Jean-Joseph Verguin (1701, 1777)

Originaire de Provence, né à Toulon, Verguin eut une vie remplie d'aventures et de voyages maritimes.

Il a accompagné le père jésuite, le scientifique de renom Antoine Laval lors de sa mission à la Louisiane. Dans sa « relation », Laval écrit au le chapitre qu'il consacre aux observations astronomiques réalisées à Madère [Funchal] : j'étais accompagné du Sieur Verguin, mon Dessinateur, qui m'a aidé dans toutes les observations [ndla : astronomiques] du voyage. Il précise que le Sieur Verguin l'aidait à contrôler et à fixer le « temps » [c'est-à-dire : réglage de l'horloge sur la hauteur méridienne, pendule, ...]. Il notait précisément l'heure, la minute et la seconde de chaque observation. C'était essentiel pour effectuer les bonnes déterminations (calculs, corrections, ...). Durant cette mission, le Sieur Verguin n'a pas chômé : aide dans les observations ; et surtout copie de nombre de cartes et plans qui viendront illustrer le compte rendu du Jésuite.


La relation du Père Laval porte une attention particulière au port de Pensacola et aux évènements qui s'y déroulèrent durant l'année 1719, entre le mois de mai et le mois d'octobre. Laval précise d'ailleurs honnètement dans son propos cette rade [ndla : Pensacola] où je n'ai pas été .... Donc logiquement J-J Verguin non plus. L'expédition n'est pourtant pas passé bien loin de la rade de Pensacola.

Le jésuite relate des évènements qui lui ont été décrits par les protagonistes français qu'il rencontre lors de son séjour en Martinique et à la Louisiane. Il illustre ses propos en se basant sur une carte de la rade et les informations que lui a communiquées M. de Vienne commandant le vaisseau royal : « Le Triton ». En mai 1719, les français viennent prendre aux espagnols le port de Pensacola, mais dès le mois d'août de la même année ces derniers reprennent la place. Peu de temps après, en septembre, un renfort inopiné permet aux français de reprendre aussitôt la rade. La dernière attaque des français a lieu le 9 septembre 1719, elle est conduite sous le commandement de M. de Champmeslin avec 3 vaisseaux royaux [L'Hercule de 64 canons, commandé par de Champmeslin chef d'escadre, Le Triton de 54, commandé par M. de Vienne et Le Mars de 60]. Deux navires armés de la Cie [L'Union (36 pièces) et Le Philippe de 24 canons] sont venus renforcer la force de reconquête de Pensacola.

De ces évènements restent de nombreuses traces. BNF-Gallica dispose par exemple d'un large portefeuille consacré à Pensacola (cartes et plans de différentes époques) dans lequel apparaissent des documents attribués à Jean-Joseph Verguin (qu'il aura recopiés). Le portefeuille contient notamment une carte de la situation de l'escadre de M. Champmeslin dans la rade de Pensacola.

Le Dessinateur Jean-Joseph Verguin deviendra ingénieur de la Marine. Il aura l'occasion de lever plusieurs cartes hydrographiques de mouillages de Méditerranée. Il exercera notamment à Toulon, port au demeurant bien connu de Laval qui y a professé en hydrographie. Toulon, c'est aussi le port d'où partit et revint l'expédition de la Louisiane de 1720. Il est probable que le religieux a enseigné l'art de l'hydrographie à son Dessinateur à Toulon ou ailleurs... Peut-être même durant la mission de Louisiane. Et pas seulement, Verguin ayant appris le béaba en matière d'astronomie. Selon Laval c'est le Conseil de Marine qui aurait choisi le jeune homme pour le mettre à sa disposition. Jean-Joseph Verguin, né en 1701, avait 19 ans lors de l'expédition de la Louisiane.

Gallica propose en dehors du portefeuille consacré à Pensacola, plusieurs travaux dressés par J-J Verguin, dont une carte de la baie de Fort-Royal. Celle-ci se rapproche fortement de celle contenue dans l'ouvrage du Père Laval. La carte a été remise au dépôt en 1737. Il est probable qu'elle fut dressée [recopiée] par l'intéressé quelques années auparavant. La copie de l'exemplaire attribué à Berthou est probable. Á noter qu'il aurait mieux valu, pour la précision hydrographique, que les hydrographes aient utilisé la carte de Renau de 1700. Bien meilleure.

Après cette mission à hauts risques vers la Louisiane, Jean-Joseph Verguin fut choisi pour participer à la fameuse et longue Mission du Pérou [1735-1745] qui vit La Condamine, Louis Godin et son homonyme Jean Godin, Bouguer, Jussieu aller mesurer la longueur d'un degré d'arc de méridien sous les très basses latitudes, près de Quito (actuel Équateur).

Le CTHS donne une biographie intéressante de Jean-Joseph Verguin


sources principales :

1 - « Voyage de la Louisiane ... en l'année 1720 » par le Père Laval, imprimé chez Mariette à Paris en 1728.

2 - CTHS - Comité des travaux historiques et scientifiques - (biographies)