Vincent Houël (xxxx, 1754)

Vincent Houel est originaire des îles. C'est un créole pur jus.

Est-il apparenté, de près ou de loin, au fameux Gouverneur de la Guadeloupe ?

On ne peut réfuter cette assertion avec certitude. Quoiqu'il en soit, ses fils intégreront l'école des cadets de la marine de Rochefort [école créée en 1730] qui est réservée principalement aux enfants des familles créoles des Isles.

Houël se marie à la Martinique en 1718, il épouse une jeune et récente veuve qui avait perdu son époux, alors officier de marine. En 1720 on retrouve Vincent officier dans l'armée, il est alors lieutenant d'infanterie aux colonies.
Dès 1721, il fait fonction de sous-ingénieur et contrôle le bon déroulement des travaux de fortification menées en Martinique. En septembre 1722, il s'active à la conception du pont de la citadelle du Fort-Royal sur lequel l'ingénieur en chef de la Roulais avait déjà planché.

Ses rapports avec ses supérieurs hiérarchiques semblent excellents. Il donne si bien satisfaction que le Gouverneur de Feuquières et l'intendant Blondel appuient en 1724 sa demande de brevet d'ingénieur auprès du ministre de la marine.
V Houël a d'ailleurs payé de sa personne, c'est ce que soulignent ses supérieurs. Il semble en effet qu'il ait eu une jambe fortement handicapée à la suite d'un accident de chantier malheureux. Cet handicap s'est-il résorbé par la suite ?

Il s'active si bien à ses occupations d'ingénieur en déployant un zèle hors du commun qu'il semble tout naturellement désigné pour succéder à l'ingénieur en chef des Isles du vent de la Roulais qui souhaite rentrer en France. Les travaux développés des îles marquant un tantinet le pas.

C'est ainsi qu'en octobre 1726, Vincent Houel succède officiellement à M de la Roulais qui lui remet tous les plans des fortifications des îles [voir l'inventaire du 26 octobre 1726 conservé aux A.N.O.M]. V Houël reste encore pour peu de temps simple sous-ingénieur aux îles. En août 1727, le nouveau Gouverneur général de Champigny lui remettra en grande pompe son brevet d'ingénieur.

Sitôt promu, V Houël entreprend de dresser une carte générale actualisée de la Martinique. Elle sera achevée en juin 1729 [cette carte est conservée à La B.N.F : fonds S.H.M, portefeuille 156 division 2 pièce 8]. La carte de la Martinique de Houël retrace la tournée qu'a faite de Champigny dans l'île. Elle sera expédié en France à l'attention du ministre. de Champigny demande que des copies de cette carte [exemplaire unique] soient faites et qu'on lui en expédie une, afin qu'il puisse l'avoir constamment sous les yeux.

De la même manière en octobre 1731, V Houël fera parvenir en France une carte générale de la Guadeloupe. La confection de ces cartes, vaut à V Houël le soutient sans réserve du Gouverneur Général des Isles, car elles constituent un précieux témoignage des activités déployées par de Champigny dans la défense des îles. Le Gouverneur demande d'ailleurs pour l'ingénieur la croix de Saint-Louis, il ne l'obtiendra qu'en avril 1732.

Les fonctions d'ingénieur exercées par Houël sont prenantes. Elles l'amènent à se préoccuper des fortifications des diverses îles aux mains des français, d'autant plus que certaines d'entre elles ne possèdent pas d'ingénieur particulier. C'est pourquoi dès 1731, Houël voudrait bien une reconnaissance supplémentaire et être nommé Ingénieur en Chef des Isles du Vent. Cette revendication sera appuyée par de Champigny. Mais le ministre prend apparemment son temps pour promouvoir Houël à ces nouvelles fonctions.

Ce manque de reconnaissance, n'empêche pas pour autant l'ingénieur de se consacrer à son travail. Il visite régulièrement l'avancement des travaux réalisés dans les îles. En 1735 comme en 1737, il passe plusieurs mois en Guadeloupe pour régler les affaires liées aux fortifications.

Cette situation tendue qui oblige Houël à de constants déplacements produit un ingénieur surchargé [surbouqué]. Cela d'autant plus que l'ingénieur Binoist qui était à la Grenade est mort, ce qui oblige maintentant Houel à s'occuper aussi de cette île.
Le Gouverneur Général est bien conscient de la situation. Il réclame en février 1738 l'envoi de nouveaux ingénieurs capables de travailler seuls et attaché chacun une île. Il propose également la nomination de son protégé comme ingénieur en chef afin de coordonner les actions. Le Gouverneur fait un rapide bilan des effectifs dont il dispose après la mort de Binoist : hormi Houël, seulement deux sous-ingénieurs, dont Picaudeau de Rivières encore à la Martinique, mais qui sera bientôt expédié à la Grenade.

Ce sera vrai en mai 1739, V Houël et C Picaudeau partent pour la Grenade. Houël continuera ensuite son inspection des fortifications et défenses des autres îles (Guadeloupe, Marie-Galante,...). A la Grenade V Houël travaillera également à la conception d'un hôpital, il en dressera le projet avec un frère de la charité et le Gouverneur particulier de l'île de Pradines

Le soutient constant et sans faille de Champigny à Houël se traduit en mars 1741 par un avancement dans le grade. Vincent Houël est enfin promu capitaine réformé. Il touchera donc des appointements plus consistants. Cela faisait 20 ans qu'il en était resté au grade de lieutenant !!! Dans le même mouvement il est aussi nommé Ingénieur en Chef des Isles du Vent.

C'est avec ses nouvelles attributions de Vincent Houël entame en septembre 1741, sa dernière tournée d'inspection. Il part d'abord pour Sainte-Lucie, puis arrive à la Grenade où l'ingénieur Romain a remplacé l'ingénieur Picaudeau. Il continue ensuite son périple par la Guadeloupe et Marie-Galante. Il revient à la Martinique en mars 1742.

Vincent Houël donne toujours autant de satisfaction à ses supérieurs hiérarchiques, il s'entend parfaitement avec de Champigny. Mais l'état de grâce avec son autorité supérieure ne va pas durer. Lors de l'arrivée du nouveau Gouverneur le marquis de Caylus les relations vont se dégrader rapidement. En février 1746, le marquis de Caylus fait interdiction à l'Ingénieur en Chef d'exercer.de Caylus se plaint largement de l'ingénieur en chef au ministre de la marine. Vincent Houël qui sait que l'affrontement avec un Gouverneur ne tournera jamais en sa faveur demande la permission de repasser en France, ce qui lui accorde aussitôt de Caylus.

Les motifs d'insatisfaction du nouveau Gouverneur sont sensiblement légers : Caylus se plaint que l'ingénieur en Chef n'ai pu lui fournir aucun plan particulier ni carte générale de la Martinique, ni d'aucune autre île de son gouvernement....Il force le trait en affirmant que Houël l'a assuré que les fortifications étaient toutes en bon état alors qu'il constate lui-même sur le terrain le contraire. Certaines batteries seraient dans un état de délabrement avancé...Il ne mâche pas alors ses propos pour justifier au ministre l'interdiction d'exercer de Houël :

Dans un premier courrier au ministre il annonce ce prétendu ingénieur... et dans autre où il est particulièrement sévère il écrit : je suis certain que s'il rencontre des gens du même métier que lui, par sa seule conversation il montrera son ignorance.

Vincent Houël quitte les îles et meurt à Paris le 1er octobre 1754. Il aura eu quatre enfants dont deux sont morts en bas âge. Pour les deux autres, il aura obtenu leur intégration à l'école des cadets de Rochefort. Ils reviendront servir aux îles et notamment à la Martinique. Le premier né en 1719 (Vincent Louis), ira en France, à Paris suivre des cours de mathématiques avant d'intégrer Rochefort. Il y rentrera [au service du roy] en 1737. Il sera envoyé ensuite à Sainte-Lucie en 1744 où il travaillera sur les fortifications. Puis il servira en Martinique où il sera nommé major au Fort-Royal. Le second, Charles Boromée Houël suivra son aîné dans la carrière militaire.

Vincent Houël a été propriétaire d'esclaves. Un courrier de mars 1727, signé conjointement par de Feuquières et l'intendant Blondel, demande au ministre une exemption de capitation pour 12 nègres au profit de l'ingénieur Houël, récompense pour les services qu'il rendait alors aux fortifications.

Principaux travaux :

1 - Plan de l'hôpital du fort Royal de la Martinique


29 septembre 1722 - Manuscrit aquarellé sur papier 41 cm x 31 cm


2 - Plan et profil du magasin du Roi.


18 juin 1724 - Manuscrit aquarellé sur papier 52,5 cm x 36,5 cm


3 - Plan proietté du magazin du Roy du fort Royal de la Martinique.


18 juin 1724 - Manuscrit aquarellé sur papier 52,5 cm x 36,5 cm


4 - Plan de l'hospital [hôpital] du Fort Royal de la Martinique.


19 novembre 1725 - Manuscrit aquarellé sur papier 103,5 cm x 52 cm


5 - Plan d'un palais [de justice] et prisons projettées au Fort Royal de la Martinique. Plan de l'ancien palais et des prisons projettées au Fort Royal de la Martinique.


17 avril 1726 - Manuscrit aquarellé sur papier 70,5 cm x 49,5 cm


6 - Plan d'un palais, salles d'audiance pour le Conseil et la juridiction royalle, prisons et cachots projettez au Fort Royal de la Martinique.


29 juillet 1732 - Manuscrit aquarellé sur papier 100,5 cm x 73,5 cm


7 - Plan des retranchements projettés au mouillage du fort Saint-Pierre de la Martinique depuis la batterie Saint-Charles jusqu'à la rivière dudit lieu.


20 mai 1734 - Manuscrit aquarellé sur papier 64 cm x 48,5 cm


8 - Plan projetté d'un hangard pour servir à l'artillerie dans la citadelle du fort Royal de la Martinique. Elevation de l'hangard. Plan de l'hangard. Profil...


20 juin 1742 - Manuscrit aquarelé sur papier 77 cm x 49 cm