes grandeurs, que l'on courbe comme il le sont, surtout lorsque le vent les agite. ces roseaux se font ainsi que les touffes d'herbes, mais un peu plus hauts et tels que la figure 9 les représente. On ajoute ordinairement à tout cela, de petites lignes fines et parallèles entr'elles, et à la base du dessin, sur les bords des zigzags du côté de l'ombre et aussi quelques-unes dans les terres.


Fig 10 - Des Jardins : Les jardins se tracent avec une encre très pâle ou avec du vert de vessie. Soit qu'on ponctue leurs contours ou qu'on les tire en lignes, il faut que les côtés qui sont le moins éclairés soient tracés ou ponctués très légèrement, et les autres imperceptiblement. Il convient de donner aux jardins une forme régulière pour l'ordinaire on les faits quarrés, parallèlogrammes, trapèzes, et aussi triangulaires. On en divise quelques-uns en quatre parties, au milieu desquelles on fait quelquefois un quarré, un cercle ou un ovale. A d'autres, on y fait des plates-bandes qui les environnent et dans lesquelles on met une couleur claire quelconque qui doit être plus faible à certains côtés qu'à d'autres.

On laboure l'intérieur des jardins avec deux ou trois couleurs différentes, celles dont on se sert le plus souvent pour cela sont : du vert, de la gomme-gutte et du carmin. En ayant grand soin que ces couleurs ne soient pas trop fortes et que les sillons aient beaucoup de délicatesse. Quelquefois aussi, au lieu de labourer les jardins, on y adoucit vers les côtés les moins marqués différentes couleurs, posées dans leurs intérieurs le long des côtés les plus sensibles. on fait encore des jardins en mettant dans chacun une teinte verte très pâle sur laquelle on trace des sillons de même couleur.

Les jardins étant ordinairement plantés, on met de petits arbres dans le milieu des uns, aux coins des autres et indifféremment dans quelques-uns et ces arbres se font en même temps que ceux du reste du plan, de la manière que nous allons enseigner.


Fig 13 - Du Bois, des Arbres et des Haies : Lorsqu'aux environs d'un plan ou sur une carte, il se trouve des bois, pour les représenter, on commence d'abord par mettre intérieurement le long des lisières un vert tirant sur le jaune et on l'adoucit à mesure en venant vers le centre du bois, s'il est fort étendu, en sorte qu'après que la couleur est adoucie, il reste un fond qui ne diffère presque point de celui du papier, on prend le parti de passer par dessus la première couleur qu'on aura bien laissé sécher, une teinte de cette même couleur, mais beaucoup plus claire.

Si les bords du bois ne sont pas bien marqués, nous entendons que les arbres y soient répandus en beaucoup plus petit nombre qu'ailleurs, en sorte qu'ils ne forment point une enceinte facile à exprimer, alors il faut mettre la teinte à plat et l'adoucir sur les extrémités du bois, au contraire de ce que nous venons de dire. Lorsque cette teinte est sèche, et qu'on veut y mettre les arbres, on fait, avec de l'encre de la Chine, des traits circulaires ou elliptique, pour en représenter les têtes, au dessous desquelles on forme en même temps la tige de chacun par une ligne verticale, et tout de suite, à l'extrémité inférieure de cette ligne et sur la droite, on en tire une autre horizontale de la même grandeur, pour exprimer l'ombre de la tige. Quand on fait la même chose à tous les arbres, on place dans l'intérieur de la tête de chacun et sur la droite, l'ombre qui convient suivant la grosseur, et à l'extrémité à droite de la petite ligne horizontale, qui désigne l'ombre de la tige, on fera l'ombre de la tête.

On exprimera les buissons et les haies de la même manière, excepté qu'on n'y fera point de tiges, et que l'ombre commencera immédiatement au dessous du buisson ou de la haie, et toujours sur la droite.

Une manière encore plus prompte et usitée de faire les arbres, est de poser sur le fond quantité de points groupés de différentes grosseurs, avec un pinceau chargé d'un vert qui approche beaucoup la couleur des arbres. Après avoir ainsi « poché », on forme les arbres par des traits circulaires et elliptiques, qu'on fait à droite de chaque point vert et par d'autres lignes un peu détachées de ces points, que l'on tire parallèlement à la base du dessin. On multiplie ces lignes qui se font, ainsi que celles qui forment la tête des arbres, avec de l'encre de la Chine. Entre les arbres on sème quelquefois des points, ainsi que dans les prairies. Les arbres et les haies que l'on met, tant dans les terres labourées que dans les prairies, jardins, vignes, etc. se pochent dans le même sens et se font comme il vient d'être dit, excepté qu'aux haies, la petite ligne se trace toujours immédiatement au dessous du point poché.


Fig 14 - Des Rivières et Ruisseaux : Nous avons dit qu'en lavant les fossés inondés sur un plan de fortification, on mettait tout de suite la couleur d'eau dans les rivières, ruisseaux, etc. mais quand il y a un paysage à représenter aux environs du plan, la couleur d'eau ne doit être mise que la dernière, tant au plan que dans la campagne, le carmin doit aussi être posé des derniers, de crainte qu'il ne se salisse et ne perde son éclat, pendant qu'on emploie les autres couleurs. Il faut observer quand on pose la couleur d'eau le long des bords d'une rivière, d'un ruisseau, d'un étang, etc, de la mettre un peu plus large aux côtés qui sont dans l'ombre qu'aux autres t de l'adoucir à mesure. Si toutes ces choses, ou quelques unes d'entr'elles, sont extrêmement étroites, alors on se contente d'y mettre de la couleur d'eau à plat.


Fig 14 - Des Inondations : Pour marquer une inondation, on met à plat, sur tout le pays où elle s'étend, une teinte pâle de couleur d'eau, ou bien on met seulement sur les bords que l'on adoucit avec une teinte très légère de la même couleur. Si l'inondation couvre le lit d'une rivière, un ruisseau, etc. on aura eu attention de les mettre au trait plus légèrement que le reste du plan, et de ne les laver qu'après que la teinte, qui représente l'étendue de l'inodation, aura été posée. On exprimera toutes ces choses, ainsi que nous l'avons enseigné, avec cette différence qu'on les rendra moins sensibles, parce que l'inondation les couvrant, on ne les représente que pour connaître ce qui existe sous les eaux de l'inondation.




Planches de D. Puillé (d'Amiens)




D. Puillé prévient préalablement le lecteur sur l'utilisation des planches de son ouvrage :
ces tableaux n'ont pas été construits d'après une échelle, afin qu'ils pussent présenter certains détails plus distinctement ; ils serviront par conséquent à donner une idée bien exacte de l'ensemble de la représentation des signes qui caractérisent chaque terrain ou chaque culture. MM. les professeurs pourront donc faire copier à leurs élèves les diverses parties de ces tableaux comme des modèles de dessin.

Je présente ici les préconisations de D. Puillé, issues de la publication de 1851, pour certains objets seulement. Pour le reste, je renvoie le « visiteur » à l'exemplaire disponible sous Gallica [1887]. Afin de simplifier la présentation ci-dessous, j'ai associé pour chaque objet présenté le texte relatif « au trait » et le texte relatif « au lavis » qui sont disjoints dans l'ouvrage de D. Puillé.

Planche n°1,  cours complet d'Arpentage de D. Puillé, 1851
Planche n°1 de l'ouvrage de D. Puillé (d'Amiens) : Cours complet d'Arpentage. à Paris, 1851 chez CH. FOURAUT.
TOPOGRAPHIE. Teintes et signes conventionnels.

9. ARBRES. On ne peut exécuter convenablement les arbres qu'en s'exerçant beaucoup à reproduire des feuilles isolées et des groupes de feuilles ; néanmoins, avec beaucoup d'attention, on arrivera à surmonter les obstacles que présente ce travail. Le plus souvent on soumet les arbres à la projection horizontale c'est la transformation géométrique, associant à tout point d'une figure, l'intersection de la verticale de ce point avec le plan horizontal. Aujourd'hui elle est parfois appelée projection verticale !!! et l'on exprime leurs diverses natures par des ombres portées de gauche à droite, comme l'indique la figure. Ces ombres portées sont formées par de petites tailles très fines et très rapprochées les unes des autres ; elles sont dirigées de manière à former un angle de 45 degrés avec la base du dessin, ou bien elles sont parallèles à celle base. Les ombres portées nous font distinguer facilement les neuf arbres principaux que nous avons voulu figurer ici, savoir : le chêne, l'Orme, le frêne, le pin, le sapin, le peuplier, le pommier, le tilleul et le saule.

Les arbres sont lavés avec la même teinte que les forêts ou les bois. Quant à l'ombre portée, on lui donne une légère teinte de sépia.

18. HABITATIONS. Les habitations sont représentées suivant la forme de leur base ; on les suppose, coupées à 60 centimètres au-dessus du niveau du terrain et l'on trace sur le plan toutes les lignes que forment les murs et les cloisons. On détaille les portes, les fenêtres, les escaliers, etc. ; l'intérieur du dessin est rempli par des hachures fines, serrées et tracées parallèlement dans une même direction. La ligne du côté qui reçoit la lumière est fine ; la ligne opposée est exprimée par un trait plus ou moins prononcé.

Toutes les habitations sont lavées au moyen d'une teinte pale d'un beau carmin léger, pour les massifs un peu étendus, et d'une teinte plus forte, pour les surfaces moins importantes.



Planche n°1,  cours complet d'Arpentage de D. Puillé, 1851
Planche n°2 de l'ouvrage de D. Puillé (d'Amiens) : Cours complet d'Arpentage. à Paris, 1851 chez CH. FOURAUT.
TOPOGRAPHIE. Teintes et signes conventionnels.

22. 23. 24. PORTS. JETÉES. PHARES. Un port se dessine d'après le plan qu'il représente ; on établit les quais et tous les détails qui se trouvent placés sur la rive. Les eaux se filent par des lignes parallèles légèrement ondulées ; elles suivent le contour des rivages. Un port s'indique par deux ancres croisées. On dessine une jetée suivant son plan, au moyen de lignes droites et de lignes courbes. Le phare s'indique par un petit rond surmonté d'une liane verticale à l'extrémité supérieure de laquelle se trouvent deux petits traits qui se coupent à angle droit.

La jetée reçoit une teinte, légère formée de gomme-gutte et d'une pointe de carmin ; et le phare est lavé au carmin.

25. 26. 27. SABLES. DUNES. GALETS. Les sables sont dessinés par un pointillé uni et fin, plus serré sur les bord que sur le centre des bancs et surtout sur les côtés qui portent ombre. On dessine les dunes comme les sables; le pointillé est un peu moins sensible,et quelques petites élévations y sont figurées.
Les galets ou cailloutages sont figurés par de petits ronds uniformes sur lesquels on place quelques points, surtout du côté qui porte ombre.

Le fond de sable se lave avec une teinte plaie d'une couleur aurore, elle est composée de 4 parties de gomme-gutte, de 2 parties de carmin et d'une partie d'encre de Chine. Les dunes, ou montagnes de sable qui arrêtent l'inondation, se lavent comme les sables ; seulement, on a soin d'indiquer par l'ombre la base et la cime. Les galets reçoivent, une teinte formée de 8 parties de gomme-gutte, de 2 parties de carmin et d'une partie d'encre de Chine.

28. 29.ILES. BANCS DE SABLE. Les îles sont dessinées suivant leur plan ; elles peuvent donc présenter des formes variées, mais elles sont toujours déterminées par une ligne courbe. Les bancs de sable sont dessinés comme les îles ; seulement, le pointillé de la surface est plus serré sur les bords qu'au centre.

Les îles se réservent en blanc ; les bancs de sable se lavent comme les sables.

30. ROCHERS SUR LA CÔTE. Les rochers présentent des formes plus ou moins variées ; on exprime à la plume, et au moyen de hachures plus ou moins serrées, les brisures qui caractérisent ces masses de pierres. Les hachures permettent de faire sentir les cavités plus ou moins profondes des différentes dégradations de la lumière, qui peuvent seules donner aux objets le relief convenable.

On passe une feinte de sépia sur les faces inclinées des rochers qu'on suppose être privées de lumière ; les faces exposées au jour reçoivent un glacis l'une très légère teinte de jaune indien sali d'une demi-pointe de sépia ; enfin les rochers reçoivent des tons jaunâtres, roussâtres et violacés, placés en opposition.

31. 32. RÉCIFS. PÊCHERIES. Les récifs ou brisants sont indiqués au moyen d'un amas de croix simples,lorsqu'ils sont visibles sur les eux ; lorque les récifs constamment cachés, on les indique sur le dessin par des doubles croix. On représente une pêcherie ou madrague par des lignes ponctuées, dont chaque extrémité est terminée par deux petits traits correspondait à l'endroit où elle est maintenue dans la mer.

Les récifs et les pêcheries ne s'indiquent que par des traits.

35.36. FLEUVES, RIVIÈRES. On dessine les bords des fleuves ou des rivières par deux lignes tremblées ; celles qui reçoivent le jour doivent être plus légères. Pour représenter les eaux, on emploie deux méthodes :

1° - la méthode des eaux filées : la méthode des eaux filées consiste à tracer une certaine quantité de lignes parallèles et légèrement ondulées ; ces lignes suivent exactement les contours ou sinuosités des bords et sont d'autant plus légères et plus écartées les unes des autres qu'on avance davantage vers le milieu du cours d'eau. On représente ainsi les eaux des fleuves, des rivières, des canaux et d'un cours d'eau.

2° - la méthode des eaux hachées : la méthode des eaux hachées a pour objet, la représentation des eaux par des lignes droites, parallèles et horizontales partant toutes du rivage et allant s'adoucir à quelque distance ; lorsque la surface est un peu étendue, souvent on glisse un autre trait plus fin entre les premiers et près du rivage ; ce trait se nomme entre-taille. On représente ainsi les eaux des mers, des lacs et des étangs. Pour indiquer la direction des cours d'eau, on dessine une flèche dans le milieu de leur lit, et dont la pointe est dirigée dans le sens du courant, c'est-à-dire en aval. On représente les rivières comme les canaux ou les fleuves.

On lave les fleuves et les rivières avec une teinte formée d'une partie de bleu de Prusse ou d'indigo et de 18 à 20 parties d'eau.

REMARQUE : pour laver convenablement les eaux, après avoir mis la teinte plate, on renforce les bords du côté de l'ombre au moyen d'une teinte bleue formée d'une partie de bleu de Prusse et de 8 parties d'eau. Cette teinte s'applique d'une largeur proportionnelle à l'étendue de la surface occupée par l'eau ; on l'adoucit à mesure qu'on s'avance vers le milieu. On agit de la même manière pour le bord placé du côté du jour, en employant une teinte moitié moins forte.

37. FRONTS DE FORTIFICATION. Les fronts de fortification comme tout ce qui est construction, se représentent par le plan d'après lequel on les a construits ; chaque partie, eaux, murs, etc., est dessinée conformément aux principes que nous avons établis précédemment.

Tout, ce qui est maçonnerie dans les fortifications se lave au carmin ; les objets de terre ou le bois se lavent avec l'encre de Chine ; enfin, on lave les eaux, les glacis, les bâtiments, suivant les principes données précédemment pour chacun de ces objets.


38. FORTS. Ce que nous avons dit des fronts de fortification peut s'appliquer aux forts.

Le fort sera traité comme les fortifications pour chacune des parties qui le constituent.

39. BATTERIES ET PARALLÈLES. Les batteries se dessinent en traçant un rectangle dans lequel on établit les angles qui représentent les meurtrières. Les parallèles sont formées de deux lignes tracées parallèlement l'une à l'autre ; elles en coupent d'autres tracées dans les mêmes conditions.

Les batteries sont mises au rouge carmin ; les parallèles peuvent être réservées en blanc ou recevoir une légère teinte de sépia.

51. RUISSEAUX ET MONTAGNES.Les ruisseaux s'indiquent par un seul trait effilé vers l'endroit où se trouve la source. Le dessin des montagnes, ayant donné lieu à un grand nombre de discussions parmi les savants et les artistes, a été le sujet de plusieurs systèmes différents. Nous adoptons, dans cet ouvrage, le système qui consiste à imaginer par la pensée les courbes que décriraient les gouttes de pluie en tombant perpendiculairement sur la surface de la terre.

Dans le trait relatif aux montagnes, on distingue deux sortes de tranches :
1° les tranches ou courbes horizontales, menées dans le flanc de la montagne ; 2° les tranches verticales, menées du sommet à la base.
on trace d'abord légèrement au crayon les tranches horizontales, en parlant du sommet de la montagne, puis des hachures ou tranches verticales, en allant de gauche à droite et normalement à la partie supérieure ; ces hachures doivent, être légèrement tremblées, afin de ne pas offrir une raideur désagréable à l'oeil.

Lorsqu'on trace une section de hachures verticales, on a soin de ne pas faire dépasser la partie inférieure de ces hachures ; car on éprouverait delà difficulté à bien reprendre la section inférieure suivante : on agira de même jusqu'au pied de la montagne. Pour indiquer, sur une montagne, une pente rapide, on emploie des hachures serrées, afin de forcer le ton. Dans les pentes légères, on fait usage de hachures espacées, pour éclairer le ton. Quant à la partie du sommet située dans l'ombre, on force le ton du trait et, dans la partie éclairée, on emploie des traits nets et fins.

REMARQUE : si les tranches horizontales sont éloignées les unes des autres, on établit deux sections de tranches de longueurs à peut près égales, l'une au-dessous de l'autre ; le trait de ces tranches horizontales ne doit pas être trop prononcé, car ces lignes n'existent réellement pas ; elles sont déterminées par la reprise des tranches oui hachures verticales ; cependant on indique par quelques traits tremblés et interrompus la direction des tranches horzoïitalcs.


Les ruisseaux sont indiqués par un seul trait en bleu, effilé vers la source. Les montagnes prennent une teinte formée d'une partie d'encre de Chine, d'une partie de sépia et d'une pointe de bleu de Prusse.

Les eaux de la mer sont lavées avec une teinte formée d'une partie de bleu de Prusse, d'une demi-partie de gomme-gutte et de 20 à 24 parties d'eau.


Prescriptions générales données par l'auteur D. Puillé pour ce qui concerne les couleurs, le lavis général d'un plan, ou le lavis particulier des eaux.


558. Couleurs. On emploie dix couleurs principales pour le lavis des plans: l'encre de Chine, le carmin, la gomme-gutte, le bleu de Prusse, la sépia, le minium, le vermillon, le vert émeraude, le bleu de cobalt, le jaune indien. Par le mélange de ces couleurs dans des proportions déterminées, on produit, toutes les teintes conventionnelles analogues aux genres de culture qu'on veut représenter. Nous avons adopté les teintes en usage aux bureaux topographiques du Dépôt de la Guerre.


573. Pour laver un plan topographique, on commence par les terres labourées; ensuite on lave les vignes, les près, les bois, les broussailles, les friches, les jardins d'agrément, etc... Les eaux et les bâtiments sont lavés les derniers, afin que la teinte du carmin puisse conserver toute sa vivacité.

574. On lave les eaux au moyen d'une teinte très pâle, attendu que le bleu est assez difficile à employer ; en outre, comme les eaux sont toujours placées dans les endroits les plus bas des terrains et qu'on les aperçoit les dernières, les teintes qui les indiquent doivent être d'une intensité inférieure à celles des autres objets. Les eaux sont mises en bleu à cause de la couleur du ciel, qu'elles paraissent réfléchir.



sources :
1 - « Le language des géographes » - François de Dainville, 1962.
2 - « Le Paysage des cartes, genèse d'une codification» - Catherine Bousquet-Bressolier, 1999
3 - « Le Dépôt général de la Guerre et la formation des ingénieurs géographes militaires » - Patrice Bret, 1991
4 - « Mémorial du Dépot de la Guerre», tome 5 - rapport de la Commission de 1802, 1803
5a - « La science de l'arpenteur » - Dupain de Montesson, 1765
5b - « Le spectacle de la campagne » - Dupain de Montesson, 1773
5c - « L'art de lever les plans » - Dupain de Montesson, 1775
6 - « Cours complet d'Arpentage » - D. Puillé (d'Amiens), 1851
7 - « L'idée de nature des classiques et la cartographie des côtes » - Catherine Bousquet-Bressolier