Quelques cartes des Îles Caraïbes vues par les Britanniques





John Seller (ca 1630,1697) - A Chart of the Caribe islands. 1675

A chart of the Caribe islands, by J. Seller - vers 1675

Ce doit être une des premières carte nautique de facture britannique représentant ainsi l'aire des « Petites Antilles ». La B.N.F (Gallica) l'attribue ici au seul John Seller, le concepteur de l'English Pilot paru en 1671 et de l'Atlas Maritimus or the Sea Atlas sorti en 1675. Les deux ouvrages connaitront de multiples rééditions et aménagements. La B.N.F date cet exemplaire de 1675, l'attribuant par conséquent au second ouvrage mentionné.

Pour produire cette carte, John Seller a principalement pioché dans les cartes néerlandaises contemporaines. La carte du britannique s'inspire très fortement des travaux d'Hessel Gerritsz qui a produit, quelques années plus tôt, en 1631 une carte recouvrant sensiblement la même aire. La carte s'arrète un peu plus à l'Ouest, l'île de Porto-Rico peut ainsi, chez l'anglais, être entièrement représentée. Cependant entre 1631 et 1671-75, la colonisation des Petites Antilles s'est accélérée. La main-mise des nations colonisatrices s'est renforcée dans la plupart des îles, en éliminant ou en expulsant les derniers Caraïbes. Les rivalités entre nations européennes (anglais, français, hollandais, ...) ont déjà produit des changement de souveraineté sur des îles conquises autrefois sur les Caraïbes. Les espagnols eux-même ont cédé des territoires principalement insulaires aux nouveaux venus.

Le cartographe a pris en compte ces évènements, il porte sur la plupart des îles de nombreuses informations qui n'existaient pas dans la carte de Gerritsz ni dans celle de Colom. Ainsi, la Martinique [Martanico] comporte un corps de libellés relativement fourni. On y trouve pêle-mêle noté : l'île de Carman [Caerman], Carimal B [Baie de Grimal], Tortone [Tartane], C Tormente, R de Gallion, I de Loup Garoux, C Louis, C Ferra, Ance des Anglois, P et B des Sallines, Demeure des PP Jesus [PP Jésuites], Ances d'Arlet, I Diamant, C de Sallomo [Cap Salomon], P° Royall, F Royal, C Arage [Cap Enragé], S Piere [Saint-Pierre], P de St Lumare [Pointe Lamare], C de Preschurs [Prêcheur].
Le cartographe a semble-t-il voulu indiquer la présence de Magasins dans la zone de Saint-Pierre : Magaza< afin de signifier le développement économique et commercial de l'île. Compte tenu de l'échelle, le graveur a procédé à des raccourcis et n'a pu toujours noter entièrement les toponymes collectés par le cartographe. Ces toponymes apparaissent sur les premières cartes « individuelles » de la Martinique, celles produites au XVIIe siècle notamment par Nicolas Sanson et Jean-Baptiste Du Tertre.

L'enrichissement des informations touche également d'autres îles, notamment celles colonisées par les britanniques. Ainsi, Antigue [Antigoa], la Barbade [Barbados] et Tobago présentent une solide toponymie pour une carte à si petite échelle. L'île de Saint-Christophe partagée entre anglais et français, est moins sur-dimensionnée que dans la version batave de Gerritsz. Les informations sont là aussi assez fournies : les forts anglais et français sont portés, l'auteur y indique les baies, les mouillages, les difficultés maritimes.

Les indications portées sur les îles Vierges sont en langue flamande. Elles correspondent à celles adoptées par Hessel Gerritsz (1631) ou par Arnold Colom (1656) dans leurs productions respectives. L'auteur britannique a pioché dans divers documents : néerlandais, espagnol et français. Souvent, il a préféré conserver les toponymes dans leur langue initiale, s'évitant ainsi des traductions qui auraient pu être malencontreuses ou de mauvaises interprétations. Les erreurs d'orthographes paraissent la contrepartie de ce choix.

Tout comme dans les cartes néerlandaises du XVIIe siècle, l'île de Trinidad présente quelques sondes. Mais J. Seller présente la partie Nord Ouest de l'île, celle située près de la Boca del Drago ou ici Great boca, avec une hypertrophie du canal la séparant de l'actuelle « île de Monos ». Cette dernière île est, chez Seller, sur-dimensionnée par rapport à sa taille réelle. La perception qu'en avait les flamands Hessel Gerritsz ou Arnlod Colom était bien meilleure.
D'autres parties de la carte de Seller portent des sondes, elles sont particulièrement courantes le long de la côte de la « Terre Ferme » et de fait presque inutilisables. Tandis qu'elles sont absentes des informations sur les îles Caraïbes.

Trois échelles de distances sont posées dans le cartouche de titre : « English and French leagues 20 in a degree », « Duytsch Mylen 15 in a Graet », « Leagues de Spania 17 1/2 a Grada ». Comme précedemment remarqué, John Seller vise à l'« universalité » de l'utilisation de sa carte. Pour chacune des zones contrôlées par une nation, il a adapté et repris généralement la toponymie de la langue du colonisateur. Il effectue la même démarche dans le choix de ses échelles de distances et dans l'utilisation de la langue correspondante.







J. Seller, J. Colson, W. Fisher and J. Atkinson, J Thornton - A Chart of the Caribe islands. 1692

A chart of the Caribe islands, by J. Seller, J. Colson, W. Fisher, J. Atkinson, J Thornton... 1692
Á priori, il s'agit ici d'une version améliorée et enrichie de la carte marine présentée juste au-dessus. Cette fois elle est réalisée par le collectif : John Seller, John Colson, William Fisher, John Atkinson et John Thornton. La carte se rencontre dans la partie dédiée aux îles d'Amérique de l' « English Pilot » publié à partir de 1689.

L'association de Seller et de ses quatre confrères, se traduit par une nouvelle perception des « Petites Antilles ». Chaque associé apportant des éléments d'information propre à produire une carte plus solide et fiable. Le résultat se rapproche encore plus des cartes néerlandaises d'Hessel Gerritsz (1631) et d'Arnold Colom (1656). Cependant, l'allure des îles Caraïbes a fortement évolué ainsi que leur azimut. Les 5 associés, ont allégé la toponymie pour se consacrer à une restitution plus fiable du profil des îles.
De ce côté, c'est particulièrement réussi pour l'île de la Martinique dont le contour devient enfin directement reconnaissable, c'était moins de cas dans les cartes précédentes anglaises ou néerlandaises traitant des Petites Antilles. Moins de libellés signifie aussi une meilleure lisibilité de ceux conservés : P Griaall [P Grimal], C Torment, C Louis, C Ferre, C Salines, C Dimant [Diamant], C Solomon, P St Pierre. Quelques erreurs de gravure ont été rectifiées à bon escient : le graveur a ajouté un i à Graall et un r à Toment. La Martinique est maintenant joliement délimitée par ses principaux caps. On ne peut que constater la frappante analogie avec cette carte anglaise du XVII e siècle. On y retrouve également l'évocation de ce fameux Graall ... sans faire de comparaison de dates.

La Guadeloupe emprunte maintenant la forme de papillon qui la caractérise. Saint-Christophe devient moins proéminente, la toponymie s'y fait plus rare. Les nombreuses sondes le long de la côte continentale du nord de l'Amérique du Sud ont été abandonnées hormis celles du sud de l'île de Trinidad. Et contrairement à la carte de John Seller de 1675 [voir section juste au-dessus], la séparation entre la grande île de Trinidad et l'île des Monos est revenue à de justes proportions.
La stratégie commerciale adoptée par Seller reste toutefois de mise. Il désire que ses cartes soient utilisées par le plus grand nombre. Ainsi la toponymie des lieux se fait toujours en fonction de la langue de la nation colonisatrice. Les trois échelles employées sont ainsi aussi destinées à une clientèle diversifiée : française, anglaise, espagnole et flamande.

Il y a eu de nombreuses variantes de cette carte des Petites Antilles, qui ont été produites principalement pour l'actualisation de l'English Pilot. Elles ont été édité durant tout le XvIIIe siècle, et même jusqu'au tout début du XIXe siècle. Ces diverses variantes recensées ne présentent pas de fortes différences entre-elles et sont restées plutôt proches des deux modèles présentés dans cette section.






Thomas Kitchin, A New Map of the Caribbee Islands in America. 1761

1761

Carte des îles caraibes par Kitchin

Cette carte a été élaborée par Thomas Kitchin. Elle est datée de 1761. Elle relate l'état des possessions des puissances européennes cette année là. En effet, la Guadeloupe est indiquée comme conquise par les anglais (Conq. by Eng). L'île est tombée aux mains des anglais en 1759. La Martinique est encore indiquée comme possession française (Fr), elle va bientôt passer aux mains des britanniques en février 1762.
Thomas Kitchin, indique également les possessions des autres puissances coloniales espagnoles, ainsi que les hollandaises (dutch).
La carte est d'une dimension de 26 cm (haut) sur 19 cm (largeur). L'échelle indiquée est en mille britannique de 69 au degré. La longitude ouest fait référence au méridien de Londres. En haut de la carte est inscrit Engraved for Smollet. Continuation of Story of England

L'originalité de la carte tient en ce qu'elle indique la direction des vents dominants (trade winds). Le positionnement des latitudes semble toutefois quelque peu entaché d'erreur. Le Fort Royal de la Martinique est positionné à peu près à 15°30 de latitude nord, alors qu'en réalité à l'époque les cartographes le situent en général un bon degré plus bas, plutôt vers les 14°30. Dans cette carte le Fort Royal devrait être au niveau la pointe nord de Sainte-Lucie.






Thomas Jefferys, The Caribbee Islands, The Virgin Islands, and the Isle of Porto Rico. 20 february 1775

Carte des îles caraibes par Jefferys, 1775 Cette très belle carte marine a été élaborée par Thomas Jefferys. Les premiers exemplaires ont été publiés à partir de 1775 par l'imprimeur Robert Sayer qui avait repris à son compte l'entreprise du fameux géographe de sa majesté décédé quelques années plus tôt, en 1771.

Cette carte anglaise est établie à compte d'auteur, donc entièrement aux «dépens» des producteurs et imprimeurs qu'étaient Sayer & Bennet. Elle n'est pas réalisée sous l'égide d'un organisme officiel apte à juger le bien fondé de la production cartographique, comme cela se produit dans la nation rivale. En France, sous l'impulsion de Claret de Fleurieu, le Dépôt de la marine venait d'obtenir en 1773 le monopole de la confection et de la production des cartes marines. Nul autre organisme ou particulier ne peut désormais produire et diffuser de telles cartes. En Grande-Bretagne, la réglementation se forgera une vingtaine d'années plus tard avec la création de l'Hydrographical Office en 1795. Mais la production de cartes marines restera en grande partie du ressort des entreprises privées.

La carte est d'une dimension approximative de 47 cm (haut) sur 63 cm (largeur). Sur le cadre inférieur, la longitude ouest fait référence au méridien de Londres, tandis que sur le cadre supérieur la longitude est référencée (Ouest) par rapport à l'île de fer. C'est une carte marine à latitudes croissantes de 20 lieues marines au degré. Elle est très esthétiquement quadrillée de rhumbs, éléments indispensables à l'époque pour obtenir l'adhésion des utilisateurs. Elle est de plus joliment agrémentée de représentations, somme toute très sobres, de vaisseaux de diverses nations, qui n'entravent pas le caractère opérationnel de la carte.
Quelques rares sondes indiquent dans les principaux canaux et passes les profondeurs marines. Elles sont parfois présentes sur les dangers reconnus. Entre Saint-Eustache et Avès, Jefferys met en évidence la longue barrière de hauts fonds dont la largeur atteindrait en moyenne deux lieues marines et la profondeur entre 10 et 20 fathoms.
Jefferys y précise que certaines sondes ont été prises par les français, marins à bord du navire le «Toulouse», en 1720. La carte présente les itinéraires des principaux "débouquements", notamment celui des Vierges, qui était employé par la plupart des marines pour le retour en Europe.

La feuille où est gravée la carte de Jefferys est présente dans le célèbre Atlas des "West Indies", le «West India Atlas», où elle arrive en 13e place sur les 16 cartes que comporte l'atlas. On la retrouve également dans l'American Atlas (American pilot) publié la même année, en 1775 par Sayer. C'est une carte assez précise qui détaille bien le chapelet des Petites Antilles, celles comprises ici entre les Vierges et Saint-Vincent. Jefferys indique très rarement la nation colonisatrice en place pour chaque île.






Louis Stanislas d'Arcy de La Rochette (1731, 1802) A Chart of the Antilles, or, Charibbee, or, Caribs Islands, with The Virgin Isles - 1784

A Chart of the Antilles or Charibbee or Caribs Islands, with The Virgin Isles - 1784, 
par d'Arcy de la Rochette
from the Situation of the Caribs Island, compared with that of Westermost Isles of the Mexican Gulf, They are named Windward Island by the Spaniards, as well as by the French, the Deutch and the Danes, while the English who consider the position of those Islands respectively to Barbados give them the name of Leeward Islands or Leeward Charibbees Islands


Dans le sous-titre de la carte, De la Rochette met en évidence l'interprétation particulière qu'ont les anglais relativement à la distinction "îles sous le vent" et "îles du vent". Les britanniques sont les seuls à prôner, contrairement aux autres nations, que les «îles Caraïbes» ne sont pas des îles du vent. Les anglais considèrent la plupart des «îles Caraïbes» comme sous le vent de la Barbade [elles ne reçoivent donc pas directement les Alizés], pour cette raison ces îles ne peuvent être «au ou du vent» [logical is'nt ?].


dimension approximative (largeur x hauteur) : 46 cm x 52 cm.
longitude : Ouest de Londres
lieues nautiques de 20 au degré (nautic leagues 20 to a degree)
graveur : William Palmer (Sculpt)

C'est dans l'atelier londonnien du géographe-imprimeur William Faden qu'a été produite à partir de 1784 cette très belle carte marine (Sea Chart) dont les qualités décoratives sont indéniables. La carte de la Rochette exprime toutefois une hydrographie qui n'est pas encore passée à l'âge moderne. Les nombreux rhumbs, et le canevas de méridiens et de parallèles alourdissent considérablement la lecture de la carte. Le format de la carte pour la zone représentée n'est certainement pas propice à un report précis du «point». La facture de cette carte, pour l'année de sa parution, reste toutefois très acceptable. Ce ne sera plus le cas une vingtaine d'années plus tard lorsque l'hydrographie scientifique aura supplantée l'ancienne.

La carte de la Rochette a été intégrée, de fait, au "General Atlas" édité par la firme de l'imprimeur, en continuation de celui initié par Thomas Jefferys. Elle portera dans cet Atlas le n°53. L'Atlas Général aura de beaux jours devant lui, sa réimpression sera prolongée jusqu'au milieu du XIXe. Il compte environ 55 cartes et plans, lesquels ont été dressés par Faden d'une part et de La Rochette de l'autre. Une grande partie des planches a été gravée par William Faden lui même, on y trouve également [à l'occasion] des gravures réalisées par William Palmer. C'est le cas pour la carte marine des Petites Antilles de la Rochette.
William Faden avait d'abord repris à son compte la lucrative entreprise de Thomas Jefferys, puis il avait remplacé en 1783 le géographe défunt dans ses attributions et charges honoriques. W. Faden devînt ainsi le nouveau «Geographer» du roi d'Angleterre (Georges III).

La carte nautique de la Rochette comporte deux grands ensemble. Le premier, situé sur la partie gauche, présente le chapelet des îles des Petites Antilles. Les positions astronomiques [latitude & longitude] sont référencées sur le cadre entourant l'ensemble de la gravure. Les longitudes sont calées sur le méridien de Londres. L'échelle de latitude (en degrés, minutes, ...) est doublée d'une échelle en lieues nautiques (20 au degré) de façon à faciliter les variations de mesures propres aux cartes à latitudes croissantes.

Le second ensemble, à droite, est consitué d'une bande verticale où sont mises en évidence :

a - une réduction (au tiers) de la carte précédente des îles assortie d'un tableau où figurent des coordonnées astronomiques,

b - puis une succession de «vues» des îles.

La première partie cette carte marine s'inspire largement de la carte émise par le Dépôt de la Marine en 1775 (voir plus haut), hormis les chérubins souffleurs d'alizés qui ne figurent pas dans la carte de Verdun de la Crenne. La carte anglaise est cependant davantage chargée de rhumbs que son homologue française. Le format (ou l'échelle relativement petite : environ 1 / 2 700 000) ne lui confère pas un caractère très opérationnel, contrairement à celle du Dépôt français (la carte n°75 bis) largement plus pratique.
La carte de la Rochette présente les îles selon l'occupant (ou le colonisateur) légitime de cette période. Le contour de chaque île est légèrement aquarellé afin d'identifier la «puissance» coloniale du moment. Sur cette carte de 1784, les possessions françaises sont encore conséquentes : le royaume de France occupe l'archipel de la Guadeloupe, la Martinique, Sainte-Lucie, et Tobago. De La Rochette met en évidence le fameux combat naval des Saintes qui s'est déroulé en avril 1782, il indique l'emplacement de la confrontation qui a vu la flotte française amèrement bousculée par l'escadre britannique.

L'hydrographe positionne également différents dangers à la mer, même si certains peuvent être sujet à caution. À l'Est de Barbuda (Barbudes), à une petite trentaine de miles nautiques, il indique un banc [récif] qu'aurait localisé le capitaine Gascoyne dans une carte, de la Rochette montre ainsi qu'il a compilé un certain nombre de travaux de provenance diverses.

Le profil de la Martinique dans la carte de la Rochette, est conforme à celui présenté dans la carte de Verdun de la Crenne (carte du Dépôt de 1775, numérotée n°75 Bis). Ce profil est issu des travaux réalisés par les Ingénieurs Géographes des Armées (Moreau du Temple, ...). Il a été communiqué au Dépôt de la Marine [Hesse : réduction de la grande carte de Moreau] afin d'intégrer dans les cartes hydrographiques les précieux éléments des topographes.
Le tracé des côtes s'est donc fortement amélioré, le gisement aussi. La Martinique compte plusieurs lieux (au moins 3 identifiés) où les coordonnées astronomiques ont été déterminées. Les travaux des missions scientifiques françaises ont porté. On retrouve ces coordonnées, traduites sur le méridien de référence de la carte [Londres] dans la seconde partie qui délivre un ensemble appréciable d'informations nautiques et géodésiques.
Cette seconde partie est dans le ton des cartes marines de l'époque. Elle apporte des informations supplémentaires constituées par des vues des principales îles des Caraïbes : il y en a en tout 23. On sait que les navigateurs étaient en général très demandeurs de ce type d'informations. Les imprimeurs inséraient alors fort volontiers ces vues marines [genre de projections orthographiques du littoral] pour attirer les acheteurs et ainsi assurer les ventes.
Certaines îles, selon leur importance respective, comptent plusieurs vues. La Martinique est abordée sous 3 profils :

la 1ere : la montagne du Vauclain vue à environ 6 ou 7 lieues, sur un axe d'Ouest-Nord-Ouest

la 2nd : le rocher du Diamant et la Pointe des Salines vus à 2 ou 3 lieues, sur un axe Ouest-Nord-quart Nord

la 3e : la Pointe Ouest à 3 lieues, vue sur un axe Sud-Ouest

[on remarquera que la vue n°2 présente des anomalies compte tenu de la position anoncée]


extrait : A Chart of the Antilles - 1784, par d'Arcy de la Rochette


La carte en réduction (au tiers par rapport à celle située à gauche) des îles Antilles présente une approche de triangulation majeure qui n'en est certainement pas une en tant que telle, mais qui s'en apparente. Cette mini-carte nautique se rapproche fortement dans sa présentation des cartes marines telles qu'elles seront établies à la fin du siècle et au siècle suivant.
Le tableau des coordonnées astronomiques est scindé en deux. Une partie présente les coordonnées astromoniques (latitude & longitude) des points d'observation lorsque les mesures ont été prises "à terre" (made on the Land). L'autre partie présente les relevés (dans ce cas seules les latitudes sont concernées) lorsqu'ils ont été fait «à la mer» - taken at the see - c'est à dire durant la navigation, ce que l'on appelera plus tard des «levés sous voiles». Les instruments nautiques avec lequels ces relevés ont été fait ne sont pas mentionnés. Il peut s'agir de sextant ou octant, qu'utilisaient plus volontiers les britanniques. La carte ne fait pas davantage mention de l'utilisation d'horloges marines.
La Martinique est ici à l'honneur, elle possède 3 déterminations complètes (en latitude et longitude) sur les 7 présentées dans la colonne. La géodésie française particulièrement reconnue pour sa qualité outre-manche, transparaît ainsi dans cette carte britannique dans toute sa modernité.

De la Rochette distingue bien dans les diverses informations qu'il délivre, celles plus sujettes à caution. Les latitudes prises à la mer sont bien isolées des autres informations. Cette distinction pouvait être fort utile aux utilisateurs qui savaient fort bien que les relevès à la mer étaient, compte tenu de la précision des instruments, des effets de mer subis, notoirement moins précis que ceux réalisés à terre. Ces relevés étaient d'ailleurs destinés à évoluer en fonction du rythme de nouvelles déterminations de la position des îles. Ce qui n'allait pas manquer d'arriver...

Même carte chez BNF Gallica : A Chart of the Antilles or Charibbee or Caribs Islands, with The Virgin Isles - 1784, par d'Arcy de la Rochette

et pour finir l'exemplaire de la collection de l'auteur







Capt Holland - A New Chart of the Leeward or Caribbee Islands. 1787

A New Chart of the Leeward or Caribbee Islands. 1787. Captain Holland

Carte imprimée par l'imprimeur londonnien Robert Sayer en janvier 1787
Deux longitudes : Ouest de Londres, Ouest du Cap Lizard.
échelles de latitudes croissantes - 20 lieux au degré (a Scale of Sea Leagues - 20 to a degree)
Nombreux rhumbs.

Carte datée de 1787 qui montre principalement les possessions coloniales des principales puissances européennes dans les îles. Une palette de 6 couleurs sous le titre [en haut à droite] sert à déterminer les occupations.

On trouve sur cette carte des indications propres aux courants marins remarquables : celui du «Mona's Channel» entre Puerto-Rico et Santo-Domingo est qualifié de fort (strong). À l'embouchure de l'Orénoque deux flèches signalent le sens et l'influence du courant marin dû au grand fleuve et dont le débit d'eau douce impressionna tant l'Amiral de la Mer Océane.

On peut relever une particularité propre à cette carte : l'île de Saint-Vincent est clairement scindée en deux zones d'occupation, celle du Nord encore sous la souveraineté du peuple Caraïbe, et celle du Sud où la Kingstown anglaise est implantée.


L'auteur de cette carte, au demeurant de très belle facture, est le Capitaine Holland. Ainsi qu'il le fait comprendre dans le titre de la carte, il a effectué des observations astronomiques sur lesquelles il s'est appuyé pour orienter et positionner les îles.

Mais s'agit-il du fameux Samuel Holland (1728, 1801) ? Rien ne permet de l'affirmer.

A cette époque (1787) Samuel Holland est déjà gravement malade. Il est peu envisageable de penser qu'il ait participé, de près ou de loin, à une campagne dans les îles Caraïbes afin d'y dresser une carte nautique. Ce n'était pas là sa spécialité. L'auteur de cette carte pourrait être plus un marin qu'un arpenteur général, ... même du talent de Samuel Holland.


Une note très discrète imprimée sur cette carte nautique : BridgeTown according to Dr Maskelyne tables, par le capitaine Holland, montre une divergence de vue ou tout simplement de calculs entre Holland et Maskelynes. La position de la capitale de la Barbade (BridgeTown) issue des tables de Nevil Maskelyne, concepteur et promoteur du Nautical Almanach, serait d'environ 58°25' de longitude Ouest.
Elle ne correspond pas à celle adoptée par le Captain Holland (59°40'). Plus d'un degré de longitude les sépare. Les latitudes de la ville étant à une ou deux minutes près, similaires.
Quoîqu'il en soit, la démarche du Captain Holland est empreinte d'honnêteté et de rigueur. Il confronte ses calculs à ceux produits par N. Maskelyne. Cela permet à l'utilisateur de se questionner et parfois de trancher en connnaissance de cause.






Mathew Richmond (, ) Map of the Caribbee, Granadilles and Virgin Isles - 1789

Map of the Caribbee, Granadilles ... par Mathew Richmond, 1789


Longitude cadre inférieur & supérieur : Ouest de londres
échelle de latitude - division en 1° de 60'
pas de sonde indiquée
absence de déclinaison magnétique (variation de la boussole)

Cet exemplaire daté 1789 est une réédition de la carte originale de 1779 [voir plus bas l'exemplaire présentée par GALLICA]. Un certain nombre d'éléments ont été mis à jour notamment la cession à la Suède en 1785, de l'île de Saint-Barthélémy qui est indiquée clairement sur ce tirage.


la Martinique présente le profil ancien de la carte de Jefferys (1775)
trois échelles (en bas à gauche) - lieue marine (sea leagues) - mile géographique - mile britannique de 69 & 1/2 au degré.

Les possessions coloniales sont mises en évidence par différentes couleurs.
dimensions approximatives : 77 cm x 58,5 cm
Les vents dominants sont matérialisés par des flèches : the arrows show the course of the trade winds

Même carte chez BNF Gallica : Map of the Caribbee, Granadilles, and Virgin Isles ... par Mathew Richmond, 1779

nota : La carte disponible à la B.N.E est datée de 1789 tandis que celle présentée par Gallica est de 1779. Á dix ans près quelques différences sont toutefois notables.







John Hamilton Moore (1738, 1807) A new and correct Chart of the Caribbee or Windward Islands - 1791

A new and correct Chart of the Caribbee or Windward Islands, John Hamilton Moore, Londres 1791
Très belle carte marine des Petites Antilles signée de l'hydrographe John Hamilton Moore.

Le titre complet de cette carte publiée à Londres en 1791 est : A New and Correct Chart of the Caribbee or Windward Islands : Regulated and Ascertained by Astronomical Observations".

JH Moore précise que cette carte est vendue par lui-même dans son magasin situé à Tower-Hill mais qu'elle est également disponible chez George Robinson. Printed for, and Sold by John Hamilton Moore, Nº. 2, King Street, Tower Hill, and George Robinson, in Pater-noster-Row. as the Act directs, July 27th. 1791

dimension approximative : 77 cm x 75 cm.

Longitude cadre inférieur : Ouest de londres
longitude cadre supérieur : Ouest de l'île de Fer

échelle de latitude croissante - graduation sur cadre à droite : lieue marine de 20 au degré
sondes présentes (Fathom) notamment aux abords de quelques îles

absence de déclinaison magnétique (variation de la boussole)
la Martinique présente le profil ancien de la carte de Jefferys (1775)

Les britanniques, libéraux par essence, ont mis longtemps a admettre la nécessité de la création d'une structure officielle permettant d'abord un contrôle basique de la production des cartes marines (certification) et de leur obligatoire diffusion dans les milieux maritimes. Dans ce contexte, certains éditeurs qui n'hésitaient pas à se nommer cartographes ou hydrographes, ne se privaient pas, pour des raisons essentiellement mercantiles, de publier des cartes marines peu fiables voire carrément fausses ou obsolètes. Peu leur importait le sort des marins qui parcouraient les mers.

La réalisation des cartes marines a donc été laissé à l'initiative privée, jusqu'à la création en août 1795, de l'Hydrographical Office qui a ensuite encadré la production de celles-ci.

J.H. Moore, véritable hydrographe convaincu, a longtemps plaidé pour mettre sur pied une structure similaire au célèbre dépôt de la Marine. Les cartes marines produites par les britanniques étaient donc de fiabilité très disparates. Celles dressées par J.H. Moore, étaient particulièrement soignées et fiables, même si elles ne sont pas exemptes de critiques fondées.

Même carte chez BNF Gallica : A new and correct Chart of the Caribbee or Windward Islands, John Hamilton Moore, Londres 1791. Un autre exemplaire de la précédente est également disponible chez Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b5970886v







William Heather (1764, 1812) A New and Improved Chart of the West India or Carribbee Islands - 1795

A New and Improved Chart of the West India or Carribbee Islands, William Heather - Londres 1795
Heather commence sa carrière comme graveur de cartes marines à Londres en travaillant notamment pour George Michell, puis ensuite pour John Hamilton Moore (voir plus haut).
A partir de 1793, il ouvre sa propre entreprise d'édition, de publication et de vente de cartes nautiques. Son successeur sera John William Norie auquel succèdera William John Norie (attention à la séquence des prénons !!!).

Anecdotique mais révélateur d'une certaine liberté de composition, cette carte nautique présente un titre où le mot Carribbee voit systématiquement se doubler la plupart des lettres qui le composent, deux r,deux b, deux e. L'orthographe n'était pas encore normalisée.

dimension approximative : 78 cm x 62 cm.

longitude cadres supérieur & inférieur : ouest de londres
latitude graduation sur cadres verticaux : 1° divisé en 60'
sondes présentes (Fathom) notamment aux abords de quelques îles
absence de déclinaison magnétique (variation de la boussole)

indication des vents dominants (flèches <-> arrows)
la Martinique présente le profil ancien de la carte de Bellin de 1754.

Par rapport à la carte précédente de J.H. Moore, celle d'Heather réduit le périmètre d'observation. Heather a opté pour le profil que Bellin à donné à la Martinique, plutôt que pour celui dressé par son compatriote Thos Jefferys. Entre les deux cartes les déterminations astronomiques sont presques identiques.

Même carte chez BNF Gallica : A New and Improved Chart of the West India or Carribbee Islands, William Heather - Londres 1795. Un autre exemplaire également chez Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b59708878







E. H. Columbine (1763, 1811) Carribeean Islands. 1796

Carribeean Islands. 1796. Lieutenant E.H. Columbine

Carte publiée par William Faden, imprimeur et géographe du roi d'Angleterre en octobre 1796.
cadre supérieur : longitude Ouest du méridien de Greenwich

Cette carte montre l'entrée dans l'ère moderne de la cartographie maritime d'Outre-Manche. Les lignes de rhumbs qui quadrillaient, voire pour certains, qui encombraient autrefois les cartes, ont ici disparu. Seule reste au centre une rose de vents qui les rappelle. La carte se veut plus claire, plus explicite et donc plus fonctionnelle.

Cette très belle carte hydrographique des «Petites Antilles» a été dressée par le Lieutenant Edward Henry Columbine, officier à bord du bâtiment de sa majesté la Sybil, vaisseau affecté à la Station Navale des Antilles. Le lieutenant Columbine relate qu'il est resté quatre années (1787 à 1790) en poste aux Caraïbes. A bord de la Sybil il a effectué de multiples missions hydrographiques sur zone qui lui ont permis de dresser cette superbe carte.

La Martinique y est représentée sous un profil qui s'apparente à celui de la carte de Thomas Jefferys de 1775. Seuls les reliefs importants y sont mis en évidence, à l'aide de hachures plus ou moins resserrées. C'est normal, compte tenu de l'échelle de la carte et de sa vocation. Cette carte marine n'appelle pas à détailler l'intérieur des terres. La carte porte davantage l'accent sur les points remarquables des différentes îles. Ceux pouvant servir d'amers et de points de repère. Les îles plutôt plates, c'est à dire sans relief, comme Marie-Galante, la Grande-Terre de Guadeloupe, Antigue,... sont seulement indiquées [délimitées] par leur contour en traits pleins et parfois en pointillés.

Dans une note placé sous le titre, Columbine avertit l'utilisateur : un tracé en pointillés (en totalité ou en partie) signifie qu'il n'a pas eu le temps de valider ou de confirmer cette partie durant ses quatre années de séjour aux Antilles. Il manisfeste, ce faisant, une rare honnêteté intellectuelle. Bon nombre de ses homologues écartent cette attitude, et produisent des cartes sans en contrôler l'exactitude.


La déclinaison magnétique [variation de l'aiguille] est indiquée à intervalles plus ou moins constants. Elle est par exemple de 4°45' EST aux îles Vierges, de 3°30' à proximité de la Guadeloupe, et de 2°50' près de l'archipel des "Testigos". L'officier britannique ne dit rien cependant sur l'année de leur mesure.

Le lieutenant Columbine indique un certains nombre de sondes dont il semble avoir effectué les relevés lui-même. Il montre les endroits où sa sonde n'a plus rencontré de fond, à l'aide d'un symbole caractéristique (un point souligné) qui n'est pas repris dans d'autres cartes. Cette disposition relève de l'initiative personnelle et traduit l'état d'esprit inventif de l'auteur. Les codifications et les règlements viendront plus tard.

A l'emplacement des îlots AVES, J.H. Columbine a porté une note anecdotique : placed here according to the best accounts I could procure of it from fishermen who go there to catch Turtle soit en français : lieu en accord avec les meilleures sources, notamment celles des pêcheurs qui s'y rendent pour capturer des tortues.

Cette assertion montre encore une fois de plus que Columbine, a fait montre d'une gigantesque investigation, recoupant expérience personnelle et audition de nombreux acteurs : marins marchands ou militaires, pêcheurs ...
Il a ainsi voulu retracer dans une carte dont la qualité ne peut être contestée, la compilation consolidée, actualisée et vérifiée des principales informations disponibles à cette époque.

Autre superbe exemplaire qui va à l'essentiel. Exemplaire francisé ayant pour titre "Îles Antilles / par le Lieutenant Columbine / Londres 1796". Le copiste [un dessinateur du Dépôt de la Marine ?] a gardé les fondements et la simplicité de la carte originale. Les mesures de sondes sont conservées à l'identique (brasses anglaises), tout comme la longitude qui demeure relative à Greenwich.

Il est fort probable que ce calque, dessiné certainement durant les années révolutionnaires, ait été destiné à la réalisation d'une carte imprimée dont l'ouvrage aurait été confié à un imprimeur parisien [ou au Dépôt de la Marine lui même].

Le copiste a cependant transformé les contours pointillés en lignes continues gommant ainsi l'aspect de «réserve» qu'avait voulu introduire le Lieutenant Columbine. L'anecdote concernant les pêcheurs de tortues aux îles Aves a été reproduite telle quelle sans traduction par le copiste. Je ne connais pas de carte française faisant explicitement référence à celle de Columbine. Les apports du lieutenant anglais auront pu être intégrés aux révisions successives des cartes 75 et 75 bis du Dépôt...
Carribeean Islands. 1796. Lieutenant E.H. Columbine