Thomas Hannaford Hurd (1753, 1823)

A ses début dans la marine de sa majesté, Thomas Hurd a été l'un des nombreux assistants de Joseph Frédéric Wallet Des Barres et de Samuel Holland (tout comme le jeune Thomas Cook lui-même). Il a pris une part active à la cartographie des côtes EST de l'Amérique du Nord, situées principalement entre le Canada (le Saint-Laurent) et New-York (Hudson river). Durant cette phase, lors des périodes d'inactivités hydrographiques, Hurd a également navigué comme élève officier à bord de la frégate l'Unicorne commandée par le capitaine John Ford. La coque de la frégate dispose d'un doublage en cuivre, ce qui lui confère une résistance et une maniabilité redoutables. Il en sera nommé lieutenant en 1777.

Durant la guerre d'indépendance, celle des Insurgents (1775-1783), l'Unicorne a été armée pour effectuer le rude blocus imposé par les forces britanniques. Elle a ainsi capturé de nombreux navires marchands américains, et suivant tradition des corsaires, les prises et le butin étaient partagés entre les membres d'équipage, du moins entre les officiers. Cette activité a procuré à Thomas Hurd une fortune inespérée.

En mai 1779, l'Unicorne a intégré l'escadre commandée par James Wallace. Cette escadre s'est portée sur les côtes française, à Cancale notamment, où elle y a capturé (notamment le vaisseau la Danae) ou détruit les vaisseaux français qui s'y trouvaient. Thomas Hurd a participé, à bord de l'Hercule, à la bataille des Saintes en avril 1782. Il a été ensuite affecté sur l'Ardent, vaisseau anglais pris par les français, puis re-capturé lors de cette mémorable bataille.

La paix revenue après le traité de Paris de septembre 1783, Le lieutenant Hurd est employé à diverses occupations cartographiques et hydrographiques. Il est envoyé aux îles Caraïbes. Il réalise alors une très belle carte des Bermudes dont la technicité et l'exactitude sont pour l'époque remarquable. Les bancs et récifs y sont particulièrement bien indiqués.
Après le traité d'Amiens de 1802, lors de la reprise de la guerre entre la France et l'empire britannique, il commande un sloop nommé Lily, armé en guerre. A l'été 1804, il participe activement au blocus de Brest. Les britanniques profitent alors de leur supériorité maritime inconditionnelle et de leur maîtrise totale des mers, pour hydrographier les environs du port breton ainsi que la mer d'Iroise avec ses nombreux dangers. Thomas Hurd réalise là aussi un admirable travail.

Il devient membre du Chart Commitee, il supervisera les travaux de son futur collègue E. H. Columbine qui l'y rejoindra en 1808. Le Chart Commitee est chargé dans un premier temps d'étudier puis de sélectionner parmi toutes les productions de cartes nautiques déjà parues celles qui sont les plus exactes.

L'ascension de Hurd continue, dès 1807 il prend officieusement les rennes l'Hydrographical Office (création en 1795), il succède officiellement à Alexander Dalrymple comme chef de l'institution en mai 1808.

Dès qu'il arrive en fonction au sein de l'Hydrographical Office, Hurd s'attèle à insuffler une nouvelle dynamique à l'institution. Avec E.H. Columbine il va tout d'abord contraindre Dalrymple à lui remettre les précieux documents nautiques relatifs au périple pacifique de Beautemps-Beaupré [expédition d'Entrecasteaux dans le Pacifique, de septembre 1791 à octobre 1795]. A la mort de Dalrymple, Thomas Hurd fera racheter par l'Hydrographical Office, le stock privé de son prédécesseur, constitué d'au moins 130 planches.

En effet, lors du retour de l'expédition d'Entrecasteaux en 1795 [parti à la recherche de La Pérouse], le navire sur lequel de Rossel avait embarqué est araisonné par la marine anglaise au large de Sainte-Hélène. Le futur amiral de Rossel conservait les principaux documents nautiques de l'expédition. Ils sont tous saisis. Compte tenu du nouveau contexte révolutionnaire qui démet les officiers nobles de toute fonction dans la marine, de Rossel pratique alors avec les britanniques une collaboration que l'on pourrait qualifier de passive. Il réussit à conserver la garde des précieux documents mais conjointement avec Alexander Dalrymple, chef de Hydrographical Office, avec lequel il entretien des rapports courtois depuis fort longtemps.

Entre 1795 et 1802, des copies des documents sont systématiquement réalisées et conservées "secrètement" par Dalrymple, les originaux seront remis à la France lors du retour de Rossel, suite à la paix de 1802. En 1808, les relations entre les Etats se sont à nouveau dégradées, la paix est définitivement consommée, et les britanniques (Thomas Hurd et E.H Columbine) n'ont aucun scrupule à exploiter les travaux de leurs principaux compétiteurs.

L'action d'Hurd à la tête de l'Hydrographical Office va être décisive. Il réalise l'unité entre les différents services et bureaux hydrographiques, il veut mettre de la cohésion dans la production cartographique britannique, à l'instar de ce qui existe déjà en France grâce au Dépôt de la Marine. Ce sera chose faite en 1810. Il veut également uniformiser et contrôler l'édition des cartes marines, même si les initiatives privées sont encore tolérées voire quelquefois très largement encouragées, logique libérale aidant. Thomas Hurd organise pour le compte de l'H.O, les principales expéditions cartographiques et de découvertes qui s'amplifient en ce début du XIXe siècle.

En 1813, la surface des locaux occupée par l'Hydrographical Office au sein de l'Amirauté s'est considérablement accrue. Sept personnes sont maintenant affectées à l'H.O, dont le capitaine Hurd, premier Hydrographe, son second John Walker, hydrographe assistant, son frère Michaël Walker comme dessinateur. En 1814, apparaissent au sein de la Royal Navy les premiers navires spécialisés en hydrographie : l'Investigator et le Sydney.

Thomas Hurd veut promouvoir parmi les officiers de la marine royale, le "réflexe hydrographique". Il met en place une rémunération additionnelle journalière pour les capitaines et commandants, les lieutenants et maîtres d'équipage, ... afin de les amener à considérer les travaux hydrographiques comme fondamentaux mais surtout ... comme rémunérateurs. Dès lors la machine est lancée.

Durant les conflits, les cartes publiées par l'H.O. ont été d'abord réservées à la marine de guerre, la Royal Navy. Ensuite à partir de la fin des guerres napoléoniennes, l'accès à la production réalisée sous l'égide du service fut étendue à l'ensemble des utilisateurs potentiels (marine marchande, personnes privées, etc ...).
A sa mort en mai 1823, Thomas Hurd cumulait de nombreuses responsabilités. Il était par exemple super-intendant des chronomètres de marine, membre permanent du bureau des longitudes (Discovery of longitudes), mais ne semble pas avoir été membre de la Royal Society.


principaux travaux :

1 - Côte Nord Américaine : de l'embouchure du Penobscot dans le Maine, à la rivière Saint-Jean, New Brunswick (Canada).
2 - carte marine des Bermudes - réalisée entre 1789 et 1797
3 - La baie de Brest et de mer d'Iroise, description et instructions nautiques
4 - carte marine de la Manche - 1811

sources :
1 - MEMOIRS of HYDROGRAPHY 1750-1885 compiled by Commander L. S. Dawson
2 - A la Mer comme au Ciel - Olivier Chapuis - aux Presses de l'Université de Paris-Sorbonne. 1999.