Quelques cartes des Îles Caraïbes vues par les hollandais & les allemands


Les néerlandais ont été très prolifiques durant tout le XVIIe siècle, qu'ils soient cartographes, éditeurs et imprimeurs, ou simples et talentueux graveurs.
Ils ont contribué, notamment durant la seconde moitié du XVIIe siècle, à imposer le concept de l'Atlas. Dans ceux-ci étaient regroupés des cartes de différentes provenances et de différentes années qui étaient mixées les unes les autres selon la demande du moment.

Pour l'amateur contemporain, les Atlas néerlandais de cette période qui présentent une stabilité de leur composition ne sont pas légion. Il est souvent difficile de déterminer exactement les caractéristiques et l'historique de cartes détachées de tel ou tel atlas. Comme on le dit aujourd'hui la traçabilité des oeuvres n'était pas assurée.
Les maisons d'édition amsterdamoises se cédaient entre-elles les planches (cuivres gravés) ou encore une partie des stocks de cartes imprimées. Ceux-ci ou celles-là étaient souvent corrigés ou simplement recopiés par les acquéreurs qui s'associaient entre-eux pour monter de juteuses affaires d'édition. Une même carte originale pouvait faire partie de deux atlas différents édités par une ou plusieurs "maisons" à peu près au même moment, à quelques années d'intervalle, voire quelques décennies d'écart.
Ainsi Pieter Goos, Hendrick Doncker, Johannès Janssenius, Caspar et Jacob Theunisz, Arent Roggeveen ... se sont successivement ou conjointement associés les uns les autres pour produire le "Zee Spiegel" ou le "Zee-Atlas", pour ne citer que ces deux Atlas.






GERRITS Hessel (ca 1581, 1632) - Pascaert van de Caribes Eylanden, curiouslyck betrocken met octroy van de... Heeren de Staten Generael der vereenighde Nederlanden en de... Heeren... der Geoctroyeerde West Indische Compagnie, ghedienstigh opgedraghen door Hessel Gerrits

1631


carte des Îles Caraïbes par Hessel Gerritz, 1631

dimensions approximatives : 53 cm x 75 cm

date d'édition : 1631 [indiquée sur la carte « A° 1631 »]

Ce très bel exemplaire de la carte des Petites Antilles de Gerritsz est conservé à la Bibliothèque Nationale de France.

L'orthographe du maître géographe et cartographe est sujette à quelques variations. Sur cette carte, son nom est orthographié « Gerrits », mais on le retrouve également écrit des façons suivantes : Hessel Gerritsz, Hessel Gerritszoon ou encore Hessel Gerardus cette dernière orthographe étant latinisée.

La carte des îles Caraïbes de Gerrits inaugure une longue descendance. Il semble que cette carte soit une des premières 1ères dans le genre. Elle a été la source de nombreuses autres productions. La carte a été produite pour et par la « West Indische Compagnie » c'est-à-dire la Cie des Indes Occidentales. C'est Gerritsz qui a recueilli les diverses informations et dressé cette carte à très petite échelle (environ 1 / 1 635 000). D'une manière générale, le chapelet des Petites Antilles présente ici une courbure très esthétique. Les espaces séparant les îles sont parfois surévalués, l'étendue ou la taille des îles elles-même est souvent réduite par rapport à la réalité. Leur azimut est encore mal perçu. Ces inexactitudes contrubuent à renforçer ainsi la largeur des canaux séparant les îles entre elle. Voir à ce propos l'écart entre la Martinique et Sainte-Lucie ou encore avec la Dominique.

De nombreux géographes, notamment flamands, vont reprendre presque tel quel, le schéma et les informations proposés par l'auteur. Depuis 1617, Gerritsz était le géographe officiel de la prestigieuse Compagnie Hollandaise des Indes Orientales, il travaille là, ce qui est notable, pour la seconde Cie hollandaise. Ces sources sont donc solides. Elles proviennent de cartes espagnoles et des observations des nombreux navigateurs flamands qui écument la zone Caraïbe.

Cette carte accessible à la BNF est présentée sur parchemin. Certains traits de côte sont coloriés. Les latitudes, septentrionnales, sont indiquées en bas du cadre : elles s'étalent de 8°40' à 19°10. La zone représentée en latitude part des « Bouches de l'Orénoque » pour atteindre au Nord Porto-Rico. Les coordonnées en latitude des différentes îles sont déjà relativement bien perçues : Gerritsz situe par exemple le milieu de la Martinique à 14°45, ce qui n'est pas très éloigné de la réalité (Fort-de-France est à 14°36') et le milieu de la Guadeloupe à 16°15' (Pointe-à-Pitre est à 16°59'). Les dimensions des îles sont cependant réduites et les espaces ou canaux les séparant, en général, plus accentués que la réalité. Cela est dû en partie aux inclinaisons (azimuts) des îles, par exemple la Martinique est présentée très inclinée sur son axe. Aucune longitude n'est portée, la zone embrasse environ 6° de longitude, soit la partie comprise entre le « Cap de la Codora » à l'Ouest, nommé ainsi par Gerritsz. Le point le plus occidental correspond aujourd'hui à la position de la ville de Chirimena au Vénézuela. La carte est bordée à l'Est par l'actuel fleuve San José de Amacuro. L'embouchure de ce fleuve nommé R. Amachoor ou rivière Amachoor par le flamand, se situe légèrement au Sud-Est du delta de l'Orénoque. Malgré l'abscence d'indication en longitude, la carte est plutôt bien proportionnée dans cette dimension. Plusieurs échelles de distances sont méticuleusement portées, elles s'expriment en : « Duytsche Mylen » [15 au degré] , « Spaensche leguas » [17 1/2 au degré] « Engelsche leagues » [20 au degré].

Juste en dessous du titre de la carte, Gerritsz a glissé une première « rose des vents » qui s'appuie sur un méridien porté par le barycentre de la carte. C'est à partir de celui-ci que Gerritsz a dressé son référentiel de coordonnées et donc le canevas général de sa carte. Le barycentre est placé à 14°07' de latitude Nord (sur la carte) pour le parallèle (ligne horizontale). En verticale, le choix du méridien retenu n'est pas anodin. Il s'appuie sur l'île de Sainte-Croix [Santa Crus] colonisée à cette époque par les Hollandais, précisément à partir de 1625. Les Bataves en seront chassés par les anglais vingt ans plus tard. Une seconde « rose des vents » a été posée, elle s'ancre sur le méridien tangentant l'Ouest de la Barbade.

Gerritsz indique le partage de l'île de Saint-Christophe entre les anglais (Engelsche ree) et les français (Fransche ree), mais sans rentrer dans des détails frontaliers trop fins. Le partage durera de 1625 jusqu'en 1713, l'île est alors cédé à l'Angleterre par le traité d'Utrecht. Les indications sur Saint-Christophe sont relativement « fournies » par rapport à celles des autres îles. L'auteur y indique la présence d'un fort français Fransch Fort ainsi que celle d'une soufrière : Solferberg. Côté anglais le cartographe porte la présence d'un Carels Casteel, pouvant correspondre au fort Saint-Charles. Saint-Christophe est cependant largement sur-dimensionnée par rapport à sa taille réelle. Avec Sainte-Croix aux Hollandais et la Barbade aux anglais, ce sont pratiquement les seules îles récemment investies par des européens non espagnols. La Martinique et la Guadeloupe seront colonisées 4 ans après la parution de cette carte, en 1635. Les indications insulaires sont rares hormis pour les îles de Porto-Rico, Margarita et Trinidad, colonisées depuis plus d'un siècle par les espagnols qui y possèdent de nombreux établissements.

Les « Bouches de l'Orénoque » ainsi que la côte sud de Trinidad portent des sondes dont on peut croire qu'elles sont exprimées en brasses. Aucune sonde n'est portée sur le reste de la carte, cependant certains dangers nautiques sont indiqués. Le cartographe a matérialisé les hauts-fonds, les barrières de récifs, les écueils isolés ou non, par des symboles qui ne doivent pas laisser de doute aux navigateurs et aux utilisateurs de la carte.

Concernant les Îles Vierges, éparses, Gerritsz a recourt à des indices qui partent de la lettre « a » jusqu'à la lettre « f ». Il évite ainsi de surcharger d'items l'emplacement des iles sur la carte, permettant, de fait, une meilleure lisibilité de l'ensemble. Les lettres renvoient à des indications qu'il porte en bas et à droite du parchemin, dans une section qu'il a intitulé : In de Virgines. pour îles Vierges :

a 't gat van F. Draeck ==> fait référence au Canal de Francis Drake
b Vogel eylandt ==> indique une « îles aux Oiseaux »
c Rood cliff high eylandt ==> indique certainement les falaises aux teintes ocre-rouge de l'actuelle « île de Norman » dans les Vierges britanniques. Cette île a longtemps été appelée île du Normand (flibustier).
d Wester Virgem ==> Vierge Occidentale ou de l'Ouest
e I. Verde ==> pour Isla Verde, l'« île Verte » [deux cents ans plus tard, Verdun de la Crenne remarquera durant son voyage de 1771 et 1772, que l'île Verte pourrait ne faire qu'une seule et même île avec celle dîte du Passage]
f bescheten eylandt ==> indiquerait une île à la baie propice au mouillage


Hessel Gerrits porte ensuite des indications, semble-t-il sur des problèmes de déclinaison ou d'anomalie magnétique, mais également de correction de compas de navigation hollandais. ces corrections concernent « a priori » l'ensemble de l'aire couverte par la carte :

De Streckinghen vande Landen syn hier gheleyt nae het rechte Noord ende Suyd.
De Compasnaeldt Noordoofstert hier 3 oft 4 graden :
sulex dat gemeene Hollandsche Compassen 3 graden Noordwesteren


A priori il aurait observé maintes fois, en différents lieux, une déviation de l'aiguille aimantée vers le Nord-Est d'environ 4 degrés.






JANSSONIUS Johannès (1588, 1664), Insula / S.Iuan de Puerto /rico / CARIBES ; / vel / CaNibasuM Insulae. 1650

carte des îles caraïbes par Janssenius


attribuée à Johan ou Johannès Janssonius (appelé également : Jan Janszoon ou Jansson)

Imprimée à Amsterdam. vers 1650.

dimensions : 40,5 cm x 51,0 cm.

La carte est articulée autour d'une rose des vents centrale, dont le méridien coupe l'île de saint-Christophe. Le Nord est orientée à gauche. Sur le cadre délimitant l'aire gravée, sont présentes les coordonnées en latitude (côté haut et côté bas) mais sont surtout présentes les ongitudes (côté gauche et côté droit), ce qui était rare à cette époque pour ce genre de cartes hollandaises couvrant les Petites Antilles. Sur chaque côté du cadre est indiquée la direction correspondante : Occidens, Orient, Meridies et Septentrio. La longitude présentée est une longitude Est, mais elle n'est pas ici relative au méridien de l'Île de Fer (Canaries). Ce sont environ 10 degrés supplémentaires qui viennent s'ajouter par rapport aux déterminations rapportées à l'île de Fer. Il s'agit certainement d'une Longitude Est relative à une île plus à l'Ouest que El Hierro. Probablement une île des Açores. L'île de Terceira située 10° environ plus à l'Ouest que l'Île de Fer (Isla de Hierro) paraît être une option sûre, mais il est probable que ce soit l'île de Pico tout comme dans la carte de Robert Dudley produit 1647 (Carta particolare dell'India Ocidentale, con la terra ferma dal' capo di Paria sin al' capo S. Romano) où l'on retrouve cette île comme méridien d'origine. De tout façon, il est regrettable que Jansson n'ait pas explicitement mentionné sur sa carte, ni en marge, l'origine de ses longitudes.

L'échelle des distances décompte des Milles Communes Germaniques mesure essentiellement terrestre qui n'a rien de maritime. La carte présente toutefois l'allure d'une parfaite carte nautique puisqu'elle fait une place de choix aux : rhumbs, aux roses des vents, à l'indication de sondes, ainsi qu'au signalement des dangers marins. Toute la signalétique nautique apparaît dans cette carte pourvue paradoxalement d'une échelle essentiellement terrestre. C'est dommage, car même l'ornementation possède ici un fort accent maritime. La carte offre ainsi un superbe cartouche de titre [en haut à gauche] encadré d'allégories marines (un Triton pourvu de sa conque recourbée, des Naïades ou Néphélées, un angelot serrant dans chacune de ses petites mains un serpent, ...). La carte est également agrémentée d'un ensemble de beaux sujets qui s'insèrent bien dans son thème : nombreux bateaux, monstres marins. Dans le coin en bas à gauche se distingue un jeune esclave noir revêtu pudiquement d'un léger pagne blanc en coton, l'esclave soutient nonchalament de sa main gauche l'échelle des distances, tout en ayant sous le bras droit un cylindre d'osier symbolisant certainement une production particulière des îles ou des colonies. Á ses pieds trois autres cylindres semblables au premier, ainsi qu'un ballot cubique qu'un cordage resserre étroitement. Peut-être s'agit-il là d'un ballot de tabac.

Le titre de la carte met d'abord l'accent sur l'île de Porto-Rico puis indique également les îles Caraïbes appelées ici Canibasum Insulae. En les nommant ainsi Janssonius va contribuer à la diffusion des stéréotypes qui touchent les Caraïbes. canibales.

Le géographe Janssonius a réalisé là une oeuvre maîtresse même si les informations portées pour les îles sont relativement lapidaires. En effet, peu de toponymes apparaissent. Ils sont en concordance avec la carte d'Hessel Gerritsz éditée vingt ans plus tôt, en 1631 (voir ci-dessus). La Martinique est encore appelée Matinino. Les latitudes ne sont pas exactement les mêmes que chez Gerritz, sans différer pour autant de façon significative. On remarquera surtout l'espace séparant la Martinique de la Dominique, bien plus resserré chez Jansson que chez Gerritsz. L'écart a aussi varié entre la Martinique et Sainte-Lucie. D'une façon générale, les îles sont plus grandes en étendue chez Jansson par rapport à celles traduites par Gerritsz. Comme chez ce dernier, Jansson met l'accent sur l'île de Saint-Christophe colonisée depuis 1625 par les anglais et les français. Les deux nations se partagent l'île découpée en trois parties avec au milieu les anglais, aux extrémités les français. La toponymie y est plus riche que pour bien d'autres îles, hormis les îles espagnoles où les établissements coloniaux sont plus développés. Á Saint-Christophe, Jansson indique la partie française (Fransche ree) et la partie anglaise (Engelsche ree). La présence d'une soufrière Solferberg est notée mais dans l'espace marin. Les lignes de fortifications française sont identifiées : Fransche F pour signaler le fort. Un endroit nommé Caerls Cast est mentionné, probablement le fort Saint-Charles édifié par le gouverneur Warner qui dirigeait alors la partie britannique de l'île. L'essentiel de la toponymie terrestre de l'île a été cependant gravée sur la partie océanique de la carte.

Comme chez Gerritsz, Jansson nomme les principales îles des Vierges, mais il place directement près des îles concernées les libellés les concernant (voir au-dessus). Gerritsz les avait isolés dans une section spécifique. Le cartographe s'est essayé, pour la plupart des îles, à porter un semblant de relief ainsi qu'à montrer qu'elles étaient fort couvertes de forêts encore vierges. Du côté de Trinidad, il porte comme l'a fait Gerritsz, de nombreuses sondes qui s'étalent jusque dans l'immense delta de l'Orénoque. Les sondes des deux cartes, sont à quelques encablures près, apparemment les mêmes. Cette concordance montre que Jansson a plutôt reconduit telles quelles les sondes compilées par Gerritsz. Mais les deux cartes, celle de Jansson et celle de Gerritz, ne sont pas identiques, loin de là. Ce qui fait tout leur intérêt.




Voir également l'exemplaire conservé à la B.N.F issu de la Collection d'Anville Insula S. Juan de Puerto Rico Caribes, vel canibalum insulae.






COLOM Arnold (1624, 1668) Nieuwe Carybsche Pascaart

1656

carte des Îles Caraïbes par Arnold Colom, 1656

Imprimée à Amsterdam, à partir de 1656, cet exemplaire est issue d'une édition intitulée « Atlas of werelts-water-deel en des selfs zee-custen » de 1663 présentée par le NMM. Cet Atlas a été en fait publié en 1663 par le propre père d'Arnold [Aertsz Jacob COLOM], Arnold faisant figure ici de géographe et cartographe contributeur.

dimensions approximatives : aire imprimée 54,5 cm x 64 cm, feuille : 57,5 cm x 65 cm.

L'ensemble de la carte présente une orientation totalement inverse, le nord est orienté vers le bas. Arnold Colom indique les latitudes dans la seule partie gauche du cadre. Il n'existe pas d’échelle de longitude. Une triple échelle de distance est présentée au dessus du second cartouche. Elle comporte une échelle de milles hollandais de 15 au degré, une échelle de lieues espagnoles de 17 1/2 au degré et une échelle combinée de lieues anglaises et françaises de 20 au degré.

L'ensemble de la carte est articulé autour d'un noeud central où ne figure pas de rose des vents. Les roses des vents (2 roses sont présentes) sont positionnées de part et d'autre parmi les 16 noeuds secondaires.

L'aire recouverte par la carte des Colom recouvre l'ensemble de la zone des Petites Antilles. Au nord, elle inclut une partie importante des Grandes Antilles, ainsi Porto-Rico est entièrement contenue. Une partie importane d'Hispaniola (partie orientale) est perceptible. Au Sud, la côte de la « Terre Ferme » s'étend de l'embouchure du fleuve Moruga à l'Est [les Guyanes ne sont plus très loin] jusqu'au Cap Saint Romain à l'Ouest [actuel Cabo San Roman à côté de Maracaïbo]. Les îles sous le vent qui courrent le long de la côte continentale sont de fait entièrement comprises : de Tobago jusqu'à Aruba. L'aire de la carte est plus importante que celle de la carte de Gerritsz (section au-dessus). Arnold Colom s'est servi des informations de la carte de Gerritsz. Il a aussi exploité, comme nombre des cartographes flamands de cette période, la carte générale de Willem Blaeu (West Indische Paskaert de 1626). Les informations véhiculées sont désormais plus nombreuses qu'auparavant. Colom met surtout l'accent sur la vision nautique de la Caraïbe. Partout, il signale les nombreux récifs et donne de nombreuses sondes. Pour chaque île, il tâche de fournir l'emplacement des dangers marins. La Bardade dans ce domaine fait figure d'exemple : il la ceint de hauts-fonds, donne des sondes et y positionne autour de nombreux et hypothétiques îlots. A. Colom se distingue de ses contemporains néerlandais, puisqu'il nomme la Barbade Barbadus et la Barbude Barbudas alors que les autres cartographes nommeront respectivement les deux îles comme Barbudos et Barbada. Il est vrai que la proximité des deux noms a été source d'erreurs dans bien des cartes et autant de discours.

En 1656, les « choses » ont déjà bougé dans la Caraïbe. La colonisation s'est étendue. De nombreuses îles sont maintenant occupées par des colons des différentes nations européennes. Quelle que soit la nation colonisatrice, la mise sous tutelle et l'exploitation des îles se sont déroulées selon le même schéma organisationnel : c'est-à-dire sous l'égide d'une compagnie marchande toute puissante. En 1656, les îles de Curaçao, Bonaire et Aruba sont pratiquement tenues fermement par les néerlandais depuis plus de vingt ans (1636). Malgré quelques vélléités de reconquête, les espagnols échoueront dans leur tentatives et finiront par accepter le fait accompli. A. Colom porte judicieusement sur Bonaire et Curaçao, un poinçon particulier siginifiant d'une part la présence d'établissements actifs [hollandais] ainsi d'autre part de l'évangélisation [protestante] de ces îles.

Par rapport à la carte de Gerritsz, certaines latitudes adoptées par A. Colom se sont légèrement améliorées d'autres légèrement détériorées. Mais compte tenu des azimuts attribués aux îles, il ressort que la qualité des déterminations du hollandais était relativement solide. Par rapport à la carte de Gerritsz la Guadeloupe a glissé légèrement vers le Nord, elle se retrouve ainsi bien au-dessus du 16° de latitude. Les coordonnées de la Martinique n'ont pas significativement bougé, le géographe indique encore le nom Caraïbe « Matinino » à côté de la nouvelle appellation. Il indique aussi deux places remarquables : Groote Bay [grande baie du Fort-Royal] et Governeurs Bay [rade de Saint-Pierre], dénominations qui se retrouvront dans les premières cartes « individuelles » de la Martinique. Trois îles, la Barbade, Antigue et Barbude sont dotées de quelques sondes. Pour les îles Vierges, on retrouve pratiquement les informations présentes chez Gerritsz, directement portées à l'emplacement des îles de l'archipel. La partition de Saint-Christophe est mentionnée, A. Colom marque la présence d'un fort français : « Frans Fort » à l'Ouest de l'île, sans le positionner précisément. Comme chez Gerritsz, l'île est toujours sur-dimensionnée par rapport à sa taille réelle, laissant croire à l'utilisateur l'existence d'un potentiel de développement économique imaginaire.

Le titre du premier cartouche en haut à gauche [Pascaarte / Nieuwelijcks uyt-ghegheven / Door / Arnold COLOM / Tot / Amsterdam / hop het water by de Nieuwen-Brugh / inde lichtende Colom / 1656] donne des indications précieuses sur le lieu d'impression : "Amsterdam" dans le quartier de Nieuwen-Brugh, l'année d'impression : 1656 et le géographe-cartographe : Arnold Colom. La carte a été mise à jour, en 1656, avec les informations les plus récentes selon le texte flamand imprimé sur la carte : Nieuwelijcks uyt-ghegheven.

Le second cartouche en haut à droite, situé sous les échelles de distance, porte le nom hollandais de la carte Nieuwe Carybsche Pascaart. En dessous figure une transcription en anglais des principales caractéristiques de la carte : [Nieuwe Carybsche Pascaart / The Carybes Ilands / newly setforth and amendid / by Arnold Colom / Amsterdam dovelling on the Water in the lightning Colom]. Ces informations tendent à montrer que cet exemplaire particulier était aussi destiné au marché britannique. Il n'est pas étonnant alors que l'on retrouve un exemplaire de cette carte suffisamment rare, au National Maritime Museum.






DONCKER Hendrick (1626-1699)

1658

carte des îles caraïbes par Doncker, 1658

Imprimée à Amsterdam, à partir de 1658, cet exemplaire est issue d'une édition du "De Zee-Atlas ofte Water-wareld" de 1661 présentée par le NMM. Cette carte n'a pas de titre explicite. Elle est cependant pourvue d'un cartouche (en haut à gauche) qui présente sa provenance et qui détermine sans ambiguïté son éditeur : H Doncker, initiateur du Zee-Atlas.

On sait cependant que Pieter Goos s'est associé à plusieurs reprises avec Hendrick Doncker, coopération qui remonte à 1655, pour produire ses propres éditions du Zee-Atlas.

dimensions approximatives : aire imprimée 44,5 cm x 54 cm, feuille : 46,5 cm x 56 cm.

Le titre dans le cartouche en haut à gauche [T’Amsterdam / Bij Hendrick Doncker / Boeckverkooperen Graadboogh / Maeker, Inde Nieuwbrugh fleech / in t’Stuurmans Gereeschap / Anno 1658] donne des indications précieuses sur le lieu d'impression : "Amsterdam", le nom de l'entreprise de Doncker "in t’Stuurmans Gereeschap" et l'année d'impression : 1658.
Dans le terme "in t’Stuurmans Gereeschap", Stuurmans correspond à "pilotes".

Doncker donne une échelle de latitudes, positionnnée dans le cadre entourant la carte, en haut et en bas, ce qui rend plus pratique sa lecture. Il n'existe pas d’échelle de longitude, ni d’échelle de distance.

Cette carte centrée sur la zone « Caraïbes » accompagne généralement la carte plus générale intitulée Pascaerte vande Carabische Eylanden qui paraît pour la première fois dans l'édition de 1660 du Zee-Atlas. Cette dernière carte plus générale montre l'ensemble des côtes et des îles du Golfe du Mexique.

L'aire de la carte dressée par Hendrick Doncker est légèrement plus vaste que celle proposée par Gerritsz (voir au-dessus) et moins étendue que la carte d'Arnold Colom (voir section au-dessus), elle correspond davantage à celle de Janssonius sans être identique. Les informations qu'elle contient ne diffèrent pas sensiblement des précédentes. Le cartographe a cependant allégé la présentation, privilégiant semble-t-il l'approche de Gerritsz. La carte n'est pas une simple recopie des autres, mais une bonne synthèse allégée. Les successeurs ne s'y tromperont pas puisque le schéma et l'aire de la carte de Doncker, sera repris aussi bien par des cartographes flamands que par certains de leurs concurrents anglais (voir par exemple, les cartes du britannique John Seller).







BLAEU Johannes Canibales Insulæ

1662

Imprimée à Amsterdam, à partir de 1662, exemplaire issu d'une édition latine de l'Atlas Major, dimensions approximatives : 42,0 cm x 53,0 cm.
Les éditions de l'Atlas Major se sont succédées durant le XVIIe et le XVIIIe siècle. Elles sont qualifiées soit de latines, soit de Germaniques, .... en fonction des langues dans lesquelles sont rédigés les textes les accompagnant.
carte des îles cannibales de Blaeu


Cette carte qui se veut « marine » présente de façon assez détaillée le chapelet d'îles des Petites Antilles qui s'étend de Porto-Rico à Trinidad. Le titre de la carte de Blaeu Johannes est évocateur : CANIBALES INSULAE soit les « Îles aux Cannibales » pour ne pas dire directement les îles cannibales tant il est vrai que nombre des premiers colons furent victimes des nombreuses maladies tropicales qui y régnaient. De ce côté, Blaeu se situe dans le prolongement de la dénomination employée par Janssonius.

La vision des Caraïbes qu'ont les européens est à cette époque impressionnée par les récits des explorateurs et des premiers colons qui ont relaté, certainement en les exagérant beaucoup, leurs combats contre les farouches et sanguinaires guerriers éponymes. Les caraïbes boucannent et dévorent leurs victimes. Ils asservissent et castrent leurs prisonniers mâles, qui sont généralement consommés lors de rituels guerriers ou religieux. Mais lorsque cette carte paraît en 1662, la présence Caraïbe dans la zone s'est beaucoup amoindrie. Ils ont été soit exterminés soit chassés de leurs anciens territoires. Leurs zones de repli se sont réduites comme autant de peaux de chagrin. Tout comme nombre des cartographes flamands du XVIIe siècle, Johannès Blaeu utilise les documents parus précédemment, notamment celui d'Hessel Gerritsz de 1631 (voir au début de cette page) dont Blaeu semble avoir privilégié la présentation et les informations. En 1662, la connaissance de la zone Caraïbe a beaucoup changé. Elle s'est même particulièrement enrichie, il est malheureux que Blaeu n'ai pu prendre en compte ces nouvelles informations. Il reste ancré sur des données dorénavant obsolètes, de plus de trente ans.

La carte de Blaeu reste cependant très esthétique. L'ensemble est disposé autour d'une superbe rose des vents centrale qui indique le Nord sur son côté droit. La Rose des vents génère 16 autres centres de rhumbs l'entourant de la plus jolie façon. Les latitudes sont indiquées en marge intérieure du cadre à la fois en haut et en bas, permettant ainsi une meilleure lisibilité du référencement des coordonnées. Aucune échelle de longitude ne figure sur la carte, pas plus que d'échelle de distance. Cette carte possède des qualités d'ordre artistique indéniable. Par contre le côté opérationnel est édulcoré. et







GOOS Pieter Pascaert vande / CARIBES EYLANDEN / Gedruckt t'Amsterdam by Pieter Goos

1670

Le titre original : Pascaert vande / CARIBES EYLANDEN / Gedruckt t'Amsterdam by Pieter Goos, soit « Carte marine des Îles Caraïbes, imprimée à Amsterdam par Pieter Goos » souligne le caractère volontairement maritime de cette carte très belle facture. Pascaert ou parfois Paskaart en hollandais est l'équivalent du "Chart" anglais ou de la "Carte Marine" française.

Imprimée à Amsterdam à partir de 1670 (dimensions approximatives : 45 cm x 55 cm) cette carte [plate] des Petites Antilles fera partie de plusieurs atlas directement réalisés par l'auteur, qui exerce la profession combinée de cartographe et d'éditeur-imprimeur. D'autres maisons d'édition amsterdamoises la produiront également.

Sa première et principale diffusion se fait lors de la parution de l’Atlas de la Mer ou Monde Aquaticque dont un très bel exemplaire peut être parcouru dans une page consacrée à la Compagnie des Indes sur le site du Ministère français de la Défense [voir page 43 de l'Atlas].

carte marine des îles caraïbes de P. Goos
Dans cette carte, Pieter Goos reprend grosso-modo le schéma général des précédentes présentations de la zone. Notamment celui qu'Hendick Doncker a développé en 1658 pour les Îles Caraïbes ou les Petites Antilles. Contrairement à Blaeu qui qualifait les îles Caraïbes de « Cannibales » dans une carte plus ornementale qu'opérationnelle, Goos se prétend utile à la science nautique. Il utilise le terme Paskaert, certainement vendeur. Mais hormis l'affirmation du caractère nautique de la carte et l'ajout de trois échelles de distance, son travail ne diffère guère de celui de J. Blaeu. Les échelles de distance, qui manquaient à Blaeu et à Doncker, se calquent sur celles données par Gerritsz ou par Colom (voir plus haut). Elles se mesurent en milles (mylen) ou en lieues marines : « Duytsche Mylen » [15 au degré] , « Spaensche leguas » [17 1/2 au degré] « Engelsche leagues » [20 au degré]. Chez Goos, comme chez Gerritsz, Colom, Doncker ou Blaeu, aucune échelle de longitude n'apparaît. Les latitudes sont notées sur le cadre marginal entourant la carte, à la fois en haut et en bas.

Comme Johannès Blaeu (voir au-dessus), Peter Goos entérine des informations déjà bien obsolètes. Les sources utilisées sont essentiellement la carte produite en 1631 par Hessel Gerritsz dont s'inspire également celle de Blaeu. Dans une moindre mesure, Goos s'est servi de la carte de Doncker qui prête la zone recouverte et une particularité sur la Barbade [Barbada]. En effet, comme chez Doncker, Peter Goos indique, une longue bande qui symbolise des « hauts-fonds » au sud de la Barbude [Barbuda]. Il y porte des sondes de 30 unités sans en indiquer la mesure (brasse, pied, ...). Dans ce cas on peut douter qu'il s'agisse de brasses. La construction de la carte de Peter Goos reste en de nombreux points très semblable aux précédentes. Elle garde pratiquement la même dimension et on y retrouve la même orientation inversée, les parallèles étant à la verticale, et les méridiens à l'horizontale, le Nord étant dirigé à droite. L'ensemble de la carte est construit autour du même appui central : une élégante rose des vents, point d'origine de la trame de rhumbs. Les noms des îles, leur azimut, leur profil sont généralement proches voire identiques.







Van Keulen Joan, Pas kaart Van de Caribes Tuschen J. Barbados en J.S. Martin Door C Voght Geometra. Amsterdam, C. Vogt (1684). dimensions : 51,5 cm x 59,0 cm.

carte de la caraïbe dressée par Van keulen


Cette très belle carte des ateliers Van Keulen est pourvue d'un volumineux cartouche de titre ornementé de figurines très esthétiques. La carte comprend également trois cartons spécifiques ou le géographe met sommairement en évidence une partie des côtes de la Guadeloupe (avec de sondes) situées sur la Basse-Terre du côté sous le vent (papen riviere : rivière des pères, ...). Un autre carton est consacré à baie de Sainte-Lucie (de rondom bay van S luzia int groodt). Quant au dernier, il montre très schématiquement l'archipel des Saintes.



manuscrite disponible chez Gallica reprenant globalement le concept de Van Keulen, Carte Hollandaise des Petites Antilles,

dimensions : 67 cm x 51 cm

exemplaire original conservé à la Bibliothèque nationale de France, au Département des Cartes et plans sous la référence : GE SH 18 PF 142 DIV 3 P 4 D







ROGGEVEEN Arent - Pascaerte van de Caribes eylanden van't eylant Granadillos, tot't eylant Anguilla / beschreven door Arent'Roggeven

1675

carte des Îles Caraïbes par Arent Roggeveen, 1675

carte éditée à Amsterdam à partir de 1675 par Pieter Goos.

dimensions : 44,5 cm x 51,5 cm

Exemplaire conservé à la Bibliothèque Nationale de France (Collection d'Anville)






Weigel Christophe (1654, 1725), Insulae Antillae Francicae Superiores cum vicinis insulis ex commentariis manuscriptis et variis navigantium observationibus descriptae a Petito Geometra Regio Editore Christophoro Weigelio Norib. - Insulae Antillae Francicae Inferiores commentariis manuscriptis et variis navigantium observationibus descriptae a Petito Geometra Regio Editore Christophoro Weigelio Noribergae

1719

Carte éditée à Nuremberg par C. Weigel et J-B Homann, vers 1719-1720.

Les dimensions approximatives de l'ensemble, c'est-à-dire des 2 cartes réunies Antillae Inferiores & Antillae Superiores) sont de : 63,5 x 36,5 cm

L'éditeur et géographe allemand Christophe Weigel a travaillé à Nuremberg en association avec son compatriote Johann B. Homann. On sait que cette coopération s'est plutôt déroulée en 1719. C'est pourquoi la date supposée de cette carte est calée sur cette année. C. Weigel reproduit ici la première édition de la carte de Guillaume Delisle, celle imprimée à Paris en 1717, alors que le géographe français n'était pas encore devenu le «1er géographe du roy» qu'il sera plus tard. Le schéma de présentation de la zone Caraïbe diffère fortement des cartes flamandes précédentes. C'est une carte d'inspiration française. Au début du XVIIIe siècle ce sont dorénavant les productions françaises que les maisons étrangères, notamment hollandaises et allemandes, recopient abondamment. Le géographe G. Delisle a fait un formidable travail de compilation des différents documents géographiques existants. Il a balayé toutes les sources disponibles. Delisle a entièrement reconditionné la connaissance de la géographie officielle du globe. Les déterminations astronomiques sur lesquelles repose son fabuleux travail ont été confrontées et vérifiées méticuleusement. La réputation du géographe est certaine, elle a franchit toute les frontières européennes. « Il n'y a pas de géographe plus exact », c'est ce que nombre de laudateurs diront de lui. Ses travaux sont donc souvent repris tels quels. C'est ce que font, en quelque sorte, Weigel et Homann quand ils produisent les deux cartes des Antilles françaises qui réunies constituent la grande feuille.

En 1717, la longitude de la Guadeloupe est déterminée sur le 317° (longitude orientale par rapport au méridien de l'île de Fer - El Hierro) et celle de la Martinique sur le 318°. On sait que dans les éditions postérieures à 1719, le géographe Delisle a corrigé ses déterminations d'un degré, suite à une meilleure précision de l'écart de longitude entre l'Isle de Fer et Paris. La Martinique se positionnera alors sur le 317° de longitude Est. Weigel reprend les 3 échelles de distance présentes chez Delisle à savoir les : Lieues communes de France de 25 au degré, les « Lieues marines de France et d'Angleterre de 20 au degré », les « Lieues marines d'Espagne de 17 1/2 au degré ». Comme la carte française, cette carte ne comporte pas de rhumb. Elle est relativement dépouillée. Weigel n'effectue aucune conversion d'échelle de distance vers des mesures hollandaises ou allemandes.

La carte de Weigel reflète le style caractéristique des imprimeurs d'Allemagne du Sud au début du XVIII. Les cartes étaient colorisées manuellement par des petites mains. sitôt qu'elles sortaient de l'atelier d'impression.

La carte de Weigel est l'association de deux feuilles réunies au niveau de la rose des vents. Sous celle-ci, Weigel reprend la note de G. Delisle, qui rappelle que le Révérend Père Feuillée a observé une certaine déviation de l'aiguille aimantée de la boussole relativement au nord géographique : En 1706 le RP Feuillée observa dans l'isle de la Martinique que la variation de l'aiguille aimantée.... étoit de 6. degrez 10. minutes vers le Nord Ouest.

L'année de l'observation de la déviation de l'aiguille aimantée par le père Feuillée, 1706 est également évoquée comme dans la carte originale de G. Delisle. C'est en effet cette année là que le Père Feuillée a noté la variation, par contre elle portait vers le Nord-Est et non le Nord-Ouest. Delisle s'est donc là trompé ou bien les informations qui lui ont été données étaient mauvaises, ce qui semble plus vraisemblable. Ces erreurs : orientation de la déviation ; configuration de la Grenade, qui est totalement renversée le Nord au Sud et l'Ouest à l'Est] ; seront, malgré tout, reprises à mauvais escient par l'ensemble des géographes européens [voir aussi ci-dessous la carte d'Ottens].

Weigel latinise en partie la carte de Delisle. Peut-être dans le but d'en avoir une large diffusion, notamment dans les pays d'Europe Centrale, où le français n'était pas toujours compris a contrario du latin. La traduction du titre en latin reste cependant proche du français. Le géographe rappelle que cette carte, découle du travail du Géomètre du Roi « Geometra Regio » dénommé Petit soit Petito en Latin. La toponymie de l'ensemble des îles reste toutefois écrite en français.

Ci-dessous est présentée la partie correspondant aux îles françaises supérieures Insulæ Antillæ Franciæ qui comprend la Guadeloupe et la Martinique, la Dominique étant encore réputée pour neutre (habitée par les Caraïbes).

Carte de Weigel







Reiner et Joshua Ottens, Tabula novissima atque accuratissima Caraibicarum insularum sive cannibalum/Peculiaris Tabula Insulae Martanico.
Carte imprimée vers 1735-1740 à Amsterdam par Reiner et Joshua Ottens.

Dimensions approximatives : 50 cm x 60 cm.

carte de la caraïbe par Ottens

Cette superbe carte de haute qualité détaille les petites Antilles de la Guadeloupe jusqu'à la Grenade avec un large carton de présentation de la Martinique, fleuron du colonialisme français de l'époque. L'île est alors en pleine expansion économique grâce au développement de l'industrie sucrière.
La Carte de la Martinique est présentée selon la division intervenue en 1639 entre les Caraïbes et les colons français, bien que celui-ci soit devenu caduque en 1656. On y distingue également les partitions territoriales issues du découpage paroissial.
Ottens y insère une légende donnant la répartition des paroisses selon l'ordre cathéchisant : les , les Capucins, les Jacobins (ou Dominicains).

Je vous présente un superbe exemplaire de cette carte mise en ligne par la bibliothèque numérique de la B.N.F Gallica.





Johann Georg Schreiber, Die Caribischen Insuln in Nord America.
imprimée à Leipzig à partir de 1749, Atlas Selectus.
Dimensions approximatives : 19,0 cm x 25,0 cm

carte de la caraïbe par Screiber

Cette carte est issue de l'Atlas Selectus (1ère édition 1749) publié à plusieurs reprises, sur la seconde partie du XVIIIe. Les dernières éditions, qui ont eu lieu au début du XIXe, comportent 163 cartes. La carte des îles de la Guadeloupe et de la Martinique est la douzième des cartes de l'ouvrage.


La carte présente trois échelles, la première en mille germanique (15 au degré), la seconde en mille française (20 au degré), et la troisième en mille espagnole de 17 1/2 au degré.
Schreiber s'inspire fortement de la production d'Alexis Hubert Jaillot, qui avait publié presque sous cette forme - texte également en latin - à la fin du XVIIesiècle la carte des principales îles françaises de la mer des Antilles.
Ne figurait pas dans la carte éditée par Jaillot le carton présentant la Martinique. Celle-ci était représentée sur une autre feuille.
La jolie carte de Schreiber regroupe les deux principales possessions françaises du milieu du XVIIIe siècle. La Dominique reste plus ou moins à cette époque dans une zone de neutralité où se cotoient anglais, français et caraïbes. Schreiber la décrit comme principalement occupée par les Caraïbes, anthropophages belliqueux voire bellicistes.
La partie interne de la Dominique est "agrémentée" de serpents, alors qu'aucune espèce venimeuse n'existe dans cette île, au contraire de la Martinique et de Sainte-Lucie qui abritent les fameux trigonocéphales "fer de lance". César de Rochefort dans son "Histoire Naturelle et Morale des Iles" évoque une légende caraïbe, selon laquelle un serpent monstreux habiterait au centre de l'île. Ce serpent aurait comme ornement, sur la tête, une pierre précieuse écarlate d'une valeur inestimable. Peut-être que l'énorme reptile représenté sur la carte de Schreiber se rapporte à cette croyance.
A l'instar de l'éditeur Jaillot, Schreiber rappelle dans un texte situé en haut à gauche la date de colonisation de la Guadeloupe (1635) et donne les principales productions cette île, qui sont aussi celles de la Martinique : Maïs, Manioc, Patates Douces, Gingembre et Sucre.
L'état des lieux des paroisses desservies par les différents ordres religieux semble le principal objet de la carte. Elle identifie les implantations des chapelles et des églises et nomme le Saint Patron de chaque paroisse ou quartier.