Jean-Baptiste-Pierre Romain

Jean-Baptiste est le fils de Pierre Romain qui a exercé les fonctions de juge royal de la juridiction ordinaire du Fort Saint-Pierre et de lieutenant général de l'Amirauté dans cette même ville à partir de 1721 jusqu'en 1729-1730. Pierre Romain aura été très controversé dans l'exercice de ses attributions de juge. Les plaintes des certains habitants contre lui, le constat que Pierre Romain n'arrive pas à gérer correctement sa charge, amènerons le gouverneur général des Isles du vent, de Champigny à demander en septembre 1729, certes à contre-coeur, sa destitution.
Cette sanction, laissera Pierre Romain sans revenu. Il serait alors aussitôt parti temporairement en France accompagné pourquoi pas de sa famille. Il va tâcher d'y plaider sa cause. C'est donc là que Jean-Baptiste recevra une partie de son éducation. On peut penser que c'est à cette occasion qu'il renconta et fréquenta peut-être ses futures relations épistolaires (notamment le baron d'Holbach). En septembre 1731, un jugement rétablira Pierre Romain dans ses fonctions de juge, mais il semble peu probable que ce dernier jugement ait été exécuté.

En 1734, J-B Romain produit ses deux premières cartes de la Martinique. L'une porte sur la Ville et Rade du Fort St Pierre, l'autre sur l'ensemble de la Martinique. Où ont-elles été réalisées ? En France ou dans l'île. Elles ont été produites toutes deux dans l'île de la Martinique. J-B Romain l'a noté explicitement sur les documents. Pour le plan de Saint-Pierre il écrit : levé en 1764 par Romain et sur celui de la Martinique : Par Jb Pr ROMAIN, à la Martinique, 1734. Ce qui laisse penser que la famille Romain, aura pu effectuer au moins deux traversées « transatlantiques » durant les années trente.

Au début de l'année 1738, les deux Romain sont - une fois de plus - de retour en Martinique. Le Gouverneur de Champigny toujours en poste écrit : le sieur Romain et son fils sont arrivés en cette isle. Le capitaine du navire marchand de Nantes sur lequel ils sont passés n'a rien exigé pour leur subsistance....je vous suis obligé de ce que vous avez bien voulu assurer au Sieur Romain quelques égards, car il était en fâcheuse posture depuis qu'il n'était plus juge de la juridiction et de l'amirauté de Saint-Pierre... j'aurai souhaité que le Sr Romain obtienne la Garde des Sceaux du Conseil Supérieur.... s'il se trouve que quelque emploi convienne au Sr Romain fils, je le lui donnerai avec plaisir, mais jusqu'ici il ne m'a rien demandé.

La mort de son père [probablement en 1740] qui avait obtenu finalement la Garde des Sceaux du Conseil Supérieur de la Martinique, laisse Jean-Baptiste Romain et sa mère avec peu de ressources. Cette situation amène Jean-Baptiste à demander en août 1740, un brevet de sous-ingénieur.

La demande officielle du brevet de sous-ingénieur sera relayée par l'intendant en place et le Gouverneur [de Champigny] qui écrit : Il y a dans cette Isle un ingénieur et deux sous-ingénieurs entretenus. Mais ce nombre ne suffisant pas à la conduite des travaux qui se font à la Martinique, à la Guadeloupe, et à la Grenade, il est proposé d'accorder un brevet de sous-ingénieur au Sieur Romain qui est capable d'en bien remplir les fonctions. Le Gouverneur Champigny met alors en avant les connaissances du jeune homme en mathématiques et ses compétences en terme de cartographie. Il s'appuie pour cela sur la carte générale de la Martinique que J-B Romain a dressé quelques années auparavant (vers 1734) où le dessin et le tracé des côtes a été avantageusement rectifié.
C'est ainsi que Jean-Baptiste entre dans la carrière d'Ingénieur des Fortifications. Aussitôt nommé, il est envoyé au début de 1741 à l'île de la Grenade où il remplace Vincent Houël dans le suivi des travaux de construction du fort. L'ancien ingénieur particulier de l'île Picaudeau de Rivières était retourné depuis peu à la Martinique, ce qui avait nécessité la présence indispensable Houël qui avait conçu les travaux de fortification. L'ingénieur en chef Vincent Houël peut donc revenir, sans crainte, en Martinique. Le sous-ingénieur Romain donnera entière satisfaction à de Pradines Gouverneur particulier de l'île qui en rend compte.

A la fin de l'année 1742, de Champigny intercède une nouvelle fois en faveur de J-B Romain, afin de lui obtenir un brevet et surtout la paie de lieutenant réformé (il touchera donc une solde de lieutenant en complément de ses appointements de sous-ingénieur).

de Champigny argumente et met en avant que JB Romain est né sans bien, qu'il ne peut subsister avec de simples appointements de sous-ingénieur. Il a d'ailleurs dû contracter des dettes .... par ailleurs une forte fièvre ne l'a pas empêché de remplir son devoir à la Grenade avec tout le zèle attendu de sorte que les travaux n'en ont point souffert. Courant 1743, J-B Romain obtiendra finalement cette gratification, elle sera rétroactive à partir du 1er janvier de la même année.

J-B Romain aura vécu en France, en Martinique et à la Grenade. Il aura produit de nombreux plans des îles, notamment de la Grenade où il a principalement exercé. Il y aurait été d'ailleurs nommé Ingénieur en Chef en 1748, lors du départ à la retraite de Houël auquel Picaudeau voulait succéder. C'est à cette occasion que l'île de Tobago rentre dans son aire de compétence. Il effectuera aussitôt des missions pour y dresser plusieurs carte et plans.

J-B Romain fut, entre autre, l'ami du baron d'Holbach (philosophe et aussi ami de Diderot) qui a supervisé notamment la partie « minéralogie » de l'Encyclopédie. Il a même collaboré très activement à la grande oeuvre de Diderot en rédigeant près de 70 articles. Son activité de « pigiste encyclopédiste » s'étale de 1750 à 1765. Les sujets qu'il a traités embrassent de nombreux domaines. Ils sont pour la plupart relatifs à la descriptions des sucreries, des indigoteries, de la faune, de la géologie et de la minéralogie bien entendu, et de la géographie des iles.

La Grande Oeuvre le cite notamment comme contributeur émérite : M le Romain, Ingénieur en chef de l'Isle de la Grenade a donné toutes les lumières nécessaires sur les sucres et sur plusieurs autres machines qu'il a eu l'occasion de voir et d'examiner dans ses voyages en Philosophe et en Observateur Attentif. Toutefois certaines de ses opinions apparaissent non comme celles d'un « Philosophe éclairé » mais comme la triste et navrante conséquence de sa condition sociale et des ses origines créoles qu'il n'a pas su dépasser. Un article touchant aux coutumes et aux conditions de vie des esclaves noirs est à cet égard très révélateur puisqu'il y affirme : cette espèce d'hommes est extrêmement vicieuse, très rusée et d'un naturel paresseux». On peut s'interroger sur la relecture qu'en aurait pu faire Diderot, d'Alembert ou d'Holbach, qui semblent avoir laissé passer, tel quel.

Principaux travaux :
1 - Ville et Rade du Fort St Pierre de la Martinique, levé en 1734 par M Romain

2 - Carte de la Martinique de 1734 (voir ci-dessous)

Carte de la Martinique par Jean-Baptiste Romain


3 - le Recueil de cartes et description topographique de l'isle de la Grenade et de quelques petites isles des environs

dans lequel on trouve 10 cartes, à savoir:

3a - la Carte des Antilles Françaises situées en Amérique entre les Isles Angloises d'Antigue et Monseratte. Par M. Romain Ingénieur aux 4 Isles de l'Amérique d'après un grand nombre d'observations. 1749.

3b - la Carte d'une partie des Grenadins sçitüés entre la Grenade et Carioüacou. 1746.

3c - la Carte de lisle de la Grenade. 1743.

3d - la Carte de la partie du Nord de lisle de la Grenade depuis l'ance de Levera jusqu'au Grand Pauvre. 1745.

3e - la Carte d'une partie de la côte de lisle de la Grenade depuis l'Ance du Grand Pauvre jusqu'à l'Ance Noire. 1745.

3f - la Carte de la côte qui s'etend depuis l'Ance Noire jusqu'à la pointe des Salines. 1746

3g - la Carte de la rade et du port du Fort Royal de la Grenade. 1746. [nota : c'est à partir de ces levés (1g et 1h) que Philippe Buache produira une carte similaire].

3h - la Plan du port de la ville et du Fort-Royal de l'isle de la Grenade. 1745.

3i - la Plan du port de Caliveny... ; Plan de l'ance et du bourg du Grand Marquis... ; Plan du Petit Havre...

3j - la Plan de la rade de Jean Le Maure scitüée dans la partie du Nord de lisle de Tabago rellevé à la boussolle par les officiers et le pilotte de la Fregatte du Roy La Favorite ; Plan de la rade de Roc-Baye scitüée dans la partie du S.E. de lisle de Tabago. 1748.