Antoine Geoffroy du Bourguet (xxxx, yyyy)

Après le décès d'Henri de Rochemore en mai 1768, Directeur Général des Fortifications des Îles du Vent, le service continu de fonctionner sous l'autorité des ingénieurs en chef en place à la Martinique. Charles Le Boeuf [Lebeuf] assure l'intérim en attendant d'être nommé Directeur des Fortifications. Le Boeuf plaide pour un renforcement des effectifs. Les travaux sont nombreux et concernent toutes les îles. Aussi faut-il que la métropole s'engage dans le renforcement du service. Il en va de la sauvegarde des îles. Il sera entendu.
En mars 1769 arrive un nouvel ingénieur : M. Geoffroy du Bourguet, ingénieur en chef. Ce dernier va alors s'appliquer à poursuivre sous la houlette de Le Boeuf les travaux de fortification prévus depuis la reprise en main des îles en 1763. La paix reste fragile. Il faut prévoir et pouvoir contrer toute action belliqueuse des britanniques.

En novembre 1771, Geoffroy du Bouguet répond à un courrier du ministre de la marine (Pierre-Etienne Bourgeois de Boyne, nommé en avril 1771) :
M Le Bœuf m'a appris que la carte de l'île de la Martinique qu'il avait envoyé au Duc de Praslin [César-Gabriel de Choiseul de Praslin] ne s'était plus trouvée dans son cabinet, et que vous n'en aviez par conséquent point. J'ai tout de suite fait travailler M. Moreau [Moreau du Temple] ingénieur géographe, et le seul dessinateur qui me reste ici à vous en faire une copie que j'aurai l'honneur de vous adresser des qu'elle sera finie.

Cette correspondance indique que l'exemplaire de la Grande Carte expédié au précédent ministre de la marine, a disparu. Le duc de Praslin serait-il parti en l'emportant ? Coutume très fréquente en ces temps anciens ou la distintion entre bien public et privé était souvent confuse. Quoiqu'il en soit Moreau du Temple, toujours actif dans l'île, va s'employer à réaliser une nouvelle copie destinée a être adressée (?) au cabinet du ministre. Cette copie a-t-elle eu les mêmes dimensions que l'original ? ou était-elle réduite.

En 1775, Le Boeuf quitte la Direction des Fortifications et repart pour la métropole. Antoine Geoffroy du Bourguet assurera alors l'intérim de la fonction directoriale.

Le royaume de France est en paix avec Albion mais cela ne va pas durer. Les évènements de 1776 en Amérique du Nord vont précipiter l'Histoire dans la première guerre coloniale moderne. Le roi Louis XVI nomme un Gouverneur des îles pour tenir tête et résister à l'ennemi. Le marquis de Bouillé fera mieux, il va, comme on le sait, prendre l'initiative de l'offensive. Mais pour cela il doit s'entourer des meilleurs hommes et ingénieurs.

Cependant au début de l'année 1778, Geoffroy du Bourguet doit prendre un congé en métropole, congé bien mérité après tant d'années passées aux îles. Il est arrivé en 1769, et n'a pas revu la mère patrie depuis. de Bouillé s'alarme et prévient son ministre : M de Geoffroy partant d'ici, je vais me retrouver dépourvu pour la partie du génie. Celui qui doit le remplacer quoique très bon sujet n'a pas tout ce qu'il faut pour cela. Il n'a pas fait la guerre et il est d'une très mauvaise santé....(Bouillé veut parler de l'ingénieur F. C. de Bexon)

Geoffroy renonce finalement au congé qui lui avait été accordé. Répondant à l'appel du marquis, il reste aux îles pour aider le Gouverneur dans ses projets de conquête des possessions britanniques, d'empêchement des communications et du commerce anglais.

Le marquis est alors comblé, il écrit derechef au ministre : J'ai l'honneur de vous prévenir sur les bruits de guerre qui se sont renouvelés au commencement de cette année (1778) que j'ai engagé Monsieur de Geoffroy, ingénieur en chef, à rester à la Martinique et de ne pas profiter du congé que lui avait accordé la cour.

Il n'a pas balancé à sacrifier ses affaires à son zèle pour son métier et au désir d'être utile. Il était d'autant plus intéressant de le retenir ... qu'il ne peut être remplacé par M de Bexon qui quoique bon officier n'a ni l'acquit ni le talent nécessaire pour cela
.

Les français vont d'abord s'emparer de la Dominique en septembre 1778. En raison des bons services rendus lors de sa conquête, de Bouillé propose Geoffroy du Bourguet pour le grade de brigadier. L'ingénieur général s'était particulièrement distingué lors des attaques de Roseau et du fort Cachacrou. Il se distinguera encore lors de la prise de Saint-Eustache en novembre 1781, l'île avait été prise par les anglais sur les hollandais, au prétexte qu'elle servait d'entrepôt au commerce interlope avec les Insurgents.

La Direction Générale des Fortifications des Îles du Vent, n'a pas de directeur depuis le départ de Le Boeuf. En juillet 1780, le marquis de Bouillé milite en faveur du rétablissement de la fonction. Il propose de nommer Geoffroy au poste de Directeur Général avec grade de brigadier des armées qu'il avait déjà demandé après la prise de la Dominique. S'il l'obtient, Geoffroy aura autorité sur les services des autres îles (Guadeloupe, Dominique, Grenade et Saint-Vincent). Ce sera chose faite.

Geoffroy, devenu Directeur Général n'en continu pas moins de s'impliquer activement dans le soutien aux actions de guerre contre l'anglais. Il est à la pointe de l'organisation logistique française qui va permettre le succès des Insurgents. Il se rend à Saint-Domingue en 1781 et 1782.
Quand il revient en Martinique en juillet 1782 à bord du Dauphin Royal, c'est accompagné du nouveau Gouverneur Général des Îles du Vent, le vicomte de Damas.

Le traité de Paris de 1783 restitue à l'Angleterre les possessions que Bouillé avait conquises. La France ne conserve finalement dans les îles du vent que la Martinique, la Guadeloupe avec ses dépendances, Sainte-Lucie et Tobago. A partir de 1784, les choses reviennent comme avant, et Geoffroy peut à nouveau effectuer les nécessaires et périodiques tournées des îles (Guadeloupe, Sainte-Lucie, ...) pour y contrôler la bonne exécution des travaux.

Principaux travaux cartographiques connus et accessibles aux A.N.O.M :


1 - Plan du Fort Bourbon de la Martinique pour désigner les ouvrages faits au 1er juillet 1774 et ceux qui restent encore à faire.
1er juillet 1774
Manuscrit aquarellé sur papier 57, 5 cm x 45,5 cm. FR ANOM 13DFC336B