Une petite comparaison des cartes des Petites Antilles issues des travaux de G Delisle...




1 - Les premières éditions de 1717 et 1718 par G Delisle à Paris.

Delisle, Paris, 1ère édition, 1717

Ces premières éditions sont datées dans le titre de la carte de juillet 1717. Delisle n'est pas encore nommé "1er Géographe du Roy". Il le sera en août 1718. Il ne peut pas en faire mention comme il le fera dans les éditions postérieures.
Les longitudes portées la carte présente la Martinique (Fort Royal) à 317°40' Est par rapport au méridien de l'Isle de Fer. La Guadeloupe (Basse-Terre) est au 316°30'.

La carte est-elle une carte marine ?

La présence de "Rose des Vents" et de "Lignes de rhumbs" sont les caractéristiques des cartes marines de cette époque. La carte de Delisle dispose d'une très belle Rose des Vents. Mais les lignes de rhumbs sont absentes. Elle possède une triple échelle dont deux présentent des lieues marines qui accréditent l'idée que G Delisle la considérait comme telle.
L'avertissement portant sur la variation de la boussole observée par le Père Feuillée, est également un indice supplémentaire de la volonté du Premier Géographe d'en faire une carte à l'usage des navigateurs.

Les échelles sont les suivantes :

1 - Lieues Communes de France (25 au degré),
2 - Lieues Marines de France et d'Angleterre (20 au degré),
3 - Lieues Marines d'Espagne(17 1/2 au degré).



2 - Les premières éditions postérieures à 1719 par G Delisle à Paris.

Delisle, Paris, 2ème édition, 1717

Cette deuxième édition se situe certainement juste après la première, elle indique maintenant la nouvelle qualité de Guillaume DeLisle. Il a été nommé 1er Géographe du Roy et tient à le faire savoir.
Le géographe réédite alors un grand nombre de ses travaux, cartes dans lesquelles sa charge de 1er Géographe du Roy sera mise en évidence.
Hormis le titre qui change comme on l'a dit, le reste de la carte n'a pas varié. Le graveur s'est en effet contenté de souligner, dans un interstice propice, la nouvelle condition de l'auteur.
La Martinique est située comme précédemment sur une position de 317°40' Est par rapport au méridien de l'Isle de Fer, la Guadeloupe est au 316°30'. Les éditions postérieures vont marquer un changement d'un degré dans ces positions.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica Carte des Antilles Françoises issue de la collection Bourguignon d'Anville.


3 - Les éditions suivantes par G Delisle - 1er géographe du roy - à Paris.

Delisle, Paris, éditions de 1719 et suivantes

Les éditions faites par la maison Delisle après 1720, mentionnent la qualité de 1er Géographe du Roy à laquelle il accède en août 1718. Considérant les services fourni par le géographe, le "Régent" a créé une charge de 1er Géographe du Roy spécialement destinée à Guillaume Delisle.

La nouveauté de cette carte, est que la longitude ont été corrigée. Delisle a revu l'écart de longitude entre le méridien de l'Isle de Fer et celui de Paris. Il passe de 21° à 20°. En conséquence de quoi, les longitudes perdent un degré sur les cartes.
La Martinique a donc perdu un degré de longitude et se situe maintenant au 316°40 par rapport au méridien de l'île de Fer. C'est d'ailleurs cette position que retiendra Buache dans sa carte de la Martinique de 1732. Ces deux cartes paraitront dans les Atlas de Géographie que la maison de la Veuve Delisle imprimera. La Guadeloupe dans la carte des Îles est au 315°30' de longitude Orientale par rapport au Méridien de l'Isle de Fer. Aucune révision n'a touché les latitudes.
Les échelles sont les mêmes que précédemment. Pas de ligne de rhumbs. Une Rose des Vents, à côté de laquelle l'indication de la variation de la boussole [déclinaison magnétique] observée par le Père Feuillée est toujours portée.


Voir également l'exemplaire présenté par la bibliothèque numérique Gallica Carte des Antilles Françoises issue de la collection Bourguignon d'Anville.

Voir également la collection David Rumsey : Carte des Antilles francoises et les isles voisines chez Delisle à Paris


4 - Les éditions par Covens et Mortier à Amsterdam.

Covens et Mortier
Covens et Mortier

De multiples éditions de cette carte, sorties de chez Covens et Mortier principalement dans l'Atlas Nouveau, qui présente les travaux des principaux géographes français comme Sanson ou Delisle, ont été recensées sur le XVIIIe siècle.
La première édition de la carte de Îles, sort chez Covens et Mortier, certainement peu de temps après l'original, vers la fin 1718 ou en 1719, puisque Delisle y est qualifié de 1er géographe du Roy. La carte ne fait pas encore partie de l'Atlas Nouveau. Elle ne porte pas encore de lignes de rhumbs, et reste quasiment une copie conforme de l'exemplaire parisien.
Les éditeurs hollandais ont cependant ajouté en bas et à droite un texte REMARQUE dans lequel sont brièvement énumérées les diverses possessions insulaires des nations colonisatrices.
Aucune date n'apparaît dans le cartouche du titre de la copie hollandaise. On peut supposer que c'est ce modèle batave qui a servi de support à la carte de Weigel dont on connait mieux la date de parution : 1719.

Puis viennent les éditions périodiques de l'Atlas Nouveau qui commencent à partir de 1739, où la carte des Îles est insérée conjointement avec la carte de la Martinique de Buache/Delisle de 1732.
La carte des Îles portera des lignes de rhumbs et trois Roses des Vents, graphismes qui viennent renforcer l'idée que la carte des Petites Antilles s'identifie bien à une carte marine.
Sur ces divers exemplaires de la carte des Îles de Covens et Mortier, la Martinique restera à environ 14°40' de latitude Nord et à 317°40' de longitude Est par rapport à l'Île de Fer. Les longitudes n'ont pas été rectifées comme cela a été le cas pour les versions imprimées à Paris. L'anomalie tient surtout à ce que les deux cartes : la Martinique de 1732 de Buache, et la Carte des Îles des Petites Antilles sont présentes dans le même atlas avec des longitudes qui diffèrent d'un degré.

Voir également la collection David Rumsey : Carte des Antilles francoises et les isles voisines chez Covens & Mortier


Une édition tardive de l'Atlas Nouveau aura également lieu en 1774 (Je ne l'ai pas encore vu). Peut être que la position de la Grenade y est rectifiée ? ainsi que les longitudes....


5 - La Grenade rectifiée par Phil Buache, éditions chez Delisle/Buache à Paris.

En janvier 1747, Philippe Buache va publier une carte de la Grenade dans laquelle il insère un Avertissement où il explique l'erreur commise par Guillaume Delisle dans sa carte des Antilles de 1717 :

La Position et la Figure de cette Isle et des Islots voisins n'étant pas exactes sur la carte des Antilles Françoises publiées en 1717 par feu Mr Delisle sur les Mem. de Mr Petit Ingén.r du Roy qui avoit mal orienté cette Isle et cette erreur étant de quelq.e conséq.e pour la Navigation on a cru devoir publier cette Carte séparée de la Grenade et des I. voisines qui rétablit leur Position et leur Figure come elles auroient dût être marquées sur la carte Régionale des Antilles

Ainsi Ph Buache attribue la totale responsabilité de l'erreur à l'ingénieur Petit "qui a mal orienté" et absout entièrement son beau-père, beau pacte de famille !!! Le procédé est certes cavalier et rejoint le jugement du Père Labat qui vitupérait contre l'arpenteur Petit qui avait fait commettre au célébre géographe une erreur incommensurable.

Il semble pourtant peu probable que l'arpenteur royal (Petit) ait pu dresser une Grenade complètement inversée par rapport à sa position géographique. M Petit s'est déplacé à plusieurs reprises dans la plupart des îles françaises, et n'a pu commettre une telle erreur de position de la Grenade "tête en bas".
L'erreur de Delisle est donc plutôt celle d'une mauvaise interprétation des mémoires manuscrits de Petit. Admettons que ceux-ci n'étaient pas clairs....

De ce travail de rectification sur la position de la Grenade, aboutit en janvier en 1747 à la publication d'une nouvelle carte. Philippe Buache en viendra à devoir retoucher la carte des Petites Antilles que lui avait légué son beau-père. En 1760, il publie la carte corrigée des Petites Antilles. La Martinique (Fort-Royal) est environ à 316°40' de longitude Est du méridien de l'Isle de Fer.


6 - La Grenade rectifiée par Philippe Buache, éditions chez J-A Dezauche à Paris.

En 1780, l'éditeur Dezauche reprend à son compte le commerce des oeuvres de G Delisle et de Ph Buache, il réédite alors dans la foulée la carte des Petites Antilles corrigée par Philippe Buache. Il demande cependant au graveur de changer l'année de rectification, 1769 au lieu de 1760. Cette stratégie purement commerciale, vise à faire croire au public non averti que la carte a été "fraîchement" rectifiée, et qu'elle est donc la plus "moderne" disponible dans le genre.
Ce cartouche de titre fait l'objet d'un toilettage conséquent. Jusque en 1760, dans les diverses versions, le cartouche avait conservé en grande partie le texte original voulu par Delisle. Dezauche y met clairement la marque de sa firme tout en précisant qu'il succède aux deux fameux géographes. Le 0 de l'année est facilement converti en 9 par simple adjonction de la queue du 9.