. La Martinique à la Carte : les arpenteurs aux îles : Jean Raussain



Jean Raussain (xxxx, ca 1765)

Jean Raussain [Raussin] a été un arpenteur actif aux îles entre entre 1722 et 1765. Il a d'abord été nommé dès son arrivée en 1722, adjoint à Thimothée Petit alors arpenteur général des Îles du Vent.

Th. Petit avait déjà eu, durant sa longue carrière, successivement plusieurs adjoints à son service : d'abord, un dénommé Pierre Hercule Petit de la Grandecourt, puis le sieur Nicolas Chaufourier qui l'avait secondé durant quelques années [1713, 1714, ...]. Mais il semble que Chaufourier ne soit pas resté aux Antilles assez longtemps pour laisser suffisamment traces de sa présence, à moins qu'il n'y soit mort prématurément. Durant les années 1720, l'adjonction d'un adjoint à l'arpenteur général Petit se fit davantage nécessaire. Il fut envisagé que le Sieur de Langle le seconde. Mais sa candidature ne fut pas retenue. Le Gouverneur de Feuquières écrivant : nous avions pensé au Sieur de Langle pour aider le Sieur Petit, mais nous croyons que cet homme n'est pas capable d'un tel emploi, non parce qu'il manque de capacités mais parce que c'est « un courreur » qui est toujours par voie et par chemin.

Ce sera finalement Jean Raussain qui sera nommé adjoint en août 1721. Á cette époque il était encore en métropole. Sitôt pourvu de sa commission d'adjoint délivrée par le Conseil de Marine, il se rend à Rochefort où il embarquera, quelques mois plus tard, sur le vaisseau « le Dromadaire ». Il arrive finalement en Martinique durant le mois de février 1722. Comme beaucoup d'autres, avant d'être acclimaté, il tombe malade dès les premières semaines de séjour. Mais heureusement il fut guéri et son organisme finit pas s'accoutumer aux tropiques et à ses maladies.

Il succèdera pleinement à l'arpenteur Petit lorsque celui-ci décèdera sur son habitation en août 1723. Mais les choses n'allant pas d'elles-mêmes, Jean Raussain restera apointé à sa condition d'arpenteur général adjoint. Cette situation perdurera jusqu'en janvier 1726, année où il recevra sa commission (son brevet) d'Arpenteur Général, assortie des privilèges d'exemptions d'impôts qui l'accompagnent.

Á la fin de sa carrière, le géomètre semble davantage s'ateler à l'arpentage de l'île de Sainte-Lucie, qui avait été rendue à la France, par le traité de Paris de 1763. Les implantations de colons y étaient alors encouragées par l'Administration. Mais déjà, depuis 1744-1745, il y allait travailler principalement. On note ainsi une série d'allers et retours entre la Martinique et Sainte-Lucie alors placée sous le commandement du Lieutenant du roi, Monsieur de Longueville.

Sainte-Lucie demande, demande toute l'attention de l'arpenteur général des îles du vent. Il fallait y délimiter les concessions octroyées aux colons. Par ailleurs, les autorités de l'île représentée par de Longueville, ont voulu développer les infrastructures administratives de gouvernement. Raussain est donc amené à superviser la construction d'un bâtiment pour loger le gouvernement local. Cet investissement s'avère très onéreux et devient vite source de critiques acerbes de la part des administrateurs de la Martinique. Le coût en aurait été exagéré (60 000 livres) et Longueville aurait entamé les travaux sans vraiment tenir au courant ses supérieurs basés en Martinique, c'est-à-dire « de Caylus » le Gouverneur et l'intendant Ranché.

L'intendant reproche à Raussain de négliger l'arpentage du domaine au profit de projets tout à fait en dehors de sa charge. Raussain concentre son labeur et celui des six arpenteurs ordinaires qu'il dirige, sur des occupations dont il n'a pas à s'occuper. Selon Ranché, il travaille à former le plan d'une ville et de son port plutôt que de s'attacher à borner les terres pour les concéder aux colons. En effet durant cette période, entre 1745 et 1747, le géomètre Raussain semble s'être employé à dresser des plans partiels de l'île de Sainte-lucie mais aussi à tracer les plans de la ville (Castrie la capitale) et du port. Á Sainte-Lucie, le sous-ingénieur Besson-Descoteaux secondera Jean Raussain puis il sera ensuite nommé, en mai 1767 après le décès du Sieur Valette (mort début 1767), arpenteur général de Sainte-Lucie.

La fin de la carrière de Raussain s'effectue durant la guerre de sept ans qui verra la réduction de l'influence française dans la région Caraïbes et la perte définitive de nombreuses colonies. En juin 1760, la situation des principales possessions françaises des Antilles est critique. La Guadeloupe est occupée par les britanniques qui ont déjà fait une tentative d'invasion de la Martinique. La politique de Pitt, bien portée dans les îles par Barington grâce à la flotte de Rodney, met les français en position critique. Longueville encore Lieutenant à Sainte-Lucie songe à rentrer en France. L'île est toujours sous domination française, mais pour peu de temps encore. Lorsqu'il écrit au ministre de la Marine, Longueville cite Jean Raussain qui est toujours actif à l'arpentage des Îles du Vent.

Un courrier du gouverneur d'Ennery en date de novembre 1765 [FR ANOM COL E 78] laisse entendre que l'Arpenteur général Raussain serait décédé quelques mois plus tôt. Il était proche de l'âge de la retraite, qu'il aurait dû prendre dans peu de temps. Afin d'assurer la continuité du service, le gouverneur propose la nomination du Sieur Gilles Chervaux (17xx, 1776) qui officait depuis plusieurs années comme adjoint de Raussin. Le Sieur Chervaux, avait suivi les enseignements de l'école des Ponts et Chaussées de Paris, et exerçait l'arpentage en Martinique depuis au moins 12 ans [1753]. Mais finalement ce sera Jean Chassevent qui prendra la direction de l'Arpentage Général de la Martinique. En compensation, Gilles Chervaux jusque là adjoint à l'Arpenteur général de la Martinique, sera nommé en 1765, Arpenteur général mais à Sainte-Lucie. Le titre de Chervaux était davantage honorifique n'étant pas accompagné d'appointements. G. Chervaux décèdera en juillet 1776.





Principaux travaux de Jean Raussin [Raussain], aujourd'hui disponibles aux ANOM et numérisés

1 - Plan du fort et de la ville du Fort Royal de la Martinique. Manuscrit aquarellé sur papier 95,5 cm x 64,5 cm. année : 1726.

2 - Copie du plan du quartier des Grandes Abîmes de la Grande-Terre de l'isle Guadeloupe, levé [...] en conséquence d'une ordonnance du 1er du mois de décembre 1718 [...].

3 - Second règlement du 28 mars 1722. Plan du quartier des Grandes Abîmes de la Grande Terre Guadeloupe sur lequel sont posées les places de ce quartier [...].. recto et verso.

4 - Exécution du second règlement du 28 mars 1722. Copie du plan du quartier des Grandes Abîmes de la Grande Terre de l'isle Guadeloupe [?]..