Ce « grand homme » est né en février 1652 à Armendarits dans le Pays Basque français et mort en septembre 1719.

Dès 1679, il devient le protégé du comte de Vermandois (fils reconnu de Louis XIV et de Louise de la Vallière) qui avait été nommé Grand Amiral de France. Le jeune Bernard Renau d'Eliçagaray est aussi remarqué par l'intendant de marine de Rochefort qui n'est autre que Charles Colbert du Terron, cousin germain du célèbre Jean-Baptiste Colbert principal ministre de Louis XIV. « du Terron » lui demande de travailler à la Construction Navale et à son perfectionnement.

En 1680 et 1681, se tiennent une série de conférences où interviennent les plus grands spécialistes en construction navale. Elles regroupent les architectes de Marine, les Amiraux, &c. Le but étant de standardiser, d'uniformiser, et de perfectionner un certain nombre de pratiques afin d'être plus efficient dans la construction des vaisseaux. Renau d'Eliçagaray y présente les conceptions novatrices sur lesquelles il a beaucoup réfléchi. Un autre éminent spécialiste y présente également les siennes : c'est Dusquesne. Les deux conceptions ne s'opposent pas mais sont toutefois différentes sur un certain nombre de principes. Face au vieil Amiral Abraham Duquesne, c'est la méthode de Renau qui est retenue. Duquesne lui-même aurait reconnu l'intelligence des procédés pronés par son compétiteur. Les procédés de Renau étaient théoriquement efficients, mais la mise en oeuvre d'un certain nombre d'entre-eux s'avéra très délicate. Tous ne furent finalement pas opérationnels.

Vers 1681, Renau conçoit un nouveau type de navire permettant le bombardement massif d'objectifs côtiers : c'est ce que l'on appellera « la galiote à bombes ». Il en fait construire quelques exemplaires, principalement au Havre et à Dunkerque. Sitôt opérationnelles les premières « galiote à bombes » françaises seront envoyées en Méditérannée où elles seront aussitôt engagées dans le bombardement d'Alger mené par Duquesne en août 1682. Elles interviendront ensuite dans le bombardement punitif de la république de Gênes en 1684.

L'ingénieur Renau n'oeuvre pas que dans la Marine, il est également employé aux opérations militaires terrestres. Durant la guerre de neuf ans (1688-1697) dite de la Ligue d'Augsbourg, Renau accompagne et seconde le Grand Vauban aux sièges de Philippsbourg, de Mannheim et de Frankenthal. Á l'issu de la guerre en 1689, il réincorpore la marine avec le grade de capitaine de Vaisseau. Puis en 1691, il devient ingénieur général de la Marine. Dès lors son domaine d'intervention s'est considérablement élargi.

Renau s'est rendu à Malte pour assurer la défense de l'île que l'on croyait devoir être assiégée par les Turcs. Mais finalement le siège n'eu pas lieu et il est revenu en France. En 1691, il a accompagné Louis XIV aux sièges de Mons et de Namur. On le retrouve ensuite à Saint-Malo où il fait réparer les nombreux vaisseaux endommagés lors de la bataille de la Hougue (juin 1692).

En 1699, il fut reçu membre honoraire de l'Académie des Sciences. La même année, il est missionné aux colonies françaises d'Amérique, aux Antilles et en Guyane, afin d'y mener, avec « de la Boulaye » [inspecteur général de la Marine], une campagne d'inspection des colonies qui dépendaient alors du ministère de la Marine. Renau fut plus particulièrement chargé de l'inspection des fortifications, tandis que « de la Boulaye » devait examiner tout ce qui se passait au sujet de la Justice et du Commerce.

Ainsi en 1699 et 1700, Renau se rendra dans la plupart des possessions françaises pour lesquelles il dressera de nombreux de projets fortifications (plans), ainsi que des cartes plus générales des lieux visités. Ces documents exceptionnels peuvent être consultés aux ANOM et chez Gallica. Aux Antilles, en Guadeloupe, il rencontrera le père Labat qui ne manquera pas d'y faire allusion dans son Nouveau Voyage aux Isles. L'ingénieur Renau a en effet impressionné l'ecclésiastique par sa conduite et son tempéramment.

Entre les mois de septembre de 1699 et 1700, « de la Boulaye » [inspecteur général de la Marine] et Renau [ingénieur général de la Marine] vont visiter la plupart des colonies françaises de la mer des Caraïbes : d'abord la Guyane (fin-1699 à janvier 1700), puis la Grenade, ensuite la Martinique (février-mars 1700), Marie-Galante, la Guadeloupe, Saint-Christophe pour finir par la grande île de Saint-Domingue (juillet-août 1700). Avec l'aide des ingénieurs en place [ingénieurs résidents] ils vont tâcher d'élaborer des projets d'amélioration des fortifications et plus généralement du système défensif des colonies. Les projets qu'ils vont penser seront toutefois trop importants pour être réellement mis en oeuvre. Les autorités en place, notamment en Martinique, le Gouverneur d'Amblimont et l'Intendant Robert, se plaindront de la démesure des travaux envisagés.

En 1701, au début de la guerre de Succession d'Espagne, Renau est envoyé en Espagne pour y mettre ses compétences au service de la cause française, c'est-à-dire à l'intronisation de Philippe V, petit-fils de Louis XIV et de l'infante Marie-Thérèse d'Autriche.

Escadre de de Châteaurenault, Cul de Sac Royal, 1702 Il ne faut pas confondre l'Ingénieur Général de la Marine Renau d'Éliçagaray avec l'Amiral de Châteaurenault [François-Louis Rousselet, marquis de Châteaurenault] qui commandait une escadre qui a mouillé en 1702 aux Antilles Françaises, dans la Baie de Fort Royal [voir ci-contre]. Selon le père Labat cette escadre aurait pu aisément s'emparer de la Barbade, mais les conditions du moment l'en empêchêrent. Au lieu de cela, l'escadre fut affectée à la protection des galions espagnols qui partant de la Havanne allaient en Espagne livrer la précieuse production annuelle des colonies. Á l'annonce qu'elle était attendue à Cadix, la flotte espagnole et son escorte française se dérouta sur Vigo où eu lieu un bataille humiliante pour les armes navales française et espagnole. Elle fut remportée par les anglo-hollandais qui s'emparèrent d'un butin appréciable [bataille de Vigo, octobre 1702], même si le gros du « trésor » avait été débarqué et mis en sureté. Selon certaines sources, Renau d'Éliçagaray qui se trouvait en Espagne puisqu'il était chargé de l'amélioration des défenses de Cadix [Cádiz] aurait joué un rôle essentiel dans le sauvetage de la plus grande partie de ce « trésor ». Mais se trouvait-il réellement à Vigo durant cette mémorable débacle ?

Le document de Gallica montrant l'escadre de Châterenault à la Martinique en 1702 a probablement été dressé par le Chevalier de La Galissonnière (1646, 1737) qui a signé ici en tant que Chevalier (il l'était de l'Ordre de Malte et de celui de Saint-Louis). Il commandait alors un vaisseau nommé l'« Espérance » de 70 canons, qui s'échouat et fut ensuite sabordé à Vigo.

En 1704, Renau participe au siège de Gibraltar qui finalement échoue de peu. L'ingénieur général de la Marine dressera également cartes et plans de l'enclave anglaise [certaines accessibles sous Gallica]. Philippe V l'a nommé Lieutenant-Général de ses armées. Après cinq ans passés en Espagne, il revient [selon la légende : « sans un sou »] en France en 1715 où il est promu membre du Conseil de la Marine. En mars 1716, il est nommé lieutenant général des armées navales.

Beaucoup de ses contemporains l'ont considéré comme le plus habile ingénieur de France, après Vauban. Plus tard, en parlant de Renau d'Eliçagaray, l'astrophysicien Jean-Baptiste Biot (1774, 1862) dira : cet habile homme tout à la fois ingénieur, marin et savant de premier ordre est le seul à qui l'illustre Borda mérite d'être comparé sous ces trois rapports ensemble .... Bernard Renau d'Eliçagaray a écrit un fameux traité sur la « Théorie de la manoeuvre des vaisseaux » qui a suscité une vive polémique avec les savants Huygens et Bernouilli, notamment sur la dynamique des fluides.

Principaux travaux cartographiques connus et archivés aux ANOM :


1 - Profil des demi-lunes [Cayenne]
15 janvier 1700 - signé Renau


2 - Profil de la ville et fort de Cayenne les projets étant exécutés sur la ligne IL
15 janvier 1700 - signé Renau


3 - Profil général [Cayenne]
15 janvier 1700 - signé Renau


4 - Profil sur la ligne CD [enceinte de Cayenne]
15 janvier 1700 - signé Renau


5 - Profil sur la ligne AB [enceinte de Cayenne]
15 janvier 1700 - signé Renau


6 - Dévelop[p]ement du fort proposé à faire sur la montagne de Cayenne
15 janvier 1700 - signé Renau


7 - Profil sur la ligne EE [enceinte de Cayenne]
15 janvier 1700 - signé Renau


8 - Plan de la ville et port de Cayenne
15 janvier 1700 - signé Renau


9 - Profil du ravelin [Cayenne]
15 janvier 1700 - signé Renau


10 - Profil sur la ligne MP [Cayenne]
15 janvier 1700 - signé Renau


11 - Plan de la ville de Cayenne et des ouvrages proposés à y faire
15 janvier 1700 - signé Renau


12 - Dévelop[p]ement de la ville de Cayenne
15 janvier 1700 - signé Renau


13 - Profil sur la ligne CD
15 mars 1700 - signé Renau
MARTINIQUE

14 - Profil pour le flanc proposé 35. Feuille 6e
15 janvier 1700 - signé Renau
MARTINIQUE


15 - Profil sur la ligne AB
15 mars 1700 - signé Renau
MARTINIQUE


16 - Profil sur la ligne GH
15 mars 1700 - signé Renau
MARTINIQUE


17 - Dévelopement du fort
15 mars 1700 - signé Renau
MARTINIQUE


18 - "Plan du Fort Royal de la Martinique
15 mars 1700 - signé Renau
MARTINIQUE


19 - Profil sur la ligne EF
15 mars 1700 - signé Renau
MARTINIQUE


20 - Carte des environs du fort Royal de la Martinique
15 mars 1700 - signé Renau
MARTINIQUE