Quelques cartes françaises des Îles Caraïbes


Les petites Antilles sont occupées par les farouches Caraïbes à l'arrivée de Christophe Colomb. Ils effectuent régulièrement des raids sur les grandes Antilles où habitent les Taïnos. Il y enlèvent les femmes et les jeunes filles qu'ils asservissent. Les guerriers capturés, vivants ou morts, sont boucanés et dévorés lors de rituels cérémoniels à caractères religieux appelés « caouinages », décrits notamment par l'Anonyme de Carpentras. Les enfants mâles captifs et les jeunes adolescents sont généralement castrés, élevés comme servants au sein des groupes de caraïbes, engraissés et enfin consommés à l'âge adulte.
Pour les espagnols, ces peuplades guerrières se nomment Canibas (les espagnols en tireront le mot Cannibales, ou mangeurs d'hommes). Pour les français ce sont des Kalinas ou Caraïbes, du nom du héros éponyme Kalinago qui mena la première grande migration de ce peuple vers les Antilles, deux ou trois siècles avant l'arrivée des premiers européens.
A l'arrivée de Colomb, les îles occupées par les Caraïbes partaient de la Grenade et des Grenadines jusqu'à l'actuelle Sainte-Croix.

La présentation qui est faite des îles Caraïbes dans cette page concerne plus particulièrement les îles colonisées, à un moment ou à un autre, par les français.






Pierre Duval, Isles d'Amérique dîtes Caribes et Antilles de Barlovento

carte des Isles d'Amérique par P Du Val, 1677

Par Pierre Du Val d'Abbeville, Géographe du Roy, Á Paris chez l'Autheur. 1677.

dimensions approximatives : 26 cm x 34 cm

échelle de vingt et quatre lieües de France, chacune de 2 500 Pas Géométriques.

longitude calée sur le méridien de l'Île de Fer

Graveurs probables : 1ère version (« non datée » et « datée 1664 ») - Jean Somer Pruthenus. 2 - version (1677) inconnu

La carte produite à Paris, a priori dès 1664, par Pierre Duval couvre les îles situées entre le 11e degré et le 19e degré de latitude nord, soit les îles s'étendant des Vierges à Tobago. Plusieurs versions de la carte verront le jour. La datation de la carte est sujette à variation : on trouve des exemplaires sans aucune date (certainement les plus précoces), d'autres datés de 1664, et enfin ceux datés 1677 (voir ci-contre).

On distingue au moins deux grandes options proprement cartographiques :

1 - Les versions non datées [vraisemblablement vers 1659] et celle datée de 1664, c'est-à-dire selon que la Martinique présente un profil doté d'une proéminente presqu'île (La Caravelle) à l'Est et d'une baie profonde (celle de Fort-Royal) à l'Ouest. La Martinique y est scindée transversalement du Sud au Nord, en deux espaces séparés par une ligne de pointillés. Cette version s'appuie sur les travaux de Nicolas Sanson qui présentait, dans sa carte particulière de la Martinique de 1650, la partition territoriale entre « sauvages » et colons. On remarquera que Duval fait cohabiter les deux noms de l'île, à savoir Matinino et la Martinique. Ce ne sera plus le cas dans la version suivante.

2 - dans l'autre cas, c'est-à-dire dans la tardive éditée à partir de 1677, la Martinique tend plutôt vers un patatoïde informe (voir exemplaire au-dessus, dans cette section). On remarquera aussi que la plupart des profils des autres îles ont également changé. Certains profils s'éloignent de la réalité (Sainte-Croix, Martinique, ...) d'autres sont à peine mieux perçus. En revanche certaines proportions s'améliorent : c'est le cas notamment de la Martinique dont la taille s'est allongée, les canaux l'entourant ont rétréci. Le nom amérindien de Matinino n'apparaît plus à côté de celui de la Martinique. Dans cette carte, Pierre Duval, s'est davantage attaché à retranscire la réalité d'occupation des îles, c'est-à-dire les souverainetés exercées par les puissances colonisatrices. Il a ainsi successivement mis à jour [parfois en tatonnant] les informations afférentes. Dans ce registre, il a en 1677, et à juste titre, effacé l'ancienne partition territoriale de la Martinique (entre Caraïbes et Français) par un territoire entièrement soumis aux colons.


D'une maière générale, le cartouche qui contient la légende a sensiblement varié. Dans les versions non datées et dans celle de 1664, la légende est très sobre. Dans la deuxième, celle datée de 1677, la légende montre une luxueuse décoration (voir ci-contre : écu de France fleurdelysé, sujet Indien avec arc et flêches, ...). Cette extension de l'ornementation se fait au détriment des actuelles îles Aves ou îles aux Oiseaux qui disparaissent du champ représenté. Cependant, une « île aux Oiseaux » réapparaît au sein du groupe des Vierges, où Duval a traduit en français, l'appellation flamande de I Vogel qu'il utilisait dans la 1ère version. Il a pratiqué de même pour une autre Vogel Eylandt située à hauteur de Bequia, réputée sans eau douce dans la 2e version. Devait-il trouver qu'il y avait trop d'îles aux Oiseaux pour en supprimer une ? Ou a-t-il confondu, comme c'est probable, l'une avec les autres ?


Quelle que soit la version de la carte dressée par P. Duval, elle présente le chapelet des îles Caraïbes selon une probable longitude Est par rapport à l'île de fer (El Hierro). Elle donne également une échelle de distance, mais purement « terrestre ». P. Duval n'est pas hydrographe et ne signe donc pas là une carte nautique : aucun rhumb n'apparait d'ailleurs, pas plus que de rose des vents ou de sonde, même si certains dangers marins peuvent être grossièrement mis en évidence.
Cette carte vise surtout à informer le lecteur de l'état des possessions des diverses puissances coloniales : espagnols, anglais, hollandais et français. Il les donne dans un cadre particulier intitulé « Explication de quelques lettres ». Entre les différentes versions, c'est-à-dire entre les différentes dates, les souverainetés ont changé. Duval d'attache donc à leur mise à jour et rectifie aussi ses erreurs. Ainsi en 1664, l'île de Saint-Martin est réputée encore appartenir aux espagnols, en 1677, Duval la donne bien comme divisée entre hollandais et français. Á remarquer qu'en 1664, il nomme la Barbade comme Barbudos ou « Ile Barbue» (voir l'exemplaire « non daté » de Gallica), tandis qu'il appelle l'actuelle Barbude, « la Barbade ». Les différentes versions de cette carte montrent une incertitude dans l'appellation que portent ces deux îles. Nombreux furent les géographes qui firent également la confusion entre Bardude et Barbade. En 1677, la méprise est finalement levée : Barbade retrouve son nom tandis que Bardude est appellée Barboüde.

Duval met l'accent sur l'île de la Dominique qui ne semble pas encore colonisée. Et pour cause, à la fin du XVIIe siècle c'est presque l'une des ultimes bases de repli du peuple Caraïbes : dans la 1ère version Duval écrit où sont les plus grands mangeurs d'hommes de toute l'Amérique qu'il convertit ensuite en 1677 en où sont les plus grands Guerriers et Caraïbes de l'Amérique. La philosophie du géographe a changé, la réputation des Caraïbes, en partie grâce aux missionnaires, s'est heureusement bonifiée.

La première version de cette carte a été fort probablement gravée par Jean Somer Pruthenus (version n°1 : épreuves non datées et celles datées de 1664). Ce graveur avait beaucoup travaillé pour le compte des géographes abbevillois (Nicolas Sanson, Pierre Duval, ...) mais aussi pour l'éditeur-imprimeur Pierre Mariette. Les modifications apportées entre les deux grandes versions de cette carte, laissent apparaître un lourd travail de gravure sur l'ancienne planche. Apparemment, le cuivre primitif a été repris, après un effacement prononcé de la gravure antérieure. Sur les versions de 1677, aucune indication concernant le graveur n'apparaît plus, l'ancienne référence à Jean Somer (I S) a été effacée. Ce qui tend à accréditer un remaniement profond par un graveur qui n'a pas voulu décliner son identité. Peut-être s'agit-il de Pierre Duval lui-même.

Lorsque paraît cette carte (vraisemblablement vers 1659) Nicolas Sanson est encore actif et son influence sur Pierre est patente. N. Sanson décèdera en 1667. Sa florissante entreprise sera alors reprise par ses deux fils, Guillaume et Adrien Sanson, avec l'aide de leur cousin germain Pierre Duval, donc neveu de Nicolas. Les trois hommes s'associeront aussi, à l'occasion, à l'imprimeur-éditeur et géographe Alexis-Hubert Jaillot. Mais comme beaucoup de ses confrères, le géographe P. Duval possèdait aussi sa propre boutique ou « enseigne ». Duval a enregistré cette carte des Isles Antilles comme un travail entièrement personnel. La légende de la carte de 1677 stipule qu'on la trouve chez l'Autheur, près le Palais, sur le Quai de l'Orloge (avec une grosse faute d'orthographe, mais qui n'en fait pas ?), il précise au coin de la rue d'Harlay. Dans les exemplaires datés de 1664, seule la mention chez l'Autheur figurera. Un exemplaire accessible sous BNF-Gallica, non daté, mais dont est issue la version de 1664, donne pour sa part : chez l'Autheur, rue Saint-Louis près le Palais, à l'Espée Royale qui était l'« enseigne » de son commerce. Entre 1664 et 1677, Pierre Duval aura donc déménagé de la rue Saint-Louis pour aller s'intaller au Quai de l'Horloge, au coin de la rue d'Harlay, sur l'actuelle île Saint-Louis. Mais il reste près du Palais. Après la mort de Pierre Duval, son affaire sera reprise dans un premier temps par sa Veuve, puis ensuite par leur fille.

Quelle que soit la date de parution (non datée, 1664, 1677, ...), cette carte se distingue fortement des productions néerlandaises (par exemple celles d'Hessel Gerritsz ou d'Arnold Colom, ...) et anglaises (John Seller, ...) de la même époque qui se voulaient de véritables cartes marines. Apparemment Duval n'a pas retenu [exclusivement] ces sources là, même s'il y a manifestement pioché. Dans la premiere version, on note la présence de nombreux termes en flamands qui se trouvent dans les cartes de Gerritsz ou de Colom. Voir par exemple l'Egat van Drack des îles Vierges. Duval est ensuite malheureusement revenu sur ses premiers choix. Il ne s'est probablement plus servi des cartes des Isles Antilles et de la Martinique de Nicolas Sanson parues toutes deux vers 1650, ce qui est fort dommage. Les modifications apportées n'ont semble-t-il pas amélioré la justesse générale de la carte, bien au contraire : voir par exemple le profil de l'île de Sainte-Croix qui se détériore de la version première à l'autre, de même pour celui de la Martinique.

La carte des Isles Antilles de Sanson situait la Martinique vers 316° de longitude Est, tout comme la carte individuelle de la Martinique (précisément entre 316° et 316°40'). La carte de Duval positionne la Martinique un demi-degré de longitude plus à l'Est que celle de son oncle : plutôt entre 316°50' et 317°. Le chapelet des îles Caraïbes de chacun des deux géographes français ne se ressemble décidément pas.


Voir notamment chez BNF-Gallica : modèle non daté, antérieur à 1664

et aussi modèle de 1677




Alain Manesson Mallet (1630, 1706), les Isles Caribes

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Imprimée à Paris, à partir de 1683, dans la Description de l'Univers.
dimensions approximatives au cadre : 10,5 cm x 14,5 cm

carte de la caraïbe par Mallet
Cette carte, extraite du Beschreibung des gantzen Welt-Kreises présente de façon élégante les Petites Antilles de la côte du Vénézuela jusqu'à la partie Est de l'Île Espagnole (Hispaniola). L'exemplaire présenté ci-contre, provient de l'édition allemande imprimée à Francfort en 1719. La découverte de L'Univers de Manesson Mallet a été imprimée initialement en langue française (première édition de 1683 à Paris,..) et ensuite en allemand (notamment en 1719 à Francfort). Cette carte miniature est agrémentée de batailles navales se déroulant dans la Mer des Caraïbes. Sur l'horizon naviguent des vaisseaux de guerre et des galions. Le tout rend un joli effet de perspective.

Le graveur, s'est manifestement trompé dans les appellations des îles des Petites Antilles. Il a nommé l'île de Marie-Galante en lieu et place de la Dominique. Le décalage s'est répercuté sur les îles suivantes. La Martinique est ainsi appelée la Dominique, et l'île de Sainte-Lucie emprunte le nom de sa voisine du nord, voir l'extrait suivant. Sur sa carte, Mallet n'a porté aucune indication quant à la puissance européenne occupant les diverses colonies.

même s'il se trompe sur l'emplacement exact de la Martinique, Mallet utilise deux noms pour qualifier l'île : « Matatino ou Martinique ». Le premier est censé être d'origine améindienne tandis que le second est le nom utilisé par les français. La toponymie des îles Caraïbes a été sujette à de nombreuses appellations fonction d'une part de la nation colonisatrice et fonction d'autre part des reports ou des reprises que les géographes ont pu faire dans leurs différents travaux.






Henri Abraham Châtelain, Cartes des Antilles Françoises et des Isles voisines dressée sur des mémoires manuscrits.

Parue dans l'Atlas Historique d'Abraham Chatelain, tome VI sous le n°35, page 154, cette carte des Petites Antilles présente une dimension (au cadre) d'environ 47 cm (hauteur) sur 33 cm (largeur), la gravure est sur cuivre.

La carte de Chatelain s'inspire fortement de celle de Delisle, datée de 1717. C'en est en fait qu'une simple copie ne présentant aucun ajout ni modification (voir plus bas la carte de G Delisle) au niveau cartographique.
Seule valeur ajoutée à l'ouvrage, A Chatelain donne au lecteur un cadre renfermant une Remarque Historique qui présente un bref aperçu des possessions françaises et anglaises dans les Caraïbes aux alentours des années 1715-1720.





Carte de S. Domingue
Carte de Cuba
Carte de La Martinique
Carte de La Guadeloupe et des Isles de Saintes
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Planche de 4 Cartes particulières des îles caraibes
Planche de dimension approximative totale de 37 cm de haut sur 50 cm de large, présentant 4 cartes particulières des îles antilles. L'ensemble s'inspire fortement de l'oeuvre de Jacques Nicolas Bellin. La composition a vraisemblablement été réalisée vers la fin du XVIIIe siècle. Le texte accompagnant chaque carte est rédigé en français, il relate les principales caractéristiques des îles présentées. Les cartes sont dressées par rapport à la "Longitude Occidentale du Méridien de Paris", la latitude indiquée près de la bordure droite est la latitude septentrionnale. En haut, près de la bordure de chaque carte, est simplement indiqué le nord, ce qui dispense apparemment de la présence d'une rose des vents. Sous l'échelle de la carte de la Martinique est présentée une explication des marques simplifiée qui s'accorde bien avec celle adoptée par Bellin dans son hydrographie ainsi que dans la carte d'Homann gravée en 1762 [voir chapitre des cartes française du XVIIIe siècle].


Ci après un exemplaire disponible à la B.N.E - Blibliothèque Nationale d'Espagne :
Cette planche présente 4 cartes :
1. "Carte de S. Domingue Isle de l'Amerique Septentrionale, la plus riche des Antilles" - dimensions : 21 cm x 29 cm
2. "Carte de Cuba, Grande isle de l'Amerique Septle. l'une des Antilles. - dimensions : 16 cm x 22 cm.
3. "Carte de la Martinique, Isle de l'Amerique Septle. la principale des Antilles Francoises, et leur plus florissante Colonie" - dimensions 21 cm x 21 cm.
4. "Carte de la Guadeloupe, et des Isles Saintes". dimensions 21 x 29 cm







Jean-Baptiste (Le) Romain, Carte des Antilles Françoises, scitués entre l'isle de la Trinité et les isles angloises d'Antigoa et de Monsara..

Carte des Antilles Françoises, selon J-B Romain - 1749


dimensions : 47,5 cm x 73 cm
échelle graphique : de vingt cinq lieuës marines de 20 au degré ou de 2853 toises chacune.
coordonnées géographiques : cadre gradué selon les longitudes Orientales de l'Île de Fer. Présence de deux méridiens, l'un représentant les 316° à l'Orient de l'île de Fer et l'autre représentant conjointement le 45° à l'Occident de Ténérife (pic de Teide) et le 63° à l'Occident de Paris. Les latitudes sont portées.

Le Sieur Romain a été nommé en 1741, ingénieur des fortifications. Il a travaillé à l'édification de défenses dans les différentes îles colonisées par les français. Mais c'est surtout à la Grenade, où il arrive peu après sa nomination, qu'il aura surtout oeuvré, il y sera d'ailleurs nommé Ingénieur en Chef. Jean-Baptiste Romain a produit en 1749 un superbe ensemble rassemblant les îles des petites Antilles. Le travail est remarquable, pour l'époque. Bien avant le célèbre Philippe Buache qui corrigera en 1760 la carte erronée de son beau-père Delisle (voir plus bas dans cette page), J-B Romain s'était attelé à la tâche, et y avait parfaitement réussi, malgré quelques insignes défauts.

Cette carte des Petites Antilles se situe dans la lignée graphique de celle que de l'auteur avait déjà produit en 1734, pour la seule Martinique. Durant sa période d'activité à la Grenade, l'ingénieur Romain est prolifique. En plus de la carte générale des Petites Antilles, il produit un ensemble de 9 cartes spécifiques à la Grenade et à Tobago qu'il rassemble dans un recueil intitulé : Cartes Topographiques de lisle de la Grenade & de quelques petites isles Adjacentes. On y trouve le même souci de reproduire le relief de façon étonnament réaliste et de mêler ces vues en perspective avec les vues ou profils de côtes si chers aux marins. D'une façon générale, les vues qu'il nous restitue dans ce recueil ont été « prises » par l'ingénieur à diverses périodes, ce qui permet presque de reconstituer une partie de son itinéraire.

L'ingénieur renseigne sur la façon dont il a travaillé. Il met en évidence une importante approche terrain, ainsi dans sa cartes des Isles, il écrit d'ailleurs : « Carte dressée sur beaucoup d'observations géométriques et astronomiques dont plusieurs ont été faites à terre, la position des isles est assez exacte. Les principales ayant été rellevées à la boussole. Le Tout fait sur les lieux par JBP Romain.».

Dans la carte des Antilles Françaises Scitüées entre Lisle de la Trinité..., le tracé de la Martinique n'est pas le même que celui que l'ingénieur avait produit en 1734. Si le contour de la partie Nord reste très bien appréhendé et se rapproche de son modèle initial, en revanche la partie Sud est ramassée. Elle semble avoir été comprimée par une force exercée de bas en haut. L'ingénieur a en quelque sorte hypertrophié le Nord et hypotrophié le Sud, pris dans un dilemne entre les positions extrêmes de l'île, en latitude, et sa connaissance du terrain. Le tracé de la Martinique que Romain rend, est ici unique en son genre.

L'ingénieur des fortifications qui devait avoir une bonne connaissance opérationnelle des îles, restreint cependant les aires de la Dominique et de Sainte-Lucie. Il se trompe également sur leurs azimuts allant jusqu'à donner à Sainte-Lucie un axe Est-Ouest quasi-horizontal, plutôt que vertical comme il l'est véritablement. En revanche la réalité de Grenade et des Grenadines est, sans aucun doute, l'une des plus justes de son temps. Dans le préambule à la carte des Petites Antilles, l'ingénieur Romain s'octroie un large satisfecit en précisant que (sic) :

Quoique cette carte puisse être susceptible de quelques corrections, elle est cependant beaucoup moins d'effectueuse qu'aucunes de celles qui ont paru jusqu'à présent et l'on n'y trouvera pas les fautes de position qui se rencontre dans celle qui a esté dressé dans les mémoires du Sr Petit, arpenteur Royal à la Martinique et publiée en 1717 par Mr Delisle Géographe.

Dans ma Carte , les gissements des Isles, les vues par rapport aux autres est assés exact, les terres ayant des relevées, soit à la boussole soit par de bonnes observations géométriques que j'ay faites lorsqu'il s'est rencontré des positions favorables.

Quant à la figure de chaque Isle en particulier je dois avertir que celles de la Martinique et de la Grenade sont incomparablement plus exactes que les autres dans lesquelles je n'ay pas fait un si long séjour et où je n'ay pas eu le tems de faire d'aussi bonnes observations que dans les précédentes.





Bonne Rigobert, Les Petites Antilles ou Les Isles Du Vent, avec Celles De Sous Le Vent. Par M. Bonne, Ingenieur-Hydrographe de la Marine.


imprimée à Paris,
dimensions : [24 x 34,8 cm],
Gaspard André(sculp)
Hérisson (del) [Eustache Hérisson ?]
5 échelles avec diverses mesures européennes

carte des îles au vent et sous le vent par Bonne Cette carte utilise les appellations spécifiques qu'adoptèrent les européens pour identifier les Îles des Petites Antilles. L'Hydrographe de la Marine, Rigobert Bonne emploie ici une projection qui restitue la rotondité de la terre, c'est une carte à usage géographique et non maritime. On remarque que les méridiens convergent à mesure qu'ils se rapprochent du pôle. Les parallèles sont légèrement incurvés, ils coupent les méridiens avec des angles qui ne sont pas droits. La courbure de la terre devient alors flagrante.







Jean-Baptiste Poirson, Les Iles Antilles, par J.B Poirson. An XI (1802).

carte des îles Antilles par JB Poirson
imprimée à Paris, Vendémiaire An XI (octobre 1802)
dimensions approximatives au cadre : [ 42,5 x 34,5 cm]
échelles graphiques : multiples (5) dont l'une Myriamètres
cadre gradué : en haut longitude orientale rapportée à l'île de Fer, en bas Longitude Occidentale au méridien de Paris
gravée par Jean Baptiste Pierre Tardieu, l'aîné [rue de la Sorbonne]

Cette carte est issue de la Géographie Mathématique, Physique & Politique de Toutes les Parties du Monde, ouvrage réalisé principalement par deux fameux géographes à savoir Edme Mentelle (1730, 1815) et Conrad Malte-Brun (1755, 1826) [danois naturalisé français]. L'ouvragre et l'atlas l'accompagnant, ont été édités par les libraires Henry Tardieu et Laporte à Paris en l'An XII (1803).

Cette carte purement géographique illustre la réactivité exceptionnelle de l'ingénieur géographe Jean-Baptiste Poirson dans la mise à jour de la carte des Îles Antilles. En effet Le 18 avril 1802 (An X) le Premier Consul Bonaparte signe le décret par lequel la ville du Fort-Royal de la Martinique, sera dorénavant appelée Fort-de-France. Dès la fin du mois de septembre 1802 (Vendémiaire an XI), soit à peine 6 mois plus tard, paraît cette carte de J.B Poirson, où la prise en compte du nouveau toponyme est enregistrée.

Dans cette carte, Poirson met en évidence les occupations insulaires par les colonisateurs européens. L'ensemble de l'île d'Haïti et de Saint-Domingue apparaît alors sous domination française. Cela ne va pas durer. On sait que l'Indépendance sera bientôt proclamée (1804). Le corps expéditionnaire du général Leclerc qui a fraîchement débarqué dans la grande île (janvier 1802) rencontre une situation politique comme militaire très instable. L'armée française, est malmenée par des rebelles toujours plus astucieux galvanisés par la légitimité de leur juste cause, elle est de plus fortement diminuée par la fièvre jaune.

La forme générale de la Martinique et son orientation azimutale se rapprochent de celle dressée par Moreau du Temple. Ces caractéristiques avaient déjà été reportées dans la carte marine de Verdun de la Crenne, parue en 1775 au Dépôt [voir plus bas - Carte réduite des Iles Antilles n°75 bis]. Le géographe Poirson dans une note spécifique [en bas à droite], avertit le lecteur des modifications toponymiques qui ont touché les différentes localités des îles françaises. c'est pratiquement l'une des premières cartes produites pour un large public à porter le nom de Fort-de-France.

Quelques mois plus tard, le géographe Poirson a sorti une nouvelle carte des îles Antilles, légèrement plus grande que la précédente, qu'il a été intégrée à l'Atlas illustrant le célèbre ouvrage qu'il a consacré à la « Statistique générale et particulière de la France et de ses Colonies...» paru l'An XII (1804) chez F. Buisson. Dans cet atlas, la carte des îles Antilles porte alors le numéro XII.

carte des îles Antilles par J.B Poirson Nivose An XII - 1803
imprimée à Paris, datée de Nivôse An XI (janvier 1803)
dimensions approximatives au cadre : [45 cm x 38 cm].
échelles graphiques : multiples (5) yc compris en myriamètres.
cadre gradué : en haut longitude orientale rapportée à l'île de Fer, en bas Longitude Occidentale au méridien de Paris
graveur : Tardieu l'Aîné [J.B.P Tardieu, rue de la Sorbonne]
numéro dans l'atlas : XII

note en bas à droite : La ville de Port Louis dans la Gde Terre de l'Île de la Guadeloupe, porte maintenant le nom de Port Libre. Celle de Ste Anne celui de la Fraternité. Celle de St François celui d'Égalité et le Fort Louis celui de Tricolor.

Contrairement à la précédente carte (Vendémiaire An XI ou octobre 1802) où la note portait à la fois sur la nouvelle toponymie de la Martinique et de la Guadeloupe, cette nouvelle version parue quelques mois plus tard [et qui connaîtra des variantes] met l'accent exclusivement sur la nouvelle toponymie de la Guadeloupe. On remarquera sur ces très belles cartes géographiques, l'effet de convergence des méridiens vers le pôle. La carte est plus grande que la précédente. Elle est extraite d'un ouvrage intitulé : Statistique Générale et Particulière de la France et de ses Colonies paru en 1804 chez F. Buisson. L'ouvrage en 7 volumes in-8 est accompagné d'un Atlas contenant 19 tableaux et 9 grandes cartes.

Voir aussi l'exemplaire de chez Gallica issu de l'Atlas de chez F. Buisson. Comme pour la précédente, la carte est en noir & blanc, les cases indicatrices des nationalités n'ont pas été coloriées. Pas plus que les frontières ou traits de côtes des îles.







La série des cartes marines françaises sur les Îles Caraïbes

Pierre Duval avait produit en 1664, une des premières cartes françaises dédiée aux seules Petites Antilles. Cette carte n'est toutefois pas une carte marine au sens strict, loin s'en faut. En revanche, la carte de Delisle portant sur les « Antilles Françoises et des Isles Voisines », dont les premiers exemplaires sont sortis en 1717, peut s'apparenter à une carte marine, bien qu'elle ne porte pas physiquement de ligne de rhumb ni de sonde, caractéristiques de ces cartes là. La présence d'une Rose des Vents plaide toutefois pour cette prise en compte. Les copies hollandaises, tirées par Covens et Mortier, ajouteront des lignes de rhumbs. La carte du fameux géographe ne représente alors qu'une portion de l'arc des Petites Antilles : celle des îles allant de la Guadeloupe à la Grenade.

En 1758, JN Bellin a produit, d'abord dans son Hydrographie, puis ensuite sous l'estampile du Dépôt de la Marine, une carte marine de la région qui rejoint l'aire délimitée par le modèle de Pierre Duval. Publiée par le Dépôt de la Marine, elle portera le n°75. Bellin produira également une carte de la même zone dans son Petit Atlas Maritime.

Le Dépôt poursuivra la série, avec la publication en 1775, de la carte de Bellin mise à jour durant la campagne de la Flore. Cette nouvelle carte sera signée par Verdun de la Crenne, le Chevalier de Borda et le père Pingré qui sont cités dans le titre. Cette carte portera dans la collection du Dépôt, le n°75 bis. Elle se partage en deux parties. La première, présente les Caraïbes des Îles Vierges à Saint-Vincent, la seconde présente les débouquements de Saint-Domingue.

La série continuera ensuite avec les cartes marines parue au début du XIXe siècle, grâce aux travaux d'hydrographes comme Paul Monnier, François Keller.






Nicolas Chaufourier Plan de la Martinique, la Güadeloupe, Marie Galande, et la Grenade

Plan de la Martinique, la Güadeloupe, Marie Galande, et la Grenade

dimensions : 64 cm x 91 cm
aucune référence en latitude ni longitude

Carte disponible sous Gallica référencée à la Bibliothèque Nationale de France au Département des Cartes et plans sous le numéro : GE SH 18 PF 142 DIV 3 P 8.


Nicolas Chaufourier a été, semble-t-il brièvement, arpenteur général adjoint en Martinique en 1713 et 1714. Dans cette fonction, il a secondé Thimotée Petit, Arpenteur Général des îles du vent. Mais c'est Th. Petit qui semble avoir apporté l'essentiel des informations dont se sert le fameux géographe Guillaume Delisle pour dresser sa carte présentant le chapelet des Petites Antilles (carte de 1717). Le géographe Delisle mentionne d'ailleurs parfaitement Sa source : Sur les mémoires de M. Petit, ingénieur.

Il est alors difficile de conclure que Nicolas Chaufourier a produit cette carte pour le compte de Thimothée Petit. C'en est peut-être qu'une recopie. La carte de N. Chaufourier a vraisemblablement été composée aux « Îles », puis expédiée en France où elle se trouve actuellement. Si Chaufourier a travaillé pour le compte de Th. Petit, cette carte a pu se retrouver dans le « mémoire » parvenu en France à l'attention du Géographe. Quoi qu'il en soit, la carte réalisée par Chaufourier montre les Petites Antilles avec des éléments principaux correspondant à ceux présents dans la carte de Guillaume Delisle. Elle constitue ainsi, copie ou non, un élément « fondamental » du dossier dont s'est très probablement servi le Géographe français. La carte de Chaufourier ne fournit aucun géoréférencement. Les longitudes et latitudes en sont absentes, seule la présence une rose des vents centrale indique les points cardinaux et permet d'orienter la feuille. Mais c'était bien l'apanage des géographes que de rajouter les coordonnées et de repositionner précisément chacune des îles en fonction des déterminations connues. En cela, la carte de Delisle diffère de celle de Chaufourier.

La carte de Chaufourier met l'accent sur l'île de Sainte-Lucie [ou Sainte-Alousie] pour laquelle l'auteur a isolé, dans trois cartons, les principaux mouillages avec des éléments sur leur profondeur en brasses. L'arpenteur assortit de commentaires élogieux le descriptif de ceux-ci, par exemple la description du Cul de Sac de Roseau le donne de : même étendue que le Carénage du Fort-Royal à la Martinique, où les Vaisseaux de toutes grandeurs peuvent entrer et sortir par tout temps, et où ils sont très à couvert. Serait-ce un encouragement pour aller coloniser définitivement cette île encore insoumise et laissée pour partie aux Caraïbes ? On devine là une démarche qu'un simple arpenteur ne peut porter à lui tout seul, la main du commanditaire se dessine derrière le Gouverneur alors en place à la Martinique.

Un détail doit choquer, c'est l'exagération de la courbure de la ligne des Petites Antilles qui amène la Grenade [tête en bas] à se trouver sur une longitude largement plus à l'Ouest que la Guadeloupe. Le défaut d'inclinaison provient principalement de la cassure au niveau du canal de Sainte-Lucie, entre cette île et la Martinique. Delisle corrigera cette erreur dans sa production. Mais il ne corrigera pas celle touchant l'île de la Grenade. L'île qui a été entièrement inversée : le Sud est au Nord et l'Ouest à l'Est ! dira le père labat.

La BNF-Gallica propose quelques cartes diverses dessinées par N. Chaufourier (delineavit). Elles concernent principalement les îles et la « Terre Ferme ». Ce qui laisse penser que N. Chaufourier devait être « sur zone » et en avoir une certaine connaisance. Chaufourier produit ainsi une carte sur la partie française de l'île de Saint-Domingue, d'autres concernent les ports de La Havane à Cuba, de Carthagène sur la « Terre Ferme », ou encore du « Cul de Sac du Robert » en Martinique. Celles concernant l'île à Vaches à Saint-Domingue sont datées de 1711. Il est alors probable que le futur arpenteur général adjoint pourrait avoir été actif dans la Caraïbe, avant d'être nommé en Martinique. Ses capacités à dresser cartes et plans ont pu être un facteur qui ont encouragé à le nommer arpenteur général adjoint. Les cartes dessinées par Chaufourier sont de bonne facture. Ce sont principalement des cartes marines où de nombreux détails permettent aux utilisateurs d'éviter les dangers. Chaufourier y a porté de précieux renseignement sur les procédures d'atterrissage. Ce sont, dans le genre, des instructions nautiques de première main.

Concernant le Plan de la Martinique, la Güadeloupe, Marie Galande, et la Grenade / avec les autres îles qui dépendent de ses Gouvernements qui est davantage un travail de synthèse, Chaufourier a dû travailler en recopiant des documents séparés pour lesquels aucun assemblage n'était a priori disponible. Ce qui pourrait expliquer la cassure du Chapelet d'îles entre la Martinique et Sainte-Lucie. Par ailleurs, les cartons concernant les mouillages de Sainte-Lucie se rapprochent de ses préoccupations antérieures (plans des ports, ...). Le titre de la carte met bien l'accent sur la position principale de la Martinique : les autres îles dépendent de son gouvernement.

Pour l'île de la Martinique, Chaufourier met en évidence une riche toponymie qui va se retrouver, plutôt en tout qu'en partie, chez Delisle. Le géographe du roi y fera quelques modifications et quelques oublis : par exemple la Rivière du Ponche, mentionnée entre la Basse-Pointe et Le Prêcheur sur la carte de Delisle n'existe pas. Chez N. Chaufourier, elle est nommée Rivière du Potiche. De même, Chaufourier signale les rivières du Macouba et de la Basse-Pointe que Delisle omettra. Chez l'arpenteur, les bourgs sont sur-dimensionnés sur la carte manuscrite : le bâti y est porté en projection horizontale. Le géographe G. Delisle se servira des symboles usuels pour représenter les bourgs qui reprendront une plus juste proportion.

La carte de N. Chaufourier est agrémentée d'un superbe cartouche de titre où l'on distingue de part et d'autres deux personnages supposés des îles ou de la « Terre Ferme ». Á droite semble-t-il un caraïbe avec sa pagaïe. Á gauche, il s'agit probablement d'un esclave caressant un petit primate. Entrelaçés dans l'ornementation on distingue pèle-mèle un crocodile, un lézard, des serpents, une tortue, un perroquet, des coquillages et des fruits (ananas). Plus insolite un genre de sanglier (à cause des défenses), à moins que ce ne soit un phacochère, mais plus probablement la stylisation d'un pécari, occupe une place centrale dans ce cartouche.

Le travail de Chaufourier qui s'apparente très étroitement à celui qu'aurait pu fournir Th. Petit à Guillaume Delisle montre pour la première fois une Martinique qui ne se ressemble pas. Par exemple, le Cul de Sac du Marin est complètement atrophié et donne sur un axe sud-nord. Les cartographes du XVIIe siècle avaient fait mieux. La Guadeloupe reste très facilement reconnaissable grace à son profil caractéristique de lépidoptère adopté déjà dans les cartes de Nicoles Sanson ou du père Dutertre. L'apport de Chaufourier tient davantage dans le développement de la toponymie des îles occupées par les français, c'est-à-dire outre la Martinique, la Guadeloupe et la Grenade. Cette « mauvaise » carte servira pourtant de fondement à celle du Géographe Guillaume Delisle, qui la diffusera en Europe et qui sera abondamment recopiée.






De l'Isle Guillaume, Carte des Antilles Françoises et des Isles Voisines Dressée sur les mémoires manuscrits De Mr. Petit Ingénieur du Roy, et sur quelques observations. Par Guillaume De I'Isle de l'Académie

Imprimée chez l'auteur à Paris, Quai de l'horloge avec privilège du Roy. La carte est datée de juillet 1717. Dimensions de la grande feuille : 60 cm x 45 cm. Cette carte sera également imprimée chez Covens et Mortier à Amsterdam dès 1719. La même année, le géographe allemand C. Weigel en produira également une similaire chez J-B Homann.

carte des îles caraïbes par Delisle 
d'après l'ingénieur Petit


Le modèle de la carte de Delisle de 1717, a été principalement réalisé à partir de mémoires manuscrits sensés avoir été transmis par M. Petit. Par ailleurs, la BNF-Gallica dispose d'une carte réalisée par Nicolas Chaufourier, qui a été arpenteur général adjoint à Petit. La carte de Chaufourier est manisfestement proche des éléments qu'a pu recevoir le Géographe Delisle (voir section juste précédente). Le sieur Thimothée Petit était « Arpenteur Général des Îles », il était assermenté auprès du Conseil Souverain dont il deviendra ensuite membre. Petit encadrait les arpenteurs royaux, situés dans les différentes îles. Ces derniers délimitaient et bornaient les concessions attribuées aux colons, un peu comme le ferait de nos jours un géomètre du cadastre. En tant qu'Arpenteur Général, l'ensemble des îles françaises ressortait de sa compétence. Il les a directement visité lui-même, à plusieurs reprises, il en possédait sonc une connaissance globale suffisamment étendue. Il lui fallait-il manier les mesures d'arpentage qui différaient suivant les îles : Par exemple, un pas d'arpentage valait 3 pieds en Guadeloupe, et trois pieds et demi en Martinique.

Grâce à Delisle, Premier Géographe du roi, M. Petit a été promu au rang d'Ingénieur du roi. Th. Petit aurait lui-même dressé une carte manuscrite des îles Antilles [dans la même veine que celle produite par Nicolas Chaufourier] qui a servi de source quasi exclusive, à Guillaume Delisle pour constituer sa carte datée de juillet 1717. Mais il semble que, contrairement à l'opinion du père Labat, G. Delisle ait bel et bien commis une, voire plusieurs erreurs d'interprétation de la carte manuscrite et du mémoire attaché de Th. Petit.

Dans le Nouveau Voyage aux Isles d'Amérique [tome IV], le père Labat souligne les difficultés rencontré par le « Premier Géographe du Roy » pour dresser la carte de la Grenade. Le père Labat critique vertement (et peut-être injustement) l'ingénieur Petit, tout Ingénieur est Arpenteur, mais il s'en faut bien que tout Arpenteur soit Ingénieur. Labat reproche à Petit de nombreuses inexactitudes, qui concernent surtout le positionnement et l'azimut de l'île de la Grenade, figurant dans la carte des îles de Delisle. On se rend compte que la Grenade y est présentée d'une bien étrange manière. Afin de défendre Delisle qu'il tient en haute considération, Labat indique que le géographe a travaillé sur les mauvais mémoires de l'ingénieur Petit qui avait inversé les positions : il a placé à l'Ouest ce qui est à l'Est, et au Nord ce qui est au Sud. Selon Labat, qui reconnaît la forte compétence de De l'Isle, il y a peu de Géographes plus exacts, Delisle ne pouvait pas éviter de reprendre les erreurs grossières qui lui ont été transmises. Delisle avait pourtant accès à d'autres sources, notamment à des cartes néerlandaises, anglaises, où la Grenade était plutôt « correctement » orientée. Il n'a pas comparé et fait une trop grande confiance aux documents qui lui étaient parvenus de la Martinique.

Cette carte sera reprise par de nombreux autres géographes européens tels que : Ottens, Weigel, Chatelain, .... Ce qui dénote bien que peu d'entre-eux se souciaient de vérifier l'exactitude de leurs sources, fussent-elles de Delisle. Cette carte sera tirée - sans avoir été corrigée - durant tout le long du XVIII e siècle. La première édition signée Delisle date de la fin de l'année 1717. Le cartouche du titre n'y indique pas sa qualité de « premier Géographe du Roy ». En effet le Géographe ne recevra cette distinction [ou Charge], conçue spécialement pour lui, qu'en 1718. Les éditions postérieures porteront en revanche la mention premier Géographe du Roy. Dans la première édition (1717) la Martinique est placée à environ 318° de longitude Est (par rapport à l'Isle de Fer), tandis que la Guadeloupe est située au 317°. Les éditions postérieures présenteront des Longitudes Orientales rectifiées qui positionnent dorénavant la Guadeloupe au 316° et la Martinique au 317°. Les latitudes n'ont, quant à elles, pas changé. Ces changements interviennent après la rectification de l'écart « officiel » entre le méridien de l'île de Fer et celui de Paris, adoptée par Delisle en 1720. Cette rectification pour Delisle était cohérente avec ses déductions. Aucune détermination précise n'avait pourtant pu encore avoir lieu. Il faudra attendre 1724, pour que le Père Feuillée calcule, sur place en 1724, un écart proche de 20° plutôt que de 21°. L'erreur d'un degré de longitude porté sur les cartes françaises fut donc rectifiée, grace à Delisle à partir des années 1720. Les éditions de la carte des Petites Antilles de Delisle n'échappent pas à cette règle, et montrent une adaptation presque instantanée à la réalité « astronomique ».


La carte des Isles mentionne qu'en 1706 le Père Feuillée a observé une déviation de la boussole de 6°10 vers le Nord-Ouest. En fait Delisle, s'est là aussi, mépris. La déviation a bien été observée par Louis Feuillée en avril 1706 lors de son deuxième séjour à la Martinique, lorsqu'il était au Gros-Morne chez M. de la Chapelle, mais cette déviation portait vers le Nord-Est et non le Nord-Ouest.

Á noter que : la carte de la Martinique des Petites Antilles montre une rivière nommée Rivière du Ponche. Ainsi, l'origine du mot pourrait-elle être rediscutée sur cette base .... un peu tendancieuse... Par ailleurs Delisle appelle le Cul de sac Cohé : Cul de Sac de Sr Cosne. ce qui peut refléter soit une erreur de gravure [graveur], soit une erreur lecture du géographe. En attendant je vous invite à méditer sur la Martinique vue par Delisle selon Thimothée Petit ou Nicolas Chaufourier.

En 1760, cette carte sera rééditée chez Dezauche à Paris, par Philippe Buache [gendre de Guillaume Delisle] qui redonnera à la Grenade, une position enfin plus conforme à la réalité.

La carte des Isles des Petites Antilles de G Delisle a connu plusieurs versions que vous pouvez découvrir en cliquant sur ce lien.






Jacques Nicolas Bellin, Carte Réduite des Isles Antilles

Carte Réduite des Iles Antilles, par Bellin - Hydrographie - 1758
La carte marine (ci-contre) est issue de l'Hydrographie Française, dont les premiers exemplaires ont été édités par Bellin en 1758. Le cartouche de titre y est superbement présenté. Le profil de l'île de la Martinique est également très esthétique.
La carte sera [à partir des années 1770] publiée avec la fameuse estampile du Dépot de la Marine constituée d'une ancre marine encadrée de trois fleurs de lys. On retrouvera la marque du Dépôt gravée en bas à gauche de la carte et dans le coin supérieur droit s'affichera son numéro dans le catalogue de l'institution : n°75. La prix de la carte n°75 va varier au fil du temps. Elle sera d'abord vendue aux utilisateurs au prix de trente sols (soit une livre et demie), voir exemplaire ci-contre.

La dimension de la carte est celle d'une double-feuille [grand-aigle] d'environ 57 cm (hauteur) sur 88 cm (largeur). Elle présente les Petites Antilles depuis les Îles Vierges jusqu'à Tobago. Elle comprend un cadre relativement chargé en graduations. Sur le bord supérieur du cadre sont présentes trois échelles de « Longitudes Occidentales ». Celles principalement usitées par les navigateurs européens : la première est relative au méridien de Paris, la deuxième au méridien de Londres et la troisième au méridien du Cap Lézard situé à l'extrême pointe sud-ouest de l'Angleterre. Sur le bord inférieur du cadre, Bellin donne deux autres longitudes supplémentaires : celle de Ténérife et celle de l'Île de Fer.

La carte est également relativement chargée en rhumbs. C'était semble-t-il une condition indispensable pour pouvoir assurer de bonnes ventes auprès des navigateurs et autres utilisateurs qui plébiscitaient alors ce type de présentation. Cela facilitait-il l'emploi des instruments nautiques ? ... et le report du point sur la carte ?

Cette grande carte marine comprend deux cartons. L'un est consacré aux îles Vierges, il est joliment entouré d'un cadre fleuri de style baroque. JN Bellin y précise la source de ses informations, elles sont issues principalement d'une : Carte Particulière des Isles des Vierges, Tirée des Anglois. Il ne dit pas de quelle carte dont il s'est précisément inspiré. C'est de la carte anglaise de ... On retrouvera la même épreuve dans le Petit Atlas Maritime qui sortira en 1764, la carte portant le n°77 (Tome I).

Le second carton présente des profils de la côte de l'île de Saint-Eustache observée depuis deux positions différentes. Le premier profil s'intitule : veue de l'isle de St Eustache restante à l'Est quart de Nord Est a 6 lieues ; tandis que le second est intitulé veue de l'isle de St Eustache restante au Nord Ouest quart de Nord a 6 lieues. Pourquoi l'hydrographe a-t-il décidé d'incorporer dans cette carte des vues de côtes, ce qui n'est pas dans ses habitudes ... et pourquoi Saint-Eustache ?

Cette carte réduite ne présente pas d'échelle de distance apparente comme celles que l'on trouve dans les cartes plates où dans les cartes couvrant une zone restreinte. Dans le carton relatif aux Isles Vierges, zone restreinte, Bellin donne une échelle de distance. Ce n'est pas le cas pour la Grande Carte des Antilles qui est une véritable carte nautique. La distance portée sur les cartes réduites varie en fonction de la latitude à laquelle elle est prise. C'est ce que l'on appelle communément une échelle de Latitudes Croissantes. Bellin matérialise sur les deux côtés verticaux, à gauche comme à droite, l'échelle de lieues marines de France et d'Angleterre de 20 au degré. Les lieues ne présentent pas le même écartement [longueur du segment] selon qu'elles soient prises en bas ou en haut de la carte. L'écartement est plus resserré dans les latitudes basses, c'est-à-dire vers le 11e degré de latitude septentionnale, qu'en haut de la carte vers le 20e degré de latitude nord. Les officiers du bord déterminaient les distances marines, à l'aide un compas à pointe séche, en prenant l'écartement dans la marge, à la hauteur moyenne de la latitude supposée du navire et reportaient ensuite sur la carte cet écartement afin d'évaluer les distances à parcourir ou parcourues.

Jacques Nicolas Bellin insère dans cette carte très technique, une référence à la déviation [ou à la variation] de l'aiguille aimantée de la boussole. Il fait graver le repère de la boussole au Nord-Est-Quart-Est de l'île de la Grenade, près des îles Moustiques et y indique une déviation de 2 degrés au N.E. Mais cette louable intention aurait dû être étendue à d'autres points de la carte. Puisque la variation est très sujette aux conditions locales et fluctue même significativement dans le temps. Il était ainsi très hasardeux de considérer qu'à hauteur des Vierges la variation fut de 2° NE en 1758. On constate d'ailleurs un écart relativement important avec la déviation de 5° NE mentionnée en 1764 sur le plan du Cul de Sac Royal de la Martinique.

Selon Claret de Fleurieu, qui fut le dirigeant pratiquement exclusif du Dépôt de la Marine dans les années pré-évolutionnaires, les déterminations astronomiques [tant en latitude qu'en longitude] adoptées par J-N Bellin étaient sujettes à des distorsions variant de quelques « minutes » d'angle à parfois un degré. Flerieu reproche ainsi à Bellin une grande versatilité dans des déterminations sur des documents produits à quelques années d'écart.

Un superbe exemplaire de la carte des Petites Antilles est disponible sous Gallica : le n°75 du Dépôt : Carte Réduite des Isles Antilles. Il présente le Sceau du Dépôt de la Marine et affiche un prix de : trente sols.





Le Petit Atlas Maritime : carte des PETITES ANTILLES / ou Les Isles du Vent de 1764


dimensions approximative de la gravure : 17 cm x 22 cm / planche n°79. Échelle de 30 lieues communes. Echelle de coordonnées : longitude Occidentale de Paris et latitudes septentrionnales.

Cette carte est extraite du Tome I du Petit Atlas Maritime, elle a été gravée par Croisey (sculp). Un commentaire de bas de page renvoie aux autres cartes de l'Atlas présentant les îles de la zone : Voyez ces Isles plus grand N°80, N°81 ou N°82. Voyez la Barbade N°98.

Pour mémoire, la Martinique y est comprise entre le 63° à l'Est et le 63°30' à l'Ouest [longitude Occidentale de Paris].




Verdun de la Crenne - Carte Réduite des Iles Antilles

la dimension de la feuille est d'environ : 52 cm (largeur) x 86 cm (hauteur). Le titre indique que la carte est une carte réduite, elle utilise donc les Latitudes Croissantes [corrigées de l'aplatissement de la Terre].

Carte Réduite des Antilles, par Verdun de la Crenne, 
le Chevalier de Borda et le père Pingré
Cette carte marine de MM. Verdun, Borda et Pingré est le résultat de la mission de la Flore. Elle a été gravée par un dénommé Petit et diffusée principalement « à la feuille » par le Dépôt de la Marine sous le n°75 bis dès 1775 (année ou fut couronné Louis XVI) en paralèlle à la carte réduite de Bellin de 1758 (n°75), voir la Carte Réduite des Isles Antilles à la section précédente. La carte se rencontre également dans l'ouvrage qui relate la mission de la frégate, « Voyage fait en 1771 et 1772 par MM Verdun, Borda et Pingré» ouvrage en deux volumes édités en 1778, à Paris. Les cartes issues de cet ouvrage ne portent pas en général le Sceau du Dépôt. La feuille présente deux cartes de façon asymétrique, la première est la « Carte Réduite des Îles Antilles » qui correspond au chapelet des Petites Antilles situé entre le 13° et le 19° de latitude Nord. La seconde correspond aux débouquements : « Carte Réduite des débouquements de Saint-Domingue ».

Cette carte parue en 1775, montre le degré de perfection et de méticulosité auquel était parvenu le Dépôt et ses graveurs dans la réalisation des cartes marines. Ces avancées, préconisées et portées par Fleurieu, tiennent à la fois de l'application combinée des meilleures techniques de gravure sur cuivre, et d'un constant soucis, affermi par une volonté sans faille, de présenter des cartes intégrant les dernières informations scientifiques. Par la précision et la finesse de leurs graduations, les deux cartes présentées dans cette feuille sont des exemples parfaits de l'application des échelles de latitudes croissantes. Les graduations gravées dans le cadre montrent des subdivisions qui vont jusqu'à moins de la minute (ou du mille marin). Chaque minute est subdivisée en 3 sous-parties. Cette double carte met aussi en évidence les progrès réalisés dans la détermination de la latitude et de la longitude des principales îles des petites Antilles. Pour ce qui concerne la Martinique, l'accent est mis sur la l’orientation générale (gisement ou azimut) et la forme de la Martinique. La Martinique présente une allure qui s'approche de celle déterminée par Moreau du Temple, dans La grande carte datée de 1770. En 1771, l'ingénieur-géographe Charles François Hesse a réduit la carte de Moreau en petit et en a communiqué le résultat à M Verdun qui en a fait un parfait usage. On trouve à la B.N.F [sous la cote PF156 Div2 Pièce 14] une copie sur calque [datée de 1773] de la réduction effectuée par Hesse. C'est ce calque qui servira de trame, pour représenter la Martinique dans la carte n°75 bis du Dépôt de la Marine. Par contre la plupart des autres îles conservent les formes et gisements qui figurent dans la version des Petites Antilles de Bellin (n°75).

Malgré cette avancée indiscutable, la Martinique selon Bellin figurera encore pendant longtemps dans le catalogue du Dépôt de la Marine. Les successeurs de Bellin, comme par exemple Rigobert Bonne, en seront souvent réduits à utiliser des déterminations et des configurations obsolètes.

Dans la carte de verdun, on remarque que l’ancien français Isle a été remplacé par Île, traduisant le passage au langage contemporain. Le graveur indique explicitement dans le cartouche du titre le procédé de gravure : divisé et gravé au burin par Petit. Le sieur Petit s'est donc appliqué à travailler selon les recommandations de Claret de Fleurieu que l'on retrouve dans l'ouvrage relatant l'expédition de L'Isis. Petit a gravé directement la carte et les échelles sur le cuivre, afin d'éviter les erreurs et les imperfections dues à toute recopie. Les parallèles ont été établis à l'aide d'une table de latitudes croissantes, comme le préconisait de Fleurieu. Dans un carton nommé Avertissement comun aux deux cartes, le graveur Petit rappelle que : Les latitudes et longitudes des point principaux de cette carte se trouvent dans celle de l’Océan Occidental, publiée en même tems. Les chiffres indiquent partout des brasses à moins qu’ils ne soient suivis du mot Pieds ou d’un P. Les chiffres au milieu desquels passe une ligne ponctuée, sont les sondes qui ont été faites sur la frégate La Flore. Les échelles ont été divisées et les principaux points déterminés sur le cuivre lui-même suivant l’exemple qu’en avait donné M de Fleurieu. Dans la division des échelles de latitude l’on a eu égard à l’applatissement de la terre.. On ne peut être plus précis sur la méthode employée. Les Tables de Latitudes Croissantes utilisées sont celles qui ont été corrigées du rapport des axes de la terre [soit 320/321].

La référence à Eveux de Fleurieu [Claret de Fleurieu] dans cet avertissement, rappelle l'expédition de l'Isis, de 1769 dans laquelle, le commandant de la frégate était accompagné du père Pingré. L'expédition avait permis d'éprouver les horloges et montres marines (n°6 et n°8) de Ferdinand Berthoud concurrent en l'espèce du britannique John Harrisson. Dans le rapport de cette mission, Feurieu consacre une large partie à la construction des cartes réduites. Il préconise alors la correction systématique des longitudes et des latitudes croissantes de l'altération causée par l'applatissement de la Terre aux pôles.


Exemplaire de la carte n°75 bis chez Gallica : Carte Réduite des Isles Antilles - Carte Réduite des Débouquements de Saint-Domingue issue de l'ouvrage relatant l'expédition de la Flore.



Autre exemplaire «républicain» de la carte du Dépôt de la Marine : n° 75 bis


n°75 bis - Carte de Verdun de la Crenne, Pingré, Borda
La carte présentée ci-contre est particulière. Elle semble avoir été imprimée durant une époque très troublée : celle de la révolution française, probablement entre 1793-1800. Elle possède, en effet, des différences notables par rapport à la version initiale de 1775. Pour le reste elle est identique au modèle original.

Le graveur du Dépôt (peut être à cette époque Jean Antoine Croisey, qui serait resté le seul graveur du Dépôt après que Petit se soit retiré) a dû modifier la planche initiale gravée par Petit pour la rendre conforme aux idées nouvelles et surtout à la situation politique du pays : la République était née [instauration de la 1ère République française : 22 septembre 1792 ou 1er Vendémiaire An I]. Dans la version initiale de 1775, on peut lire sur le cadre des longitudes : Longitude Occidentale du Méridien de Paris pris à l'Observatoire Royal, sur cette dernière version le mot Royal a été effacé. De la même manière, les deux Fleurs de Lys servant d'indicateurs au nord géographique, ont été remplacées par des flèches empennées. Le sceau du Dépôt de la Marine a perdu ses trois fleurs de lys. Dans la version initiale de 1775, l'ancre de marine est encadrée, de part et d'autre, par une fleur de lys, la dernière se situant sous l'ancre. Dans la version révolutionnaire apparaissent maintenant les initiales de la République Française le R à gauche et le F à droite qui encadrent à leur tour l'ancre du Dépôt.

Le prix de la carte vendue à l'unité s'est renchéri. En 1775, la carte était cédée au prix de trente sols qui équivalaient à une livre et demi. En cette période révolutionnaire [le franc n'est pas encore devenu la monnaie officielle, il le sera en 1803] les prix se sont envolés. Les assignats émis par la république perdent près de la moitié de leur valeur faciale. Les matières premières, notamment le papier de qualité, deviennent rares. La carte se vend désormais au prix de Trois Livres, soit une augmentation de 100 % par rapport au prix pratiqué quelques années plus tôt.

Les seules traces de l'ancien régime, que le graveur a omis de modifier, sont placées dans le titre des deux cartes qui figurent sur la grande feuille. Elles font référence à l'autorisation royale de 1775 : Publiée par Ordre du Roi.

Au final on se retrouve avec une carte assez originale qui combine royauté déclinante et république naissante. Le symbole royal qu'est la référence au roi, est encore bien présent dans le titre. Il est associé aux armes de la nouvelle république. Le fait que l'année 1775 soit encore imprimée, milite pour une impression de cet exemplaire vers les années 1793-1796, le calendrier révolutionnaire n'est pas encore rentré dans les usages, il le sera bientôt, et les dates imprimées sur les cartes déclineront alors les années de l'ère nouvelle. Autre élément : le prix est encore donné en livres.


Exemplaire de cette même carte n°75 bis [version 1793-1796] à la Library Of Congress : Carte Réduite des Isles Antilles - Carte Réduite des Débouquements de Saint-Domingue.






Dépôt Général de la Marine - n°75, 1806. Carte générale des Îles Antilles comprises entre celle de la Trinité et de Porto-Rico

Carte générale des Îles 
Antilles comprises entre celle de la Trinité et de Porto-Rico
Carte diffusée par le Dépôt Général de la Marine à partir du début du XIXe siècle. Une version légèrement antérieure porte la marque du calendrier républicain. Elle avait été imprimée entre 1801 et 1805. Sur cette carte (qui ne figure pas encore sur ce site). Le calendrier républicain a été adopté en septembre 1793, mais son application a été rétroactive, l'An I de la République commençant le 22 septembre 1792. Son utilisation a été abrogée par Napoléon 1er en septembre 1805, avec date d'effet au 1er janvier 1806.

La carte ci contre, est datée de 1806. Elle est donc diffusée sous le premier Empire. Elle est destinée à remplacer la carte dressée par JN Bellin et à celle de Verdun [voir sections précédentes] qui remontent pour l'une à près d'un demi-siècle (1758) et pour l'autre à plus de trente ans (1775). Cette carte portera donc, comme celle de Bellin qui la précèdait, le n°75 dans le catalogue de l'Hydrographie Française.






François-Antoine-Édouard Keller (1803, 1874)

Carte de la Mer des Antilles, Partie Orientale, 1843
4 - Carte de la Mer des Antilles, Partie Orientale. Dressée par M. Keller, ingénieur hydrographe, d'après les travaux les plus récents. Publiée par Ordre du Roi sous le ministère de M. le baron Roussin, Amiral, Pair de France, Secrétaire d'État au Département de la Marine et des Colonies. Au Dépôt Général de la Marine, 1843

carte numérotée au Dépot : n°999 [coin haut à droite]

Sceau du Dépôt général de la Marine

Année de première publication : 1843 [l'exemplaire présenté ici est daté de 1852, coin en bas à droite]

Gravée par Chassant pour le Trait et écrite par J.M Hacq pour la Lettre.

prix : 2 francs

dimensions : grand aigle ou grand in folio, soit 102 cm (largeur) x 72 cm (hauteur)

coordonnées astronomiques : longitude à l'Occident du Méridien de Paris [pas de « Royal »]

Les sondes sont ici exprimées en mètres. La mesure ayant été rendue obligatoire à partir de 1840. La carte n°999, est ce n'est pas usuel, comporte une table de réduction des mètres en brasses et pieds, pour les utilisateurs désireux de calculer encore en anciennes mesures.... le mètre était encore naissant. À cette époque, la plupart des cartes du Dépôt présentaient des tables de réduction convertissant les anciennes mesures [brasses, pieds, ...] en mètres.... et non l'inverse comme ici. À l'origine, le cuivre de cette nouvelle carte composée par Keller, a porté directement des sondes en mètres ainsi qu'il est clairement mentionné : [les sondes sont exprimées en mètres].

Cette carte de la partie Orientale de la mer des Antilles s'étale en longitude du 62e degré au 79e degré et 10 minutes. En latitude, elle couvre la partie comprise entre le 8e degré et le 19e degré Nord. La carte 999 du Dépôt reprend à peu de choses près l'aire adoptée par Rigobert Bonne dans sa carte de la fin du XVIIIe siècle consacrée aux Petites Antilles ou Isles Du Vent [voir au-dessus]. Cette zone particulière avait séduit puisqu'elle avait également été adoptée par Jean-Baptiste Poirson [notamment] au début du XIXe siècle, dans les diverses productions concernant les îles Antilles qu'il a pu réaliser en sous-traitance pour des géographes aussi talentueux que Conrad Malte-Brun ou qu'Edme Mentelle.

Constatant l'existance d'une demande particulière, le Dépôt a donc ajusté, à bon escient, son offre de cartes pour la zone antillaise. Il va désormais produire plusieurs cartes [en dehors des cartes particulières à chacune des îles] qui vont venir couvrir l'ensemble de la MER des ANTILLES. L'opération a été confiée à l'ingénieur Keller. Celui-ci produira ainsi entre 1842 et 1844, 7 nouvelles cartes, dont certaines sont des mises à jour des anciens documents du Dépôt (carte n°75 et 75 bis notamment). Les Cartes produites sous l'autorité de Keller sont les suivantes :

1 - la carte n°963 : Carte des Antilles, 1842

2 - la carte n°976 : Carte du Golfe du Mexique, 1843

3 - la carte n°998 : Carte des Grandes Antilles (Cuba, Haïti, Jamaïque, Archipel de Bahama), 1843

4 - la carte n°999 : Carte de la Mer des Antilles, Partie Orientale, 1843

5 - la carte n°1003 : Carte de la partie des Antilles comprise entre la Martinique et St. Christophe, 1843

6 - la carte n°1019 : Carte de la Mer des Antilles, partie Occidentale, 1844

7 - la carte n°1032 : Carte Générale des îles Antilles comprises entre la Trinité et Porto-Rico, 1844


Carte de la partie des Antilles comprise entre la Martinique et Saint-Christophe
5 - Carte de la Partie des Antilles comprises entre la Martinique et St Christophe. Dressée par M. Keller, Ingénieur hydrographe de la Marine, d'après les travaux les plus récents. Publiée par ordre du Roi sous le Ministère de M le Baron de Mackau, Vice-Amiral de France, Secrétaire d'Etat au Département de la Marine et des Colonies. Au Dépôt général de la Marine.

Année de première publication : 1843 [l'exemplaire ci-contre est daté de 1866]

carte numérotée au Dépot : n°1003

Sceau du Dépôt général de la Marine

Gravée par C.E Collin pour le Trait et écrite par J.M Hacq pour la Lettre.
prix : 2 francs
dimensions : grand aigle ou grand in folio.

Comme dans la carte précédente (n°999) les sondes sont ici exprimées en mètres, la mesure ayant été rendue obligatoire à partir de 1840. Cette carte comporte également une table de réduction des mètres en brasses et en pieds, pour les utilisateurs désireux de calculer encore en anciennes mesures...

Cette carte de Keller s'étale en longitude Ouest de Paris [pas de « Royal »] de 63° à 65°15' et en latitude nord de 14° 05' à 17° 20'. L'amplitude est nouvelle. Cette carte particulière vient renforcer la connaissance hydrographique des Petites Antilles présentées notamment dans les cartes n°75 et 75 bis. Elle met essentiellement le focus sur les quelques possessions restantes de la France aux Antilles qui se concentrent entre Saint-Christophe au Nord et la Martinique au Sud. La carte a été imprimée par le Dépôt de la Marine à partir de 1843. Le profil de la Martinique qui y figure, est la reprise logique de l'excellent travail de Paul Monnier et Le Bourguignon-Duperré effectué en 1831. La toponymie a gardé encore ici le terme de l'ancien régime : on y trouve notamment le « Fort-Royal » pour Fort-de-France. Les corrections toponymiques seront faites lors des prochaines éditions.

Dans le coin supérieur droit, le Dépôt à porté l'assertion suivante : Nota : l'île de Monserrat offre une grande incertitude dans son figuré, pour cette raison nous avons laissé son trait de côte indéterminé à l'exception de la portion S.O. de cette île que nous avons pu déduire d'une vue orientée prise en 1766, par Charnières [Charles-François-Philippe Charnières], de laquelle nous avons également conclu la disposition topographique des montagnes.

Á elle seule Cette assertion montre que les travaux réalisés en « cabinet », par la compilation de données et de vues, permettaient aux hydrographes de dresser des cartes très précises. Les techniques du milieu du XIX siècle étaient empruntent d'une rigueur scientifique accrue. Ce qui n'était pas le cas au siècle précédent où de nombraux errements figuraient encore sur les cartes. L'île de Monserrat que nous restitue Keller est ainsi émaillée des noms des contributeurs dans les travaux desquels il est allé puiser : on trouve ainsi dans la partie sud « Charnières » l'auteur de la fameuse vue. Mais y figure également, « Gauttier » à l'Ouest [Pierre-Henri Gauttier (1772, 1850)], « Puységur » à l'Est [Antoine-Hyacinthe-Anne de Chastenet de Puységur (1752, 1809)] et « Borda » au Sud.


Carte Générale des Îles Antilles comprises entre la Trinité et Porto-Rico

7 - Carte Générale des Îles Antilles comprises entre la Trinité et Porto-Rico. Dressée par Mr. Keller Ingénieur Hydrographe, d'après les travaux les plus récents.

Publiée par ordre du Roi sous le Ministère de M. le Baron de Mackau, Vice-Amiral de France et Pair de France, Secrétaire d'État au Département de la Marine et des Colonies. Au Dépôt-général de la Marine. en 1844.

dimensions : grand aigle ou grand in folio.

carte numérotée au Dépot de la Marine : n°1032 (coin bas à droite)

Prix Deux Francs

nota : pas de sceau du Dépôt général de la Marine.

Les Sondes sont exprimées en mètres.

Gravée par C.E Collin pour le Trait et écrite par J.M Hacq, pour la Lettre.


L'exemplaire, ci-contre, a été publié en 1866 [ndla : en bas au centre, hors cadre 1866]. 12 ans après la parution du modèle initial de l'Ingénieur François Keller (1844), paraissent les premières révisions. Elles ont été effectuées par Adrien Germain, Sous-Ingénieur Hydrographe du Dépôt de la Marine. Viendront ensuite d'autres corrections périodiques. La carte sera ainsi sujette, comme c'est l'usage, à des mises à jour continuelles durant la fin du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe siècle, c'est-à*dire tant que la carte a figuré catalogue du Dépôt puis du SHM et enfin du SHOM.

La carte des Îles Antilles de François Keller s'étale en longitude à l'Occident du Méridien de Paris [ndla : pas de « Royal »] de 61°40' à 68°, et en latitude Nord de 10°30' à 18°55'. Elle carte renouvelle et rafraîchit le modèle initialement conçu par J-N Bellin qui portait pratiquement sur la même aire et dont les diverses versions avaient été publiées par le Dépôt de la Marine sous le n°75 [voir sections au-dessus]. En 1866, le régime du Second Empire prévaut. En conséquence de quoi, les graveurs du Dépôt ont effacé le mot Royal, mais ils ne l'ont pas remplacé.

Un AVERTISSEMENT sous le titre principal énonce que : La partie de cette carte comprise entre Porto-Rico et la Guadeloupe, ainsi que Sainte-Lucie, Saint-Vincent, la Barbade, la Grenade et les Grenadines, l'île Tabago, les Bouches du Dragon et la Côte de Paria ont été refaites ou corrigées d'après les travaux anglais les plus récents.

Les longitudes de la partie Nord de la carte jusqu'à la Guadeloupe, ainsi que celles de la Barbade, de la Grenade et des Grenadines, ont été rapportées à la longitude de l'observatoire de Christianstaed (île de Ste Croix) qui est de 67°1'9".

Les Déclinaisons sont pour 1865 et décroissent de 0°2' par an environ.

Janvier 1866. A Germain. S Ingénieur Hydrographe.


Pour chaque île, la carte met en évidence la signalitique marine en vigueur en 1866. Elle donne le type de phare (feux) en service avec leurs particularités. En 1866, la Martinique est l'île qui semble posséder le plus de phares (feux) : on en décompte a priori 9. Dont 2 dans la rade de Saint-Pierre, un au bout de la presqu'île de la Caravelle (celui du Sémaphore, d'une hauteur de 125 m et visible à 24 nautiques), celui de la Pointe des Nègres et celui du Fort Saint-Louis. Plus 4 feux fixes dans la Baie du Fort-Royal, qui sont allumés sur des coffres, du 23 au 30 de chaque mois.

La carte donne également les déclinaisons pour la plupart des îles. Celle de la Martinique est de 1°35' au NE (1865) et une estimation générale de la variation annuelle de la déclinaison est donnée : les déclinaisons décroîtraient dans la zone de 0°2' par an.

nota : En 1867, A. Germain [Adrien-Adolphe-Charles Germain] était encore sous-ingénieur hydrographe au Dépôt. Il produira cette année là, une grande carte de la « Mer des Antilles » ... d'après les travaux les plus récents. Publiée par ordre de l'Empereur, sous le ministère de S.E.M. l'Amiral Rigault de Genouilly. Au Dépôt des Cartes et Plans de la Marine. Carte gravée par C.E. Collin (trait) et écrite par Victor Carré (lettres).