La Martinique à la Carte : biographie des ingénieurs géographes, hydrographes, cartographes et autres géodésiens

remettre une intro, souligner l'absence du genre féminin parmi les « cartographes »



Partie n°1 : les cartographes français


Jean-Baptiste [Jacques] du Tertre (1610, 1687)

C'est l'un des tous premiers chroniqueurs qui a relaté l'hisoire de la colonisation des îles. L'orthographe de son nom reste sujette à variations : Jacques du Tertre ou Dutertre naquit à Calais en 1610. On ne connait pas grand chose de sa prime jeunesse ou de son adolescence. Mais né dans une ville « anglaise », située à côté des Pays-Bas espagnols (catholiques) et des Provinces Unies (religion réformée), il ne pouvait pas échapper à une vie de découvertes, bercée par les expéditions maritimes outre-atlantique.
Jeune homme il s'engage dans la marine hollandaise, il aurait navigué jusqu'aux côtes du Groenland. Plus tard, on le retrouve dans l'armée royale française. Il aurait participé de près ou de loin au siège de Maastrich (celui de Louis XIII en 1633 et non celui de Louis XIV quarante ans plus tard). Démobilisé, il « descend » à Paris et « entre » en religion chez les Prêcheurs Dominicains. Il prend alors le nom de père Jean-Baptiste. Il développera durant sa carrière de prélat des talents de botaniste et de naturaliste qui seront reconnus unanimement par ses pairs et ensuite par ses successeurs.

Au début de 1640, l'Ordre des Dominicains [Jacobins] auquel il appartient, l'expédie aux Antilles en demande forte de religieux. Les Dominicains oeuvrent en Guadeloupe dès 1635, tandis que les Jésuites sont présents en Martinique dès la même année. Il se rendra donc en Guadeloupe et y séjournera de nombreuses années, entre 1640 date de son premier voyage aux îles et 1657 ou 1658, année de son retour définitif en France. Durant les trois séjours aux îles recencés qu'il a effectué, il observe, analyse et note.

1 - Le préalable à son 1er séjour commence le 17 janvier 1640, Dutertre part de Dieppe. En mars 1640, il arrive en Martinique où il reste quelques jours, puis passe en Guadeloupe, sa destination finale. Il y retrouve la père Raymond Breton futur auteur d'un dictionnaire Franco-Caraïbes qui attendait le renfort. Le père Breton a produit une petite relation où il donne l'arrivée du Père Jean Baptiste "de Sainte Ursule" le 4 mars 1640. Les Jacobins sont placés sous l'autorité du père Nicolas de la Mare avec lequel Dutertre est arrivé. Á la mort du supérieur en mars 1642, Dutertre est délégué par ses pairs (dont le Père Raymond Breton qui revenait d'une mission à la Dominique) pour se rendre en France et obtenir la poursuite de l'action des religieux et surtout le maintien de leurs privilèges. Dutertre appareilla de Saint-Christophe où il s'était rendu pour trouver un Vaisseau (une petite frégate), le 14 avril 1642. Il atteint La Rochelle après 42 jours de mer (c'est-à-dire vers le 26 mai 1642). Son premier séjour aura duré 2 ans.

2 - Après avoir rempli la mission qui lui avait été confiée, il se rend à Dieppe en décembre 1642. Il y attend durant trois mois des vents porteurs. Finalement en mars 1643, le bateau appareille vers les Antilles. Son voyage le mène à Madère où il fait une halte de trois ou quatre jours. Le père Dutertre arrive ensuite en Guadeloupe après plus de 2 mois de navigation [selon le Père Breton, Dutertre arrive le jeudi après la Pentecote] soit fin mai. Il retourne dans sa congrégation située à la Basse-Terre [Nôtre-Dame du Saint-Rosaire]. Il y oeuvrera encore durant plusieurs années. En 1645, il relate l'arrivée des français chassés temporairement de Saint-Christophe par les anglais (page 250). Il semble qu'il soit resté aux îles jusqu'en 1648.
En effet (Tome I, 1654, page 467) Dutertre énonce dans son ouvrage de 1654 : c'est une chose bien difficile de bien décrire l'état dans lequel a été la colonie jusque dans les années 1650, 1651 ... que l'état florissant auquel je la vois maintenant passe dans mon esprit pour un grand miracle.. Il est certain qu'il n'était plus aux îles en 1649-1650. Le père Dutertre reste relativement discret sur son deuxième retour en France. Aussi bien sur les conditions de ses voyages transatlantiques que sur les activités qu'il a pu avoir en France. Il écrit (tome II, 1667, page 54) Or, comme je ne dirai rien de mon second retour en France .... Mais on peut toutefois tâcher de reconstituer une partie du puzzle avec les éléments qu'il nous livre au compte-goutte dans l'ensemble de ses publications.

En 1645 (Tome II, 1667, page 145), il était encore en Guadeloupe : En l'année 1645, je fis un voyage dans la Grande-Terre de la Guadeloupe, pour assister et administrer les sacrements à un grand nombre de français qui depuis peu s'y étaient retirés .., mais il écrit ensuite (Tome II, 1667, page 30) dans son Histoire des îles : voilà tout ce qui était habité en Guadeloupe en 1645 ... et je ne doute pas que cela n'ait changé depuis de face, car en l'année 1656, je vis en passant par cette île ....
Cette remarque laisse entendre qu'il était alors parti de Guadeloupe en 1646. Effectivement, il avait dû quitter cette île, et entamer son retour en France. Selon le Père Breton, Dutertre aurait même quitté la Guadeloupe le 1er janvier 1647 en compagnie de Charles Houël et de toute sa famille. Mais il est resté aux îles d'Amérique durant cette année. Les voyages en ce temps pouvaient parfois être longs.
Dutertre relate qu'en 1647, il a résidé un temps à Saint-Eustache, île proche de Saint-Christophe (Tome I, 1654, pages 163 & 478). Le père prêcheur n'est pas très précis sur l'année, puisqu'il cite alternativement 1647 et 1648 (tome I, page 479 et tome II, page 147). Mais il semble que ce soit bien en 1648 et non en 1647, qu'il soit resté environ 6 semaines à Saint-Eustache. Il effectuera la seconde partie de ce deuxième voyage de retour en compagnie de Mme la Générale de Thoisy, épouse du Général Noël-Patrocle de Thoisy, qui avait été contre son gré renvoyé en France, par le [Bailly] Commandeur de Poincy, en mai 1647. L'épouse était restée en Martinique. Elle le rejoignait après plusieurs mois de séparation contrainte et forcée. Dans ce voyage, une escale aura également eu lieu à Antigua. On peut supposer qu'elle s'est produite avant celle de Saint-Eustache.

En résumé, lors de son deuxième séjour, Jean-Baptiste du Tertre a donc passé près de six ans aux îles d'Amérique. En Guadeloupe de mai 1643 à décembre 1647 (~ 5 ans) et l'année 1647 dans les autres îles. Il serait finalement arrivé en France en mars-avril 1648. Le dominicain serait ensuite revenu une dernière fois aux îles d'Amérique, en 1656.

3 - Il semblerait qu'entre la mi-1648 et le début de l'année 1656, le père Dutertre ait vécu en France. Comme il le laisse entendre dans son épitre à Achile Harlay, il avait élaboré un premier jet de son Histoire « aux îles ». C'est ce premier recueil de notes qui a traversé l'Atlantique et évité les véritables Pirates. Dutertre l'aurait présenté [probablement entre 1649 et 1651] à Achille Harlay qui l'aurait consigné [sans doute une copie] dans sa bibliothèque. En 1654, Dutertre écrit dans l'épitre à son protecteur : puisque le désir que j'avais de vous [Harlay] satisfaire m'obligea à mettre en ordre les mémoires et différents remarques que j'avais fait dans mes voyages. Et pendant ma demeure dans les îles d'Amérique, j'en fis un recueil que je vous présentais il y a quelques années....
Plus loin dans son avis au lecteur il laisse entendre qu'il aurait commencé la rédaction de son ouvrage vers 1649-1650 : il y a plus de quatre ans que l'obéïssance que je dois à mes Supérieurs, jointes aux très instantes et presque inoportunes prières de mes amis, me contraignant d'écrire ce Livre avec autant de répugnance que j'avais de juste sujet de m'en divertir, .....

Il est vraisemblable qu'en 1654, l'année où paraît son 1erTome chez Langlois, J-B Dutertre fut encore en France. Le privilège du Roy, qui porte sur l'ensemble du livre, avec les cartes et les figures, et plus généralement toutes les images [en taille douce] nécessaires, lui a été octroyé pour 9 ans. Il cède ce privilège à l'imprimeur Jacques Langlois le 25 avril 1654. Dutertre a pu adjoindre « in extremis » à son ouvrage, l'acte officiel daté de mars 1653 de la déclaration de Concession de l'Île de Saint-Christophe à l'Ordre de Malte (administration qui avait réellement commencé en mai 1651). Apparaîssent d'ailleurs sur la carte de saint-Christophe la Croix de Malte et les armoiries de l'Ordre signifiant la propriété acquise de l'île en l'année 1653. Dutertre n'a cependant pas le temps d'insérer autant de gravures qu'il aurait voulu, il le fera dans les parutions suivantes. En 1654, il fait vite de sortir son ouvrage pour évincer la concurrence d'un autre auteur, celle de Rochefort.

4 - Son troisième et dernier séjour aux îles a dû avoir eu lieu entre 1656 et 1658. Les raisons de ce troisième séjour sont certainement moins religieuses que « littéraires ». Le succès remporté par son Livre (Tome I, 1654) l'encourage à compléter la description des îles, des moeurs des habitants,... Il a le projet d'une grande monographie restituant l'histoire de la primo-colonisation des îles par les français. Selon l'ouvrage Voyage aux Iles d'Amérique, 1992, Archives Nationales, auquel j'emprunte cette dernière information : le Père du Tertre qui était en France en 1656 aurait été mandaté en tant qu'expert par M. de Cérillac pour aller négocier les conditions et le prix de la Grenade qu'il voulait acheter au général Du Parquet. L'île et sa colonie dont l'entretien lui coûtait trop cher sera vendue par Du Parquet en 1657. Il avait préalablement achetée la Grenade [ainsi que la Martinique...] quelques années plus tôt [1649] à la Cie des Îles d'Amérique alors en faillite. Le père se serait donc rendu aux îles principalement dans ce but, mais cela n'exclut certes pas la volonté d'enrichissement de son oeuvre. Il traversera à nouveau l'Atlantique en 1656. Il passera par la Guadeloupe.

Comme Dutertre le narre [Tome II chez Thomas Jolly, page 30] : voilà tout ce qui était habité en Guadeloupe en 1645 ... et je ne doute pas que cela n'ait changé depuis de face, car en l'année 1656, je vis en passant par cette île... [Guadeloupe]. Ce qui accrédite qu'il était à nouveau proche de la Guadeloupe en 1656. Cette même année, il visite également la Grenade et remarque (tome II, 1667, pages 40 et 41) : Le fort que j'y trouvais en l'année 1656 n'était qu'un grand pavillon carré fait de charpentes et clos de planches, environné à 8 ou 10 pieds de distance d'une palissade de gros pieux fichés en terre et bien chevillés, avec plusieurs pièces de canons.. On remarquera que cette description d'inventaire pouvait être destinée à réduire le prix de la transaction entre de cérillac et du Parquet. Après la Grenade le Père Dutertre visitera l'île de Carriacou dans les Grenadines. En 1656, Dutertre passe aussi par Saint-Christophe (tome II, 1667, page 102). Le sens du circuit qu'il a emprunté reste flou. Mais il est certain que la volonté de parcourir le maximum d'îles françaises a guidé son action [pour enrichir son oeuvre ?]. En 1657, Jean-Baptiste du Tertre est à nouveau en Guadeloupe comme le laisse entendre ses propos (tome II, 1667, page 425) : ...mais quelques années après, les révérends Pères des carmes partagèrent leurs travaux, ils avaient pourtant seuls le soin de la Capesterre, [de la Guadeloupe] quand j'y suis passé en 1657.... Le retour semble s'amorcer en 1658 puisque le père Jacobin raconte (tome II, 1667, page 449) : quand je passais à Saint-Christophe en 1658, je vis un certain vieillard aux fers dans le corps de garde .... Il remontait alors vers les fameux « débouquements ».

Le retour « définitif » en France a lieu en 1658. Son dernier séjour aura duré, voyage compris, autour de deux années bien pleines.

Au total, contrairement à ce qui est communément admis, Jean-Baptiste du Tertre aura donc vécu de 8 à 10 ans aux îles, plutôt qu'entre 6 et 8 ans. Comme religieux Jacobin, il aura vécu majoritairement en Guadeloupe (8 à 9 ans), mais il aura visité la plupart des autres îles « cannibales ». Il écrit d'ailleurs en 1654 (Tome I, page 177) à propos du Solaman : j'ai été six ans dans la Guadeloupe, sans en avoir pu rencontrer une plante, [donc après au moins 6 ans passés dans l'île] et enfin, j'en trouvais beaucoup dans les marais de la Basse-Terre.. Mais cela ne dit pas combien d'années il a vécu en tout à la Guadeloupe. Sacré Prêcheur !!!

Á son retour « définitif », Dutertre s'installe d'abord à Tulle, puis déménage sur Paris où il décède en 1687. Á noter que dans le dernier volume paru en 1671, la section consacrée aux privilèges d'édition le qualifie de « Jacobin Réformé ». c'est-à-dire de nos jours : retraité.

Entre 1667 et 1671, un nouvel ouvrage sur la primo-colonisation des Antilles, sera publié par J-B du Tertre à Paris chez Thomas Jolly. Ce nouvel ouvrage s'inscrit dans la continuité du premier. Dutertre y prend à parti un dénommé Charles de Rochefort, qu'il accuse d'avoir plagié la relation de son premier ouvrage. C'est de Rochefort le pirate dont il parlait dans son épitre à Messire Harlay (1er ouvrage de 1654) : ... et je n'aurais jamais pensé le (le = recueil) donner au Public, si je n'avais été averti qu'il était plus malheureux sur la terre que sur la mer, et qu'après avoir évité les Pirates sur dix-huit cent lieues de mer, il était tombé entre les mains de certains autres pirates, qui font profession de s'enrichir sur les pertes d'autrui .... On ne peut s'empêcher de s'interroger sur la trajectoire du manuscrit (recueil) consigné dans la bibliothèque d'Harlay. Comment Charles de Rochefort qui publie à Rotterdam chez Arnould Leers, en 1658, son Histoire Naturelle et Morale des isles Antilles de l'Amérique aurait-il pu le consulter ?

Déjà dans le livre de 1654 (page 75), Dutertre laisse entendre qu'il y aura une autre contribution pour présenter la colonisation générale des autres îles : ...depuis quelques temps, des Colonies dans les îles de la Tortue, de Saint-Martin, de Sainte-Croix, de la Grenade, de Sainte-Alousie et de Marie-Galante,... mais n'en ayant pas pour le présent des mémoires biens certains, je me refuse à une seconde édition de ce Livre. Je le ferais peut-être dans un autre ouvrage sur l'histoire entière et générale de toutes les îles.. Les îles nouvellement citées ont, pour la plupart, été colonisées à partir de 1650, ce qui tend à accréditer l'année date de son deuxième départ des îles entre 1648-1649. Ainsi, dès 1654, Dutertre prévoyait d'élargir son oeuvre majeure, ce qu'il fera effectivement, avec un titre déjà presque trouvé. La seconde oeuvre de Dutertre paraît en 4 volumes. Elle reprend une bonne partie de son premier travail qui a été cependant amendé et largement enrichi. Les deux premiers volumes paraissent en 1667 et restent dédiés à Achille Harlay, comte de Beaumont, tandis que les volumes III et IV paraissent en 1671 et sont dédiés à Jérôme Bignon (1658, 1725), Conseiller du Roi et maître de sa bibilothèque. Cette nouvelle version de son « Histoire des Îles » s'intitule dorénavant : Histoire Générale des Antilles habitées par les François.




Nicolas Sanson d'Abbeville (1600, 1667)

Il est le précurseur d'une fameuse famille de géographes :

Nicolas Sanson (1626, 1648) fils,
Guillaume Sanson (1633, 1703) fils,
Adrien Sanson (1639, 1708) fils,
Gilles Robert de Vaugondy (1688, 1766) petit-fils
Pierre Moulard-Sanson (?, 1730) petit-fils.
Didier Robert de Vaugondy (1723, 1796) arrière petit-fils

Nicolas Sanson est né à Abbeville où il a poursuivi des études d'histoire. Très tôt, il s'est tourné vers la cartographie notamment pour illustrer ses travaux historiques. Il a dressé des cartes qui ont, par leur grande qualité, attirées l'attention du roi Louis XIII qui l'a nommé Géographe Ordinaire. Ses connaissances en firent le précepteur royal en matière de géographie et de cosmographie.
La lignée de cartographes qu'il a entamée au début du XVIIe siècle sera encore active à la fin du XVIIIe siècle par Didier Robert de Vaugondy son descendant direct de 4e génération. La fille de Guillaume Sanson (fils du patriarche Nicolas) se mariera à Robert. De leur union naîtra Gilles Robert (1688, 1766), qui fut anobli. Didier Robert de Vaugondy (1723, 1796) est son fils.

Dans la préparation de son œuvre majeure, « Cartes Générales de Toutes les Parties du Monde », Nicolas Sanson s'est associé avec les meilleurs graveurs français de l'époque, comme Abraham Peyrounin dont on retrouve la signature sur les cartes de Saint-Christophe, de la Guadeloupe et de la Martinique. La production de l'Atlas des cartes Générales doit également beaucoup au graveur Johannes Somer Pruthenus qui a gravé ce nombreuses cartes.
Après s'être associé avec Melchior Tavernier, Nicolas sanson (rue de l'Arbre secq, près Saint-Germain l'Auxerois) s'est associé avec l'imprimeur Pierre Mariette (rue Saint-Jacques à l'Espérance) qui avait repris le fonds de Melchior Tavernier (graveur et imprimeur en géographie et en hydrographie) en 1644. Dans l'Atlas « Cartes Générales de Toutes les Parties du Monde » de Nicolas Sanson figurent un ensemble de cartes dont les planches ont été acquises par Pierre Mariette (dit l'ancien) ou d'autres faisant partie du fonds de Nicolas sanson.

Selon Monique Pastoureau, Nicolas Sanson s'est tourné très tôt vers la géographie pour laquelle il avait une passion, mais il n'avait pas le don des affaires. Il aurait rencontré Melchior Tavernier, graveur et imprimeur à Paris spécialisé en taille douce et maitren en oeuvres de géographie et d'hydrographie. Melchior Tavernier dont les productions étaient très demandées s'est tourné vers Sanson pour développer son offre. L'association des deux hommes a réussi. Ils livreront au public de nombreux travaux. La notoriété nationale de sanson doit donc beaucoup à son association avec Tarvernier. Le fonds de Melchior tavernier sera repris par Pierre Mariette avec lequel Sanson poursuivra l'association.

Le maître Sanson a produit près de 300 cartes dont deux sont particulièrement réputées : celle de l'Amérique Septentrionale qui présente pour la première fois les grands lacs nord américains découverts par les explorateurs français, et celle du «Canada ou la Nouvelle France» de 1656.

Après son décès en 1667, l'entreprise fut reprise par ses deux fils (Guillaume et Adrien) et son neveu (Pierre Duval), en association avec l'éditeur, imprimeur et géographe Alexis-Hubert Jaillot. Les cartes de Nicolas Sanson père ont été rééditées par ses successeurs. Elles ont été abondamment copiées par les maisons hollandaises, alors très présentes sur le marché de la cartographie.

Un petit fils de Nicolas Sanson (1628, 1667), Pierre Moullard-Sanson a repris en 1692 les affaires déclinantes de ses oncles Guillaume et Adrien, suite à des difficultés financières dans lesquelles se trouvait enfoncée la firme familiale. Guillaume Sanson, évincé, va de son côté s'associer avec Alexis Hubert Jaillot après avoir tenté une association avec le fils de Pierre Mariette, qui se prénommait également Pierre (dit le Jeune).

Principaux travaux :




François Blondel (1618, 1686)

Ce scientifique s'est orienté très jeune vers l'architecture, notamment vers l'architecture militaire. François Blondel, sieur des Croisettes, est rapidement devenu le spécialiste en poliorcétique (art d'assiéger les villes) dont avait besoin Louis XIV. Selon David Buisseret [in Ingénieurs et Fortifications avant Vauban - édition du CTHS] François Blondel a exercé les métiers de diplomate, de soldat et d'ingénieur, voire même d'espion de sa majesté. Il aurait été missionné en Espagne en 1639 pour y lever secrètement le plan de plusieurs places fortes. Il aurait été ensuite impliqué dans la révolte des catalans de 1640 qu'il aurait même partiellement fomentée. En 1647, il aurait commandé une galère nommée La Cardinale lors d'une expédition punitive en Sicile. Entre 1650 et 1651, il lève les plans des fortifications de Provence. Devenu en 1662 inspecteur des fortifications, il contrôle et inspecte celles de Dunkerque qui font face à l'anglais. En 1666, il produit le plan de la nouvelle Rochefort. Cette même année, il part pour un périple de près de 3 ans en mission d'inspection aux Antilles. Durant les années 1666 et 1667, François Blondel séjourne aux Îles d'Amérique, notamment en Martinique où il choisit les emplacements stratégiques et conçoit les plans des fortifications devant permettre de protéger l'île des agressions extérieures. Il se rend également en Guadeloupe où il appuit les travaux des ingénieurs des fortifications. En Martinique comme en Guadelopue, il dresse de nombreuses cartes et dessine un grand nombre de vues.

Selon le père Labat [Nouveau Voyage aux Isles, Tome I], Blondel aurait tracé [en 1675] le premier projet « en dur » de la forteresse du Fort-Royal de la Martinique [aujourd'hui Fort Saint-Louis], qui n'était à son arrivée qu'un simple fortin à peine palissadé. Labat se trompe sur l'année, mais pas sur le fait que Blondel soit bien le véritable architecte concepteur du Fort-Royal.
Blondel rentré en France, les travaux de construction ont été mené dans un premier temps sous la direction des frères Payen (Nicolas, Germain et Marc), ingénieurs des fortifications aux Isles d'Amérique. Ils ont sensiblement retouché le projet initial de Blondel qui demeurait relativement simple et peu coûteux. Le père Labat reproche ces retouches faites au génie de Blondel et critique vertement les Payen. On pourrait croire que le nom de famille des ingénieurs n'inspire pas, à notre sympathique ecclésiastique, une confiance sans limite. À la mort de Germain Payen en 1690, la construction s'est poursuivie sous la direction de Jean-Baptiste de Caylus nommé en 1691 Ingénieur Général des Isles et Terre Ferme de l'Amérique. L'un des frères Payen [le benjamin] c'est-à-dire Marc a continué à participer activement, sous les ordres de Caylus, au suivi et à la conduite des travaux d'édification.

Dans son livre, le père Labat relate la rencontre en 1694 avec l'ingénieur général de Caylus sur la forteresse en chantier. Il le décrit comme un gentilhomme du Languedoc, pétri de talent : très habile et très expérimenté. Caylus est originaire de Haute-Auvergne, il serait décédé en Martinique en 1722.

Mais revenons à François Blondel. Son séjour aux Antilles lui a permis de recueillir des observations et des mesures astronomiques (assez précises pour l'époque) avec lesquelles il a pu mettre en valeur ses talents de d'astronome et de cosmographe. Sa carte de la Martinique présente les emplacements des habitations des primo-colonisateurs, selon toute vraisemblance Blondel aurait dressé sa carte, à l'aide de ses croquis, entre 1667 et 1670, c'est-à-dire une fois revenu en France.

Principaux travaux :

L'Isle de la Martinique [1667]
Cul de Sac, Port du Carénage et Fort royal de la Martinique en 1666 et 1667
Rade du Fort Saint-Pierre de la Martinique [1667]




Les trois frères PAYEN


Nicolas Payen (xxxx, 1688) - mort à la Martinique
Germain Payen(xxxx, 1690) - mort au Fort-Royal de la Martinique
Marc Payen (xxxx, 1697) - né à Meudon - mort à Saint-Domingue

Monsieur Xavier LOCHMANN de Carlepont, pertinent généalogiste, attire mon attention sur le fait que les documents mis en ligne par les A.NO.M. ne font pas mention de Nicolas Payen. Selon M. LOCHMANN ce serait Nicolas et non Germain qui aurait été nommé ingenieur du roi le 22 avril 1671. Nicolas était auparavant employé au Château Trompette à Bordeaux, et aurait été envoyé en Martinique en 1680 par Colbert. Nicolas Payen serait mort à la Martinique en 1688 (cf BNF, Z Thoisy 183, f°321) après avoir désigné comme légataires les enfants de Marie PAYEN sa soeur.

Germain Payen serait, selon M. LOCHMANN, le second frère et Marc le dernier. Il existe donc une confusion entre Nicolas [dont les A.N.O.M ne parlent pas] et Germain Payen qui aurait usurpé (bien malgré lui) le rôle et la place de Nicolas.



Principaux travaux cartographiques connus :

pour ne savoir plus sur les 3 frères Payen




Louis Le Correur de Mareuil (?,1701)

Les origines de Louis Le Correuil de Mareuil sont picardes, plus précisément d'Amiens. Il fait partie d'une famille dont les membres se sont très tôt rendus dans les Isle afin d'y faire fortune. Il avait un frère aîné conseiller au Conseil Souverain de l'Île de Saint-Christophe. Louis Le Correur de Mareuil deviendra Lieutenant du Roy pour le quartier du Cul de Sac de la Trintié et ensuite Commandant du quartier de la Capesterre dont il effectue le recensement en 1697. Il réalisera cette même année une carte générale de la Martinique, dont l'exemplaire [qui aurait été expédié en France métropolitaine en 1698] semble avoir été perdu. Le Correur a joint à son envoi un mémoire descriptif dans lequel il décrit les avantages de la nouvelle carte : mise en évidence les chemins nouvellement ouverts et des paroisses avec les ordres des congrégations religieuses... Il donne la description et l'emplacement des principaux quartiers et des mouillages sûrs, des dangers maritimes, des différents culs de sac. Il distingue les chemins ordinaires marqués sur la carte par des points noir et les chemins des hauteurs marqués par des points rouge. Il met en évidence les églises et les cures de chaque quartier notamment en indiquant d'une croix jaune les Jacobins, d'une croix noire les Jésuites et d'une croix rouge les Capucins. Le plan qui montre ainsi pour la première fois les chemins et le découpage paroissial n'est malheureusement pas disponible aux A.N.O.M, ne l'est pas davantage à la B.N.F.

L'apport cartographique de Louis Le Correur de Mareuil pour ce que l'on en connait va se retrouver dans les différentes cartes relatives à la Martinique du début du XVIIe siècle. Les modèles réalisés aussi bien par Van Keulen, le père Labat, Guillaume Delisle .... vont semble-t-il venir s'appuyer sur ce découpage particulier et mettre également en évidence le partage religieux de l'île. La carte de Le Correur serait donc bien parvenue en France.

pour en savoir plus : Louis Le Correuil de Mareuil




Jean Baptiste de Giou de Caylus (?, 1722)

Ingénieur des fortifications en Martinique entre 1691 et 1706, année où il prend sa retraite. Il dirigera notamment les travaux de la forteresse du Fort Royal et la construction de la ville éponyme. Selon les sources, il serait mort en 1722, pour certains en France, pour d'autres à la Martinique, où il avait, semble-t-il, des attaches familiales et des intérêts personnels. Pour le père Labat, Jean de Giou-Caylus reste l'Ingénieur Général des Isles et Terre Ferme de l'Amérique. Il se sont rencontrés en 1694, sur la forteresse en chantier. Labat le décrit comme un gentilhomme du Languedoc, pétri de talent [très habile et très expérimenté].Caylus est effectivement originaire de Haute-Auvergne pays de langue d'oc.

Principaux travaux cartographiques connus :

page de liens vers les Archives Nationales de l'Outre Mer




Thimothée Petit (ca 1660, 1723)



Voir la page spécialesur l'arpenteur général des îles du vent.




Vincent Houël (xxxx, 1754)

Informations issues pour partie de l'histoire Générale des Antilles d'Adrien Dessales (édition de 1847) et des documents disponibles aux A.N.O.M (Archives Nationales de l'Outre-Mer) :
Un petit fils de Charles Houël [gouverneur-propriétaire de la Guadeloupe], dénommé également Houël, était présent aux Antilles vers 1720, plus précisément en Guadeloupe. Ce Houël, capitaine aux Gardes Françaises, cherchait à faire valoir ses droits comme héritier du fameux gouverneur, et se faire reconnaitre ainsi comme le seigneur de l'île. L'affaire est allée en justice et ne fut tranchée définitivement qu'en 1735. Au final, le requérant n'obtint pas satisfaction. Les terres réclamées furent vendues ou concédées à des tiers. Se pourrait-il que ce soit ce même Houël qui conduisit les travaux de fortification de la Martinique et des îles environnantes, cette fois-ci en tant qu' «ingénieur du roy» ? rien n'est moins sûr.

On sait actuellement que l'ingénieur Vincent Houël a conduit des travaux de fortification dans les îles, les archives des A.N.O.M sont suffisamment explicites. Il a par ailleurs dressé, tant en Guadeloupe qu'en Martinique, sous l'autorité de M de Champigny (gouverneur particulier de la Martinique entre 1720 et 1727 puis Gouverneur Génral des Îles du Vent entre 1727 et 1745 ) et sous celle de M. de la Croix (intendant) des cartes générales et particulières des îles.

La carte manuscrite de l'Isle de la Martinique de 1729, fait principalement le point sur les fortifications et rend hommage à la tournée que M de Champigny a réalisée. On connait également de nombreux plans dressés pour la Guadeloupe, comme le Plan du Port du Petit Cul de Sac de la Guadeloupe de février 1730.

Jean Brochart de Champigny, Gouverneur Général des îles du Vent, était l'époux d'une descendante et héritière de Charles Houël, Magdelaine Houël. À ce titre il avait de nombreux intérêts financiers et terrains dans les îles. Vincent Houël, son ingénieur en chef avec lequel il avait de très bonnes relations, lui était-il apparenté ?
Les archives de l'outre-mer mettent (depuis peu) à disposition un ensemble de documents, de lettres manuscrites, qui nous éclairent sur la personne de Vincent Houel ainsi que sur son service à la Martinique où il exercera de 1720 à 1746. Pour en savoir plus sur l'ingénieur en chef des Isles du Vent : Vincent Houël




Jean-Dominique (1623, 1712) ou Cassini Ier

Né à Perinaldo en Italie, JD Cassini étudie chez les Jésuite à Gênes. Suite à ses travaux prometteurs en astronomie, il obtient en 1650 une chaire dans cette matière à l’Université de Bologne. Il publie en 1662 un ouvrage remarquable sur les éclipses solaires. Il analyse le mouvement des satellites de Jupiter et publie des tables sur leurs occultations (émersion, immersion). C’est grâces à ces tables horaires que le père Feuillée pourra calculer les longitudes dans des contrées éloignées (Amérique du Sud notamment) qu'il sera amené à parcourir. La renommée de ses travaux permettent à Jean-Dominique de rentrer à l’Académie des Sciences fondée par Colbert en décembre 1666. Invité en France par Louis XIV et Colbert, il arrive à Paris en 1669. Il prendra la nationalité française en 1673. Cassini I s’installe de façon permanente à l’observatoire de Paris récemment construit. Il participe avec l’astronome Jean Picard (1620, 1682) à la détermination de la distance de la terre au soleil. Il poursuit et affine l’œuvre de l'abbé qui avait évalué en 1681 la longueur d’un arc de méridien d’un degré de latitude entre Paris et Amiens (111 km). Devenu aveugle il meurt en 1712 à Paris.



Jacques (1667, 1756) ou Cassini II


Fils du précédent, né à Paris Jacques entre à l’académie des sciences en 1694 comme élève astronome. À la mort de son père, en 1712, il y dirige les travaux. Il effectue fréquemment de longs séjour à l’étranger, notamment en Angleterre où il y rencontre Isaac Newton. Il est admis à la Royal Société de Londres. En 1700 il collabore aux calculs de la méridienne de l’observatoire qu’il poursuivra jusqu’en à son achèvement en 1718. Il conteste l'hypothèse d'Isaac Newton qui postule l'applatissement de la terre aux pôles. En effet, selon Newton, la force centripète due à la rotation du géoïde voudrait que le rayon terrestre soit réduit aux pôles par rapport à son l'équateur. Cassini II prône le contraire, c'est à dire l'alongement du rayon de la terre aux pôles (le géoïde aurait alors la forme d'un citron plutôt que d'une orange ... si l'on reste dans les agrumes). Cette controverse prendra fin avec les missions scientifiques françaises expédiées l'une en Laponie et l'autre au Pérou. Les résultats donneront raison à Newton.



César François (1714, 1784) ou Cassini III

Fils du précédent, né à Paris en 1714. Plus connu sous le nom de Cassini de Thury en référence à son lieu de naissance où se situe la maison familiale. Il participe avec son père aux calculs de la méridienne de l’observatoire et de sa perpendiculaire. César François rentre à l’Académie en 1735 comme adjoint astronome et en devient comme son père et son grand père le directeur. Il sera membre de la Royal Société de Londres. C’est à lui que Louis XV demandera en 1747 de dresser la carte Générale et Particulière de la France plus connue sous le nom de «Carte des Cassini» (échelle de 1 / 86 400 ou d’une ligne pour cent toises) qui aboutira à la réalisation des fameuses cartes d’état-major du XIXe siècle.



Jean-Dominique (1749, 1845) ou Cassini IV

Fils du précédent, né à Paris. En 1768, il participe à la détermination des calculs de la longitude en mer en testant les horloges marines conçues notamment par Pierre Le Roy. Sur la digne trace de ces prédécesseurs, il entre à l’Académie des Sciences en 1770 comme astronome. À la mort de son père il devient directeur de l’Observatoire de Paris. Jean-Dominique achèvera l’œuvre cartographique de son père, la «Carte des Cassini». Politiquement indécis durant la Révolution il finira par intégrer le nouveau Bureau des longitudes créé en 1795.




Pierre Duval (1619, 1683)

C'est le neveu de Nicolas Sanson père, la soeur du célèbre géographe, Marie Sanson, ayant épousé un Monsieur du Val, prénommé également Pierre. Pierre Duval (le fils de Pierre et Marie) épousera la soeur de Placide de Sainte-Hélène (1649, 1734). P. Duval s'associera momentanément avec ses oncles Guillaume et Adrien Sanson, lors de la mort du fondateur de l'entreprise familiale des Sanson (Nicolas Sanson père].
Pierre Duval a notamment produit à son compte :

1 - "La Géographie Françoise" en 1659 connue également sous « La France sous le Roi Louis XIV ».

Cet ouvrage a eu des éditions multiples : notamment en 1667, 1677, 1680, 1682 et 1691. Il a produit également un appendice à cet ouvrage qui fait état des acquisitions territoriales de Louis XIV : « La France depuis son Agrandissement par les Conquestes du Roy ».

2 - l'atlas intitulé : « Cartes de géographie les plus nouvelles…», Paris 1667

Á la mort de Pierre Duval, ses cartes et ouvrages seront rééditées dans un premier temps par sa Veuve puis ensuite par sa fille Mlle Du Val, quelquefois en association avec son oncle, Placide de Sainte-Hélène.




Alain Manesson Mallet (1630, 1706)

Biographie tirée en grande partie du portrait dressé par Émilie d'Orgeix>.

Alain Manesson Mallet est né à Paris en 1630. Il est formé aux mathématiques par Philippe Mallet (certainement un parent) qui faisait alors profession d'ingénieur militaire et de professeur de mathématiques. Sa formation de base terminée, Manesson s'engage chez les mousquetaires du Roy Louis XIV. Éprouvant ses capacités durant les nombreuses campagnes du monarque solaire, il acquiert de précieuses connaissances en balistique et en poliorcétique. Il passe ainsi du statut de sergent major d'artillerie à ingénieur des fortifications. En 1663, on retrouve Manesson Mallet au Portugal. Alphonse VI, roi de ce pays lui avait procuré un emploi dans lequel il a effectué d'âpres travaux de fortification des places portugaises. Quand il revient en France en 1668, Louis XIV le nomme maître de mathématiques pour enseigner cette science à la Cour de Versailles. Le grand Vauban tenait Manesson Mallet en haute estime puisqu'on a retrouvé dans sa correspondance le jugement suivant : Pendant le voyage que je viens de faire, j’ai trouvé à la Rochelle un homme illustre et de grande réputation que je cherchais depuis longtemps […]. Il dessine très bien, et entend fort bien la guerre et la fortification et écrit bien. Mallet publie à partir de 1683, à Paris chez Denys Thierry, un ouvrage intitulé «Description de 1'Univers». Ce monument [en 5 volumes] s'apparente à une véritable encyclopédie géographique qui est abondamment illustrée de fines gravures. Plusieurs rééditions en langue française sont recensées notamment celles de 1685, 1686... Une copie intégrale de l'ouvrage est imprimée à Francfort en 1685 chez Jean David Zunner. Bien qu'imprimée outre-rhin, cette copie est encore destinée au marché français : elle est en langue française. Le succès de cette édition encourage l'imprimeur à la faire traduire en allemand. L'ouvagre qui sortira en 1686 titrera «Beschreibung des gantzen Welt-Kreises». Comme son homologue français, il obtiendra le large succès attendu et sera réédité bien après la mort de Mallet en 1719 (à Francfort).

Principaux travaux :




Alexis-Hubert Jaillot (1632, 1712)

Géographe du Roy et imprimeur à Paris. Il publie de nombreux travaux de géographes contemporains ainsi que ses propres oeuvres.

Atlas François 1694. Edité à Paris et à Amsterdam chez R et J Ottens




Nicolas de Fer (1646, 1720)

Les cartes de Nicolas de Fer eurent une grande vogue au XVIIIe siècle. Né en 1646, Nicolas de Fer fait son apprentissage, à l'âge de 12 ans, chez un graveur. En 1687, il reprend le commerce de cartes géographiques, continué par sa mère après la mort de son père en 1673, Antoine de Fer marchand d'estampes et de cartes. Le nouveau géographe-éditeur fait alors de l’affaire familiale une entreprise prospère.
Nicolas publie de nombreux atlas et se spécialise dans la publication de documents illustrant l'actualité : cartes frontières, cartes des nouvelles conquêtes de Louis XIV, villes fortifiées par Vauban, voyages et découvertes de nouveaux territoires. Afin de faciliter les commandes, il édite un catalogue qui présente ses principales publications. La boutique de Nicolas de Fer a pour enseigne la Sphère Royale, symbole qu’il affiche sur un grand nombre de ses réalisations cartographiques. Nicolas a eu trois filles. À sa mort, ses gendres, Guillaume Danet et Jacques-François Besnard [ou J. F. Benard], également graveurs et cartographes, continueront chacun pour leur compte l'activité de Nicolas de Fer. Les cuivres et planches sont alors répartis entre les deux gendres faisant profession de graveurs en cartographie. J. F. Benard qui est resté dans la boutique de la Sphère Royale sur le Quai de l'Horloge, apparaît cependant comme le successeur direct de Nicolas de Fer.

La principale œuvre de Nicolas de fer est «l'Atlas Curieux où le Monde représenté dans les cartes générales et particulières du Ciel et de la Terre». L'ouvrage connait une première épreuve datée de 1700, "à Paris chez l'autheur". Dans l’édition de 1705 les cartes ont été réactualisées et la date parfois corrigée. En 1716 et 1717, Nicolas de Fer synthétise sa production dans un ouvrage en deux parties. La première reçoit la page de titre de l'Atlas Curieux datée de 1705. De nouvelles tables datées de 1716 ou 1717 sont réalisées. Dans l'Atlas Curieux N. de Fer publia plusieurs cartes des Amériques et des Antilles. On relève en particulier les cartes suivantes : Les Isles de l'Amérique connues sous le nom d'Antilles (n°126) ; L'Isle St Domingue ou Espagnole (n°127) ; L'Isle de la Jamaïque (n°128) ; L'Isle de la Martinique (n°129).

Principaux travaux :




Charles Plumier (1646, 1704-06)

Né à Marseille en avril 1646, il décède vraisemblablement de pleurésie en 1705 ou en 1706 à Cadix alors qu'il comptait se rendre au Brésil ou au Pérou pour s'y procurer des plants de quinquina. Cette plante miraculeuse était considérée alors comme un parfait antidote au paludisme et à certaines fièvres tropicales. Si la communauté des historiens s'accorde sur le lieu du décès du père Plumier (Cadix) l'année de sa mort ne fait pas l'unanimité. Le père Plumier sera un célèbre botaniste et naturaliste de son temps. Pour les besoins de la science botanique, Louis XIV l'enverra dans les contrées les plus reculées pour y dresser de formidables inventaires sur les espèces végétales et animales.

Très jeune il entre chez les Minimes de Marseille. Comme nombre de ses coréligionaires, il y apprend les mathématiques, l'astronomie, la mécanique. Il s'essaye avec grand succès à la peinture et au dessin. Talents dont il tirera ensuite le meilleur profit. Il influencera le père Feuillée [également Minime] dans la vocation qu'on lui connaît.

Entre 1688 et 1690, Charles Plumier est aux Antilles avec Joseph-Donat de Surian médecin et chimiste. Il visite toutes les possessions françaises d'alors : Guadeloupe, la Martinique, Saint-Domingue. Il y rencontrera le fameux père Labat qui lui rend hommage dans ses mémoires. Il rapportera de ce premier voyage un manuscrit important Plantes de la Martinique et de la Guadeloupe conservé à la B.N.F (Cabinet des Estampes). Le manuscrit est daté de 1688. Dans ce superbe ouvrage il nous présente des planches [in folio] des plans des principales localités des deux îles (Fort-Royal, Saint-Pierre, Basse-Terre) qu'il a lui-même dressés et dessinés. Il nous présente également de précieuses planches de la flore et de la faune antillaise avec un indicible talent de dessinateur.

La date portée sur le manuscrit 1688, plaide pour un premier voyage du Père Plumier entamé dès 1688 et non 1689 comme il est communément admis. Le séjour aux Antilles se serait alors étalé de 1688 à 1689 plutôt que 1689 à 1690 (?).

Dans un autre ouvrage paru en 1693 et publié à Paris à l'imprimerie royale [Description des plantes de l'Amérique avec leurs figures] le père Plumier laisse entendre qu'il a passé deux ans aux Antilles, à l'occasion de deux voyages différents : j'y ai resté environ deux ans, en deux voyages que j'y ai faits, et pendant ce temps-là, j'y ai dessiné et décrits près de six cents plantes différentes .... Certains historiens considèrent qu'il se serait également rendu aux Antilles en 1693, certainement peu après la parution de la « Description des Plantes de l'Amérique ».

Entre 1696 et 1697, il effectuera un dernier voyage aux Antilles (le 3e ou le 4e). Il y sera mandaté sur ordre de Louis XIV pour y recenser les multiples espèces de fougères. Il en résultera un ouvrage aujourd'hui célèbre : Traité des fougères d'Amérique qui paraîtra en 1705.

Disposant d'indéniables talents de dessinateur, Plumier illustre couramment ses ouvrages de ses propres croquis qui révèlent une certaine touche d'hyperréalisme. Ses travaux botaniques reconnus, il obtiendra la charge de botaniste du roi, assortie d'une pension bien méritée. Le père Plumier laissera un héritage intellectuel important. La botanique descriptive et nomenclaturiste lui doit beaucoup. Le Père Feuillée, également Minime, s'inspirera de son prédécesseur (Description des plantes médicinales de l’Amérique). Le père Labat, le cite fréquemment dans son ouvrage «Nouveau Voyage aux Isles».

Les principaux travaux cartographiques que le père Plumier a effectué sur les Antilles se retrouvent dans "Plantes de la Martinique et de la Guadeloupe", à savoir :

Plan du Fort Royal de l'Isle de la Martinique
Plan du mouillage du Port Saint-Pierre de la Martinique
Plan de huict des principaux quartiers de la Capbesterre de L'Isle Martinique




Bernard Renau d'Éliçagaray (1652, 1719)


Ce « grand homme » est né en février 1652 à Armendarits dans le Pays Basque français et mort en septembre 1719.

pour en avoir plus sur Bernard Renau d'Éliçagaray (1652, 1719).




Roland Barrin, marquis de la Galissonnière (1646, 1737)



Roland Barrin est né à Nantes en 1646. Ses parents le destinent à l'Ordre de Malte sous la protection duquel il est « confié ». L'Ordre va s'occuper son éducation, et surtout la financer. Ainsi à l'âge de 12 ans il devient, comme beaucoup de jeunes « Aspirant-Chevalier », c'est-à-dire « page » du Grand Maître de l’Ordre.

Á seize ans il entre dans la compagnie des « Garde-Marine » de Brest. En 1664, à 18 ans, il fait ses armes de façon douloureuse en participant au fiasco du siège de Djidjelli. En 1667, il est nommé enseigne de vaisseau et est envoyé à Malte où il reste en poste durant deux ans. C'est apparemment en tant que Chevalier de l'Ordre qu'il participe au siège de Candie en 1669 [Crète]. Il demande ensuite à être relevé de ses voeux et retourne en France. Sa carrière de marin n'en continue pas moins et il est nommé lieutenant de vaisseau en 1671.

En 1676, il commande d'un brûlot et participe à la campagne de Sicile contre Ruyter, l'amiral batave qui avait tenté vainement de s'emparer du Fort-Royal de la Martinique en 1674. En 1677, Rolland Barrin est nommé capitaine de vaisseau, il avait alors 31 ans.

Durant le règne de Louis XIV, les périodes de guerre alternent avec celles de paix et les alliés d'hier sont parfois les ennemis du lendemain. Roland Barrin va participer à de nombreuses batailles navales, notamment contre les anglais et les hollandais. Durant la Guerre de la Ligue d'Ausbourg, dans un premier temps l'heure sonne plutôt à la victoire avec l'affrontemment naval devant le cap de Béveziers en juillet 1690 qui tourne à l'avantage des français. Puis en 1692, la désastreuse bataille de la Hougue vient bousculer les certitudes françaises, Barrin y commande alors le « Saint-Esprit ». Les anglais ont repris l'avantage sur mer, il ne les quittera plus.

Entre-temps en 1691, Barrin s'était marié à Rochefort avec Catherine Bégon, fille du célèbre intendant de la Marine, auquel la ville de Rochefort doit son développement. Pour la petite histoire : La Galissonnière avait facilité le voyage scientifique du Père Charles Plumier [voir au-dessus : section précédente] aux Antilles françaises. Ce religieux ayant rapporté une fleur encore inconnue en France, honora la femme de son bienfaiteur en nommant cette plante « Bégonia ». Michel Bégon son beau-père sera intendant des îles du Vent entre mai 1682 et novembre 1684. Du mariage de Catherine et de Roland naquit le 10 novembre 1693, Roland-Michel, qui sera célèbre par ses exploits et batailles navales (Minorque, ...), ce fils réputé deviendra Directeur du Dépôt de la Marine de 1750 à 1756.

En 1694, Roland Barrin est nommé commandant de Vaisseau puis il est reçu Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis.

fin 1698, il passe par les possessions françaises au Canada (Terre-Neuve). Puis au début de l'année 1700, on le retrouve aux Antilles commandant le Vaisseau « Le Modéré » dans le golfe du Mexique, entre les Îles du Vent et Saint-Domingue. En mars 1700, il fait une large escale en Martinique [cf : FR ANOM COL C8A 12 F°114] accompagné de deux autres vaisseaux : le « Wesp » et le « Faucon » ce dernier s'est détaché de l'escadre après une rude tempête. Les deux premiers bâtiments malmenés par les éléments profitent pour y faire réparer leurs avaries. « Le Modéré » avait rompu son mât de misaine et était de plus affecté d'une problématique voie d'eau. Quelques temps après, Barrin fera une demande officielle pour succéder au marquis d'Amblimont, gouverneur des îles du vent. Elle restera sans suite.

Au début de la guerre de Succession d'Espagne, il est envoyé en mer des Caraïbes avec l'escadre de Châteaurenault, qui passe en Martinique en janvier 1702, à la Vera-Cruz au Mexique puis à la Havane où elle est chargée d'escorter un convoi de galions vers Cadix. S'en suivra la désastreuse bataille de Vigo en octobre de la même année où la flotte française sera écrasée par celle de l'amiral anglais Rooke. Roland Barrin doit saborder son vaisseau l'« Espérance » qui s'est échoué. Il est fait prisonnier et conduit en détention en Angleterre. Il y restera prisonnier jusqu'à la fin 1703. Puis il est échangé. En août 1704, il participe à l'Historique bataille navale de Vélez-Málaga où les combats furent intenses et meutriers, mais non déterminants. Barrin est ensuite chargé de prendre part aux négociations qui aboutiront au traité d'Utrecht et à la paix avec l’Angleterre et la Hollande en 1713.

Barrin prend sa retraite en 1720 à l'âge de 74 ans et décède à Poitiers en 1737.


source principale : Les Barrin de la Galissonnière par Pierre Roucou, Association Culturelle Pierre Abélard, avril 2006




Joseph Sauveur (1653, 1716)

Voici une brève biographie de Joseph Sauveur, tirée de l'éloge funèbre rédigée par son éminent collègue Fontenelle en 1716. Joseph Sauveur naquit à la Flèche le 24 mars 1653. Élève peu éloquent chez les jésuites, il se passionna pour les sciences qui demandaient moins de rhétorique. Sa famille aurait voulu en faire un ecclésiastique mais il n'avait aucune disposition dans ce domaine. Après avoir tenté des études de médecine, il s'orienta finalement vers la géométrie, les mathématiques et la physique. Il travailla en collaboration avec Mariotte (le physicien) lors d'expériences sur les fluides en 1681. Ses voyages l'amenèrent à s'intéresser à la poliorcétique et à la castramétation, notamment lors du siège de Mons en 1691 et de la campagne des armées de Louis XIV dans les Flandres. Il rédigera un ouvrage intitulé « Traité des Fortifications ». Au niveau cartographique, il dressa les « Cartes des Côtes de la France » qu'il réduisit par ordre de M de Seignelay [le descendant et successeur de Colbert] à la même échelle. Il orienta toutes les cartes de la même façon.

Sauveur effectua ces travaux grâce aux bases posées par de talentueux ingénieurs des fortifications tels que La Favolière et Denis de La Voye. Ceux-ci avaient exploité la triangulation du royaume réalisée par les Cassini, et les déterminations astronomiques relevées tant par Jean Picard, Philippe de la Hire que par Jean-Matthieu de Chazelles. Les cartes réduites des côtes de France [qui utilisent la projection de Mercator] donnèrent le premier tome du célèbre « Neptune François » de 1683, il sera publié à partir de 1693. Jean Sauveur a travaillé en collaboration avec Charles Pène et Jean Mathieu de Chazelles (1657, 1710) pour la réalisation du « Neptune François ». Comme on le sait le Neptune sera actualisé une première fois par JN Bellin en 1753, puis une deuxième fois également par Bellin en 1773. Ces actualisations ont parfois été reconnues comme très superficielles.

En 1686 Sauveur fut professeur de mathématiques au Collège Royal, en 1696 il entra à l'Académie des Sciences. Durant les dernières années de sa vie, il travailla au développement de l'acoustique et contribua à développer les connaissances en musique. Il mourut le 9 juillet 1716 dans sa 64ième année.

Principaux travaux :

Le Neptune François, imprimé à partir de 1693, 32 cartes. Réédition actualisée par JN Bellin en 1753.




Louis Feuillée (1660, 1716)

Le Révérend Père Louis Feuillée est né en 1660. Il se forme à l'astronomie, à la cartographie, c'est un ecclésiastique pétri de sciences. Ce religieux Minime restera dans l'Histoire comme un fameux botaniste.
Dans le cadre de différents travaux que lui confient les autorités royales, il se rend à plusieurs fois aux Amériques. Il aura l'occasion de séjourner à plusieurs reprises en Martinique, ses voyages scientifiques outre-atlantiques étant ponctués par des escales «obligées» dans l'île :

1 - 1703-1704 : parti de Marseille, le 10 février 1703, à bord du «Grand Saint-Paul», Feuillée fait escale à l'occasion de son premier «Voyage aux Îles d'Amérique et à la Nouvelle Espagne». Il arrive à Saint-Pierre le 3 avril 1703. Il repartira de l'île, vers les possessions espagnoles [Vénézuela], le 4 juillet 1704 à bord de l'Ambitieux. Durant ce premier séjour en Martinique, il dresse vraisemblablement Sa carte de la Martinique. Il a effectué de nombreuses observations astronomiques muni de sa lunette de 14 à 15 pieds, de son anneau astronomique et de son horloge pendulaire. Il a réalisé ces observations notamment au Gros-Morne chez M. Tartonne (son médecin) puis chez M. de la Chapelle.

Le 14 décembre de l'année 1703 au Gros-Morne, il conclut à une différence de 4 heures 13' 20" entre une observation faire à la Martinique et la même faite à l'observatoire de Paris. Soit une longitude de la Martinique à 63° 20' 15" Ouest de Paris. De même, il a évalué la latitude (au Gros-Morne) à 14° 42' 35". Il a également mesuré [au Gros-Morne toujours] la variation de la boussole (ou déclinaison magnétique) en février 1704 (soit 6°5' au NE).

Les géographes de l'époque prendront en compte les excellentes déterminations du révérend père Louis Feuillée. Tout d'abord Guillaume Delisle qui indiquera la déclinaison magnétique mesurée dans la carte des Antilles Françaises de 1717. Mais le célèbre géographe s'est trompé sur la direction de la déviation, elle n'est pas au Nord Ouest mais bien au Nord Est. Philippe Buache positionne sur la carte de la Martinique de 1732, les lieux où le père Feuillée a effectué ses observations astronomiques, celles qui permirent de préciser la longitude de l'île (les habitations de MM Tartonne et Chapelle).

2- 1705-1706 : longue escale en Martinique du 30 mars 1705 au 12 mai 1706, lors du voyage de retour de son premier voyage en Amérique latine. Le scientifique observa alors (en avril 1706) une déviation de l'aiguille de la boussole de 6° 10' vers le Nord-Est.

3 - 1711 : à l'occasion de son second Voyage aux «Indes Occidentales». Il séjournera dans l'île de la Martinique [principalement chez M de la Chapelle comme en 1704] du 15 mai au 13 juillet 1711, à son retour de sa mission en Amérique du Sud où il a effectué de nombreuses observations au Pérou à Lima.

Les colonies espagnoles d'Amérique du Sud et Centrale étaient à cette époque parcourues par de nombreux scientifiques français. Certains d'entre-eux pourraient être qualifiés au passage d'informateurs voire même d'espions (notamment pour ce qui concerne Frézier). Ainsi on rencontre dans ces régions le Père Feuillée (entre 1707 à 1711), puis dès 1711 son grand contradicteur Amédée Frézier (1682, 1773). Tous deux ont mesuré les latitudes et longitudes des côtes et des principales villes ou ports de l'Amérique du Sud du Chili et du Pérou. Une vive querelle les a opposé d'ailleurs sur certaines mesures.

Amédée Frézier entame et termine son expédition martime de la cité de Saint-Malo. Il en part le 23 novembre 1711, il y reviendra en 1714. Frézier commandait l'un des deux bâtiments de l'expédition : le Saint-Joseph de 36 canons, le second la Marie de 120 tonneaux portait les vivres. Frézier relata son aventure dans un ouvrage imprimé à Paris en 1716 (1 volume in quarto avec carte et figures) dans lequel il ne ménage pas les travaux du père Feuillée.
Quelques années plus tard, ce sera la "mission du Pérou" (entre 1735 et 1744) à laquelle participeront Louis Godin (chef de l'expédition), Pierre Bouguer, Joseph de Jussieu et Charles de la Condamine.
La plupart de ces missionaires avaient de grandes compétences en géographie et en cartographie. Par exemple, Frézier était ingénieur des fortifications et La Condamine géographe. Leurs observations ont servi au géographes "de cabinet" dans leur compilation des données pour la "confection" des cartes.
Les données et les mesures issues des travaux du père Feuillée, d'Amédée Frézier et d'autres encore ont servi de solides sources à Guillaume De l'isle et à son gendre Philippe Buache. Les travaux effectués par le Révérend Père Feuillée permirent de positionner plus exactement les côtes Est et Ouest du sous-continent conique.

Selon Eugène Revert, le père Louis Feuillée sera le premier savant à déterminer de façon précise la latitude de la Martinique [c'est plutôt de la longitude dont voulait certainement parler Revert].
Réputé pour la qualité de ses observations astronomiques, le père Feuillée effectuera en 1724 des déterminations visant à préciser la longitude de l'île de fer par rapport au méridien de Paris. Après une différence longtemps estimée à environ 21 degrés Ouest par les astronomes et les géographes, Feuillée la rectifiera à environ 20° (19° 55'). Ses travaux contribuèrent à valider la correction empirique portée par Guillaume Delisle depuis 1720. Le méridien de l'île de fer, considéré comme méridien origine tendait à se faire supplanter par le méridien de Paris. Il fallait alors détermniner de façon exacte la position de l'île de fer par rapport à l'observatoire de Paris. Pour les français et les espagnols, le méridien de l'île de fer était aussi ce que l'on a appelé la Ligne des Amitiés. Feuillée montrera que la déclinaison magnétique (variation de la boussole) y était nulle, à cette époque...

Le Minime est promu au rang de "Mathématicien du Roy". Il meurt en 1732.


photographies réalisées par Gérard Bonnet





Le tableau dont l’auteur n’est pas connu avec certitude est actuellement conservé dans les locaux de l’Académie des Sciences, Lettres, Belles Lettres, et Beaux-Arts de Marseille.



Principaux travaux :

La "Carte des côtes de Provence" par Jean-Matthieu de Chazelles et les pères Laval et Feuillée

Le "Journal des Observations Physiques, Mathématiques et Botaniques faites par l'Ordre du Roy sur les Côtes Orientales de l'Amérique Méridionale et dans les Indes Occidentales depuis l'année 1707 jusqu’en 1712". En trois volumes, publiés à Paris chez Pierre Giffart et Jean Mariette. Les deux premiers tomes sont sortis en 1714 tandis que le troisième a été publié à partir de 1725. Le volume III contient la carte de l’Isle de la Martinique dressée par le père Feuillée.

Extrait des observations astronomiques faites à la Martinique en 1703 et 1704 sur les satellites de Jupiter, sur la latitude de la Martinique et sur la variation de l'aimant comparée aux observations qui avaient été faites dans cette isle par MM. Deshayes et Dubois et à celle qui ont été faites en même temps par M. Cassini le fils.
Académie des Sciences, 1704 à Paris.




Père Antoine Laval (1664, 1728)

Né à Lyon en 1664, il sera jésuite. Il poursuit ses études et se spécialise en mathématiques et en hydrographie.
A la création de l'observatoire astronomique des jésuites à Marseille, vers 1702-1703, Antoine Laval est nommé directeur. Il contribue, dès lors, au développement des observations astronomiques, notamment des satellites de Jupiter dont il note les caractéristiques des éclipses et des révolutions. Il observe également de façon minutieuse les taches de la planète. En 1718, il part à Toulon et laisse l'observatoire de Marseille dans une quasi inactivité. À Toulon il enseigne principalement l'hydrographie aux officiers et aux gardes de la Marine. En 1720, il est envoyé en Louisiane pour faire des observations astronomiques, afin d'améliorer la cartographie de l'époque portant sur l’Amérique septentrionale (position de l'embouchure du Mississipi, ...). C'est à l'occasion de ce périple qu'il passera par la Martinique. Les déterminations faites par Laval en juillet 1720, sur l'emplacement de l'île Dauphine à l'embouchure de la Mobile feront l'objet en 1728 d'une vive controverse entre Laval et le géographe Guillaume Delisle. Laval sûr de son fait, reproche à Delisle un trop grand écart entre la longitude indiquée sur la carte de la Louisiane de 1718, et celle qui a lui-même déterminé en 1720. L'Académie des Sciences mandatera M. Baron, «ingénieur du roy» pour aller sur place en août 1729 contrôler par de nouvelles déterminations la longitude de la Nouvelle-Orléans et celle de la Mobile [ville situé à l'embouchure de la rivière éponyme]. Finalement on s'apercevra que le père Laval a commis trop d'erreurs et a mal positionné les établissements français. Le prestige de Delisle en sortira renforcé.

En 1728, année du décès du Père Laval, est publié l'ouvrage qui relate son expédition en Louisiane. Quelques décennies plus tard, Claret de Fleurieu, écornera fortement le travail qu'Antoine Laval a mené en Martinique. Fleurieu montre dans le rapport sur la Mission de l'Isis, que Laval a procédé à des observations astronomiques peu fiables, tout comme à la Nouvelle-Orléans, et qu'il serait hasardeux de s'y fier. Il met en évidence les nombreuses inexactitudes du plan du Cul sac Royal de la Martinique que le jésuite avait dressé.

Principaux travaux :


Voyage à la louisiane fait par Ordre du Roy en 1720, Paris, Mariette, 1728. in quarto.




Guillaume de l'Isle (1675, 1726), dit Delisle L'aîné


Delisle Claude (1644, 1720) père,
Delisle Simon Claude (1675, 1726) frère jumeau [historien],
Delisle Joseph Nicolas (1688, 1768) frère,
Delisle Louis dit "Louis la Croyère" (1720, 1743) fils de Claude.

Guillaume Delisle [de l'Isle] est issu d'une famille dédiée à l'astronomie, à la géographie et à la cartographie. Son père Claude a été le professeur de géographie le plus en vogue au XVIIe siècle. À la suite de celui-ci, Guillaume dirige la maison d'édition située "Sur le Quay de l'Horloge" à Paris. Cette adresse est généralement indiquée dans le titre de ses cartes. Selon ce que l'on sait, Guillaume aurait dressé sa première carte à l'âge de 9 ans. Durant son apprentissage, Guillaume a été l'élève de l'illustre mathématicien, astronome, géographe et cartographe, Jean Denis Cassini (Cassini I). En 1702, il est admis à l'Académie Royale des Sciences, il n'avait alors que 27 ans. Il reçu ensuite le brevet de «Premier Géographe du Roy» en août 1718, "charge" spécialement conçue pour lui en reconnaissance des enseignements prodigués par les Delisle à la famille de France.

Guillaume Delisle a été en ce début du XVIIIe siècle le cartographe français le plus renommé. Il est considéré comme le premier cartographe vraiment scientifique. Sanson d'Abbeville avait ouvert la voie à la cartographie scientifique, Delisle l'a mise en oeuvre. Il a reconfiguré la perception même du globe terrestre, tel qu'il était connu. Guillaume est particulièrement reconnu pour la précision de ses compilations et l'emploi de déterminations astronomiques vérifiées méthodiquement. Dans ce domaine, il a eu recours aux déterminations réalisées par le père Feuillée pour indiquer la position en longitude de la Martinique. Le non moins célèbre cartographe Philippe Buache est son gendre. Ph Buache se servira des travaux de son beau-père pour dresser la carte de la Martinique dont il est l'auteur.

Après le décès de Guillaume arrivé subitement, une large partie de ses archives auraient été versées au Dépôt de la Marine par son frère Joseph-Nicolas alors Astronome-Géographe du Dépôt de la Marine. Il s'en serait suivi une bataille juridique entre les divers héritiers et la veuve du premier Géographe du Roy.

Guillaume Delisle a été édité par les maisons les plus en vues de l'époque, notamment par les maisons hollandaises telles que celle de Covens et Mortier installés à Amsterdam. Guillaume a marqué de son empreinte la cartographie française et celle de l'ensemble du XVIIIe siècle. La plupart de ses travaux ont été repris, voire purement et simplement plagiés par de nombreux de géographes européens.

Dans le «Nouveau Voyage aux Isles d'Amérique» [tome IV], le père Labat souligne les difficultés rencontrées par le Premier Géographe du Roy pour dresser la carte les Petites Antilles de 1717 où figure l'île de la Grenade. Labat indique que Delisle a travaillé sur les mauvais mémoires de M. Petit. Ce dernier aurait inversé les positions : il a placé à l'Ouest ce qui est à l'Est, et au Nord ce qui est au Sud. Pour le père Labat Delisle reste le plus grand géographe de son siècle : il y a peu de Géographes plus exacts. L'erreur ne peut être imputable qu'à Thimotée Petit, pour le père Labat, l' ingénieur Petit est le seul responsable de la méprise de Delisle. Thimotée Petit avait la qualité d'«Arpenteur Juré de la Martinique». Il fut nommé ingénieur du Roy grâce à l'appui de Delisle auquel il a fourni de nombreuses informations sur les îles [même si celles-ci peuvent paraître erronées]. Labat qui soutient Delisle écrit que tout Ingénieur est Arpenteur, mais il s'en faut bien que tout Arpenteur soit Ingénieur.

Il semblerait toutefois que G. Delisle ait eu quelques difficultés à interpréter les manuscrits et notes de Thimotée Petit. Ce dernier ne pouvait se tromper autant sur la position [gisement] et la physionomie générale de la Grenade. Petit a d'ailleurs visité plusieurs fois les îles françaises et il est certain qu'il se soit rendu au moins une fois à la Grenade : alors mettre le Nord au Sud et l'Ouest à l'Est relève soit du canular soit de la malveillance.

Principaux travaux :




Jean Baptiste LABAT (1663, 1738)

Le père Labat est né à Paris en 1663, il y meurt en 1738. Il rentre chez les religieux Dominicains [Jacobins] vers 1682 et devient le Révérend Père Jean-Baptiste trois ans plus tard. Suite à une épidémie qui a dévasté les rangs des religieux en place aux Antilles, ses frères jacobins le sollicitèrent pour aller les remplacer. Il accepte et part pour les Antilles en novembre 1693. Arrivé, le père Labat ne se contentera pas de son rôle de simple religieux. Durant son séjour sa personnalité haute en couleur l'amène à exercer tous les métiers, notamment en réponse aux évènements tumultueux qui se succèdent (guerre franco anglaise, ...). Il a ainsi été successivement ou simultanément : aumônier, professeur de mathématiques, professeur de philosophie, inventeur machiniste, cartographe à l’occasion, gestionnaire de plantation, contrebandier, espion, flibustier,... Labat participe activement à la défense des îles contre la pression anglaise. En Guadeloupe, il conçoit et conduit des travaux de fortification. Il participe au développement de l'économie cannière et sucrière en concevant des inventions nouvelles : machines à presser les cannes à sucre, nouveau procédé de distillation pour fabriquer le rhum,... Il rentre en France en 1705 et écrit son fameux recueil intitulé : Nouveau Voyage aux Isles de l'Amérique Contenant, l'Histoire Naturelle de ces Pays, l'Origine, les Mœurs, la Religion & le Gouvernement des Habitans anciens & modernes. Les Guerres & les Évenemens singuliers qui y sont arrivez pendant le séjour que l'Auteur y a fait.. L'ouvrage comporte de nombreux détails sur la vie et les mœurs des habitants [caraïbes, colons, esclaves]. Il est illustré par nombreuses de cartes, des planches qui détaillent les plantes, les animaux, la géographie des îles. Cet ouvrage a connu un large succès dès sa première parution en 1722. Il a été édité sous différents formats notamment : in Quarto (6 volumes) / in Octavo (8 volumes). Les principales éditions (sans vouloir être exhaustif) sont les suivantes :

cet ouvrage a connu de multiples autres rééditions de 1726 à nos jours.




Jean de Beaurain (1696, 1771) et Jacques de Beaurain (1728, xxxx)

Né à Aix-en-Issart dans le calaisis, Jean de Beaurain monte à Paris et se consacre aux études de géographie. Il étudie avec Pierre Moulart-Sanson, un petit fils de Nicolas Sanson d'Abbeville. Il sera admis comme précepteur en géographie du futur roi Louis XV. Il sera fait "Géographe du Roi" en 1719, et exercera comme imprimeur-éditeur à Paris.

Son fils, Jean Baptiste Jacques de Beaurain (1728, xxxx) le suivra dans la carrière de géographe. Il accèdera à la charge de "Géographe du Roi" en 1765. Il dressera et diffusera des cartes sous le même patronyme que son père, c'est à dire celui de "Chevalier de Beaurain, Géographe de sa majesté".

Principaux travaux :


Atlas de Géographie Ancienne et Moderne – 1751 - Beaurain père
Histoire Militaire de Flandre de 1690 à 1694 paru en 1756 - en deux volumes - Beaurain père
Carte d’Allemagne - 1765 - Beaurain père
Histoire de la Campagne de Condé en Flandre en 1674 - paru en 1774 - Beaurain fils
Histoire des quatre dernières campagnes de Turenne - paru en 1782 - Beaurain fils




Jean Baptiste Pierre Romain

Ami du baron d'Holbach, il a vécu en France, en Martinique et à la Grenade. Il a été ingénieur du roi aux îles d'Amérique et ingénieur en chef à l'île de la Grenade. Ce «Romain» a travaillé activement au succès de l'Encyclopédie de Diderot. La grande oeuvre le cite notamment comme contributeur émérite : M. le Romain, ingénieur en chef de l'Isle de la Grenade a donné toutes les lumières nécessaires sur les sucres et sur plusieurs autres machines qu'il a eu l'occasion de voir et d'examiner dans ses voyages en Philosophe et en Observateur Attentif

Pour en savoir plus sur l'ingénieur Romain page de liens vers les Archives Nationales de l'Outre Mer




Georges Louis Le Rouge (ca 1710, ca 1790)

D'origine française, Georges-Louis Le Rouge est né (entre 1710 et 1712) en Allemagne à Hanovre où il passa sa prime jeunesse. On le retrouve ensuite en France, engagé dans l'armée du «roy» dans le régiment de Saxe. Il avait acheté, semble-t-il, une charge de lieutenant. Ce qui démontre qu'il n'était pas dénué de ressources ni de biens. Dans ce régiment, il se reconvertit assez rapidement en ingénieur militaire des fortifications et en cartographe de terrain. Il s'acquitte alors de sa tâche de cartographe en dressant des cartes utiles aux armées de terre et parfois à la marine royale. Il aurait dressé une carte très précise de l'Alsace composée de 5 grandes feuilles.

Vers 1736-1740, il s'installe à Paris, rue des Augustins [vis à vis le Panier Fleuri (sic)] et commence une carrière commerciale de graveur, de géographe, d'imprimeur et d'éditeur. Afin de soutenir ses affaires, il semble qu'il ait très tôt acquis une charge de «géographe du roy». Sa production se concentre essentiellement durant les années 1740 à 1780, il édite alors de nombreux atlas ainsi que quelques cartes à vocation maritime.

En 1753, il produit une carte particulière de la Martinique qui laisse apparaître tout son talent de «géographe de cabinet». En effet, dans cette carte qui s'inspire principalement de deux matrices - la carte de Johannès Van Keulen II [1734] et la carte de Delisle/Buache [1732] - il concilie, sans avoir toujours tranché, les informations de ces deux sources. Ainsi sur la carte de Le Rouge de 1753, apparaissent parfois deux implantations pour un même objet ou un même lieu : l'un au sens de Van Keulen, l'autre au sens de Delisle. On retrouvera cette carte dans l'Atlas Américain Septentrional ou Pilote Américain Septentrional produit en 1778.

En 1760, G-L Le Rouge sort un atlas intitulé «Recueil des Fortifications Forts et Ports de Mer De France» en 8 volumes. Cet atlas, est composé de 89 plans qui présentent 132 sites dont les plans des principaux ports des possessions françaises en Amérique septentrionnale (Québec, La Nouvelle Orléans, Cayenne,...).

Comme une grande partie de l'intelligentsia française, Le Rouge était semble-t-il assez anglophile, ces dispositions l'ont amené à traduire en français un certain nombre d'ouvrages publiés à Londres. A partir de 1770, la seconde partie de sa production cartographique se tourne davantage Vers la traduction et l'adaptation de cartes produites principalement par des géographes britanniques, notamment par Thomas Jefferys. Dans ce registre, G-L Le Rouge édite en 1779 une version françisée de la carte de la Martinique du géographe anglais datée de 1775. Afin d'en assurer une bonne diffusion, il lance dans les « gazettes » une campagne d'échange entre sa carte de 1753 qu'il considère obsolète ou fausse, contre la nouvelle production de 1779. Ce type de campagne apparaît à cette époque comme très novatrice sinon avant-gardiste.

Le Rouge a travaillé avec Benjamin Franklin, Ambassadeur des États-Unis à Paris. Les deux hommes se seraient rencontrés en 1780. Leur collaboration aboutit à franciser la grande carte marine du Gulf Stream dans l'Atlantique Nord, que benjamin Franklin et Thimothée Folger avaient composée, et dont la version anglaise avait parue à Londres en 1769.

Cependant son commerce basé essentiellement sur la cartographie rencontre des difficultés. G-L Le Rouge élargit alors sa production et publie des ouvrages contenant des plans et vues de jardins (1777), avec des descriptions méthodologiques sur les divers types de jardins existants (à la française, à l'anglaise, ...).

La Révolution française ayant porté un coup fatal aux affaires, son commerce a fini par fermer faute de clients. Le Rouge serait mort entre 1790 et 1800. Tout laisse penser que l'imprimeur Charles Dien a repris tout ou partie du fond de l'atelier Le Rouge. Certaines planches [cuivres] de la maison Le Rouge vont se retrouver en effet ré-éditées par Charles Dien. Ce sera le cas de la carte de la Martinique qui sera ré-imprimée en 1799, avec des mises à jour, mais aussi sans aucune référence à Le Rouge lui-même. Son nom disparaît de la carte.

Principaux travaux :




Philippe Buache (1700, 1773)

Né à Paris le 7 février 1700, il devient tout d'abord, et un peu par hasard, l'élève de l'architecte Robert Pitrou. Tout semblait alors le destiner à devenir architecte, il obtînt d'ailleurs le premier prix de l'Académie des Beaux Arts, quand Guillaume Delisle le remarqua et le persuada de s'orienter vers les études de géographie. La création du Dépôt des Cartes et Plans de la Marine (en 1720), dirigé par le Chevalier de Luines lui permet de prendre une part active au premiers développements de l'institution. Il y entre à l'âge de 20 ans : il y restera près de 17 années. Il y cotoiera JN Bellin. En 1729 il épouse Charlotte, la fille de Guillaume [son second mentor] mort quelques années plus tôt en 1726. Devenu «gendre posthume» du célèbre géographe, sa belle-mère [la Veuve Delisle] lui confie progressivement des responsabilités importantes au sein de la maison d'édition. Philipe Buache prendra la direction de l'entreprise familiale après le décès de sa belle-mère. Il hérite alors de la partie du précieux fond de Guillaume Delisle, du moins celle restée au sein de l'entreprise familiale. Il doit cependant faire face à un procès intenté par les autres héritiers de la Veuve Delisle. Auparavant, une partie du fonds de Guillaume (mémoires, plans et cartes, manuscrits, ...) avait échappée à son emprise et avait été été versée au Dépôt de la Marine par Joseph-Nicolas Delisle, frère de Guillaume, qui était alors Astronome-Géographe du Dépôt. Son mariage avec Mlle Delisle n'avait malheureusement pas duré : il fut rapidement veuf. Il se remaria en 1746 avec Elisabeth Catherine de Miremont, belle-soeur de son premier mentor, l'architecte Pitrou.

N'ayant pas eu d'enfant d'aucune de ses deux unions, il adoptera et élèvera son neveu Nicolas Buache [dit de la Neuville] auquel il lèguera l'ensemble de ses biens.

Philippe Buache a publié de nombreuses cartes dressées par son beau père, ainsi que par d'autres géographes. Il obtient en avril 1745, le privilège royal d'éditeur de cartes du roi. En 1729, année où il épouse Charlotte Delisle, il est nommé «Premier géographe du Roi», et succède ainsi à Guillaume dans cette charge. En 1730 il devient titulaire du siège de géographe de l'Académie Royale des Sciences, siège créé spécialement pour lui par Louis XV. Le prestigieux géographe & navigateur «d'Anville» lui succèdera à cette place. Ph. Buache a été le précepteur en matière de géographie du Duc de Bourgogne, le frère ainé de Louis XVI, mort prématurément. Il deviendra ensuite lui-même le mentor du tout jeune Louis XVI qui se passionnera dès lors pour la marine et les lointains voyages. Ph. Buache est l'auteur de la carte de la Martinique, attribuée généralement à G. Delisle, mais en fait dressée par Buache grâce à l'exploitation des données recueillies et travaillées par son beau-père (notamment celles de Vincent Houël). La carte de la Martinique a été publiée pour la première fois en 1732 à Paris chez la Veuve Delisle. Dans cette première version, il est indiqué : "A Paris chéz la Vve du Sr Delisle sur le Quay de l'Horloge / avec Privilege du ROI / MDCCXXXII [soit 1732] / le 10 octobre".

Le graveur, Jean-Baptiste Delahaye (Sculpsit), fut un graveur en géographie réputé. Il est le père du célèbre Guillaume-Nicolas Delahaye (1725, 1802) qui fut lui-même graveur renommé en géographie et en topographie. Les liens entre les familles Delahaye et Delisle sont étroits. Guillaume Delisle a été le parrain de Guillaume-Nicolas (d'où le prénom de Guillaume). G-N Delahaye a gravé les oeuvres de Bourguignon d'Anville, le géographe l'estimait beaucoup, une grande partie de celles des Robert de Vaugondy, et l'Atlas du navigateur d'Après de Mannevillette. Il a également participé à la grande carte des chasses du Roi, aux environs de Versailles, chef-d'oeuvre de gravure dans ce genre. G-N Delahaye gravait, comme son père, toutes les parties de géographie, le plan et la lettre. Un des fils de Guillaume-Nicolas a été ingénieur à la Guadeloupe où il est mort.

La carte de Buache & Delisle a été également imprimée chez "Covens et Mortier" à Amsterdam dans «l’Atlas Nouveau» qui se tiré durant une bonne partie du XVIIIe. L’allure générale de la carte de Buache [Houël] servira de trame à toute une génération de géographes (Seutter, Jefferys, Bowen, ...) dans leur représentation de la Martinique.

Dans un ouvrage posthume aux deux géographes «L'Atlas Géographique et Universel par Guil Delisle et Phil Buache» édité vers 1780 à Paris rue des Noyers, Jean-Claude Dezauche, lui même géographe et successeur commercial de l'entreprise érigée par les Delisle, produit les cartes de ses deux illustres prédécesseurs.

Principaux travaux :




Jacques Nicolas Bellin (1703, 1772)

Jacques Nicolas Bellin est recruté quelques mois après la création du Dépôt en 1720, au début de l'année 1721 comme commis-dessinateur au Dépôt des cartes et plans de la marine. En 1741, Jacques Nicolas est promu au grade d'ingénieur hydrographe de la Marine. Sa carrière se déroulera essentiellement au sein du Dépôt où il passera plus de cinquante ans à compiler les informations et les documents relatifs à toutes les côtes et mers connues. J-N Bellin a été membre de la Royal Society de Londres. Il aura l'occasion, à ses débuts, de cotoyer Philipe Buache «premier géographe» engagé par le Dépôt ainsi que d'autres illustres géographes comme Joseph-Nicolas Delisle (1688, 1768) frère cadet de Guillaume. C'est JN Bellin qui sera à l'initiative de la création du sceau du Dépôt Général de la Marine, afin de permettre l'identification de la production officielle ... des multiples copies. Le sceau du Dépôt sera appliqué sur toutes les pièces acquises et conservées par le Dépôt. L'estampille permettra de reconnaitre avec certitude les cartes et documents issus de son fonds. Le Dépôt de la Marine (Dépôt Général des Cartes, Plans et Journaux de la Marine) créé en 1720 est le prolongement du «Dépôt des cartes et plans du Roy» fondé en 1680 et des «Archives de la Marine». Il est l'ancêtre du futur «Service Hydrographique de la Marine» qui verra le jour en 1886, lui même précurseur de l'actuel S.H.O.M.

En bon compilateur, J-N Bellin travaille «en bureau» [cabinet] sur les nombreux documents, les journaux de bord, les manuscrits et les récits que lui fournissent explorateurs et navigateurs marchands ou militaires. Il croise les différentes informations avec les relevés astronomiques que lui communiquent les savants qui parcourent et mesurent le monde. Bellin n'effectue lui-même aucun voyage maritime et ne semble aoir participé à aucune campagne de relevés hydrographiques sur le terrain ... si ce n'est peut être à Dunkerque en 1730 où il aurait réalisé une partie des levés du port. Ses détracteurs prétendent qu'il n'a jamais embarqué à bord d'un «Vaisseau du Roy» et qu'en conséquence la place de 1er hydrographe au Dépôt qu'il occupe serait quelque peu ursurpée. Il est ce que l'on appelle communément l'archétype du «géographe de cabinet». Durant sa longue carrière il a été accusé d'avoir plagié les travaux de ses confrères et de ses concurrents. L'explorateur d'Après de Mannevillette [voir l'exemplaire du Neptune Oriental disponible sous une page spécifique du site du Ministère de la Défense consacrée à la Cie des Indes]] déposa d'ailleurs une plainte pour contrefaçon à l'Académie des Sciences de Paris contre l'hydrographe du Dépôt.

Après sa mort, J-N Bellin sera controversé, à justes raisons, par d'importantes personnalités en responsabilité du Dépôt, notamment par Claret de Fleurieu, Paul Monnier... qui lui reprocheront de nombreuses erreurs et inexactitudes dans la détermination de ses cartes. Fleurieu constate, par exemple, des différences importantes de longitudes entre des cartes dressées quasiment à la même période. Bellin est aujourd'hui connu pour n'avoir pas été suffisamment précis dans l'adoption des déterminations astronomiques portées sur «ses» cartes. Ainsi l'île de la martinique a eu quatre positions différentes dans quatre cartes publiées au Dépôt sans qu'aucune ne soit vraiment conforme aux relevés des astronomes. Dans le même registre, en 1771, les corrections demandées par l'Académie de Marine de Brest sur la nouvelle carte marine des Antilles ne sont pas prises en compte par Bellin. Cette négligence provoque de sévères remontances notamment de la part du Chevalier de Trémergat. Ces récriminations sont d'autant plus justifiées que Bellin n'hésite généralement pas à faire valoir sa qualité de membre de l'Académie de Marine [de Brest] dans le titre même de ses cartes.

En 1737, année où Philippe Buache quitte le Dépôt, et quatre ans avant d'être nommé officiellement ingénieur hydrographe, Bellin publie sa première carte dressée au Dépôt : c'est une carte réduite de la Méditérranée. Ses premiers travaux d'envergure débutent cependant avec la première réactualisation [en 1753] du «Neptune François» oeuvre de collaboration réalisée initialement sous l'impulsion de Colbert. Le Neptune était sorti en 1693 et n'avait pas obtenu tout le succès qu'il était en droit de mériter. Il semble que le choix de présenter des cartes réduites ait été une entrave à son acceptation par les utilisateurs. Les milieux maritimes étaient alors ancrés dans des anciennes pratiques qui préféraient les cartes plates aux cartes réduites. La version actualisée par Bellin du "Neptune François" sera publiée et diffusée à partir de 1753. L'ouvrage d'origine n'est pas bouleversé. L'échelle des cartes les plus précises du «Neptune François» est d'environ 1/100 000. Il se compose donc plutôt de cartes générales à petites échelles voire à très petites échelles que de cartes ou de plans à grande échelle.

J-N Bellin est l'auteur de l'Hydrographie française ouvrage en deux volumes qui rassemble près d'une soixantaine de cartes portant sur les diverses régions du monde. Ce monument de la cartographie française du XVIIIe est sorti en 1756. La plupart des cartes de l'«Hydrographie» seront reprises et diffusées par le Dépôt de la Marine. Ces cartes porteront alors le sceau du Dépôt. Elles seront principalement destinées à être vendues à l'unité ou à la feuille.

JN Bellin est aussi l'auteur du «Petit Atlas Maritime» dont la première édition paraît en 1764 (en 5 volumes). Cet ouvrage est intéressant pour plans des villes maritimes et des ports, voir celui du Cul de Sac Royal qui présentent certains détails utiles aux mouillages des vaisseaux. Malgré certains handicaps liés surtout à la petitesse des échelles des cartes et des plans, ce recueil sera abondamment utilisé par les marines européennes.

A côté de ses fonctions publiques au Dépôt de la Marine, J-N Bellin participe à l'illustration des grandes oeuvres de son temps. Celle de Prévost d'Exiles, plus connu sous le nom de l’Abbé Prévost, intitulée «L'Histoire Générale des Voyages» sera abondemment alimentée par les cartes de Bellin. Compte tenu du nombre d'éditions et d'exemplaires tirés, ainsi que des nombreuses copies et contrefaçons, ces cartes sont assez courantes aujourd'hui. De la même façon la publication de Jean-François de la Harpe (éditée à partir de 1780) qui reprend pour l'essentiel l’œuvre de Prévost, utilise encore les cartes dressées par Bellin. Ces dernières seront reprises dans les diverses éditions en allemand, en italien, que les œuvres de Prévost et de La Harpe susciteront.

Décédé en 1772, JN Bellin est remplacé de façon éphémère par l'ingénieur hydrographe en chef Giovanni Antonio Bartolomeo Rizzi Zannoni (1736, 1814) dont le successeur sera en 1773, Rigobert Bonne (voir plus bas).

Principaux travaux :




Henri de Rochemore (1718, 1768)

Les premiers travaux de Rochemore [disponibles aux A.N.O.M] sur les fortifications dans l'Ile de Martinique sont datés de 1761. Pour cet ingénieur très actif, c'est certainement l'année où il arrive à la Martinique. Il avait semble-t-il séjourné à la Guadeloupe auparavant et contribué à l'édification de la défense de Pointe-à-Pitre. Quand Rochemore arrive à la Martinique il est déjà ingénieur en chef, deux ans plus tard après la restitution de la colonie à la France suite à la guerre de 7 ans, c'est à dire en 1763, il est nommé Directeur des fortifications pour les Iles du Vent. L'ensemble des ingénieurs, qu'ils soient des armées (Moreau du Temple par exemple) ou des fortifications travailleront donc sous l'active férule de Rochemore. Ce sont principalement Rochemore et Leboeuf qui concevront dès 1763 les plans du Fort Bourbon (aujourd'hui Desaix) situé sur le Morne Garnier. Ce fort sera construit entre 1763 et 1780. On peut noter à titre anecdotique que le célèbre savant Charles Coulomb a travaillé à l'édification du Fort Bourbon. Le savant à sa sortie de l'école du génie de Mézières (ancètre de l'école polytechnique) en 1761 participe au levé des cartes côtières de Bretagne, puis il est envoyé en mission à la Martinique entre 1764 et 1772 pour participer sous l'autorité de Rochemore à la construction du Fort Bourbon.

Rochemore décèdera dans l'Île en 1768.

Principaux travaux :

pour en savoir plus sur Henri de Rochemore




La dynastie des Robert de Vaugondy


Gilles Robert de Vaugondy (1688, 1766) père
Didier Robert de Vaugondy (1723, 1786 ou 1796), fils

Les Robert de Vaugondy sont les descendants directs du patriarche Nicolas Sanson d'Abbeville. Ils ont hérité d'une partie du fond, du matériel et des archives de l'entreprise de Sanson qu'ils ont enrichi en acquérant le fond d'Alexis Hubert Jaillot à la mort de ce dernier en 1712. Grâce à ces éléments, ils sont parvenus à produire leur ouvrage majeur : « l'Atlas Universel ».

Les Robert de Vaugondy ont constitué une famille de cartographes et de concepteurs de globes terrestres dont les travaux ont marqué leur temps, même si la précision scientifique d'un « Delisle » leur a fait, plus souvent que parfois, défaut. Leurs travaux ont illustré les grands ouvrages de cette période. Ils ont par exemple collaboré avec Diderot et D'Alembert aux illustrations de « l'Encyclopédie ».

Malgré sa renommée la dynastie des Vaugondy n'a pas fini dans l'opulence, c'est le moins que l'on puisse dire. En effet en 1825, la Société de Géographie de Paris (voir bulletin de l'année août 1825) lance une souscription de bienfaisance en faveur des demoiselles Vaugondy à la suite d'un appel de détresse sur l'état de denuement dans lequel le géographe [Didier] a laissé sa famille.

Gilles fut géographe ordinaire du roi Louis XV. Il est né à Paris, où il mourut en 1766 à l'âge de 78 ans. Il a contribué, par son zèle et par ses ouvrages, aux progrès de la géographie en France. Outre une Géographie sacrée et historique de l'Ancien et du Nouveau-Testament on a de lui :

Principaux travaux :



Didier, fils du précédent, est né à Paris en 1723 et mort en 1786 ou en 1796, cette dernière date étant évoquée dans le bulletin de la Société de Géographie de Paris d'août 1825, appelant à une souscription en faveur des filles du géographes qui ont cité cette année comme celle du décès de leur père.
Didier fut associé de bonne heure aux travaux de son père, et mérita aussi par ses talents la place de géographe ordinaire du roi de France. Stanislas 1er [LECKZINSKI ou LESZCZINSKI], roi de Pologne, lui accorda le même titre, et le fit recevoir de l'académie de Nancy. Il fut ensuite nommé censeur royal et obtint une pension de ce roi. On lui doit deux grands globes, l'un céleste et l'autre terrestre, sur lesquels il ajouta successivement, de 1764 à 1774, les découvertes les plus récentes des navigateurs. Il a produit des cartes pour illustrer divers ouvrages comme l'Histoire naturelle de Buffon, l'Esprit des lois, l'Histoire des terres australes de Charles des Brosses, le « Mémoire sur les découvertes et les établissements faits le long des côtes d’Afrique par Hannon, Amiral de Carthage », en 1759 par Bougainville, etc.

Principaux travaux :





Les Crépy

La famille Crépy a connu plusieurs générations de graveurs et surtout d'imprimeurs. Les Crépy ont travaillé tant à Marseille qu'à Paris. Les principaux membres de la famille sont Jean Crépy (1669, 1739) et Etienne Louis Crépy (1709, 1760). L'affaire familiale des Crépy a surtout fonctionné durant le XVIIIe siècle. Elle est née avec ce siècle et s'est éteinte également vers la fin de celui-ci, aux environs de 1790. Leur adresse parisienne était sise rue Saint-Jacques au quartier Saint-Jacques.

Principaux travaux :

Atlas Nouveau 1767 à 1773




Rigobert Bonne (1727, 1795)

Né en 1727 dans le sedanais, Rigobert Bonne restera pour la cartographie français un hydrographe plutôt productif. Il a succédé à G.A.B Rizzi-Zannoni comme premier hydrographe du Dépôt de la Marine en 1773. Contrairement à J-N Bellin, Rigobert Bonne eut une activité de terrain relativement importante. Il est l'inventeur d'une projection qui porte son nom.
Les cartes de Rigobert Bonne se retrouvent principalement dans «l’Atlas Moderne ou collection des cartes sur toutes les parties du globe terrestre» publié chez Lattré et Jean Thomas Hérissant à Paris en 1762. Cet ouvrage collectif fait intervenir d'autres géographes dont Jean Janvier et Giovanni Antonio Rizzi Zanonni. La célèbre et monumentale publication de l'abbé G.T. de Raynal (1713, 1796) : "L'Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes" qui comprend de nombreux volumes est accompagnée d'un atlas d'une cinquantaine de cartes qui ont été dressées en majorité par Rigobert Bonne, ingénieur hydrographe de la marine. Le graveur en est généralement M. André. Cet atlas est nommé «l'Atlas Portatif, ou Atlas de Toutes les Parties Connues du Globe Terrestre». La première édition de l'Histoire philosophique et politique des établissemens... date de 1774 à Paris. Une édition antérieure avait vu le jour à Amsterdam en 1770. Cette publication rencontre un succès incontestable. Elle est, pour l'époque, l'une des composantes essentielles des bibliothèques des gens en vue. L'Histoire philosophique et politique des établissemens... a été copiée et éditée dans la plupart des pays d'Europe. Moins de cinq années après sa parution on comptait déjà plus d'une dizaine de copies plus ou moins légales dans toute l'Europe. Ses principales éditions ont été imprimées à Paris, à Amsterdam, et à Genève chez Jean-Léonard Pellet.

G.T. Raynal a mis près de quinze ans pour réaliser son oeuvre gigantesque. Il a pioché parfois allégrement dans d'autres ouvrages. Mais le résultat est à la hauteur de ses espérances. L'ouvrage dénonce, outre la présence des européens aux Amériques et aux Indes Orientales (qu'allait-on faire dans ces contrées ?), les travers néfastes du colonialisme, de l'esclavage et les massacres perpétrés contre les indiens. En 1781, G.T. Raynal procède à une réédition de l'Histoire des Deux Indes. Il a demandé dès 1779, à Denis Diderot de l'aider à réécrire son oeuvre. Il entend la rendre plus populaire et relancer les ventes qui commencent à s'essouffler. En fait Diderot interviendra largement dans la composition de la nouvelle formule. La perspective de ne pas être blâmé par le pouvoir royal, puisque l'ensemble de l'œuvre sera prêté à Raynal, lui permet de développer ses thèses sur la liberté des peuples et des individus, l'oppression royale, les lettres de cachet, l'esclavage des noirs, etc... Diderot, protégé par Necker alors ministre influant, proche des Encyclopédistes, apostrophe par l'ouvrage de Raynal interposé le jeune roi Louis XVI. La disgrâce et le renvoi de Necker en mai 1781 vont précipiter les évènements. Raynal évite de justesse l'arrestation décrétée par le pouvoir royal en mai 1781 et se réfugie à Spa en Belgique. Il échappe donc de peu à la Bastille. Diderot ne sera pas inquiété outre mesure, n'étant pas le commanditaire de l'oeuvre interdite.

Rigobert Bonne participe activement à une autre oeuvre importante : l'impressionnant Atlas Encyclopédique [en deux volumes publiés en 1787 et 1788] de Nicolas Desmaret. Le titre complet du premier volume est : «Atlas Encyclopédique contenant la Géographie du Moyen Age, la Géographie Moderne et les cartes relative à la Géographie Physique. Par M Bonne Ingénieur Hydrographe de la Marine et par M Desmaret de l'Académie Royale des Sciences pour les Cartes de la Géographie Physique. A Paris. Hôtel de Thou, rue des Poitevins. M. DCC. LXXXVII».

La participation de Rigobert Bonne à ces différentes oeuvres sont pour l'hydrographe des motifs de conflits avec son principal employeur qu'est alors le Dépôt des cartes et plans de la Marine dirigé par Joseph Bernard de Chabert, secondé efficacement par Fleurieu. Ces derniers reprochent à l'hydrographe son manque d'intérêt pour les travaux officiels et la lenteur mise à produire certains de ceux-ci. Le conflit s'est envenimé au point que Chabert fasse mettre Rigobert Bonne à la retraite, de façon anticipée, en avril 1789. Jean-Nicolas Buache, le propre neveu de Philippe [l'enfant adopté et éduqué par le grand géographe] sera alors nommé premier ingénieur hydrographe du Dépôt en remplacement de Rigobert Bonne, évincé.

Principaux travaux :




Edmé Mentelle (1731, 1815)

Il est né le 11 octobre 1730 à Paris, ville où il est mort le 28 décembre 1815.

Né dans une famille bourgeoise mais de condition modeste, à force d'un travail constant et appliqué, il devient géographe et historien. Son frère cadet François Simon Mentelle (1731 Paris, 1799 Cayenne) lui emboîtera le pas et donnera également dans la géographie. Mais contrairement à son aîné Edmé resté un modèle de « géographe de cabinet » Simon sera ingénieur, géographe et géodésien de terrain. Edmé élève appliqué et rigoureux, obtient une bourse qui lui permet de prolonger ses études au collège de Beauvais. Á la fin de celles-ci, Edmé occupera un emploi dans l'administration des Fermes Générales [Impôts].

Á côté de cela, il s'essaie à la littérature, à la poésie, et publie quelques ouvrages et recueils qui ne rencontrent pas le succès attendu. Mais heureusement, Edmé a une autre passion : c'est la géographie. Il se met alors « corps et âme » à l'étude de cette science, et il publie en 1758 ses « Éléments de Géographie ». Ce qui lui vaut d'être nommé, en 1760, professeur de géographie et d'histoire, à l'École militaire. Il deviendra ensuite « géographe du roy ».

Ses cours sont appréciés et sa renommée va croissant. S'inspirant des travaux de Buache sur la géographie physique, Edmé Mentelle imagine la construction d'un globe qui représenterait à-la-fois les divisions naturelles et politiques. La commande royale arrive en 1786. Il est alors chargé de réaliser pour l'éducation du jeune Dauphin (fils de Louis XVI) un globe composite comprenant trois éléments : une face externe représentant le globe terrestre ; une face interne incluant la voûte céleste ; et à l'intérieur, une boule pour figurer les profondeurs des mers. Mentelle trace sur un globe ordinaire (de trois pieds de diamètre) tous les détails de la géographie politique et adapte à la surface de ce globe, deux calottes divisées en compartiments et représentant en relief toutes les inégalités de la surface des continents, les chaînes de montagnes, les bassins, etc.

Quand la Révolution survient, Mentelle en est partisan, mais plutôt modéré. Il penche pour une monarchie constitutionnelle et fréquente durant cette période : Jean-Pierre Brissot et Mme Marie-Jeanne Roland. Il sera d'ailleurs le témoin leurs mariages respectifs et l'ami des derniers moments. Il a également côtoyé Dupont de Nemours, le savant Lavoisier... La fermeture des écoles royales (1792), notamment celle Militaire où il enseignait, le contraint à enseigner chez lui, où ses élèves se réunissent. Il est ensuite appelé avec Jean-Nicolas Buache [dit de la Neuville] et beaucoup d'autres scientifiques de renom, à enseigner aux toutes nouvelles Écoles Centrales, puis à l'école Normale de l'An II (future Normale Sup). Mais certains de ses cours empiètent sur ceux de scientifiques de très haut niveau comme Lagrange, Laplace, Haùy ... Mentelle doit alors resserrer son enseignement à la géographie et à l'histoire. En 1795, par décret de la Convention nationale, il reçoit ainsi que d'autres éminents scientifiques des « encouragements pécuniaires », c'est-à-dire une prime. Il est vrai que ceux-ci avaient été fort mal rémunérés, voire pas du tout, durant les premières années de la Révolution.


Son influence s'étant considérablement étendue, il est naturellement reçu à l'Institut national des Sciences et des Arts, dès sa création en 1795. Il continue d'enseigner la géographie à l'École Normale puis il prend sa retraite. Celle-ci sera très active. De nombreux ouvrages de géographie sont obsolètes en ce début de XIXe siècle. Ils ne prennent pas en compte les bouleversements issus de cette période extrêmement changeante. De plus la géographie en tant que science s'est beaucoup transformée, elle est devenue une science à part entière. La perception du monde n'est plus ce qu'elle était au milieu du XVIIIe siècle. Il faut donc mettre à jour un ensemble d'informations nouvelles. C'est ainsi qu'il tâchera d'accommoder la géographie, et même l'histoire, aux révolutions qui avaient eu lieu.

Á l'âge de soixante-quinze ans, en 1805, Mentelle fut « opéré » de calculs rénaux semble-t-il. Il se remit assez bien de cette intervention fort éprouvante. Á telle enseigne, que rétabli, il épousa la fille du comte de Lanoue et reprit ses travaux géographiques. En octobre 1813, il publia son dernier cours de géographie, dédié comme bien d'autres, à l'éducation et à l'instruction de la jeunesse. Certains de ses contemporains regretterons que cet homme, qui aurait pu s'élever au rang des premiers géographes d'Europe, ait consacré autant de temps à des ouvrages d'instruction élémentaire.

Chose incompréhensible, durant la Restauration, en 1814, Mentelle fut nommé par le roi, membre de la Légion-d'honneur. Cette distinction lui avait été constamment refusée par Napoléon, alors que le géographe louait constamment les qualités de l'empereur. Edmé Mentelle était un travailleur infatiguable, il disait encore à la fin de sa vie, que pour lui : « la journée commençait à trois heures du matin ». Mentelle fit adopter par l'Institut où il siégeait, l'usage de faire les funérailles des membres aux frais du « Corps Savant ». Le géographe Barbié du Bocage prononça un discours sur sa tombe et son éloge fut composé en 1819 par le secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, pour être lu en séance publique. Mais finalement l'éloge ne pu être rendue.

Edmé Mentelle a publié, en association avec le géographe P. G. Chanlaire, un Atlas Universel en 170 cartes et un Atlas Élémentaire, en 36 cartes.

Il a également rédigé, en collaboration avec Conrad Malte-Brun, la Géographie Mathématique, Physique & Politique de Toutes les Parties du Monde paru à Paris, en 18o3. Cet ouvrage est assorti d'un atlas contenant des cartes dont certaines dressées par le géographe J-B Poirson qui a souvent travaillé pour le compte d'Edmé Mentelle.

Á noter que J-B Poirson a dressé une carte de la Guyane, dont le plan manuscrit avait été levé par Simon Mentelle, frère cadet d'Edmé. Il rend à César ce qui appartient à César. Simon Mentelle fut un géographe de terrain de grand talent et plus encore compte tenu des conditions épouvantables de travail qu'il a afrontées en Guyane. Il a étudié à Paris et Philippe Buache et Lalande ont compté parmi ses professeurs. Il a travaillé avec Cassini à la carte de France, puis a été envoyé en Guyane en 1763. La même année arrivaient aux Antilles l'équipe de Moreau du Temple. Finalement peu d'oeuvres de Simon Mentelle ont traversé le temps, mais sa carte des Guyanes française et hollandaise reste un modèle du genre. Elle est restée longtemps la meilleure carte et a servi de source à de nombreuses productions sur cette région particulière d'Amérique du Sud.


Voir également sa fiche biographique publiée au CTHS

Edme Mentelle est également l'auteur d'une myriade d'ouvrages parmi lesquels, sans être exhaustif :

Principaux travaux :




Les Tardieu

Cette famille parisienne a donné à la France une lignée de géographes et de graveurs talentueux. Les Tardieu ont contribué par leur savoir-faire à donner à la cartographie française ses lettres de noblesse. Ils ont travaillé avec d'autres spécialistes, tel Dubuisson un artiste de la gravure sur cuivre des lettres [textes sur les cartes etc.]. Dubuisson a notamment collaboré avec P. F. Tardieu (c'est à dire avec Antoine François) aux environs de 1765. Ambroise Tardieu fut membre de la Société de Géographie de Paris, il a travaillé en association avec Malte-Brun. Ambroise a réalisé un atlas pour la version de l'Intelligence de l'Histoire Générale des Voyages de La Harpe parue au XIXe siècle. Informations tirées partiellement de différentes sources dont les Archives de l'Art Français dirigées par Anatole de Montaiglon, Paris 1855-1856.

déclinaison familiale seuls les graveurs et géographes sont identifiés par des lettres indiciaires :

1ère génération de 4 frères
A - Nicolas Henri (1674, 1749)
Charles
Claude Tardieu
Jean

2e génération
B - Jacques Nicolas (1716, 1791) fils de Nicolas Henri
C - Pierre François (1711-1714, 1774) fils de Jean Tardieu,
Pierre-Joseph Tardieu, fils de Claude Tardieu


3e génération
D - Jean Baptiste Pierre (1746, 1816) dit l'Aîné, fils de Pierre-Joseph
E - Charles Jean (1765, 1830)
F - Pierre Alexandre (1756, 1844), fils de Pierre-Joseph, frère de J.B.P. Tardieu
G - Antoine François (1757, 1822) dit de l'Estrapade, fils de Pierre-Joseph, frère de J.B.P Tardieu, filleul de Pierre François

K - Jean Baptiste Tardieu (1768, 18..) fils de Pierre-Joseph, demi-frère de J.B.P Tardieu [ou fils ?]
Louis Tardieu (xxxx, 1793) fils de Pierre-Joseph, frère du précédent

4e génération
H - Pierre Antoine (1784, 1869) dit l'Aîné, fils d'Antoine François [parfois confondu avec J.B.P Tardieu]
I - Ambroise (1788, 1841) fils d'Antoine François


A - Nicolas-Henri, membre de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture

B - Jacques-Nicolas, fils de Nicolas-Henri (A), membre de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Son épouse Elisabeth-Claire Tournay pratique également la gravure.

C - Pierre-François, neveu de Nicolas-Henri (A) et donc cousin de Jacques-Nicolas (B). Son épouse Marie-Anne Rousselet (1733, 1826) était également graveuse moderne. Le couple a participé a l'illustration de l'histoire naturelle de Buffon. Pierre-François a été l'élève de son oncle Nicolas-Henri Tardieu (A). Il a été principalement graveur d'histoire et de genre.

D - Jean Baptiste Pierre : né à Paris, c'est d'abord un excellent graveur de cartes géographiques. Il a travaillé pour l'impératrice Marie-Thérèse en réalisant la carte des Pays-Bas (53 planches Grand-Aigle). Il a aussi participé à la gravure dite des Chasses du Roi Louis XVI puis ensuite Carte topographique des environs de Versailles dite des Chasses Impériales, levée et dressée de 1764 à 1773 par les ingénieurs géographes des Camps et Armées. Elle fut terminée en 1807 par ordre de Napoléon. Les quinze planches ont été gravées par trois éminents spécialistes : J.B.P Tardieu dit l'Aîné, François d'Houdan et Jean-Baptiste Bouclet.
Vers la fin du XVIIIe siècle, il tenait un fond de commerce, rue de la Sorbonne, où il vendait cartes et estampes. Il a signé nombre ses productions de J.B.P Tardieu, l'aîné, et le plus souvent tout simplement, de Tardieu l'aîné [c'est le cas pour la carte des Chasses]. Ce entraîne des confusions légitimes avec Pierre Antoine Tardieu qui a également signé, à l'occasion, un certain nombre des siennes de « P. Tardieu l'Aîné ». J.P.B Tardieu a travaillé avec de nombreux géographes dont Jean Baptiste Poirson.

E - Jean Charles Tardieu : c'est un petit fils de Nicolas Henri (A), tous deux académiciens et graveurs du roi. Il est né à Paris en septembre 1765. Il a été l'élève de Regnault. Il était spécialisé dans la gravure de portraits, de scènes de genre ou de scènes historiques.

F - Pierre Alexandre : né à Paris en mars 1756. Il a été l'élève de son oncle Jacques Nicolas (B) et de son grand oncle Nicolas Henri (A). Frère d'Antoine François Tardieu dit de l'Estrapade. Les graveurs-géographes Ambroise (I) et Pierre Tardieu (H) sont ses neveux. Alexandre a été graveur d'histoire et de portraits, membre de l'Académie des beaux-arts. C'est un artiste travaillant principalement en taille douce.

G - Antoine François, dit de « l'Estrapade » puisqu'il exerçait Place de l'Estrapade à Paris. Il était d'abord graveur de cartes géographiques et hydrographiques. Mais également éditeur. Né en 1757 à Paris, il y mourut en 1822. Il a notamment travaillé en collaboration avec les géographes Mentelle et Lapie. Il excellait surtout dans le trait au burin, le fini des eaux, et le fini à la pointe sèche. Bizarrement, il signa longtemps ses cartes de P. F. Tardieu [pour rendre hommage, semble-t-il, à son parrain Pierre François (C)], puis ensuite de P. A. F. Tardieu pour Pierre Antoine François, [voir la Carte hydrographique du golfe de Finlande, dressée en 1785. Il a réalisé les cartes de l'Atlas de Nicolas Le Clerc et de celui de Freycinet. Il a travaillé épisodiquement pour le Dépôt de la Marine. Il a gravé notamment une carte de l'ouvrage sur les Voyages de Marchand dressé par M. Beautemps-Beaupré.

H - Pierre Antoine dit parfois Tardieu l'aîné : graveur et également géographe lui-même. Il est né à Paris en mars 1784. C'est le fils aîné d'Antoine François (G) dont il a été l'élève. Il a travaillé avec Alexander von Humbolt. Père (g) et fils (H) ont parfois collaboré sur les mêmes ouvrages, ainsi la carte de la Louisiane de 1820 est un bel exemple de savoir faire familial. Le père signe cette carte exemplaire de « P.A.F Tardieu père » et le fils de « P. tardieu l'aîné ».
Pierre Antoine adoptera rapidement le surnom de l'« aîné » pour se distinguer de son éminent cadet Ambroise. Toutefois il l'utilisera moins fréquemment après la mort de son père survenue en 1822. Il signera alors simplement « P. Tardieu ». Il est parfois confondu avec l'un de ses oncles : Jean Baptiste Pierre Tardieu qui employait également la dénomination de Tardieu l'Aîné. Membre dès, la création fin 1821 de la Société de Géographie de Paris jusqu'en 1861, un hommage particulier lui est rendu, post mortem, par Casimir Delamarre : Le 17 juillet 1869 s'éteignait, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans et quatre mois, Pierre-Antoine Tardieu, l'un des représentants de cette honorable famille Tardieu, qui, depuis plusieurs générations, n'a cessé de fournir à l'art et à la science des hommes d'une valeur réelle. En consacrant ces pages à la mémoire d'un graveur cartographe aussi habile, aussi laborieux qu'il était modeste, la Société se souviendra que Pierre Tardieu, avec son frère Ambroise, comme lui graveur de géographie, furent des premiers à prêter à notre association un concours désintéressé et soutenu....

Pierre Tardieu était né à Paris sur la place de l'Estrapade qu'il ne cessa d'habiter pendant toute la durée de sa longue carrière. Ses études de gravure se firent sous la direction de son père, dont il fut pendant vingt ans l'actif collaborateur ; il fut le premier à graver des cartes sur acier. Ce n'est qu'à l'âge de soixante-dix-sept ans, en 1861, que cet artiste infatigable interrompit sa laborieuse carrière de travail, et déposa le burin.

La vie publique de Tardieu fut aussi honorable que sa vie privée et scientifique. S'il marcha dans les rangs du peuple en juillet 1830, comme l'un des défenseurs de la charte, il fut toujours parmi les défenseurs de l'ordre. Le 15 février 1831, il fut le premier garde national qui pénétra dans l'archevêché pour en expulser les dévastateurs. Il était sous les armes les 5 et 6 juin 1833 et le 13 avril 1834. A cette même époque, de 1831 à 1833, il avait été inspecteur des écoles primaires, apportant dans l'accomplissement de cette fonction le zèle consciencieux, désintéressé qu'il apportait en toutes choses, et qui est de tradition dans la famille Tardieu.



I - Ambroise : il a été à la fois graveur de portraits, graveur de cartes géographiques et maritimes. Fils cadet d'Antoine François, il sera comme son frère géographe. Il a été employé par le Dépôt de la Marine notamment dans les années 1820-1830 ainsi que par le Dépôt des Fortifications. Il a gravé les planches de l'Atlas de Dumont-D'Urville. Il a participé à l'illustration de la revue Journal des Savants. Il travaillera en collaboration avec le géographe Malte-Brun (Géographie Ancienne et Moderne, cartes dressées par Ambroise Tardieu pour l'Intelligence de la Géographie Universelle - Malte-Brun - imprimé à Paris en 1842). Comme son frère aîné, Ambroise est membre de la Sociéte de Géographie de Paris qu'il a intégré à ses débuts. Il est cité dans la rubrique nécrologique, de novembre 1841, rédigée par S. Berthelot alors secrétaire général de la SGP : La mort est venue frapper, au milieu de ses utiles travaux, un des membres de notre Commission centrale : Ambroise Tardieu, dont l'habileté au burin secondée par des études consciencieuses enrichit nos atlas d'un grand nombre de cartes. Ambroise Tardieu appartenait à une famille dans laquelle la chalcographie est héréditaire. Son père se consacra à la gravure des cartes. Son frère, M. Pierre Tardieu, exerce également la profession de graveur géographe.... Le titre de membre de cette Société que vous lui avez conféré accrédite les services qu'il a rendus à la science. Outre celles qu'Ambroise Tardieu a gravées, il en a dressé lui-même qui se recommandent par de bonnes recherches. Plusieurs sortent de la ligne de ces publications marchandes où le trait et la lettre ne sont le plus souvent que la reproduction de vieilles erreurs. Parmi les principaux ouvrages qui furent confiés à sa direction, je citerai la gravure des planches de l'atlas des voyages de la Coquille et de l'Astrolabe, celle de plusieurs belles cartes publiées par le Dépôt de la marine, et divers atlas élémentaires. Ces travaux suffisent pour placer Ambroise Tardieu au rang des artistes qui ont contribué depuis vingt-cinq ans au progrès de la gravure géographique.

K - J.B. Tardieu ou B Tardieu, graveur en géographie. Peut-être un seul et même homme ?

Le cas échéant, Ses premières productions portent l'adresse de la rue de la Sorbone, voir par exemple :
Le Plan général du siège de la Ville de Paris achevé fin 1815 et la Carte de France par Hérisson dressée en 1817 et corrigée en 1818, soit peu de temps après le décès de J.B.P Tardieu en 1816.

Ces éléments pourraient faire de J.B. Tardieu le successeur en titre de J.B.P Tardieu [serait-il son fils ou plutôt son demi-frère ?].

J.B Tardieu est un graveur de cartes géographiques qui a été Attaché au Dépôt de la Guerre. Ses nombreuses productions s'étalent de la fin des années 1810 au début des années 1850. Il n'est donc pas mort en 1837 comme l'affirme les Archives de l'Art Français [Anatole de Montaiglon, Paris 1855-1856]. Á moins qu'il y ait méprise sur l'homme et son identité, ce qui reste possible. Si l'on suit sa production, J.B Tardieu s'est peu à peu spécialisé dans la gravure sur acier qui a remplacé progressivement la gravure sur cuivre tout au long du XIXe siècle. Il a travaillé avec des géographes renommés de cette période, tels : les Lapie (père et fils), Hérisson, A.R Frémin ...

Il semble qu'il se soit servi de deux signatures : la première « J.B Tardieu », et la seconde « B. Tardieu ». Mais ce sont peut-être aussi là deux personnes différentes, liées ou non par un lien de parenté direct (fratrie, filiation ?) ou non. Dans ses premières productions J.B. Tardieu a mis en évidence sa qualité d'Éditeur propriétaire, mais après 1820 la boutique rue de la Sorbonne n'est plus mentionnée, ce qui laisse penser que l'entreprise a eu des difficultés, elle aurait périclité ... J.B. Tardieu semble ensuite changer plusieurs fois d'adresse ...




Charles Pierre d'Eveux, comte Claret de Fleurieu (1738, 1810).

Claret de Fleurieu est né à Lyon le 2 juillet 1738. Il décède à Paris le 18 août 1810. Fleurieu, plus qu'un excellent marin, il était surtout un astronome-hydrographe doté d'un esprit scientifique extraordinaire. Il intégra très jeune (1755) la marine royale. Ses capacités d'invention le menèrent rapidement à cotoyer les meilleurs scientifiques de son époque. En 1756, il participe, à 18 ans, aux opérations navales contre les anglais à Minorque, sous les ordres de Roland Michel Barrin de La Galissonnière, qui sera plus tard nommé Inspecteur du Dépôt de la Marine, et qui commandait alors l'escadre française de méditerranée. Bien que le combat naval qui a opposé les deux puissances n'eût pas clairement de vainqueur, ces opérations furent en partie couronnées de succès puisque les anglais furent définitivement chassés de Minorque. C'est un peu grâce à l'action de La Galissonière que les Baléares sont aujourd'hui restées espagnoles. Après cette campagne, Fleurieu eut un service actif centré sur la protection rapprochée des convois marchands en mer Méditérannée. À 24 ans, en 1762, il est nommé Enseigne de vaisseau.

Ses compétences scientifiques l'appellent à de hautes fonctions. En 1768 et 1769, il commande la frégate l'Isis lors la fameuse mission qui a visité les Canaries et les Antilles... La mission de l'Isis avait pour objectif d'éprouver la fiabilité des horloges marines mises au point par l'horloger franco-suisse, Ferdinand Berthoud. D'autres horloges et montres marines avaient été également embarquées. Les horloges étaient destinées «à conserver le temps en mer» et ainsi à pouvoir déterminer de manière suffisamment «précise» les longitudes. Fleurieu au côté de Berthoud dont il avait suivi les enseignements aurait participé lui-même activement à la conception et à l'amélioration de certains mécanismes délicats d'horlogerie. Il fabriquera ou perfectionnera des instruments de mesure, afin d'obtenir de meilleures précisions dans les observations.
En 1769, il est reçu avec d'autres éminents scientifiques, tels que : de Borda; le père Pingré; Le Monnier; Le Français de Lalande, à l'Académie Royale de Marine de Brest qui venait d'être remaniée. Il sera l'un des hommes qui s'occuperont de la grande affaire de la détermination des longitudes en mer, côté français. En 1773 il est nommé lieutenant de vaisseau et six ans après la mission de l'Isis, il est promu inspecteur [adjoint] du Dépôt des Cartes et Plans de la Marine, poste qu'il occupera de 1775 à 1789. C'était certainement l'homme qu'il fallait pour radicaliser les techniques de construction des cartes marines dont il était devenu l'éminent spécialiste. Durant cette période, il assurera l'intérim au grade d'Inspecteur en Chef, entre 1778 et 1786, en remplacement Joseph-Bernard de Chabert (1724, 1805).

Dans l'ouvrage qui rend compte de la mission de la frégate Isis, Fleurieu critique fort justement les cartes marines produites par le Dépôt (et notamment celles produites par J-N Bellin) et propose des solutions pour résoudre les différents problèmes. Une maxime attribuée à Jacques Cassini, que de Fleurieu reprend en tête de son ouvrage résume sa pensée : Il vaut mieux ignorer où l'on est et de savoir qu'on l'ignore, que de se croire avec confiance où l'on est pas.

Il sera, pour une grande partie, à l'origine des décisions visant à normaliser d'une part la production des cartes marines et d'autre part, à en réglementer la diffusion et la commercialisation. On sait que par le passé, les ingénieurs et hydrographes du Dépôt (notamment Bellin) se livraient à la commercialisation, parfois pour leur propre compte, des cartes qu'ils produisaient pour le Dépôt. Cette situation avait généré de nombreux abus. Le Dépôt obtiendra le monopole de la production des cartes marines, le 5 octobre 1773. Des règlements ultérieurs (pris en 1775) viendront renforcer cette position de quasi monopole.

Fleurieu était également un collectionneur passionné de cartes. Le fonds qu'il avait accumulé était considérable. L'a-t-il approvisionné par ponction dans le fonds du Dépôt lorsqu'il en était le dirigeant patenté ? Tout laisse penser, qu'il a parfois succombé à la tentation ... Mais il semble qu'à son décès les quelques pièces manquantes au Dépôt furent restituées. L'État s'est d'ailleurs porté acquéreur du reste de son fonds personnel.

Fleurieu entreprendra, en 1785, avec l'aide de Beautemps-Beaupré, la réalisation du «Neptune du Cattegat et de la Baltique». Il s'agit là d'un énorme travail de compilation, digne du meilleur géographe de cabinet, auquel il consacrera temps, et moyens financiers. Compte tenu des exigences des procédés de réalisation pronés par Fleurieu, l'atlas mettra des années pour paraître.

Mais revenons en arrière, en 1776 lorsqu'il quitte le service actif de la marine à l'âge de 38 ans, il est nommé, par Sartine, directeur des ports et des arsenaux. À ce titre, il apparaît comme le réel chef d'état-major de la marine. Il exercera ces fonctions paralèllement à ses responsabilités au Dépôt. Il prend alors une part importante dans le soutien logistique apporté aux Insurgents durant la guerre d'Indépendance de l'Amérique. Son expérience en logistique d'approvisionnement des Insurgents, se prolongera plus tard (1785) dans la préparation de la fameuse «circum navigation» de La Pérousse. Entretenant une véritable relation d'amitié avec le souverain Louis XVI et l'aventureux navigateur, Fleurieu sera le véritable instigateur du projet scientifique. Buache de la Neuvile qui a remplacé Rigobert Bonne, comme premier hydrographe du Dépôt, grâce à Fleurieu et à Chabert, préparera sous leurs ordres, secondé par son assistant Beautemps-Beaupré, une compilation des principales informations disponibles sur le grand océan des mers du sud (Océan Pacifique).

En 1790, Louis XVI confie à Fleurieu le ministère de la Marine et des Colonies, dont il ne restera titulaire, durant cette période troublée qu'une seule année. Dernier fidèle du roi déchu, la famille royale ayant été emprisonnée au Temple Louis XVI lui confiera le destin du «Dauphin», charge qu'il n'assurera pas. En septembre 1793, il sera inquiété et enfermé préventivement à la prison des Madelonnettes par les révolutionnaires, mais de Fleurieu réussira à en sortir ... vivant. Il sera de nouveau inquiété en avril 1794, et libéré in extrémis par la réaction thermidorienne. Après cette période critique, les différents régimes feront appel à ses compétences, notamment Napoléon qui le fera comte d'Empire.


Voir également sa fiche biographique publiée au CTHS

Principaux travaux :

Voyage fait par Ordre du Roy en 1768 et 1769, pour éprouver en mer les Horloges Marines inventées par M. Ferdinand Berthoud. Deux volumes. Imprimerie Royale en 1773.
la 1ère partie de l'ouvrage est composée du journal des horloges marines et du journal de la navigation.

Voyage autour du monde, pendant les années 1790,1971 et 1792, par Etienne Marchand, précédé d'une Introduction historique ...Paris, imprimerie de la République. 4 volumes in quarto. An VI à An VIII.

Découvertes des François en 1768 et 1769 dans le Sud-Est de la Nouvelle-Guinée précédées de l'abrégé historique des navigations des Espagnols dans ces parages.




Jean René Verdun de la Crenne (1741, 1805)

Jean-René de Verdun de la Crenne est né le 5 avril 1741 à Aucey-la-Plaine. Il décède 3 août 1805 à Versailles. Comme de nombreux officiers de marine, il commence (1756) sa carrière aux Gardes Marines. Durant cette époque où les conflits avec l'anglais sont récurrents, il participe à de nombreuses batailles maritimes. Il est fait prisonnier à deux reprises. En 1771, Verdun est nommé commandant de la frégate la « Flore », qui part pour une expédition scientifique destinée à tester principalement des montres et horloges marines. Après l'expédition de l'« Isis » en 1768 et 1769, cette nouvelle expédition est conçue et financée par l'Académie des Sciences afin d'améliorer encore la mesure des longitudes en mer. Á cette occasion, un concours est ouvert, qui permet à des horlogers et autres inventeurs de talents de proposer leurs mécanismes (chronomètres, montres, horloges, instruments de mesure divers ...). En fonction des résultats observés sur leur fiabilité, leur régularité, leur précision, une prime sera versée aux inventeurs. La montre de Berthoud (n°8) est également du voyage : mais elle est hors concours, quant à la numéro 6 du même, elle navigue à la même époque dans l'Océan Indien.

Le Chevalier de Borda, officier en second de la Flore, et l'astonome-géographe de la Marine, le père Pingré composent le noyau de l'équipe de scientifiques qui doit rendre ses conclusions sur la marche des horloges. La Flore part de Brest en 1771. Elle passe successivement aux Canaries, en Espagne à Cadix, aux Antilles, puis à Saint Pierre et Miquelon et achève son périple scientifique à Copenhague.

Après cette mission, Verdun a ensuite un parcours quelque peu atypique. Il est appelé en 1777 par Catherine II, impératrice de Russie pour une mission de réorganisation de la Marine Impériale Russe. En 1785, Verdun de la Crenne revenu en France est nommé commandant de la Station Navales des Antilles, ce qui lui vaut d'accèder au grade de contre-amiral.

L'ouvrage qui relate la mission de la Flore, comprend un certain nombre de cartes dont la Carte Réduite des Iles Antilles gravée par Petit [elle portera le N°75 bis au Dépôt de la Marine]. La carte a été construite selon les spécifications demandées par Claret de Fleurieu. Les apports de la mission de la Flore seront intégrés dans les principales cartes particulières de la Martinique. Notamment celle de Jefferys de 1775, revue et augmentée, par l'atelier de Le Rouge en 1779 puis en 1799.

Voir également sa fiche biographique publiée au CTHS




Alexandre Guy Pingré (1711, 1796)

Né à Paris en 1711, il y décède en mai 1796. Il sera religieux et finira sa carrière comme bibliothécaire de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Alexandre commence très trop à étudier la théologie dont il en devient à l'âge de 24 ans professeur. Vers 38 ans, il entre à l'Académie des Sciences de Rouen où il est appelé, et se consacre à l'astronomie. Devenu célèbre dans cette science, en mettant notamment en évidence une erreur d'appréciation dans les calculs du fameux astronome La Caille dont il deviendra l'ami, il produit un certain nombre de travaux consacrés aux éclipses, à la trigonométrie sphérique... En 1753, il est amené à étudier le passage de Mercure (transit de Mercure) devant le soleil, ses observations lui valent la reconnaissance de l'Académie Royale des Sciences. Il en devient alors le correspondant atitré. Puis gravissant les échelons à force de travail, il en deviendra membre pleinier.

Dans le cadre de ses observations et études astronomiques, il fait en 1760, un voyage dans l'océan Indien et se rend à l'île Rodrigues , afin d'y observer le transit de Vénus. Il en observa un second, en 1769, alors qu'il avait intégré l'équipe de scientifiques de la Flore. C'est durant la même année qu'il sera d'ailleurs reçu à 'Académie Royale de Marine de Brest, avec d'autres éminents collègues tels que Borda, de Fleurieu, et Le Monnier. Il en deviendra un membre essentiel, notamment dans l'étude des procédés de détermination de la longitude en mer. Il participe alors à la vérification des horloges marines, notamment celles de Berthoud et de Leroy. La première vérification eu lieu en 1767, avec le marquis de Courtanvaux sur le vaisseau l'«Aurore», la seconde en 1769 avec de Fleurieu sur l'«Isis», et la dernière en 1771 avec Verdun de la Crenne et le chevalier de Borda sur la «Flore». Il rédigeat en grande partie le compte rendu de la mission de la «Flore» qui paru en 1778 (2 volumes in quarto) et dont l'original a été versé au Dépôt des Cartes et Plans de la Marine. Il est aussi connu pour avoir écrit un livre sur la "cométographie" ou "l'Histoire des comètes", ouvrage paru en 1783 à l'imprimerie royale

Alexandre Pingré restera pour l'Histoire un éminent géographe-astronome.


Voir également sa fiche biographique publiée au CTHS




René Moreau du Temple (1736, 1786)

Né à Poitiers en 1736, René Moreau du Temple réalise de brillantes études et intègre l'école des Ponts et Chaussées de Mézière. Il devient ingénieur militaire, se spécialise dans la construction d'ouvrages d'art (ponts, ouvrages hydrauliques,...)..... Pour en savoir plus sur René Moreau du Temple




François Henri Charles de Bexon (1741, 1806)


Charles de Bexon est né en Moselle en mars 1741, et mort à la Martinique en octobre 1806. Après avoir intégré l'Ecole du Génie de Mézières, dont il sortit en janvier 1762, il fut envoyé à la Martinique, lors de la reprise en main de la colonie par la France à la suite de la guerre de 7 ans....

renseignements tirés pour partie de : Etudes Caribéennes - Magloire PELAGE - La défense de la Lunette Bouillé en 1794.

Pour en savoir plus sur Charles de Bexon




Charles François Hesse (1748, yyyy)

Né à Bitche en juillet 1748. Il participe comme ingénieur-géographe à la levée des bords du Rhin après à la guerre de sept ans. Il est nommé ingénieur-géographe aux Îles du Vent en 1770, d'abord à la Martinique, où il aura l'occasion de travailler avec les autres ingénieurs-géographes des armées. En 1771, il aurait réalisé une réduction de la carte de Moreau du Temple, dont un exemplaire calqué sera communiquée en 1773 à Verdun de la Crenne. Celui-ci s'en servira pour établir la carte du Dépôt n°75 bis, résultat de la mission de la Flore. Hesse est ensuite envoyé à Saint-Domingue en 1772, il y devient capitaine en 1773 et major en 1788. Il sera promu Garde du Dépôt des Plans des Colonies en 1790. En 1793 il prend sa retraite du Dépôt des Colonies, mais on le retrouve ensuite en service dans l'état-major de l'armée Leclerc partie à la reconquête de Saint-Domingue en 1802.

La B.N.F rue Richelieu à Paris conserve un exemplaire sous calque de la réduction de la carte de Moreau réalisée par Hesse, sous la référence PF 156 Div 2 Pièce 14. Ce calque mesure environ 80 cm de haut sur 60 cm de large.

On peut voir sur ce document :

titre, en bas à gauche : Carte de l'Isle de la Martinique, 1771 fait d'après Mr Hesse.
2 échelles sont portées en bas à droite : échelle de 2 lieues communes de France (4 800 toises), et echelle de 2 lieues marines.
note, en haut à droite : communiqué pour le Chrde Verdun en 1773

L'intérieur de l'île reste très dépouillé : seules figurent des représentations très sommaires de la Montagne Pelée, des pitons, de la montagne du Vauclin. Au niveau de cette dernière comme au niveau de la forteresse du Fort Royal, longitude et latidude sont indiquées (resp : long 63°18'40", lat : 14°39'15" et long 63°29' lat : 14°35'55"). Aucune sonde.
A noter l'orthographe des lieux suivants : le lougarou, le diaman, Isle au Ramiers. Sur le pourtour de l'île sont indiqués les lieux-dits.




Jean-Nicolas Buache (1743, 1825)

Décidément les chiens ne font pas les chats. La cartographie chez les Buache est une affaire de famille. Philippe Buache (voir plus haut) était le gendre de Guillaume de L'Isle (1675, 1726). Jean-Nicolas Buache est le neveu de Philippe. Il est né à La Neuville-au-Pont ce qui lui vaut d'être connu sous le nom de Jean Nicolas Buache de La Neuville. Son oncle qui n'a pas d'enfant s'occupe de son éducation dès son plus jeune âge et l'associe à ses différents travaux. À la mort de Philippe en 1773, Jean-Nicolas hérite naturellement des archives et du précieux fond de cartes de Philippe, dont une bonne partie provenait du fond de Guillaume Delisle. Jean Nicolas suivra son illustre oncle dans la carrière de géographe. Sous les auspices de celui-ci, et avec la protection et l'amitié de l'inspecteur Adjoint du Dépôt (Claret de Fleurieu), il intègre en 1776 le Dépôt de la Marine. En 1780, Jean Nicolas Buache se sépare de ses activités commerciales. Il céde à Jean-Claude Dezauche son fonds et la célèbre maison. La transaction comprend également le privilège lié à l'Entrepôt Général reçu du Dépôt.

En 1782 il succède à Bourguignon d'Anville comme «premier géographe du roi», il sera d'ailleurs le dernier à porter ce titre. La charge initialement conçue pour Guillaumme Delisle disparaitra avec la Révolution. Il succède ensuite à Rigobert Bonne en 1789 comme conservateur du Dépôt de la Marine et premier ingénieur hydrographe du Dépôt. Durant la Révolution il devient en 1795, membre de l'Académie des Sciences. Il est nommé au Bureau des Longitudes, créé la même année, par les nouvelles instances révolutionnaires.

Il est pratiquement le premier professeur à enseigner la géographie à l'Ecole Normale Supérieure de Paris. Grâce à lui, cette discipline sera bientôt généralisée dans les diverses écoles centrales de province, qui devriendront les actuels Lycées.

Sous l'autorité de Claret de Fleurieu, Jean-Nicolas participe à la préparation des grandes expéditions qui exaltèrent la fin du XVIIIe siècle. Dans ce domaine, il prend une part active à la logistique cartographique de l'expédition du navigateur et explorateur français Jean-François Galaup de Lapérouse (1741, 1788) parti le 1er avril 1785 de Brest avec deux bâtiments (la Boussole et l'Astrolabe) pour une circumnavigation à caractère scientifique. Le roi Louis XVI a personnellement supervisé les préparatifs de ce voyage. Il a parfois indiqué à Lapérouse les zones à explorer ou le chemin à suivre. JN Buache, alors "Maître Géographe du Roy", sous les ordres de l'Inspecteur Adjoint du Dépôt de la Marine, a fourni le jeu de cartes nécessaires à l'incroyable périple. Les plus récentes que possible.

Le fameux tableau peint postérieurement par Monsiau représente la préparation du voyage de La Pérouse supervisée par le monarque capétien : Louis XVI donnant ses instructions à Lapérouse. Monsiau a réuni dans son oeuvre admirable, le roi, la Pérousse qui contemple la carte sur laquelle est portée le projet de navigation, le ministre de la marine de Castries, et Fleuriot de Langle. A gauche, on distingue dans l'ombre le véritable concepteur de l'expédition scientifique : Claret de Fleurieu. Certains y verraient plutôt JN Buache. Comme on le sait l'expédition Lapérouse fut conclue par un tragique naufrage, vraisemblablement durant l'été 1788, au large de Vanikoro. Les épaves des deux bâtiments de l'expédition (la Boussole et l'Astrolabe) et les tombes des marins disparus furent retrouvés par l'expédition de Dumont d'Urville en 1828.

En tant que conservateur du Dépôt de la Marine, J-N Buache a recruté en 1783, Charles-François Beautemps-Beaupré, son cousin. Beautemps-Beaupré est considéré de nos jours comme le père de «l'hydrographie moderne». C'est lui qui à mis au point les procédés techniques de relevés hydrographiques à la mer. Charles-François succèdera d'ailleurs à J-N Buache au conservatoire du Dépôt de la Marine. La Neuville-au-Pont (les familles Buache-Beautemps-Collin) a alimenté en hommes de talents, le Dépôt de la Marine. J-N Buache (comme Philippe) en était originaire, tout comme Beautemps-Beaupré son cousin, et deux fameux graveurs en hydrographie, les Collin père et fils, apparentés à Beautemps-Beaupré, qui se consacrèrent à sculpter les délicates planches du Pilote et de l'Hydrographie Françoise.

Ironie du sort, Charles-François Beautemps-Beaupré s'était embarqué dans l'expédition d'Entrecasteaux envoyée rechercher La Pérouse. Louis XVI qui était sans nouvelle de son navigateur depuis 1788, se soucia jusqu'au terme ultime du devenir de l'explorateur. Parmi les dernières paroles que l'on attribue au du roi, celles qu'il aurait prononcées au pied de l'échafaud : A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ?. On sait que d'Entrecasteaux ne retrouva pas La Pérouse, il mourut du scorbut au cours de l'expédition en juillet 1793. À son retour l'expédition pâtit du traitement que lui infligèrent les britanniques qui l'arraisonnèrent (au large de Sainte-Hélène) contre le droit des gens et séquestrèrent à leur profit tous les documents personnels et officiels (notamment les cartes nautiques) et les études scientifiques réalisées pour le bien commun de l'humanité. Belle leçon d'humanisme !!! car quelques années plus tôt, la France encore en conflit avec l'Angleterre (guerre d'indépencance des Etats Unis) avait accordée au Capitaine Cook un sauf-conduit, qui fut celui-là respecté, sans lequel ses explorations auraient été rendues sans doute plus périlleuses.




Louis Brion de la Tour (1735, 1823)

Ingénieur géographe du roi.

Principaux travaux :

Recueil des côtes maritimes de France, publié d'abord par Le Rouge en 1757, et ensuite par Desnos à partir de 1766

Atlas de France imprimé à partir de 1765 jusqu'aux environs de 1790

Atlas Général Méthodique et Elémentaire 1770

Atlas National et Général de la France en 20 cartes 1798




Jean-Baptiste Poirson (1761, 1831)

Je vous livre quelques éléments sur la vie de J.B Poirson, principalement écrits par A.M Perrot et issus de la notice nécrologique du Bulletin de la Société de Géographie de paris (mars 1831). Aristide Michel Perrot (1793, 1879), ingénieur géographe, [voir plus bas], a été très actif dans la production d'atlas cartographiques et d'ouvrages relatifs à la gravure ou au dessin.

Selon A.M Perrot : J.B Poirson est né à Vrécourt dans les Vosges en 1761. Il a entamé sa carrière de géographe sous les auspices de Edme Mentelle avec lequel, et pour lequel, il dressa de nombreuses cartes. Décédé à Valence le 15 février 1831, il a été inhumé au cimetière du Père Lachaise à Paris.

Il a construit de magnifiques globes terrestres et célestes : le plus grand en 1814 d'un diamètre de 1,65 m sur ordre de l'empereur Napoléon 1er pour l'éducation à la géographie et à l'astronomie de l'Aiglon. Il semble que le passé bonapartiste du géographe, qui peut être illustré par cette gravure sur le « Triomphe des Armées Françaises », l'ait quelque peu desservi lors de la Restauration. Dès lors il travaillera plus discrètement.

Le principe éminament simple appliqué par Poirson en matière de création cartographique s'appuit sur la clarté, ceci afin de permettre à l'utilisateur de repérer l'essentiel. Dans ce domaine il s'est évertué à bien adapter le nombre de détails et de noms inscrits sur une carte à l'échelle de celle-ci, afin d'éviter des surcharges inutiles. Poirson travailla avec le célèbre graveur André et aussi avec les Tardieu (notamment Tardieu l'aîné). J-B Poirson a dressé de nombreuses cartes tant particulières que générales qui ont accompagné des relations diverses de voyage, des mémoires statistiques ou des ouvrages historiques. Parmi les Atlas réalisés par JB Poirson, on compte notamment :

- celui qui a servi à La Géographie Mathématique, Physique et Politique de Toutes les Parties du Monde de Edme Mentelle qui fut publié en 1804.

- celui qui accompagne La Statistique Générale et Particulière de la France et de ses Colonies en 7 volumes in 8° plus l'Atlas chez F. Buisson, à Paris 1804 (An XII).

- celui qu'il fit conjointement avec M. Lapie pour servir au Précis de Géographie Universelle de Malte-Brun.

Il travailla également avec l'explorateur Humboldt pour coordonnner les observations effectué par celui-ci et construire les cartes de l'ouvrage du célèbre aventurier et scientifique. Poirson a lui-même rédigé une Géographie Elémentaire en un volume, accompagnée d'un atlas de 18 cartes.

Un autre Jean-Baptiste, Leblond celui-là, auteur du Voyage aux Antilles, de 1767 à 1773 cite l'ingénieur-géographe Poirson comme ayant contribué a matérialiser une carte géographo-géologique de la Guyane d'après les propres relevés de Leblond. Cette carte a été publiée en 1814 (voir juste au-dessous).

Principaux travaux :

Statistique Générale et Particulière de la France et de ses Colonies [7 volumes in-8].... accompagné d'un Atlas contenant 19 tableaux et 9 grandes cartes, tant de la France et de sa navigation intérieure, que des colonies et établissements Français dans les quatre parties du Monde. Les cartes ont été dressées par J.B Poirson et gravées en taille douce par Tardieu l’aîné [Pierre Tardieu] et B. Tardieu, à Paris. Elles sont datées, pour la plupart, du mois de nivôse An XI (janvier 1803).

Carte Du Mexique et des Pays Limitrophes Situés Au Nord et à l'est, dressée d'après la Grande Carte de la Nouvelle Espagne de M. A. de Humboldt par J-B. Poirson. 1811.

Carte Géographo-Géologique de la Guyane française, dressée sur les relevés de M Leblond, par J-B. Poirson, Paris 1814.




Félix Renouard de Sainte-Croix, (1773, 1840)

Il est né à Besançon en février 1773 et mort à Paris en 1840. D'abord militaire, il devient ensuite économiste et statisticien. Il possédait une habitation sucrière de rapport en Martinique, ce qui lui permis de venir sur place vérifier la bonne gestion de ses capitaux. De fait, il s’intéressera au commerce colonial entre la Martinique et la Métropole. Il commence sa carrière en 1786 comme officier de cavalerie dans l’armée française. On le retrouve au début du XIXe siècle dans le Pacifique, où engagé par le gouverneur des Philippines, il est notamment chargé d’organiser la défense de ces îles appartenant à l’Espagne. Durant son périple dans le Pacifique, il visite plus particulièrement l’Inde et la Chine.
L'ouvrage la « Statistique de la Martinique » de Sainte-Croix a été accueilli avec bienveillance de la part des milieux économiques et financiers puisqu'il faisait clairement le point sur la santé économique de l'île. Un commentateur écrira d'ailleurs à ce propos : Il ne faut pas douter que cette statistique ne soit aussi propre à inspirer la confiance au négociant, qu'à réhabiliter le crédit dont les colons n'ont jamais eu le plus besoin qu'aujourd'hui auprès des capitalistes de toutes nos places de commerce. Ils ne peuvent plus dissimuler aux autres ni se dissimuler à eux-mêmes, que d'après le relevé exact fait par M. le commissaire du Roi dans les bureaux de la conservation des hypothèques de la colonie, leurs propriétés sont hypothéquées pour une valeur de soixante-cinq millions de francs.

Il a publié plusieurs ouvrages, notamment :

1 - Voyage commercial et politique aux Indes Orientales aux îles Philippines et à la Chine pendant les années 1803 à 1807. A paris Chez Clament Frères, 1810. 3 volumes in octavo.

2 - Statistiques de la Martinique. A Paris chez Chaumerot, 1822. 2 volumes in octavo, avec une carte de l’île et 12 tableaux.

3 - Emancipation des esclaves aux colonies françaises. A Paris chez Rosier, 1835. Un volume in octavo.




Paul Monnier (1795, 1843)

Paul Monnier est né dans le Jura en 1795, il décède en octobre 1843 alors qu'il était à l'apogée de sa carrière professionnelle d'ingénieur hydrographe. Issu de l'Ecole Polytechnique, il était arrivé au grade d'ingénieur de 1ère classe. Il venait à peine d'achever la reconnaissance des côtes de la partie française de la Méditerranée, commencée en 1839 et achevée en 1842. Reconnu et estimé par l'ensemble des hydrographes européens, il lègue à la postérité de nombreux travaux. Son oeuvre la plus connue restera toutefois la cartographie hydrographique de la Martinique. Entre 1816 et 1822, Paul Monnier a travaillé à l'actualisation du «Pilote Français» sous l'autorité de Beautemps-Beaupré, ingénieur hydrographe en chef, conservateur du dépôt de la marine et du contre-amiral, le chevalier Elisabeth Paul Edouard de Rossel alors directeur général du Dépôt de la Marine et des Colonies. La très active équipe d'ingénieurs hydrographes du dépôt de la marine, produit plus particulièrement durant cette période (1816 à 1826) les cartes des côtes occidentales de la France (façade maritime atlantique) ainsi que celles de la Corse qui constituent la seconde partie du "Pilote". De 1816 à 1820, Monnier est ingénieur élève. Il est titularisé dans le corps des ingénieurs hydrographes en 1821, dans le grade d'ingénieur de troisième classe. Son compagnon de labeur, Le Bourguignon Duperré (né à Caen) intègre l'équipe du dépôt en 1822, il est alors élève ingénieur. Les compétences reconnues des deux hommes vont les conduire à être détachés de la mise à jour du "Pilote". Ils seront envoyés en Martinique pour y élaborer la première carte vraiment "hydrographique" de l'île. Les deux ingénieurs ont séjourné en Martinique de février 1824 à juin 1825. Ils réaliseront une campagne de triangulation et de mesures hydrographiques qui aboutira à la production de 9 cartes d’une extrême précision. Elles seront estampillées et distribuées par le Dépôt de la Marine[en remplacement des cartes obsolètes et fort imprécises de Bellin] durant tout le XIXe siècle et une grande partie du XXe.

Les cartes des deux hydrographes seront actualisées jusqu'à la fin des années 1970. Ensuite le SHOM, successeur du SHM, lui-même héritier du Dépôt de la Marine, publiera des cartes standardisées aux normes internationales, ... avant d'entrer dans l'ère de la carte électronique.

Dans son "mémoire sur les opérations géodésiques" Monnier rappelle que «les seuls travaux qui méritent une distinction particulière sont ceux qui furent entrepris au commencement de l'année 1763 par des ingénieurs géographes des camps et armées et achevés en 1766 avec tout le succès que permettaient les méthodes et les instruments alors en usage».. C'est pour cette raison qu'il rendra un hommage appuyé à l'action des ingénieurs géographes des armées de 1763 dans le sous-titre même de la Carte générale de la Martinique.

Dans son ouvrage (Description nautique et mémoire sur les opérations géodésiques), Monnier dresse un bref historique de la cartographie de la Martinique. Il y souligne l'absence de véritables cartes marines, alors que les navigateurs en auraient bien eu besoin. Il note que la plupart des travaux effectués depuis le début du XVIIIe siècle par les géographes français, tels que Houël, Delisle/Buache ou encore Bellin, sont très imparfaits. En dehors des travaux des ingénieurs géographes de 1763, les réalisations des géographes ne traduisent ni la réalité du terrain, ni celle des conditions de navigation. Les cartes dressées sont en général bien pauvres en relevés bathymétriques. Pour Monnier, qui ne ménage pas son collègue Bellin, dont il actualise finalement les travaux, les cartes marines les moins inexactes sont celles réalisées par l'anglais John Scott [Stott] sous l'ordre du vice-amiral Rodney en 1763. Il est vrai que Scott avait bien soigné la partie hydrographique de ses cartes.

autres travaux :


Tableau et carte des courants occasionnés par la marée dans la Manche et dans la partie méridionale de la Mer du Nord.




François-Antoine-Édouard Keller (1803, 1874)

Biographie reprise, pour partie, de l'ouvage d'Olivier Chapuis Á la Mer comme au Ciel et du « Dictionnaire universel des contemporains » sous l'égide de Gustave Vapereau (1819, 1906).

M. Keller est né en 1803 en Alsace à Wissembourg. En 1821, il intègre l'école polytechnnique, il en sort en 1823. Entre 1824 et 1838, il participe sous la direction de Beautemps-Beaupré aux diverses campagnes de levés réalisées sur les côtes Occidentales de France. Il est nommé ingénieur de 1ère classe en 1848.

Son activité au Dépôt est partagée entre le terrain et des compilations de données existantes. Dans ce dernier registre, il élabore plusieurs cartes marines de la zone des Antilles. Ces cartes doivent venir compléter et mettre à jour la collection du Dépôt de la Marine dans cette zone.

Le Dépôt tirera plusieurs cartes relatives aux Antilles (grandes et petites) qui auront été « pilotées » par Keller, on peut citer notamment :

1 - la carte n°963 : Carte des Antilles, 1842

2 - la carte n°976 : Carte du Golfe du Mexique, 1843

3 - la carte n°998 : Carte des Grandes Antilles (Cuba, Haïti, Jamaïque, Archipel de Bahama), 1843

4 - la carte n°999 : Carte de la Mer des Antilles, Partie Orientale, 1843

5 - la carte n°1003 : Carte de la partie des Antilles comprise entre la Martinique et St. Christophe, 1843

6 - la carte n°1019 : Carte de la Mer des Antilles, partie Occidentale, 1844

7 - la carte n°1032 : Carte Générale des îles Antilles comprises entre la Trinité et Porto-Rico, 1844

Après ses travaux cartographiques de terrain et de cabinet, selon M. Chapuis, Keller s'occupe essentiellement de météorologie. Mais s'il obient une reconnaissance certaine pour ses travaux hydrographique, la postérité le retiendra davantage pour ses écrits scientifiques. Il apparaîtra ainsi comme le spécialiste des courants marins, de la navigation et de la météorologie. Il publie, entre autre, un ouvrage intitulé « Des Ouragans, tornados, typhons et tempêtes » en 1849, Paris.

Il fera valoir ses droits à la retraite en 1860. M. Keller a été décoré de la Légion d'Honneur.




Charles-François-Philippe de Charnières (1740, 1780)


Garde marine en 1756
Enseigne le 1er mai 1763
Lieutenant le 18 août 1767
Membre de l'Académie de Marine en 1769
reçu dans l'Ordre de Saint-Louis le 28 juin 1775
Capitaine le 5 avril 1780

Il meurt en service alors qu'il est fait capitaine de Vaisseau en 1780, à tyitre posthume. Voir également la fiche du CTHS très détaillée issue du Dictionnaire des marins français d'Étienne Taillemite édité à Paris chez Tallandier en 2002.

Selon Chapuis, Charnières faisait partie des trop rares « officiers-savants » [en référence à l'ouvrage d'Olivier Chapuis "Á la Mer comme au Ciel"] qui oeuvraient dans la Navale. Il a levé plusieurs vues de différentes îles des Antilles, notamment en janvier 1766, alors qu'il n'était qu'Enseigne, dont le Plan de la rade de l'isle de Monsarat.
Il inventa le mégamètre, instrument pour mesurer en mer les distances de la lune aux étoiles, le procédé permettait de mesurer les grands angles mais il n'était opérationnel que la nuit [à cause des étoiles]. L'appareil a été expérimenté « à la mer » notamment par de Courtanvaux en 1767. Le sextant lui sera finalement préféré pour la mesure du point.

Pour promouvoir sa technique et son appareil, Charnières a publié plusieurs ouvrages scientifiques, dont les suivants :
Mémoires sur l'observation des longitudes en mer, 1767
Expérience sur les longitudes faites à la mer en 1767 et 1768
Discours lu à l'académie des Sciences, 30 août 1769
Théorie et pratique des longitudes en mer, 1772
Traité des évolutions navales, manuscrit, in quarto.

sources : 1 - Armorial Général ou Registres de la Noblesse de France (Septième). Page 488.
2 - « Á la Mer comme au Ciel » Olivier Chapuis [biographies], aux Presses de L'Université de Paris-Sorbonne




Gabriel Cyprien Le Bourguignon-Duperré(1798, 1850)

Le Bourguinon-Duperré nait à Caen en 1798. Issu de l'Ecole Polytechnique, il opte pour le corps des hydrographes de la Marine. En 1821, il devient élève ingénieur hydrographe et travaille sous les ordres de Beautemps-Beaupré sur les côtes occidentales et septentrionnales de France.
En 1824 et 1825, il est détaché auprès de Paul Monnier pour l'aider à la reconnaissance hydrographique des côtes de la Martinique. Son service Outre-Mer s'enrichi d'une campagne de levés au Brésil et en Argentine, dans le large estuaire du Rio de la Plata (1830-1831). En 1844 Le Bourguignon-Duperré et son équipe sondent les côtes du Golfe du Lion et passent ensuite sur les côtes de la Catalogne jusqu'au cap San Sebastian. Il a également travaillé en Toscane et en Sardaigne.

Principaux travaux :



1824-1825 contribution à la reconnaissance des côtes de la Martinique - Atlas de Monnier
étude sur l'ensablement du Port de Sète (1838)




Charles François Delamarche (1740, 1817), Félix Delamarche [fils], François Alexandre Delamarche (1815, 1884) [petit-fils].

Les Delamarche sont les successeurs des Robert de Vaugondy , dont ils republièrent un certain nombre de travaux, à Paris rue du Jardinet n°13.

François Alexandre Delamarche [petit-fils de Charles François] sera ingénieur hydrographe du célèbre Dépôt de la Marine. Il sera admis au sein de la Société de Géographie de Paris en novembre 1839.

Principaux travaux :




René Phelipeau (1748, 1784)

Géographe mort de façon précoce, René Phélipeau a surtout collaboré avec Nicolas Ponce pour illustrer les ouvrages du trop célèbre Médéric Moreau de Saint-Méry. René Phelipeau a assuré la production de nombreuses cartes de l'île de Saint-Domingue, tandis que Ponce réalisait les vues ou prospects. Ces cartes ont été produites à Paris et sur la plupart d'entre-elles est indiqué clairement se trouve à Paris chez le Sr Phelipeau, ingénieur Géographe, rue de la Harpe près celle du Foin. René Phelipeau a exercé, en outre, en tant que géographe et professeur de mathématiques à l'Ecole Royale Militaire de Londres.

Principaux travaux :

Recueil de vues des lieux principaux de la Colonie Françoise de Saint-Domingue, gravées par les soins de M. Ponce, accompagnées de cartes et plans de la même colonie, gravés par les soins de M. Phelipeau. A Paris, pour l'ouvrage de Moreau de Saint-Méry.

Loix et Constitutions des colonies françoises de l'Amérique sous le vent, avec leur description, leur histoire. A Paris, par Moreau de Saint-Méry.




Adrien-Adolphe-Charles GERMAIN (1837, 1895)


Élève de l'École polytechnique 1856-1857
Élève ingénieur hydrographe
Sous ingénieur hydrographe 1866, 1867
Ingénieur de 3e classe
Ingénieur de 2e classe
Ingénieur de 1ère classe
Ingénieur Hydrographe en Chef

Adrien Germain a été un hydrographe éminament scientifique. Il maîtrisait parfaitement la géographie mathématique (géodésie), notamment les diverses projections permettant l'élaboration des cartes et plans. Dans ce domaine, il a apporté son expertise à de nombreux articles qui ont paru dans le bulletin de la Société de Géographie de Paris. Il a en outre effectué des missions variées qui l'ont amené à parcourir le monde dont il a relevé les longitudes en plusieurs point (Montévidéo, détroit de Magellan, Zanzibar, la côte orientale de l'Afrique, Maskate la capitale du sultanat d'Oman, ...). Il a aussi travaillé à la détermination de la déviation de la verticale sur les côtes sud de la France. Cette opération est d'ailleurs relatée dans le bulletin de la SGP qui annonce en 1886 : les positions des observatoires de Nice et de Marseille, déterminées avec l'exactitude que comporte l'emploi des instruments les plus perfectionnés, peuvent être aujourd'hui considérées comme bien fixées. Il était intéressant de rattacher ces points aux sommets de la triangulation géodésique de l'état-major.
M. Adrien Germain, ingénieur hydrographe, a été chargé de cette opération qui permettra d'apprécier la déviation produite sur la verticale par l'attraction de la chaîne des Alpes. En deux points intermédiaires, à Nice et à Saint-Raphaël, il a déterminé directement la latitude astronomique par un grand nombre de culminations d'étoiles à l'aide de la lunette méridienne portative de Brunner. La comparaison de ces latitudes avec celles que donne la géodésie montrera comment varie la déviation méridienne de la verticale surla côte de Provence.


Il avait installé sa résidence au Vésinet en Seine-et-Oise [Yvelines] à la « villa Elisabeth ».

Selon la rubrique nécrologique du bulletin de la SGP : Adrien Germain était l'un des plus distingués parmi les savants qui composent le corps des ingénieurs hydrographes du Dépôt des cartes et plans de la Marine.

L'ingénieur a été admis à la SGP en 1865 et fut l'un de ses membres les plus dévoués. En 1876, il entrait dans la Commission centrale dont il devenait premier vice-président en 1885. Il la présida en 1886. Il prêta toujours aux délibérations de cette Commission un concours assidu et attentif. Adrien Germain s'est fait connaître par de nombreux travaux d'hydrographie et par un remarquable traité sur les projections des cartes géographiques pour lequel, en 1868, la SGP lui a décerné une médaille d'or.

Ses derniers efforts, Adrien Germain, déjà miné par la maladie, les consacra à un rapport sur le mode de projection que comportait l'établissement d'une carte du globe à 1 / 1.000.000, selon les idées exposées au Congrès de Berne par le professeur A. Penck, de Vienne. Dans ce suprême travail, écrit pour la SGP, apparaissent l'étendue et la solidité du savoir, ainsi que la clarté d'esprit qui distinguaient à un haut degré notre regretté collègue.


Selon Olivier Chapuis (« Á la mer comme au Ciel ») : le traité de géodésie de A. Germain était destiné à actualiser et à remplacer le « Traité de géodésie à l'usage des marins » de Pierre Bégat] est en fait le véritable premier manuel d'hydrographie, au sens où un ingénieur hydrographe de nos jours peut l'entendre. L'ouvrage présente la théorie et la pratique de cette matière, à commencer par les indispensables formules trigonométriques nécessaires aux calculs complexes des relevés.

Principaux travaux :



sources : 1 - Bulletin de la SGP (1886 et 1896)
2 - « Á la Mer comme au Ciel », Olivier Chapuis.




Jean-Alexandre Buchon (1791, 1846)

Il sera surtout connu comme historien et philologue. Sa famile serait originaire du Berry. Il est né en mai 1791 à Menetou-Salon dans le tout nouveau département du Cher [Berry]. Il a résidé dans sa prime jeunesse à Bourges où il a fait apparemment ses premières études (collège). En 1813, on le retrouve à Paris. Son père ayant émigré aux États-Unis d'Amérique, le jeune Jean-Alexandre doit trouver de quoi subsister. Dès lors il voyage, se rend en Angleterre. Il commence à écrire et à traduire à l'occasion des ouvrages britanniques. Ce qui l'amène à se spécialiser dans les traductions d'ouvrages en anglais, ou en latin, langues qu'il maîtrise parfaitement.

Dans les années 1820-1825, il traduit l'Atlas « exécuté en Amérique d'après Lesage ». Sa version française paraîtra en 1825, elle est dédiée au Duc d'Orléans, c'est-à-dire le fils de Philippe Égalité. Le « Duc » sera ensuite roi des Français sous le nom Louis-Philippe 1er. Buchon apporte à l'Atlas Américain de nombreuses corrections et augmentations. c'est-à-dire des mises à jour nécessaires compte tenu de l'évolution géopolitique (nouveaux pays, nouvelles frontières....). Ce sera son seul et unique Atlas.

J-A Buchon est plutôt comme le mentor de son Atlas, Louis-Philippe duc d'orléans, royaliste modéré et partisan affirmé des libertés. Peut-être a-t-il été un temps républicain, mais certainement pas révolutionnaire. Il fut nommé en 1828 inspecteur des Archives et Bibliothèques, mais il est ensuite destitué par le gouvernement Polignac d'obédience ultra-royaliste.

Les cartes de l'Atlas « Buchon » sont particulièrement intéressantes. Les graveurs de lettres et de traits sont systématiquement cités [Alès, Mardelet, E. Collin, B de Beaupré, Le Gagneur, Arnoul, R. Thuillier fils, Hennequin, ...] dont beaucoup furent graveurs aux Dépôts de la Guerre ou de la Marine. En revanche le ou les géographes ayant dressé les cartes ne sont pas identifiés comme tels dans l'oeuvre. Étant des reprises quasi « conformes » de l'Atlas de Carey et Lea, imprimé à Philadelphie, les cartes conservent leur géographe respectif atitré. Les nouvelles cartes ont cependant été dressées par un dénommé Pierron. Peut-être s'agit-il de Dom Bernardin Pierron, un abbé bénédictin, qui avait produit quelques ouvrages de géographie dans ces années là. Mais rien n'est sûr [recherches en cours].

Principaux travaux cartographiques :

Atlas Géographique. Statistique, Historique et Chronologique des Deux Amériques et des îles adjacentes.

Description de l’Atlas: carte avec titres et vignettes gravées. 10 double-pages imprimées de tables (tableaux) dont 3 pages coloriées à la main. 51 double-pages de cartes colorées à la main (dont une des rivières et fleuves du monde, une non colorée des chaînes de montagnes).

C'est une copie du premier « Atlas Américain » de Carey & Lea :"A Complete Historical, Geographical and Statistical American Atlas" paru en 1822 à Philadelphie. Les cartes produites font ainsi référence à la longitude orientale du méridien de Washington. L’édition française de 1825 comporte des mise à jour et des ajouts par rapport à l'original. Les cartes sont également entourées de texte et de tableaux fournissant les principales données géographiques, historiques et présentant de nombreux détails statistiques.


autres travaux : J. A. C. Buchon et J. Tastu : Notice d'un atlas en langue catalane, 1375. Paris 1839. [étude sur l'Atlas Catalan].




Auguste Julien Migeon (xxxx, yyyy)

Auguste Julien Migeon a été un important éditeur d'Atlas du XIXe siècle. Il était officier d'académie, membre de la Société de Géographie de Paris (admis en 1876), membre de la Société Historique et Archéologique du Gatinais. Il a notamment produit dès 1845-1850 : l'Atlas Illustré de la France et ses Colonies qui pris ensuite, à partir des années 1870, le nom de «Nouvel Atlas Illustré de la France et ses Colonies».

La première édition de l'« atlas de la France et ses Colonies » daterait de 1850. Mais des éditions plus précoces - de 1845 - pourraient cependant exister. Quoi qu'il en soit, les atlas tirés entre 1845 et 1871 contiennent 100 cartes. Le nombre des cartes passe ensuite à 105 entre 1872 et le début de 1881, puis à 108 entre la fin 1881 et 1902 (dernier aperçu). Á la suite de Migeon, un des ses collaborateurs, Alfred Martineau a continué la « grande oeuvre ». Il a notamment produit en 1905 un atlas presque identique à celui de son mentor. L'atlas portait le même nom, mais Martineau l'avait aussi enrichi puisque celui-là comptait désormais 120 cartes.

Les cartes de l'« atlas de la France et ses Colonies » sont généralement coloriées et montées sur onglets. Elles sont accompagnées de planches de textes explicatifs et de statistiques montées également sur onglets. Dans toutes les éditions [avant 1882], le format de l'atlas est resté pratiquement constant [environ 37 cm sur 28 cm] ainsi que celui des cartes contenues.

Les cartes de l'atlas illustré sont réputées avoir été été dressées d'après celles de Cassini, du Dépot de la Guerre, des Ponts-et-Chaussées et de la Marine principalement par Alexandre Vuillemin, ingénieur-géographe [voir plus bas]. Les textes rédigés dans les premières éditions font mention d'un seul auteur : Ernest Poirée. Les éditions plus tardives, notamment celles publiées à partir de 1882 (108 cartes) mentionnent d'autres contributeurs. Ceux ayant été précisément sollicités pour refondre et mettre à jour les commentaires et les statistiques. C'est ainsi qu'Ernest Poirée disparaît et est remplacé par Alfred Martineau et H. Stein. Dans les versions à 108 cartes, trois contributeurs sont mentionnés pour la confection des cartes. L'on trouve toujours A. Vuillemin dont de nombreuses cartes ont été conservées, mais cette fois accompagné de celles de deux autres géographes : L. Thuillier et Ch. Lacoste. Les trois géographes sont tous membres de la Société de Géographie de Paris. Dans ces dernières versions, apparaît le nom de l'illustrateur M. Fillatreau et ceux de divers graveurs de lettres ou de traits (Lecocq, Bizet, Lebel, Fontaine, Barbier, Waltner) sans autre précision.

Durant la longue période d'éditions successives de l'Atlas Illustré de la France et ses Colonies ou du Nouvel Atlas qui a suivi, l'éditeur J. Migeon a déménagé à plusieurs reprises. Dans les années 1850-1855, l'atlas indique d'abord « Migeon Éditeur, 9 rue de la Vieille Monnaie, Paris » puis l'adresse mentionnée change au « 5, chemin des plantes au Petit-Montrouge à Vanves » et ensuite au « 19, chemin des plantes au Petit-Montrouge à Vanves » [mais il s'agit peut-être là d'une renumérotation administrative]. Enfin les dernières éditions à partir de 1882 comportant 108 cartes donnent une nouvelle adresse : 11, rue du Moulin-Vert à Paris. Elle ne changera apparemment plus.

Durant la très longue vie de l'« Atlas Illustré » connu aussi sous le nom d'Atlas Migeon, la planche de la Martinique a fait l'objet de modifications plus ou moins importantes qui ont touché le corps même de la carte (toponymie : de Fort-Royal à Fort-de-France, relief notamment en 1882, les échelles apprarentes, ...). De même, les décorations apparaissant dans les cartons ont également été revues au fil du temps. Á noter que certaines illustrations ornant la carte de la Martinique s'inspirent fortement de celles qu'avait produit Abel Hugo dans son ouvrage, la « France Pitoresque » dont la première version parut en 1835. On retrouve ainsi souvent la vue de Saint-Pierre, celle du Fort-Royal, le buste de Joséphine de Beauharnais. La carte de la Martinique de l'Atlas Migeon présente finalement un nombre significatif de variantes qui se distinguent les unes des autres autant par les décorations annexes que par les modifications d'échelles ou de toponymes.

Quelques constantes unissent cependant ces variantes : dans les éditions produites jusqu'au début de 1881, la carte de la Martinique avait été dressée par Alexandre Vuillemin. Elle avait été gravée par M. Villerey (graveur de trait) et écrite par Isidore (graveur de lettres). La feuille mesure, toutes marges comprises, en hauteur 35 cm sur 26,5 cm en largeur, tandis que les dimensions de la carte à son cadre sont de 22,5 cm (hauteur) sur 17,5 cm (largeur).

Á partir de la fin 1881, l'Atlas Migeon a été « entièrement » refondu. C'est maintenant le géographe Ch. Lacoste qui signe la planche n°94 où est présentée la carte de la Martinique. Celle-ci est gravée sur la même planche que la Guyane et le banc de Terre-Neuve c'est-à-dire les îles de Saint-Pierre et Miquelon. Les graveurs sont Lecocq et Barbier. Le relief de la Martinique se rapproche maintenant de celui de la carte n°381 du Dépôt de la Marine (Paul Monnier). Á noter dans les illustrations, le remplacement des navires à voiles par des navires à propulsion mixte : à voile et à vapeur.

autres travaux :

La Géographie Universelle ou Atlas Universel



Aristide-Michel Perrot (1789, 1879)

M. Perrot a été membre de l'Athénée des Arts, de la Sté Philotechnique, de la Sté de Géographie de Paris, de la Sté d'Agronomie Pratique.

Auteur de nombreux ouvrages, monographies et Atlas, il dresse durant sa très longue et prolifique carrière un ensemble de cartes dont certaines sont consignées et accessibles chez Gallica. En 1871, à plus de 80 ans, il était encore actif. Il dresse cette année là, le plan des effets des bombardements prussiens de janvier qui affectèrent le périmètre du Museum et du Jardin des Plantes de Paris.

Dans ses diverses productions cartographiques, il revendique clairement sa qualité d'Ingénieur Géographe, indiquant par là qu'il avait suivi avec succès les enseignements et examens dans cette matière. Membre actif de la Société de Géographie de Paris créée en 1822, il a, entre autre, rédigé et lu, l'éloge funèbre de son prédécesseur Jean-Baptiste Poirson [voir plus haut] dont il avait été l'élève. Ses affaires supposées un temps florissantes lui permettent de participer activement aux travaux de la Société de Géographie. Il sera à l'origine de la dotation de plusieurs prix offerts par la distinguée Société. Notamment un prix (100 Francs de l'époque) visant à récompenser les auteurs des nivellements barométriques sur les lignes de partage des eaux des grands bassins français...

A.M Perrot possède toutes les qualités nécessaires pour le dressage des cartes et des plans. Tout d'abord de solides connaissances en géographie, étayées par les savoirs indispensables en topographie. Il allie à la parfaite maîtrise des techniques d'élaboration cartographique, celles de dessin et de gravure, pour chacune desquelles il rédigera un volumineux manuel [Manuel du Dessinateur, Manuel du Graveur et Manuel pour la construction et le dessin des cartes géographiques]. Dans le dessin il excelle autant dans les illustrations courantes (scènes de genre, paysages, ...) que dans les restitutions plus techniques ou normatives voire technologiques. Il domine également l'art de la plume, il rédigera ainsi la plupart des commentaires figurant dans ses productions.

Il utilisera durant sa longue vie professionnelle toutes ses compétences, conjointement ou séquentiellement. Tantôt géographe ou topographe, tantôt dessinateur ou illustrateur pour son compte ou celui de donneurs d'ordres. Sa production dans tous les registres est importante. Ses activités professionnelles l'amèneront à cotoyer les plus grands noms du XIXe siècle, tant géographes que graveurs, ou libraires... Il s'associera avec d'autres « géographes », comme par exemple le futur général Jacques Aupick (1789, 1857) qui deviendra le beau-père de Charles Beaudelaire en 1828.

Associé avec Aupick, Perrot publie chez Duprat-Duverger, un atlas historique sur les départements français (1ère édition en 1826, puis le même en 1827 mais en y intégrant les colonies [98 cartes au total]) : Nouvel Atlas du Royaume de France ou Cartes Détaillées des Gaules, de la France à l’époque de 1789, des 86 Départements, Et des Colonies Françaises. Chaque carte est accompagnée d'un tableau statistique et historique, avec un texte sur plusieurs colonnes, rédigé par A.M Perrot et J Aupick.

Il s'associera également avec le géographe Achin, pour produire l'Atlas Géographique Statistique & Progressif des Départements de la France, vers 1833.

Victor Levasseur (1795, 1862)

Ingénieur géographe et cartographe du milieu du XIXe siècle il a été attaché au Génie du Cadastre et à la Ville de Paris. Victor Levasseur est surtout connu pour avoir dressé la plupart des cartes de l'Atlas National illustré. Cet atlas présente les 89 départements français et les principales possessions coloniales de la France (7 cartes des colonies). Il a été imprimé chez deux imprimeurs parisiens entre 1842 et 1872.

Les cartes de Levasseur sont donc très courantes, celles des actuels D.O.M et des anciennes colonies étant les plus recherchées. L'Atlas n'a jamais fait l'objet de réelles mises à jour. Elles auraient pu toucher aussi bien les Colonies que les départements français. Durant cette longue période l'évolution des frontières a été fluctuante et les souverainetés, sur les territoires, changeantes. La France s'était d'ailleurs enrichie de nouveaux départements durant le second Empire (comté de Nice, Savoie ..). Puis après 1871, elle a perdu les territoires situés entre le Rhin et la Meuse, c'est-à-dire l'Alsace et la Moselle.

Dans l'Atlas, l'éditeur A. Combette, présente les colonies françaises d'Amérique, d'Afrique, d'Asie. Il a fait entourer les cartes publiées de fines gravures montrant les principales caractéristiques (productions, climatologie, …) de chaque département ainsi que quelques statistiques sur les populations habitant ces territoires.

Les éditions de l'Atlas National Illustré ont été nombreuses, le procédé de gravure sur acier a permis de nombreux tirages dans des volumes importants. J'ai ici recensé quelques unes des éditions que j'ai eu personnellement en main (*) ou pas :

1 - chez Amable Combette entre 1842 et 1858. Les cartes sont tirées en noir & blanc et les limites des cantons, les frontières et les côtes, sont coloriées à la main.

1843

(*) 1845 - rue Saint-Jacques [carte de la Martinique indiquant une population 118 575 habitants]
(*) 1846 - rue Saint-Jacques [idem]

1849 - rue Saint-Jacques [idem]

1851 - rue de la Parcheminerie
1852 - rue de la Parcheminerie
(*) 1854 - rue de la Parcheminerie [Martinique : population 120 000 habitants]
1856 - rue de la Parcheminerie

2 - chez Pélissier à partir de 1859, Combette ayant fait faillite en 1858. Des à-plats de différentes couleurs mettent en évidence les territoires (cantons).

(*) 1861 - [Martinique : population 120 000 habitants]

1869 - [id]
1872 - [id]



Alexandre Aimé Vuillemin (1812, 1886)

Alexandre Vuillemin se présente dans la préface de certains de ses travaux comme l'élève du fameux géographe Auguste Henri Dufour (1795, 1865). Il a travaillé en collaboration avec l'éditeur J. Migeon (voir au-dessus) qui était comme lui, membre de la Sociéte de Géographie de Paris. A.V Vuillemin a été admis dans la célèbre instituion en 1866. Mais Migeon n'était pas géographe contrairement à Vuillemin. Deux principales oeuvres les ont réuni : d'une part l'Atlas Universel et d'autre part l'Atlas Illustré de la France et des ses Colonies dont la longévité s'étale sur toute la seconde partie du XIXe siècle. Les procédés de gravures sur acier ont permis de multiples éditions successives, avec des volumes de tirages conséquents.



Charles Victor Monin (xxxx, 1880)

ingénieur-géographe, membre de la Société de Géographie de Paris, Victor Monin a travaillé sur le Petit Atlas National des départements de la France et de ses Colonies, en collaboration avec l'éditeur Binet (édition de 1835) qui avait repris la publication que l'éditeur Blaisot avait sortie en 1833 et à laquelle il avait également participé. Ces atlas présentaient alors près de 100 cartes ornées de vues des monuments les plus remarquables. Le format de l'atlas est en général in-quarto, de type oblong, de 26 cm (longueur) sur 18 cm de hauteur.

Comme chez Blaisot, chez Binet (34 rue Aubry Le Boucher, Paris) les cartes ont été gravées sur acier par Alès (ce sont les mêmes planches). Auguste François Alès (1797, 1878) était graveur de traits. Il fut notamment l'élève d'Antoine François Tardieu [dit de l'Estrapade]. Alès était considéré comme spécialiste de la gravure sur acier et il maîtrisait parfaitement la taille-douce. C'est également à Alès que l'on doit la carte de la Martinique de l'Atlas Buchon (1825).

Dans les Atlas Monin édités par Blaisot ou par Binet, la carte de la Martinique porte dans tous les cas le n°91. Dans la foulée, l'éditeur Binet aura aussi préparé l'atlas des départements et colonies en collaboration cette fois avec Victor Levasseur. Mais ce sera Amable Combette qui prendra le relais de l'édition de l'ouvrage.

La publication de Binet est sortie en 1835, le Petit Atlas National comprend 96 cartes : les départements français métropolitains du 01 à 86. Puis le planisphère (87) et ensuite les colonies : Algérie (88); Sénégal (89); Île Bourbon (90); Martinique (91); Guadeloupe (92); Guyane (93); Saint-Pierre et Miquelon (94); les deux dernières cartes (95 et 96) étant celles d'une France complémentaire et un tableau d'assemblage.

travaux :



Paul POLLACCHI (1862, 1937)


Il est né à Cervione en Corse et décèdera à Paris. Jeune lieutenant de l'armée de terre, il participe en Algérie, pendant plusieurs années, aux levers topographiques effectués dans le cadre de la réalisation de la carte de la colonie. Il est détaché ensuite à l'État-Major de l'Armée, au Service Géographique de l’Armée où il va passer le reste de sa carrière militaire. Il est d'abord affecté au département de la gravure, puis est promu directeur de la cartographie étrangère.

Il est Capitaine lorsqu'il entame la production d'ouvrages techniques permettant la lecture et l'interprétation des cartes étrangères. Son premier ouvrage porte sur la Lecture des cartes russes dont le succès l'encourage à publier ensuite la Lecture des cartes anglaises & des États-Unis : indications linguistiques, géographiques et topographiques qui sera publié en 1908. Ces ouvrages sortent à la Librairie Militaire R. Chapelot (Paris). Son premier ouvrage sur les cartes russes et d'Europe centrale, l'a familiarisé entre'autre avec l'alphabet cyrillique. Il sort en 1910, un ouvrage intitulé Alphabets en usage dans les principales langues parlées dans l'Europe centrale et les Balkans, avec leur transcription phonétique. Durant cette période, il met au point une règle graduée permettant une rapide interpétation des échelles des différentes cartes.

Ayant atteint le grade de commandant, il prend sa retraite de l'armée vers 1914. Il est alors recruté par le fameux journal qu'est L’Illustration.

La guerre de 1914-1918 va le rappeller aux armées et il reprend du service dans son ancienne structure de l'État-Major (SGA), toujours à la direction de la cartographie étrangère.

Á la fin du 1er conflit mondial du XXe siècle, L’Illustration le réembauche, toujours comme chef du service de la cartographie du journal.

Dans son emploi à L’Illustration le Commandant Pollacchi bénéficie d'une position favorable pour continuer l'oeuvre qu'il avait entreprise lorsqu'il était aux Armées. Il publie alors sous la houlette de L'Illustration, L’Atlas de la France et de ses colonies qui précédera son œuvre magistrale qu'est L'Atlas colonial français, colonies, protectorats et pays sous mandat [1ère édition en 1929]. La réalisation de ce second Atlas, l'a mobilisé durant plusieurs années. Pour cet ouvrage, le Commandant Pollacchi recevra plusieurs prix dont celui de l’Académie des Sciences et de la Société de Géographie.

sources :
1 - site sur L'Illustration
2 - site data.bnf & Gallica