Vincent Hoüel (1688, 1754)

Rectifications et ajouts, suite à communication d'une fiche sur la carrière de Vincent Hoüel établie par M. Patrick Labail


Question préalable : Vincent Hoüel était-il apparenté, de près ou de loin, au fameux Gouverneur de la Guadeloupe ?

Selon l'éclairage qu'apporte Monsieur Patrick Labail (GHC, fiche de Vincent Hoüel), aucun lien de parenté n'existe entre les deux hommes. Vincent Hoüel est originaire de Normandie, précisément du Havre où il est né. Avant son mariage, il a été receveur des droits portuaires de ce port pour le compte l'amirauté.

En 1708, il a tout juste 20 ans quand il participe à l'expédition d'Écosse visant à rétablir le catholique Jacques François Stuart sur le trône conjoint d'Écosse et d'Angleterre. L'expédition sera un fiasco. Au large de l'Écosse, l'escadre française est attaquée par une puissante flotte Anglo-Hollandaise. Le jeune Hoüel avait semble-t-il embarqué sur « Salisbury », vaisseau capturé par les français en 1703, qui est alors repris par ses promoteurs. Lors de cette opération, Hoüel a reçu un coup de fusil qui lui fracture le genou. La balle serait restée fichée dans l'os (fémur) et il en gardera une infirmité handicapante. Malgré la prise du Salisbury, selon toute vraisemblance, Vincent n'a pas été fait prisonnier.

Plus tard on retrouve Vincent Hoüel aux îles. Il s'est marié à la Martinique en 1718 avec Élisabeth Louise GARDIER de BEUZE, une jeune et récente veuve d'officier de marine.

M. Labail (voir GHC, fiche de Vincent Hoüel) le donne, en 1719, comme ingénieur exerçant à Sainte-Lucie et précise qu'il devait avoir environ 30 ans.

En 1720, Vincent est officier dans l'armée, avec le grade de lieutenant d'infanterie aux colonies.

Dès 1721, il fait fonction de sous-ingénieur et contrôle le bon déroulement des travaux de fortification menés en Martinique. En septembre 1722, il s'active notamment à la conception du pont de la citadelle du Fort-Royal sur lequel l'ingénieur en chef de la Roulais avait déjà planché.

Ses rapports avec ses supérieurs hiérarchiques semblent excellents. Il donne si bien satisfaction que le Gouverneur de Feuquières et l'intendant Blondel appuient en 1724 sa demande de brevet d'ingénieur auprès du ministre de la Marine. Vincent Hoüel a payé de sa personne ses engagements patriotiques, c'est ce que soulignent ses supérieurs hiérarchiques. Outre sa blessure de guerre de 1708, en 1723 il s'était cassé une jambe à la suite d'un accident de chantier malheureux. Il en gardera aussi des séquelles. Ce dernier accident ne l'a pas empêché de s'activer à ses occupations d'ingénieur, en déployant un zèle hors du commun. Il semble tout naturellement désigné pour succéder à l'ingénieur en chef des Isles du vent de la Roulais qui souhaitait rentrer en France, les travaux de fortification dans les îles marquant le pas.

C'est ainsi qu'en octobre 1726, Vincent Hoüel succède officiellement à M. de la Roulais qui lui remet tous les plans des fortifications des îles [voir l'inventaire du 26 octobre 1726 conservé aux A.N.O.M]. Houël restera encore pour peu de temps, simple Sous-Ingénieur aux îles. En août 1727, le nouveau Gouverneur général de Champigny lui remettra « en grande pompe » son brevet d'Ingénieur.

Sitôt promu, Hoüel entreprend de dresser une carte générale actualisée de la Martinique. Elle sera achevée en juin 1729 [cette carte est conservée à La B.N.F : fonds S.H.M, portefeuille 156 division 2 pièce 8]. La carte de la Martinique de Hoüel retrace la tournée qu'a faite de Champigny dans l'île. Peut-être a-t-il pu puiser dans les travaux de son prédécesseur qui avait réalisé antérieurement une carte détaillée de l'île ? Quoi qu'il en soit, la carte de Houël sera expédiée en France à l'attention du ministre et ne sera pas perdue. Le gouverneur de Champigny demande que des copies de cette carte [exemplaire unique] soient faites et qu'on lui en expédie une, afin qu'il puisse l'avoir constamment sous les yeux [l'a-t-on écouté ?]

De la même manière en octobre 1731, Vincent Houël fera parvenir en France une carte générale de la Guadeloupe. La confection de ces cartes, vaut à Hoüel le soutient sans réserve du Gouverneur Général des Isles, car elles constituent un précieux témoignage des activités déployées par de Champigny dans la défense des îles. Le Gouverneur demande d'ailleurs pour l'ingénieur la croix de Saint-Louis. Il ne l'obtiendra qu'en avril 1732.

Les fonctions d'ingénieur exercées par Hoüel sont prenantes. Elles l'amènent à se préoccuper des fortifications des diverses îles aux mains des français, d'autant plus que certaines d'entre-elles ne possèdent pas d'ingénieur particulier. C'est pourquoi dès 1731, Hoüel voudrait bien une reconnaissance supplémentaire et être nommé Ingénieur en Chef des Isles du Vent. Cette revendication sera appuyée par de Champigny. Mais le ministre prend apparemment tout son temps pour le promouvoir à ces nouvelles fonctions.

Ce manque de reconnaissance, n'empêche pas pour autant l'ingénieur de se consacrer à son travail. Il visite régulièrement l'avancement des travaux réalisés dans les diverses îles. En 1735 comme en 1737, il passe plusieurs mois en Guadeloupe pour régler les affaires liées aux fortifications.

Cette situation tendue qui oblige Hoüel à de constants déplacements produit un ingénieur surchargé [surbouqué]. Cela d'autant plus que l'ingénieur Binoist qui était à la Grenade est mort, ce qui oblige maintentant Hoüel à s'occuper aussi entièrement de cette île.
Le Gouverneur Général est bien conscient de la situation. Il réclame en février 1738 l'envoi de nouveaux ingénieurs capables de travailler seuls et attaché chacun une île. Il propose également la nomination de son protégé comme ingénieur en chef afin de coordonner les actions. Le Gouverneur fait un rapide bilan des effectifs dont il dispose après la mort de Binoist : hormi Hoüel, seulement deux sous-ingénieurs, dont Picaudeau de Rivières encore à la Martinique, mais qui sera bientôt expédié à la Grenade.

En mai 1739, V Hoüel et C Picaudeau partent pour la Grenade. Hoüel continuera ensuite son inspection générale des fortifications et défenses des autres îles (Guadeloupe, Marie-Galante,...). Lors de son séjour à la Grenade Houël travaillera plus particulièrement à la conception d'un hôpital, il en dressera le projet avec un « frère de la charité » et le Gouverneur particulier de l'île de Pradines

Le soutient constant et sans faille de Champigny se traduit en mars 1741 par un avancement dans le grade. Vincent Houël est promu capitaine réformé. Il touchera donc des appointements plus consistants (800 livres annuelles) Cela faisait 20 ans qu'il en était resté au grade de lieutenant !!! Dans le même mouvement il est aussi nommé Ingénieur en Chef des Isles du Vent.

C'est avec ses nouvelles attributions que Vincent Houël entame en septembre 1741, sa dernière tournée d'inspection. Il part d'abord pour Sainte-Lucie, puis arrive à la Grenade où l'ingénieur Romain a remplacé l'ingénieur Picaudeau. Il continue ensuite son périple par la Guadeloupe et Marie-Galante. Il revient à la Martinique en mars 1742.

Vincent Houël donne toujours autant de satisfaction à ses supérieurs hiérarchiques, il s'entend parfaitement avec de Champigny. Mais l'état de grâce avec son autorité supérieure ne va pas durer. Lors de l'arrivée du nouveau Gouverneur, le marquis de Caylus, les relations vont se dégrader rapidement. En février 1746, le marquis de Caylus fait interdiction à l'Ingénieur en Chef d'exercer. Le gouverneur se plaint largement de l'ingénieur en chef au ministre de la marine. Vincent HoÛel qui sait pertinament que l'affrontement avec son supérieur ne tournera jamais en sa faveur, demande la permission de repasser en France, ce qui lui accorde aussitôt de Caylus.

Les motifs d'insatisfaction du nouveau Gouverneur sont sensiblement légers : Caylus se plaint que l'ingénieur en Chef n'ait pu lui fournir aucun plan particulier ni carte générale de la Martinique, ni d'aucune autre île de son gouvernement.... Il force le trait en affirmant que Hoüel l'a assuré que les fortifications étaient toutes en bon état alors qu'il constate, lui-même sur le terrain, le contraire. Certaines batteries seraient dans un état de délabrement avancé... Il ne mâche pas alors ses propos pour justifier au ministre l'interdiction d'exercer devant frapper l'ingénieur Hoüel :

Dans un premier courrier au ministre il annonce ce prétendu ingénieur... et dans autre où il est particulièrement sévère il écrit : je suis certain que s'il rencontre des gens du même métier que lui, par sa seule conversation il montrera son ignorance.

Vincent Houël quitte finalement les îles (1746-1747) et meurt à Paris le 1er octobre 1754. Selon M. Labail, de son mariage avec Elisabeth, Vincent aura eu quatre enfants. Deux de ses fils intégreront l'école des cadets de Rochefort, école plutôt réservée aux enfants des familles créoles des colonies. Ils reviendront servir aux îles, notamment à la Martinique. Né en 1719, Vincent Louis Hoüel rentrera [au service du roy] en 1737 et sera nommé en 1740 Enseigne à la Martinique. Charles Borromée, son cadet sera entrera également à Rochefort en 1744 et sera nommé Enseigne à la Martinique en 1751.

Vincent Hoüel a été propriétaire d'esclaves. Un courrier de mars 1727, signé conjointement par de Feuquières et l'intendant Blondel, demande au ministre une exemption de capitation pour 12 nègres au profit de l'ingénieur, récompense pour les services qu'il rendait alors aux fortifications.

Principaux travaux concernant la Martinique :

1 - Plan de l'hôpital du fort Royal de la Martinique
29 septembre 1722 - Manuscrit aquarellé sur papier 41 cm x 31 cm. FR ANOM 13DFC129C


2 - Plan et profil du magasin du Roi.
18 juin 1724 - Manuscrit aquarellé sur papier 52,5 cm x 36,5 cm. FR ANOM 13DFC132C


3 - Plan proietté du magazin du Roy du fort Royal de la Martinique.
18 juin 1724 - Manuscrit aquarellé sur papier 52,5 cm x 36,5 cm. FR ANOM 13DFC133C


4 - Plan de l'hospital [hôpital] du Fort Royal de la Martinique.
19 novembre 1725 - Manuscrit aquarellé sur papier 103,5 cm x 52 cm. FR ANOM 13DFC139A


5 - Plan d'un palais [de justice] et prisons projettées au Fort Royal de la Martinique. Plan de l'ancien palais et des prisons projettées au Fort Royal de la Martinique.
17 avril 1726 - Manuscrit aquarellé sur papier 70,5 cm x 49,5 cm. FR ANOM 13DFC141B


6 - Plan d'un palais, salles d'audiance pour le Conseil et la juridiction royalle, prisons et cachots projettez au Fort Royal de la Martinique.
29 juillet 1732 - Manuscrit aquarellé sur papier 100,5 cm x 73,5 cm. FR ANOM 13DFC146A


7 - Plan des retranchements projettés au mouillage du fort Saint-Pierre de la Martinique depuis la batterie Saint-Charles jusqu'à la rivière dudit lieu.
20 mai 1734 - Manuscrit aquarellé sur papier 64 cm x 48,5 cm. FR ANOM 13DFC148B


8 - Plan projetté d'un hangard pour servir à l'artillerie dans la citadelle du fort Royal de la Martinique. Elevation de l'hangard. Plan de l'hangard. Profil...
20 juin 1742 - Manuscrit aquarelé sur papier 77 cm x 49 cm. FR ANOM 13DFC155B