La Martinique à la carte

Mission de la Flore en 1771 et 1772 : MM. Verdun de la Crenne, Borda, Pingré

La mission de la Flore aux Antilles est partiellement résumée dans la carte "marine", gravée par Petit sur les instructions des célèbres scientifiques.
Elle a été diffusée dans le recueil de la mission, édité en 1778, par l'imprimerie royale, "Voyage fait en 1771 et 1772 par MM Verdun, Borda et Pingré", en deux volumes.

Cette carte marine à également été vendue à la feuille à partir de 1775 sous le numéro 75 bis par le Dépôt de la Marine au prix de trois livres.

Durant la mission de la Flore, le navigateur, Verdun de la Crenne, les deux scientifiques qui l'accompagnaient, le chevalier de Borda et père Pingré, auxquels s'était joint le fameux peintre de marine Ozanne, sont partis tester la fiabilité de l'horloge marine (n° 8) conçue par Ferdinand Berthoud.
D'autres horloges marines fabriquées par de géniaux inventeurs ou horlogers français, dont celles de Pierre Le Roy (n° A et S), de MM Arsendaux et Biesta étaient également testées, dans le cadre d'un concours primé, organisé par la Marine et l'Académie des Sciences.
L'horloge de Berthoud financée par des fonds publics était alors hors concours.

Durant la mission, la Flore a exploré divers archipels dont celui des Antilles. Les scientifiques ont cherché en pratiquant diverses sondes à en connaître la profondeur, la consistance des fonds marins.
L'équipe de chercheurs a effectué de nombreux relevés hydrographiques ainsi que des calculs astronomiques propres à améliorer la perception des longitudes en mer.
La carte des petites Antilles issue de la mission de la Flore, produite en 1775, présente les îles d'une manière novatrice.
L’orientation de la Martinique par rapport au nord y est tout d'abord excellente. La forme donnée à l'île s'approche de celle reconnue actuellement. On pourrait croire que les travaux menés par Moreau du Temple (carte complète achevée en 1770) ont pu être consultés par les éminents chercheurs. En fait les trois scientifiques n'ont eu accès qu'à une réduction des travaux de Moreau du Temple.
Dans le rendu de leur mission [Voyage fait en 1771 et 1772 par MM Verdun, Borda et Pingré], il est clairement établi que l'ingénieur-géographe Hesse, sous les ordre du gouverneur M de Vallière, a communiqué à Verdun de la Crenne, une carte que les scientifiques attribuent dès lors à Hesse lui-même.
La carte, n'est en fait, qu'une copie en réduction de la grande carte de Moreau.
Ce qui est somme toute assez troublant, de la part des trois scientifiques, c'est l'ignorance même du rôle de Moreau du Temple, qui devait selon toute vraisemblance être encore en Martinique ou aux Antilles lors du passage de la frégate.
Aura-t-on voulu effacer le rôle de Moreau ? Rien n'est moins sûr. Y-avait-il une rivalité entre les deux ingénieurs ? Ces questions restent pendantes. On sait que Hesse est arrivé aux Antilles qu'en 1770, il n'a donc pas pu prendre part à la réalisation de la grande carte.
En tout état de cause, la copie de la carte de Moreau dressée par Hesse en 1771 a été communiquée à Verdun en 1773, soit 3 ans ans après la parution de la carte de Moreau, un an après le terme de la mission de la Flore, et deux ans avant la parution officielle de la carte n° 75 bis.

La comparaison du tracé général de l'île de la Martinique de la carte de Verdun, à ceux employés durant la fin XVIIIe dans des cartes particulières [voir Jefferys 1775, Le Rouge, et autres géographes...] montre une distorsion importante entre le monde des géographes et celui de la marine.

dans un carton nommé Avertissement comun aux deux cartes
il est rappelé que :

Les latitudes et longitudes des point principaux de cette carte se trouvent dans celle de l’Océan Occidental, publié en même tems. Les chiffres indiquent partout des brasses à moins qu’ils ne soient suivis du mot Pieds ou d’un P.
Les chiffres au milieu desquels passe une ligne ponctuée, sont les sondes qui ont été faites sur la frégate La Flore.
Les échelles ont été divisées et les principaux points déterminés sur le cuivre lui-même suivant l’exemple qu’en avait donné M de Fleurieu.
Dans la division des échelles de latitude l’on a eu égard à l’applatissement de la terre.


La référence à M d'Eveux de Fleurieu dans cet avertissement, rappelle l'expédition de l'Isis de 1769 dans laquelle, le fameux commandant de la frégate était accompagné du père Pingré. L'expédition de l'Isis avait permis de tester les horloges et montres marines (n° 6 et n°8) du même Ferdinand Berthoud concurrent en l'espèce de John Harrisson.