du Fort-Royal à Fort-de-France


Le Fort-Royal a donné son nom à la ville sise au pied de ses remparts. Ce nom se décline encore dans l'appellation des actuels habitants de Fort-de-France : les "foyalais" contraction de Fort et de Royal.

Le fort et la ville ont connu depuis la primo-colonisation quelques changements significatifs de noms.

Dès l'implantation d'une défense opérationnelle sur le promontoire rocheux vers 1660, le fort sera baptisé en Fort-Royal. François de Dainville rappelle dans son ouvrage "Le language des Géographes" [page 231], qu'un fort est un château ou une petite place fortifiée. Qu'on l'appelle Fort Royal lorsqu'il a 120 toises pour ligne de défense (soit environ 234 m de remparts).
Or, même si la première fortification était sommaire, constituée pour l'essentiel de palissades et de tours en bois, les cartes de la fin du XVIIe siècle (Blondel, Visscher,...) le mentionnent déjà en Fort-Royal.

L'intermède de la première occupation anglaise (février 1762 à début 1763) n'a semble-t-il pas pas fait varier les noms de la ville et du fort. Ces deux entités continueront à les porter jusqu'en 1793 année où Rochambeau renomme le Fort Saint-Louis en Fort-La-Liberté, le Fort-Bourbon en Fort-La-Convention et la ville en République-Ville. Ces dénominations révolutionnaires, qui ne seront guère utilisées par la population, vaudront jusqu'en mars 1794, mois où les forces de la Convention capituleront devant le contingent britannique coalisé avec les colons royalistes.

carte Département de la Martinique Peu de cartes portent les marques de ce changement de statut et de noms. La réédition de la carte de Vaugondy en 1795 par Delamarche, prend en partie en compte la décision de l'assemblée locale prise le 26 octobre 1793 de constituer la Martinique en département français, et le changement des noms de la ville et du fort, le Fort-Royal y est rebaptisé Ft Libre.

De 1794 à 1802 les noms historiques, sous la bannière britannique, seront à nouveau plus ou moins officiellement en vigueur, sauf pour le Fort-Bourbon qui sera appelé par les anglais Fort-George.

Peu avant la restitution de la colonie à la France, suite à la signature de la paix d'Amiens en mars 1802, le 1er Consul Napoléon Bonaparte, signe l'arrêté consulaire du 28 germinal An X (18 avril 1802) par lequel la ville et le Fort-Royal prendront désormais le nom de Fort-de-France. La colonie sera remise officiellement par les forces anglaises à l'amiral Villaret-Joyeuse et au Préfet Colonial Bertin en novembre 1802.

Les cartes, manuscrites ou imprimées, officielles ou non, parues dans l'intervalle des années 1802 et 1809 qui indiquent le nom de Fort-de-France en lieu et place du Fort-Royal, semblent relativement rares mais pas inexistantes. L'ingénieur géographe Jean-Baptiste Poirson en a notamment dressé plusieurs versions parues dans divers atlas. Par exemple, dès la fin de l'année 1802, JB Poirson sort un atlas où la Carte des Iles Antilles montre que le changement de nom est déjà effectif. Dans le cartouche du titre de la Carte des Iles Antilles la date de parution indique Vendémiaire de l'an XI, an républicain qui a débuté le 23 septembre 1802.
JB Poirson fait alors montre d'une réactivité exceptionnelle dans la mise à jour des informations, le décret ayant été promulgué le 18 avril de la même année (1802). Dans un renvoi approprié [en bas à droite], l'auteur avertit en outre le lecteur des différents changements qui ont affecté les noms des principales localités des îles françaises.

La Paix d'Amiens n'ayant pas duré, les hostilités conduisirent à la perte de la colonie en 1809. Une fois encore les britanniques s'emparaient de l'île et les noms de l'ancien régime réapparurent. Ils perdureront jusqu'en 1848.

Le changement définitif du Fort-Royal en Fort-de-France intervient lors des évènements tumulteux, qui feront suite au rétablissement de la république [2nde République] en février 1848. Ceux-ci précèdèrent le grand mouvement populaire qui aboutira à l'abolition de l'esclavage dans l'île le 22 mai.

Le 28 mars 1848, Alexandre Reboul, Maire de Fort-Royal prend la décision de rebaptiser la ville en Fort-de-France au motif qu'aucune abrogation n'a touché l'arrêté consulaire de 1802. Depuis les choses sont ainsi.

Pour le reste, la prise en compte cartographique de la décision d'A. Reboul (de 1848) n'aboutira qu'une bonne douzaine d'années plus tard. C'est seulement à partir de 1860 que l'on commencera à voir circuler des cartes indiquant le nom de Fort-de-France, notamment dans les Atlas de Garnier, de Migeon ou de celui de Chasseloup-Laubat [Ministre de la Marine et des Colonies entre 1860 et 1869].
En revanche, les cartes marines officielles éditées par le Dépôt ou le futur S.H.M continueront en cette fin du XIXe siècle à porter Fort-Royal. Elles seront actualisées progressivement. Dans ce registre, les catalogues ...des Cartes, Plans, Vues des Côtes et instructions nautiques qui composent l'hydrographie française édités en 1860 et de 1878, feront encore mention du Fort-Royal en lieu et place de Fort-de-France. Ainsi, la grande carte de la Martinique de Paul Monnier portera Fort de France seulement à partir de 1868.