Alexandre de Maugras ( , )

Adrien Dessalles dans son «Histoire Générale des Antilles» [Paris, 1847] indique la présence d'un arpenteur assermenté dès le début de la colonisation de la Martinique.

Le premier arpenteur officiel connu fut Alexandre de Maugras [Maugran], qui prêta serment au Conseil en juillet 1658, du temps où « Mme du Parquet » assurait la gouvernance de l'île. Du Parquet décéda en janvier 1658 et une quasi « régence » sera assurée par son épouse Marie Bonnard. On sait que cette année-là, les Caraïbes furant chassés du Nord de la Capesterre. Nul doute que l'arpenteur y a oeuvré très activement pour partager et borner les nouvelles concessions.

Un courrier de Marie Bonnard, en date de juin 1659, fait part d'Alexandre de Maugras et le désigne pour aller relever les plans des concessions accordées aux colons de la Martinique. Les colons devaient rémunérer eux-mêmes les services de l'arpenteur. Les tarifs étaient fonction de la difficultés de la zone à limiter, en général le prix tournait autour de 50 livres de pétun [tabac].

Les Arpenteurs et le Grand-Voyer (qui correspond aujourd'hui au responsable du service de l'entretien des routes, il y a peu de temps encore appelé « l'Équipement » ou la « DDE ») étaient les seuls qui soient astreints à faire enregistrer leurs commissions et à prêter serment devant le Conseil Souverain de la Martinique. Ce qui parait bien normal compte tenu des enjeux économiques que pouvaient revêtir un bon ou un mauvais bornage. Il fallait savoir poser les bons jalons, et garantir les bornes, sous peine de s'atirer les foudres et le ressentiment des colons.

Alexandre de Maugras fut actif en Martinique à la fin du XVIIe siècle. Il fut apparemment remplacé en 1665 par un dénommé Gicon dit l'Espérance. En effet selon les Annales du Conseil Souverain de la Martinique : Il est enjoint au Sieur Maugras de tenir un Registre de toutes les lisières, places et habitations, pour y recourir au besoin. Le 12 Janvier 1665, sur les plaintes des habitants de la « Cabesterre » que le Sieur Maugras, Arpenteur, en favorisait quelqu’uns d'entreux, et en avait lésé beaucoup d'autres dans les arpentages qu'il avait fait ; le Conseil ordonna que les ouvrages seraient refaits par un nommé Gicon, dit l’Espérance, avec un Adjoint, qui prêteraient serment. Y-a-t-il eu révocation du Sieur Maugras, on ne saurait le dire.

Bien entendu, avant Alexandre de Maugras, dès 1635, se posait déjà la question de la juste répartition des terres et la délimitation des concessions. Celles-ci eurent lieu sous l'égide de La Cie et ensuite des « seigneurs - propriétaires ».

On sait par exemple que Monsieur de la Vallée, l'un des premiers habitants de l'île, compagnon de d'Esnambuc, a fait office d'arpenteur et d'assistant de notaire. Un document du GHC montre l'action de « la Vallée » en 1654, lors de l'arrivée des hollandais expulsés du Brésil par les portugais. Ils venaient demander asile à « du Parquet ». « J’ai soussigné François Lestiboudois Sieur de la Vallée, certifie qu'en l’année 1654 me serai transporté par ordonnance de feu Monseigneur le général Duparquet au lieu nommé le Cul de Sac, dans la rivière de Monsieur et pour cet effet aurais pris avec moi de compagnie le Sieur Jean Duval étant défunt (sic) et Maître Jean Baÿeul notaire, afin de marquer les places à plusieurs personnes venues du Brésil à qui mondit seigneur aurait donné permission d’habituer (…) »

Cette communauté hollandaise était partiellement constituée de Juifs, qui figurent ainsi parmi les premiers colons. Ils venaient principalement de Recife et avaient emmené leurs esclaves. Le gouverneur « du Parquet » après quelques atermoiements leur permis de s'installer dans l'île. Certains s'implantèrent du côte de la Cabesterre dans le quartier appellé de nos jours « Petit-Brésil ». D'autres dans le Cul de Sac Royal, vers la Rivière Monsieur. Selon certains historiens la « baie des Flamands » aurait pris ce nom à cause de cette présence et non à cause de la tentative d'invasion qui eut lieu en 1674 [Ruyter] lors de la guerre contre les Provinces Unies.




Plans d'Alexandre de Maugras



br>sources :

1 - ANOM :

2 - « Histoire Générale des Antilles » [Paris, 1847], Adrien Dessalles

3 - documents du GHC ... sur Monsieur de la Vallée