Deux Petit qui en valent bien un grand

Tout d'abord il faut lever une lourde incertitude pesant sur l'arpenteur Petit.

La BNF possède plusieurs cartes de la Martinique signées d'un certain Pierre Hercule Petit de la Grandecourt tandis que les documents des ANOM portent sur un autre Petit prénommé Thimothée.

Les deux Sieurs Petit ont existé et furent, qui plus est, tous les deux arpenteurs en Martinique à peu près à la même époque. Ils ont même travaillé ensemble, l'un ayant été - durant quelques années - le supérieur hiérarchique de l'autre.
Le premier Pierre Hercule Petit de la Grandecourt exerça à la fin du XVIIe jusqu'au tout début du XVIIIe siècle et travailla à la fin de sa carrière en tant qu'adjoint sous les ordres de Thimothée Petit alors arpenteur général. C'est pour cela que règne la plus sourde confusion.

Titre du Plan des quartiers... par Thimothée Petit

Comme l'indique le titre du plan ci contre : Plan des quartiers compris entre les rivières du Laurain et de la grande ance depuis la mer jusqu'a huit mil pas de hauteur, levé sur les ordres de Monsieur de Vaucresson Intendant de Justice, de Police, de Finance et de Marine de ces Isles, par le feu Sieur de la Grandecour adjoint à l'arpenteur général de sa majesté dans les dîtes isles et le sieur Jaubert arpenteur royal pour le règlement général de ces lieux, à la Martinique le 29 juillet 1709. Pour être conforme à l'original joint aux minutes de l'arpenteur général des Isles. signé Petit..

Nous somme en présence d'une copie, réalisée par Thimothée Petit « arpenteur général », d'un plan original dressé par MM Petit de la Grandecourt et Jaubert. La signature est de Thimothée Petit. On apprend grâce à l'introduction que Petit de la Grandecourt était l'adjoint à l'arpenteur général des îles tandis que Jaubert était un basique arpenteur royal.
Comme l'indique clairement le commentaire du plan, [FEU] de la Grandecourt est décédé. Il est vraisemblable que la date mentionnée, le 29 juillet 1709 corresponde à la date de l'achèvement de la copie par l'arpenteur général. Ainsi, Pierre Hercule Petit de la Grandecourt serait décédé entre juillet 1708, puisqu'un plan l'adjoint signe un plan à cette date, et juillet 1709.



Un document vient corroborer ces conclusions : Il s'agit du Plan réglementaire des quartiers de la Martinique ... pour l'intelligence des difficultés entre les sieurs Traversier, Le Bourg et Verrier
Plan réglementaire des quartiers... par Petit de la Grandecourt

Les indications fournies par ce plan sont également explicites : Plan fait par le Sieur Petit arpenteur général des Isles, sur les opérations du Sieur Jaubert arpenteur royal de ces isles, et remis à une échelle plus grande par Pierre Hercule Petit de la Grandecourt, Géographe et adjoint à l'arpenteur général, avec les remarques nécessaires pour l'intelligence des difficultés entre les sieurs Traversier, Le Bourg et Verrier. Pour être rapporté à Monsieur l'Intendant. Fait à Basse-Pointe de la Martinique le 10 janvier 1707. Signé : Petit de la Grandecourt.

Contrairement au plan précédent, c'est maintenant de la grandecourt qui reproduit «en plus grand» un plan fait par son supérieur l'arpenteur général Thimotée Petit. On comprend que Pierre Hercule, outre sa position d'adjoint, faisait valoir constamment ses compétences de géographe. La signature de Petit de la Grandecourt est clairement identifiable.
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THIMOTHÉE PETIT (ca 1660, 1723)

Dans le Nouveau Voyage aux Isles d'Amérique [tome IV], le père Labat souligne les difficultés rencontrées par le Premier Géographe du Roy [c'est à dire Guillaume Delisle] pour dresser la carte de la Grenade, datée de 1717.
Labat indique que « De L'Isle » a travaillé sur les mauvais mémoires de M. Petit qui a inversé les positions : il a placé à l'Ouest ce qui est à l'Est, et au Nord ce qui est au Sud. Cela dit, Labat ne tarit pas d'éloges sur la forte compétence de Delisle, il y a peu de Géographes plus exacts.

Thimothée Petit, est pris directement à parti par le père Labat dont le jugement était certainement orienté en faveur du géographe au détriment du géomètre-arpenteur, fusse-t-il arpenteur général. Dans son langage habituel Labat ne résiste pas, et critique vertement Petit à propos du plan de la Grenade présenté dans la carte des îles. Il écrit que tout Ingénieur est arpenteur, mais il s'en faut bien que tout arpenteur soit Ingénieur.

Ce jugement péremptoire de l'éclésiastique qui semble irrévocable n'est pas entièrement fondé. Il se peut bien que Guillaume Delisle ait eu quelques difficultés à interpréter et à exploiter les plans et manuscrits tels que Petit les lui avait expédié. Thimothée Petit ne pouvait absolument pas se tromper autant sur la situation, la position et la physionomie de la Grenade.

Petit est arrivé aux îles vers 1684 pour seconder l'Arpenteur Général des Isles Denis Hébert. Thimothée devait avoir environ 25 ans. Hébert décède en 1685, mais les autorités tardent à nommer un nouvel Arpenteur Général. Thimothée sera dans un premier temps simple arpenteur royal, adjoint à l'arpenteur général, dont le poste reste officiellement vacant. Sa longue carrière s'étalera de l'année de son arrivée à son décès en août 1723.

Il travaillera en collaboration avec les autres arpenteurs royaux et notamment avec « Petit de la Grandecourt » qui comme lui avait rang d'adjoint à l'Arpenteur Général. Son emploi d'arpenteur ne sera pas sans frictions avec certains colons. Ainsi en 1704 il est confronté au sieur Le Merle, « procureur du roi » qui l'attaque pour une histoire de limites de propriété mal définies, ce qui était fréquent aux îles. Mais heureusement, Petit disposait de parents et d'amis pour le soutenir dans cette épreuve ... il sortira de ce mauvais pas.

En concurrence avec « Petit de la Grandecourt », il obtient finalement la place d'Arpenteur Général des Isles en 1705, soit 20 ans après le décès de Denis Hébert !!! Thimothée était parvenu à obtenir l'appui des autorités royales, Gouverneur et Intendant, sans lequel rien n'aurait été possible. Dès sa nommination, il présente un projet de règlement de l'arpentage aux Isles qu'il avait soigneusement élabore. Il sera soutenu par le nouvel intendant Nicolas-François Arnoul de Vaucresson qui sera actif entre 1706 et 1716.

Thimothée Petit n'est pas resté simple arpenteur, profitant d'une conjoncture favorable, il devient propriétaire d'une habitation sur laquelle il exploite des esclaves. En 1714, M. Petit demande d'ailleurs au ministre de la Marine des exemptions de droits et d'impôts pour ceux-ci. Il entend faire valider par l'autorité royale, les droits accordés à l'arpenteur général par le gouverneur général de Baas. Ces privilèges équivalaient à une exemption de droits pour huit personnes.

En 1712, alors qu'il était déjà bien expérimenté dans sa fonction d'arpenteur général, il accompagne dans une tournée d'inspection des possessions françaises des Petites Antilles, le nouveau gouverneur et lieutenant général des îles du Vent, Raymond Balthazar Phélypeaux, arrivé l'année précédente en Martinique. Le gouverneur Phélipeaux demande alors à Th. Petit de dresser le plan des îles visitées et notamment celle de la Grenade, principale dépendance de la Martinique. Petit va s'employer à dresser les éléments et la carte qui serviront ensuite de fondements au Géographe Guillaume Delisle (carte des Petites Antilles de 1717).

Ainsi, s'étant rendu à la Grenade, il fort étonnant que Petit ait inversé les coordonnées géographiques en plaçant au Sud ce qui était au Nord et à l'Est ce qui était à l'ouest comme le prétend le père Labat. Par ailleurs le gouverneur Phélypeaux qui expédiera à Paris, les plans et notes de Petit, fait remarquer au Ministre que Petit avait réalisé là, des plans très exacts. Même si Phélypeaux était nouveau aux îles, il parait étrange que le Gouverneur et son État Major aient laissé passer une erreur aussi grossière. Petit avait mis en évidence les positions stratégiques des différentes îles. Le gouverneur voulait attirer l'attention du ministre de la marine sur le nécessaire renforcement de la colonisation de la Dominique et de Sainte-Lucie, îles qui permettraient d'une part de mieux protéger la Martinique que ne le faisaient la Guadeloupe et Marie-Galante.

L'arpenteur général semble donner satisfaction dans son emploi à Phélypeaux, ce dernier le propose en juin 1713 pour occuper un poste de conseiller vacant au sein du Conseil de la Martinique. Phélipeaux qui doit obtenir l'aval du ministre lui écrit : Le sieur Petit, arpenteur général est un excellent sujet pour lequel Monsieur l'intendant et moi avons demandé une place de Conseiller. Je vous serai très obligé Monsieur si vous avez la bonté de m'en envoyer l'expédition. Petit la mérite véritablement par sa capacité et ses talents, outre qu'il paraît que son emploi d'arpenteur général le requiert, ....

le gouverneur poursuit : ...il m'est revenu un bruit sourd qu'à cause de l'attachement marqué pour moi par M. Petit, depuis qu'il m'a suivi à la Grenade, et autres cas où l'ayant employé il s'est comporté dignement, un secrétaire de M. de Vaucresson [l'intendant de la Martinique] avait lâché que Petit s'en repentirait et que sur son conte Monsieur l'intendant vous mandait que l'emploi d'arpenteur général était incompatible avec celui de Conseiller. J'ignore si cela vous a été écrit, ... mais je vous répète tout ce que je viens de vous dire en faveur de Petit qui certainement est homme de mérite et très capable.

Finalement Petit sera bien nommé au Conseil supérieur de la Martinique grâce à l'appui du gouverneur Phélipeaux qui mourra peu de temps après [en octobre 1713] et de l'intendant Vaucresson. Petit qui avait atteint alors un peu plus de la cinquantaine devint alors un Habitant très respecté. Le géomètre n'en continue pas moins d'oeuvrer inlassablement à son labeur, au développement de son habitation, à son travail d'arpenteur général et à ses nouvelles fonctions de conseiller. Ces multiples occupations et fonctions le rendent cependant moins disponible. Les Gouverneurs successivement en place vont dès lors tâcher de lui trouver un assistant ou un adjoint.

Le premier candidat retenu pour servir d'adjoint à Thimothée Petit est le sieur Nicolas Chaufourier. C'est l'auteur d'une carte presque identique à celle des Petites Antilles élaborée par Guillaume Delisle en 1717. On ignore actuellement la date exacte de réalisation de l'exemplaire de Chaufourier (vraisemblablement entre 1713 et 1716). Elle aura donc pu servir de source au fameux géographe.

Le sieur Chaufourier pourrait avoir séjourné aux Antilles avant d'être nommé à la Martinique. Il a en effet dressé (dessiné) quelques cartes de divers endroits des Antilles notamment un Plan de l'isle à Vache située par les 17°5'de latitude Nord, et du fond de la Grande Terre, depuis la pointe de la Bacou jusqu'à la pointe de l'est de Yaquin en 1711. Existent également à la BNF un plan du port de Cartagène, un plan du port de la Havane et un autre du Cul Sac Robert de la Martinique. Ces cartes ayant toutes un fort contenu hydrographique, avec sondes, amers, et autres permettant une navigation plus assurée.

L'arrivée de Nicolas Chaufourier en Martinique date cependant de 1713. Il est munit d'une recommandation du duc de la Rocheguyon dont fait état l'intendant « de Vaucresson » dans un courrier de juin de cette même année : J'auray attention a ce que M Chaufourier que M le Duc de la Rocheguyon protège, s'instruise auprès du Sieur Petit dans les affaires de l'arpentage et je lui rendray tous les services que l'occasion me fournira puisque vous avez la bonté de me le recommander....

Les premiers travaux du Sieur Chaufourier semblent donner entière satisfaction tant à Petit son supérieur direct, qu'à l'Intendant de Vaucresson. Mais son zèle va se réduire progressivement et ses supérieurs revoir leurs jugements.
Nicolas Chaufourier aurait dû reçevoir un brevet d'arpenteur à la mi-1715. Mais il apparaît que son service laissait alors à désirer. Ainsi l'intendant Vaucresson écrit [FR ANOM COL C8B 3 N°70] en août 1715 qu'il n'avait pas encore remis au Sieur Chaufourier l'ordre du Roy qui le commet arpenteur afin de l'engager par là à s'appliquer. Il a recommandé la même chose au Sieur Clevet qu'il proposera s'il le mérite. Il en est de cette manière avec eux parce qu'ils ont besoin d'excitation pour remplir leurs fonctions.

Il semble, en définitive, que Nicolas Chaufourier ne soit pas resté très longtemps en Martinique ... sa production y semble apparemment limitée entre 1713 et 1716. Peut-être est-il décédé prématurément ?

L'arpenteur général Petit ne sera donc plus secondé et il faudra chercher un remplaçant à Nicolas Chaufourier.

En 1717 eu lieu la fameuse affaire du « Gaoulé » ou deux représentants du Roi furent molestés et embarqués « manu militari » dans un bâteau pour être renvoyés en France. Les deux intéressés : « de la Varenne » et l'intendant Ricouart diront dans leurs témoignages : Le Grand-Voyer Dujoncheray et l’Arpenteur Général Petit, qui dinèrent avec nous au Presbytère, non pas à la même table, quoique nous les en eussions priés, ne parurent point, lorsque nous montâmes à cheval, ni pendant le temps que nous fûmes en chemin pour nous rendre sur l'habitation du Sieur Bourjeot, où nous apperçûmes le Grand-Voyer, qui ne voulut point entrer dans la chambre où nous étions : il restait apparemment avec les révoltés, et le dit Petit ne parut plus. Ces circonstances sont des preuves certaines que les dits Dujoucheray et Petit sont des très indignes sujets, qui ont contribué à faire soulever les habitants de leur quartier, auxquels nous savons qu'ils ont tenu des discours très séditieux. Heureusement pour l'arpenteur général, l'amnistie quasi-générale passera par là.

Quelques années plus tard, en 1721, Petit qui doit avoir autour de 61 ans, commence à éprouver de sérieuses difficultés à remplir sa tâche d'autant qu'il n'a toujours pas d'adjoint capable de le suppléer.

Cette situation problématique incite le gouverneur des îles, de Feuquières, arrivé peu après les évènements du Gaoulé de 1717, à demander au ministre de la marine un suppléant. De feuquières écrit dans un courrier daté de janvier 1721 : Le sieur Petit, arpenteur général de cette île, a sous lui quatre arpenteurs particuliers, qui sont distribués dans les quatre quartiers de l'île, mais aucun de ces arpenteurs n'est capable de le remplacer. Le sieur Petit est fort âgé, il commence à n'être plus en état de se transporter où il convient tous les jours de l'envoyer. Il serait nécessaire que le Conseil du Roi envoie incessament une personne qui soit bon géomètre afin qu'elle puisse travailler pendant quelques temps avec le sieur Petit pour apprendre les usages du pays...

Le gouverneur renchérit un mois plus tard, histoire d'accélérer la procédure : il est important de songer à donner au sieur Petit un adjoint qui put en travaillant connaitre le pays et être capable de remplir la fonction. Je trouve cela d'autant plus nécessaire que le sieur Petit a fait ces jours passés une chute dans laquelle il a failli se tuer. Il nous a proposé pour adjoint le Sieur de Langle qui est depuis quelque temps en ces îles et dont il connaît la capacité....

Le sieur de Langle ne fera pas l'affaire, le gouverneur le trouvera in fine trop « courreur ». De Feuquières écrit dans une autre lettre : nous avions pensé au sieur de Langle pour aider le sieur Petit, mais nous croyons que cet homme n'est pas capable d'un tel emploi, non parce qu'il manque de capacités mais parce que c'est un courreur qui est toujours par voie et par chemin..

Finalement, dans cette même année, en août 1721, c'est Jean Raussin qui sera retenu pour devenir l'adjoint de Thimothée Petit. Sitôt nommé, il s'embarquera pour les îles. Entre 1722 et 1726, Raussin assurera les fonctions d'adjoint à l'arpenteur général, et sera nommé lui-même dans la fonction d'arpenteur général en 1726, trois ans après le décès de Thimothée Petit.

De Feuquières relatera dans sa correspondance, le lendemain du décès de l'Arpenteur Général Petit en août 1723 :

nous venons d'apprendre la mort de M. Petit, arpenteur général des îles du vent, mort arrivée sur son habitation hier au matin. M Blondel [ndla : l'intendant en place, actif en Martinique entre 1723 et 1728] a jugé nécessaire d'envoyer dans le moment mettre le scellé sur les papiers plans et procès verbaux concernant l'arpentage qui se trouvent actuellement sur l'habitation du sieur Petit.




L'arpenteur Petit a donc déroulé une longue carrière dans les îles du vent. Il a essayé de donner des solutions à un certain nombre de problèmes inhérents à l'arpentage.

Les Annales du Conseil Souverain rapportent le règlement élaboré par l'arpenteur général qui a traduit sa vision dans plusieurs documents préparatoires illustrant ainsi son propos. Les Annales précisent : Il n'avait point encore été fixé de règle certaine pour les arpentages aux Colonies. Le 4 Janvier 1707 M. de Vaucresson, Intendant, d'après un mémoire détaillé de M. Petit, Arpenteur général, crût devoir faire le Reglement qui suit.

Première figure d'un quartier suposé [de la Martinique] par Thimothée Petit Première figure d'un quartier suposé [de la Martinique] par Thimothée Petit

Toutes les Rivières servant de bornes aux habitations dans les lsles, en seront les bornes inviolables ; et pour assujettir à leur cours, il sera donné, pour alignement des divisions entre les particuliers qui auront des terres sujettes aux bornes fixes des rumbs de vent, parallèle au cours régularisé des Rivieres, et seront échangés autant de fois que son cours irrégulier le demandera.

Toutes les croisées de largeur seront toujours semblables et parallèles, depuis la mer jusqu'à l'extrémité, dans le cas des bornes fixes tandis qu'elles subsistent et ne sont point interrompues, et les quantités de largeur ne seront point mesurées que le long de ces croisées, les hauteurs seront pareillement mesurées le long des alignements de séparation des parties, ainsi qu'il a été observé, et conformément à l'usage du pays, qui sera toujours obsèrvé.

Défendu expressément de prendre cette hauteur par d'autres lignes, ni de donner plus d’étendue que ce qui est porté par la concession, pour quelque raison que ce puisse être, à moins que l'inégalité des lieux ne causât de la différence dans un pays aussi inégal que celui- ci, ou qu'il ne se trouvât des établissements et d'anciennes bornes des hauteurs auxquels il fallût s’assujettir pour ne rien changer de ce qui auraît été premierement fait, et laisser le tout en son premier état.

Toutes les places d’étages doivent toujours occuper totalement le dessus de celles dont elles sont les étages, à moins qu'elles n'en eussent que partie, sans que, pour raison de diminution ou de remplacement, il puisse être rien pris au-delà , ni sur les concessions contiguës, si ce n'est ue l'usage fût d'une largeur plus étendue que la place au-dessous; en sorte que chaque particulier qui aura des concessions ne pourra prétendre que le terrain qui se trouvera entre les croisées, toujours semblables, et les alignements parallèles à la borne fixe.

En fait de Rivieres, le plus long bras, et celui qui vient de plus haut, sera toujours réputé le corps et le véritable lit de la Riviere.

Ordonne à tous Arpenteurs de suivre et d'assujettir exactement audit règlement ; leur défend de s'en écarter, sous quelque prétexte que ce puisse être ; le tout cependant sans préjudicier à tout ce qui pourrait avoir été fait ci-devant de contraire audit Reglement qui subsiste, l'autorisant, pour éviter les contestations qui en pourraient naître.

Ordonne que le Mémoire et les Plans, pour l'éclaircissement des chefs , des règles et de l'usage de l'arpentage, fait par M. Petit , seront déposés au Greffe de l'Intendance, pour y avoir recours au besoin.


Selon les Annales de Dessalles : c'est le seul règlement qu'on connaisse aux lsles au sujet de l'arpentage, et les Arpenteurs s'y sont toujours fidèlement astreints et l'ont pris pour base de toutes leurs opérations en ce genre. Il est encore exactement suivi dans la Colonie. Ces procès-verbaux d'arpentage sont les titres fondamentaux des propriétés. On a observé si peu d'ordre jusqu'à présent pour la conservation de ces pièces intéressantes, qu’il faut sans cesse renouveller les arpentages, et de là naissent une infinité de procès. Les originaux des Procès-verbaux ont resté entre les mains des Arpenteurs, et après leur mort, dans leur famille de sorte que quantité de ces Actes se trouvoîent perdus, et par là les familles restaient privées des titres qui importaient le plus à leur repos. M. Petit, Arpenteur général, crut devoir remédier à cet inconvénient en ramassant, avec soin, tout ce qu'il pouvait trouver de ces Actes dans les familles des Arpenteurs décédés ; il avait même conçu, et en partie exécuté, le dessein de les faire transcrire tous, par ordre de date, dans des Registes qu’il aurait ensuite déposés dans un Greffe public. La mort le surprit dans l'exécution de ce projet : aussitôt après son décès, M. Blondel, lntendant, eut soin de se saisir de tous ses papiers, qui ont été déposés au Greffe du Conseil, après un inventaire fait par deux Conseillers, Commissaires à cet effet.

On proposa ensuite un projet de règlement, tant pour le passé que pour l'avenir, dans lequel on pût mettre les Actes d'arpentage en sûreté ; mais comme cela ne pouvait s'exécuter qu'avec quelque dépense, et qu'on n'a su où en prendre les fonds, le projet en est resté sans exécution. Il serait digne d'un lntendant de l'achever, et d'ordonner à l'Arpenteur général de relever généralement le plan de toutes les habitations de tous les quartiers de la Colonie et d'en former une espèce d'atlas qui seroit déposé au Greffe du Conseil, afin qu’on pût y avoir recours au besoin. Le 5 Janvier 1779, sur la Requête de l'Arpenteur général
[ndla : c'est-à-dire Gédéon François de la Corbière], le Conseil ordonna que les Minutes et Procès-verbaux de M. Petit, Arpenteur général, qui avaient été déposés en son Greffe en 1714 ; seraient remis audit Arpenteur général, pour, par lui, en être délivré expédition à ceux qui le requèreraient.



Plans de THIMOTHÉE PETIT conservés à la BNF



1 - Première figure d'un quartier suposé [de la Martinique] / Petit

2 - Seconde figure d'un quartier suposé [de la Martinique] / Petit

3 - Plan des quartiers compris entre les rivières du Laurain et de la grande ance depuis la mer jusqu'a huit mil pas de hauteur / Petit

4 - Plan régulier du terrain destiné par Monsieur le général pour l'emplacement d'un hospital de la Martinique / Petit

5 - Plan de la place de la veuve et héritier de Jean Roy / Petit

6 - Plan des terres comprises Entre la Riviere du Macouba et celle ditte de Réverend / Petit

7 - Plan des quartiers d'entre les Rivières Fregatte et Simon, avec les places comprises entr'elles / Petit

8 - Plan des quartiers d'Entre les Rivieres Cappot et de la grand ance de la Cabestere du bord de la mer jusqu'à l'origine de ces rivières / Petit