Les catalogues de l'Hydrographie Française

Le catalogue de JC Dezauche paru en 1793 présente l'ensemble des cartes et documents disponibles chez l'éditeur rue des Noyers, près de celle des Anglais. Dans ce catalogue JC Dezauche inclut de fait le Catalogue Général des Cartes de la Marine dont il a seul l'Entrepôt Général.
En rachetant le fonds de commerce de Jean Nicolas Buache quelques années plus tôt, en 1780, JC Dezauche avait également acquis le droit exclusif à l'Entrepôt Général délivré par les autorités du Dépôt.
Dans un avis préliminaire au catalogue de 1793, l'éditeur rappelle les circonstances extraordinaires dans lesquelles se trouve la France en cette année révolutionnaire. Il y parle de l'inflation galopante qui touche les articles manufacturés et l'impossibilité pour lui, dans les conditions qui prévalent, de pouvoir fixer un prix à l'avance pour chaque carte de son catalogue.

Le Catalogue Général des Cartes Hydrographiques [du Dépôt de la Marine] commence en page 36. L'Hydrographie Française y est découpée en trois volumes.
Le premier volume contient trois chapitres, l'un sur les Cartes Générales, suivi des cartes de l'Océan Septentrionnal, puis de celles de l'Océan Occidental. Dans le second volume, le premier chapitre clôture les carte de l'Océan Occidental, un second chapitre est consacré aux cartes de l'Océan Méridionnal, puis viennent celles de l'Océan Oriental et enfin de l'Océan Pacifique. Enfin, le troisième volume est relatif au Neptune François.

Dans ce catalogue, les cartes des Antilles sont dans le second volume de l'Hydrographie, chapitre des cartes de l'Océan Occidental. La carte de la Martinique de JN Bellin (Carte Réduite de l'Isle de la Martinique avec le Plan Particulier du Cul de Sac Royal) porte le numéro 79.
Au n°75, deux cartes sont déclinées, la première est la "Carte Réduite des Isles Antilles" [de Bellin], la seconde à laquelle aucun numéro ne semble attribué [est en fait la n°75 bis] est donné sous le titre de "Cartes des Isles Antilles, par M Verdun".

En 1822, l’éditeur-imprimeur Jean-André Dezauche, qui succède dès lors à son père Jean-Claude, publie par « ordre de M le Marquis de Clermont-Tonnerre », le nouveau Catalogue des Cartes et Plans qui composent l’Hydrographie Française que l'on appelle également maintenant le Pilote Français.

Le canal de distribution des cartes du Dépôt de la Marine était réservé, grosso-modo depuis la Révolution [en fait 1780], à la maison Dezauche : celle-ci faisait figure d'Entrepôt Général. Dezauche bénéficiait d'un tarif attractif, en général il achetait les cartes au Dépôt, ristournées de 10 à 20 %, puis les revendaient aux détaillants installés dans les ports. Ceux-ci les distribuaient au tarif officiel gravé en bas de la carte. Une carte [pour un format Grand-Aigle] de "trente sols" revendue par un détaillant avait été acheté à Dezauche à environ une livre et 4 sols, soit une marge brute pour le détaillant de 27%. Cette situation de quasi monopole de la maison Dezauche, n'a cessé qu'aux environs de 1850.


J-A Dezauche indique dans le catalogue que : Ces Cartes et Plans ont été rédigés et gravés au Dépôt général des Cartes et Plans de la Marine et des Colonies et se vendent ...etc....
Le catalogue de l'Hydrographie Française sera réédité à plusieurs reprises par J-A Dezauche : en 1822, en 1832, en 1837 celui de 1832 étant épuisé, en 1847 et 1849, puis en 1860.

1 - Dans le catalogue de 1822, les cartes de l’Hydrographie Française sont divisées en 11 parties. La septième correspond à l’Amérique Méridionale, elle comprend les cartes numérotées de 173 à 206. Une seule carte est alors consacrée à la Martinique, c’est la carte générale de 1758 de l’ingénieur hydrographe JN Bellin. Elle porte alors le numéro 192.

2 - En 1832, le nouveau catalogue paraît. J-A Dezauche y met en garde le potentiel acheteur, en soulignant dans un avis préliminaire le changement de numérotation intervenu.

Au mois de janvier 1832, le numérotage des Cartes et Plans qui composent l’Hydrographie Française, a été complètement changé. Je recommande donc instamment aux personnes qui me demanderaient par écrit une ou plusieurs Cartes, de copier exactement le numéro et le titre entier de cette carte, en ayant soin d’indiquer la date du Catalogue. C’est le seul moyen d’éviter des erreurs. Je préviens aussi les personnes qui se serviraient du présent catalogue que le prix de la plupart des Cartes à 3 fr. et au-dessus a été diminué et fixé à 2 fr., et que les Cartes d’une feuille entière, qui étaient cotées à 1 fr. 50c., sont maintenant à 2 fr. Au surplus, chaque Carte porte son prix, gravé au bas du cadre.
Les propos de J-A Dezauche montrent une certaine fluctuation du prix des cartes du Dépôt. Après la forte inflation qui a eu lieu durant la révolution, le prix moyen a doublé entre 1780 et 1795, ceux-ci tendent à revenir vers la normale en ce début du XIXe siècle.
Les cartes de la Martinique qui apparaissent maintenant dans le catalogue de 1832 sont les 9 cartes issues du travail de Monnier. Elles portent les numéros allant de 383 à 391. La carte des triangles n'y figure pas.

3 - En 1837, J-A Dezauche réédite le catalogue de 1832. Il précise que cette édition est réalisée car le catalogue précédent, celui de 1832, est épuisé. Une nouvelle classification « par ordre géographique » est en vigueur pour l'Hydrographie Française, elle ne touche pas les cartes de la Martinique.
L'éditeur souligne dans ce catalogue de 1837, que la double numérotation (numéro nouveau doublé avec l’ancien) qui a pu, pour certaines cartes, avoir lieu auparavant (soit celles parues pour la Martinique entre 1832 et 1837), a été définitivement abandonnée.

D'où, en résumé :

a - les premières cartes de Monnier portent des dates de parution allant de 1827 à 1831 pour la carte générale. Les premières impressions par le Dépôt ont donc lieu entre la parution du catalogue de Dezauche de 1822 et celui de 1832. Ces cartes portent généralement un numéro en 192 suivi d'un nombre entre parenthèses compris entre 1 et 8.

b - Les cartes imprimées entre 1832 et 1837, et surtout celles imprimées antérieurement et demeurant encore dans les stocks du Dépôt, sont celles qui pourraient porter la double numérotation, numéro en 192 (x) associé avec un numéro compris entre 383 et 391 (numéro en général rajouté) que nous retrouvons sur certaines cartes.

Les cartes postérieures à 1837 ne portent plus que la numérotation comprise entre 383 et 391.



4 - En 1847 et 1849, une nouvelle version du catalogue est publiée. Les cartes de la Martinique ne changent pas de numérotation. Elle s’étale de 383 (la carte générale) à 391.
A la page n°79 du catalogue de 1847, il est spécifié que la carte de la Guadeloupe publiée en 1759 [ndla : c'est à dire celle de Bellin] a été supprimée. En attendant son remplacement, le Dépôt de la Marine délivre aux bâtiments de l'Etat celle qui a été dressée pr M. Friesz, capitaine au long cours, en 1842.

Il est précisé dans ce catalogue que l’échelle indiquée correspond à la longueur du mile marin en partie du mètre.

5 - Le catalogue de 1860.
La numérotation des cartes de la Martinique ne change pas, elle court toujours de 383 à 391. Par contre un léger changement affecte la présentation des échelles. Chaque carte possède maintenant dans le catalogue une échelle en millimètre. Je vous présente les 9 cartes dans l’ordre dans lequel elles sont dans ce dernier catalogue, avec l'indication de leur échelle en millimètres et la correspondance entre l'ancienne et la nouvelle numérotation :

n°383, m=23 <==> 192 [de 1758 JN Bellin, la carte Générale de Monnier n'a, semble-t-il, jamais porté le n°192]
n°386, m=39 <==> 192(3)
n°388, m=266 <==> 192(5)
n°384, m=39 <==> 192(1)
n°389, m=128 <==> 192(6)
n°390, m=128 <==> 192(7)
n°391, m=128 <==> 192(8)
n°385, m=39 <==> 192(2)
n°387, m=128 <==> 192(4)

L'échelle de ces cartes se calcule par rapport à la longueur d'un mille marin (1 852 m). Par exemple m = 128 signifie que le mille marin sur cette carte est représenté par une longueur de 128 millimètres. Cette carte aura donc une échelle d'environ 1 / 14 470, soit une échelle identique à la grande carte de Moreau du Temple.