Ingénieur en Chef en Martinique entre 1691 et 1706, année où il prend sa retraite, il dirigera les travaux de la forteresse du Fort-Royal, la construction de la redoute des Capucins sur le morne éponyme, et l'implantation de la ville. Il concevra les travaux de défense du Cul sac de la Trinité. Il se rendra à Saint-Christophe et à Grenade pour y diligenter d'importants travaux de fortification.

Selon les sources, J-B Caylus serait mort en 1722, pour certains en France, pour d'autres à la Martinique, où il avait de nombreuses attaches et d'importants intérêts personnels .
Pour le père Labat, de Caylus est l'Ingénieur Général des Isles et Terre Ferme de l'Amérique qu'il a rencontré en 1694, sur la forteresse en chantier [citadelle de Fort-Royal]. Il le décrit comme un gentilhomme du Languedoc, pétri de talent [très habile et très expérimenté]. Caylus est effectivement originaire de Haute-Auvergne, Pays de langue d'oc.

Les A.N.O.M possèdent plusieurs documents manuscrits qui permettent de retracer sommairement l'activité de l'Ingénieur en Chef des Isles et d'entr'apercevoir sa personnalité :

JB Caylus arrive aux Antilles, plus précisément en Martinique, afin de remplacer l'ingénieur Marc Payen qui a fait valoir ses droits à la retraite. Il arrive, semble-t-il, en fin d'année 1691. Quelques mois après son débarquement le Gouverneur de Blénac le sollicite afin qu'il l'accompagne en Guadeloupe pour une tournée d'inspection des fortifications. Mais Caylus prétexte une maladie qui l'exempte du voyage. Blénac inspectera tout seul, le Gouverneur consignera ses observations à l'attention de l'ingénieur défaillant, au cas où celui-ci pourrait se rendre en Guadeloupe.

Dès cette défection, l'atmosphère entre les deux hommes semble tendue. Blénac critique très vivement l'orientation que Caylus veut donner à sa mission. Blénac dira que son ingénieur fait preuve de beaucoup d'imagination et d'indépendance. Il accuse Caylus de caractère versatile l'imagination de cet homme ne s'arrête pas aisément, cela lui est naturel ... après avoir déterminé une chose, il faut la tenir ...

Hormis le Père Labat qui ne tarira pas de louanges sur l'ingénieur, les hauts fonctionnaires et dignitaires en place sont plus circonspects. La personnalité de Caylus rend apparemment les contacts et les relations difficiles. Caylus va se mettre à dos la plupart des Intendants et des Gouverneurs qui séjourneront dans les îles. Cela sera vrai quels qu'ils soient.

En 1693, Blénac fait un rapport sur le mauvais service de l'ingénieur sur la forteresse du Fort-Royal. Blénac n'apprécie pas que l'ingénieur ai décidé des positionner le logement du Général dans la forteresse, à côté du magasin des poudres. Il en connait les dégâts possibles en cas d'incident. Blénac critique également la plupart des options prises par de Caylus et pense qu'elles sont inutiles et souvent dispendieuses. Ces ingérences sont mal perçues par l'ingénieur qui dénie à l'Intendant comme au Gouverneur toute compétence technique.

En plus de ses mauvaises relations avec ses supérieurs hiérarchiques, Caylus rentre en conflit avec le supérieur des Capucins, ordre qui officie à Fort-Royal. Le Père Zéphirin met en cause sa foi catholique et l'accuse ouvertement de calvinisme : il n'assite que très rarement à la messe .... Rappelons à cet égard que la révocation de l'Edit de Nantes en octobre 1685 aura des répercutions fâcheuses sur les protestants des Antilles. Le climat pour eux était soudain devenu très malsain.
Pour se défendre, Caylus produit des lettres attestants de sa bonne pratique catholique. Il aurait étudié chez les Jésuites à Montpellier en 1672. Il aurait même converti des calvinistes chevronnés... Sa défense réussie temporairement à contrer les attaques du capucin. Mais ces soupçons vont le poursuivre et ressurgiront à la première occasion.

En 1694, la reconstruction du Fort de Saint-Pierre est à l'ordre du jour. Une partie importante du fort a été détruite par le cyclone [ouragan] d'octobre de la même année. Á cette ocassion Dumaitz de Goimpy, alors Intendant, fera remarquer que le fort du bourg Saint-Pierre ne servait que de logement au Général. Ce fort est inutile à la défense de la rade. La maçonnerie qui faisait face à la mer a été emportée, c'est le bon moment pour tâcher de le transformer en une défense efficace.
De Caylus est chargé des travaux. Á l'issue de ceux-ci, l'ingénieur jugeant son ouvrage dira qu'on a fait une très belle batterie à barbette de huit pièces, et comme elle est au centre du bourg on l'a tracé de manière qu'elle eut faire feu de tous côtés.

Quelques années plus tard, en 1699, Robert nouvel Intendant, suspecte Caylus de s'enrichir au détriment du service. Les travaux durent en longueur et cela semble bénéficier à Caylus. La méthode mise au point par Payen son prédécesseur, consistait à certifier les esclaves employés à la construction des fortifications, ce qui permettait à leur propriétaire de toucher un montant compensatoire. Pour un esclave prêté - ou réquisitionné - aux travaux de fortification, le propriétaire recevait un « dédommagement » d'environ 8 sols par journée. Caylus semble avoir détourné les bonnes intentions de Payen et négocié avec certains propriétaires peu scrupuleux. Lui même étant devenu propriétaire d'esclaves, il les emploie à la taille des pierres et la maçonnerie sur les fortifications dont il est le maître d'oeuvre. Il perçoit donc les montants compensatoires. L'Intendant Robert observe que personne n'est en mesure de contester ou de contrôler ces certificats.

En 1701, Robert revient à la charge. Caylus est maintenant devenu propriétaire de plusieurs habitations aux alentours du Fort-Royal. Ce qui prouve qu'il s'est enrichi. Robert, dans ses diverses tournées d'inspection ne trouve Caylus ni sur les chantiers à Saint-Pierre ni sur ceux du Fort-Royal. Hormis les reproches fait à Caylus en matière de conduite des travaux, l'Intendant ressort la vieille et terrible accusation de calvinisme il y a peu d'apparence qu'il fasse profession de la religion catholique.
Le sentiment de Robert est partagé par le Chevalier de Guitaud qui ajoutera à ce propos on travaille actuellement à munir le Fort-Royal des choses les plus nécessaires qui y manquent. On aurait besoin d'un ingénieur plus appliqué et plus assidu à son devoir que le sieur de Caylus qui donne tout son temps à ses habitations préférant son intérêt pariculier à celui du service...

En 1703, les relations entre Robert et Caylus se sont dégradées un peu plus encore. Robert reproche à Caylus d'entraîner les habitants de la Martinique dans des comportements séditieux.

Lors de l'affaire de Jorna le plus ancien des capitaine de milice qui n'a pas voulu se ranger sous les ordres de M de Courpon, Robert écrit une lettre au ministre où il raconte : On m'a assuré que le sieur de Caylus avait contribué à entretenir le sieur de Jorna dans cet esprit de mutinerie et de désobéisance. Je sais qu'il en est bien capable ayant autrefois engagé tous les officiers à se soulever séditieusement contre feu M de Blénac ...Le Sieur Caylus tient très souvent des discours en public tout à fait contraire au service du Roy et à l'intérêt de la colonie. Il voudrait faire croire que le Fort-Royal est très facile à prendre parce qu'il veut nous persuader qu'il faut faire d'autres travaux qu'il fera durer en longueur, et faire faire ainsi des dépenses inutiles tout en demeurant sur ses habitations.

Courant 1703, l'arrivée du nouveau Gouverneur des Isles, de Machault, va donner un peu de répit à l'Ingénieur en Chef : les plaintes contre M de Caylus était peut être fondées, mais depuis que je suis ici il a tenu une toute autre conduite. Il fait son devoir de chrétien et est assidu tout le jour au travail.. Mais ce sentiment ne va pas durer. Toutefois, dans un premier temps, la nouvelle assiduité de Caylus mènera les travaux à terme, ce qui fera dire à Machault en 1704 qu'il n'y a plus d'ouvrage à faire, en qu'en conséquence le mieux serait de révoquer M de Caylus, faute d'ouvrage en Martinique. L'Ingénieur en Chef part [est éloigné ?] ainsi en 1705 en mission à la Grenade.

Á son retour en Martinique en 1706, il prend sa retraite d'Ingénieur et cède ses habitations sucrières, dont l'une au Sieur Jorna. Il rentre alors en France. Le Sieur Jorna mettant du temps à régler sa créance, Caylus demande des comptes par voie de justice devant la juridiction de Marseille. M. Jorna sera condamné à payer. Mais les choses étant ce qu'elles sont, Caylus pour avoir gain de cause, devra revenir aux Antilles. On le retrouve ainsi en 1720 en Martinique où il fait valoir ses droits devant la juridiction compétente.

Il semble qu'il soit parti « définitivement » de Martinique en juillet 1722. C'est semble-t-il également l'année où il meurt. Pour certains historiens, l'ingénieur Caylus serait resté en martinique où il serait mort.


Si de Caylus peu paraître comme le pourfendeur de l'autorité établie, un aspect de sa personne reste cependant très sombre. L'épisode suivant nous éclaire sur son peu d'humanité : durant son séjour à la Grenade [vers 1705-1706], il achète des esclaves qu'il emmène avec lui à la Martinique, déstructurant ainsi une toute famille. Des religieux ont tenté de s'interposer et ont tâché de racheter les esclaves en question .... mais l'homme est resté inflexible et surtout insensible. Jean-Jacques Mithon de Senneville, Commissaire de la Marine à la Martinique, qui doit sa charge à l'Intendant Robert dont il épouse le jugement à propos de Caylus, écrira il n'y a pas eu moyen de contraindre le sieur de Caylus a renvoyer à la Grenade la famille de « nègres » qu'il y avait acheté, il a trouvé occasion de les vendre au sieur de Gallifet qui les a passé avec lui à Saint-Domingue .... Dure condition que celle d'esclave.

Principaux travaux cartographiques connus et archivés aux A.N.O.M:


1 - Plan du fort Saint-Pierre de la Martinique et des ouvrages proposez à y ajouter pour le mettre hors d'insulte. Profil de l'enceinte proposée du costé de la rade.
15 mars 1693 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 78 cm x 41,5 cm. FR ANOM 13DFC65B


2 - Batterie fermée proposée à faire à la Martinique au bourg dit la Caze Pilote.
01 avril 1693 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 41 cm x 56 cm. FR ANOM 13DFC66B


3 - Plan, profil et élévation du magasin à poudre et à vivres avec leurs dépendances proposé à faire au fort Royal de la Martinique
10 mai 1693 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 56,5 cm x 42 cm. FR ANOM 13DFC69B


4 - Profil et élévation de l'arcenal [arsenal] du Fort Royal de la Martinique.
10 novembre 1694 - signé Caîlus
Manuscrit aquarellé sur papier 58 cm x 49 cm. FR ANOM 13DFC83B


5 - Plan de la nouvelle ville sous le Fort Royal de la Martinique.
10 juillet 1698 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 77 cm x 49 cm. FR ANOM 13DFC86B


6 - Plan de la nouvelle ville sous le Fort Royal de la Martinique.
10 juillet 1698 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 79 cm x 51 cm. FR ANOM 13DFC86bisB


7 - Plan et profil d'un retranchement proposé à faire au fort Saint-Pierre de la Martinique pour attacher la batterie des Jésuites à la falaize de la Galère et fermer par là l'entrée du bourg aux ennemis.
24 juin 1699 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 56 cm x 41,5 cm. FR ANOM 13DFC87B


8 - Projet d'un retranchement proposé à faire pour mettre le fort Saint-Pierre de la Martinique hors d'insulte.
15 octobre 1699 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 70 cm x 50 cm. FR ANOM 13DFC88B


9 - Plan du fort S[ain]t-Pierre...
20 avril 1702 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 48,5 cm x 36 cm. FR ANOM 13DFC104C


0 - Plan de l'étage en souterrain et du premier étage de l'arcenal [arsenal] du fort Royal de la Martinique, bâti en l'année 1694.
1694 - signé Cailus
Manuscrit aquarellé sur papier 106 cm x 76 cm. FR ANOM 13DFC82A