Jean-Baptiste Gabriel Fauvel Gouraud (17xx, 18xx)

portrait de M Jean-Baptiste Gabriel Fauvel Gouraud - vers 1840 Cet arpenteur fut un personnage très haut en couleurs, il mérite certainement une place dans la grande biographie des arpenteurs généraux de la Martinique. D'autant plus qu'autrefois une batterie de canons portait ce nom à l'endroit appelé actuellement l'Anse Gouraud.

Jean-Baptiste Gabriel Fauvel Gouraud est né à la fin du XVIIIe siècle à la Martinique où sa famille, originaire de Montauban, s'était implantée. Son père avait des biens immeubles dans le bourg du Fort-Royal dont la location lui servait de rente. « J-B-G » dit dans ses mémoires : la fortune que mon père, mes deux soeurs ainées et moi possédions dans la colonie, consistait en une douzaine de maisons situées dans la ville du Fort-Royal, et notre revenu se montait à plus de 32 000 francs par an. Á la Martinique, j'étais logé dans ma propre maison ; mes deux soeurs ainées occupaient chacune l'une des leurs, et mon père jouissait de ses revenus à Nantes, où il était sous-commissaire de la marine et inspecteur des vivres.... Mon père avait embrassé la carrière de l'administration de la marine. Il resta fidèle, dévoué et attaché à la France, dans ses revers comme dans ses gloires, jusqu'au moment de sa mort, à Nantes.

Notre famille avait été, pendant des années, une des plus marquantes de la colonie à Fort-Royal. Elle était la seule qui vécût de ses rentes sans faire aucun commerce. Mon grand-père [Gouraud], du côté paternel, avait été longtemps, sous l'ancien régime du Gouvernement Royal, curateur aux successions vacantes aux îles. Jolimont Gouraud, son fils cadet, lui avait succédé dans cette charge, après sa mort. Lors de la reddition de l'île en 1793, sous le gouvernement du général de Rochambaud, il fut banni de la Martinique, et se réfugia à la Guadeloupe, où il fut accueilli avec distinction, et nommé premier juge du tribunal de cette colonie ; c'est là qu'il mourut, longtemps après son émigration.
[ndla : en Guadeloupe Victor Hugue avait repris l'île aux anglais, il administra l'île de 1794 à 1798].

Le jeune Fauvel Gouraud entame ses études au collège Saint-Victor du Fort-Royal. Mais la Révolution, la guerre puis l'occupation de la Martinique de 1793 à 1802 vinrent interrompre celles-ci. Son père avait été contraint de rejoindre la France pour assurer ses fonctions dans la Marine française. J-B-G Fauvel Gouraud devra achever ses études de façon plus ou moins autodidactique. Ainsi, il apprend par lui-même les principes de géométrie et de mathématiques qui lui permettront, quelques années plus tard, de briguer les fonctions d'arpenteur. Grâce la bibliothèque familiale qu'il dit assez fournie.

En 1802 la paix d'Amiens est signée. La Martinique rendue à la France. Quelques mois après la cérémonie de restitution, J-B-G Fauvel Gouraud entre dans la carrière de l'administration de la marine en qualité de commis de 2e classe. Il emboîte donc le pas à son père dans la carrière. Mais « J-B-G » est souffrant. Il doit quitter pour la première fois son île pour raison de santé. Il partira pour la France à bord de la frégate « La Didon » en 1803.

Ses affaires et celles de sa famille le font revenir dans l'île. Entre 1803 et 1808, il semble qu'il effectue plusieurs transatlantiques. En octobre 1808, Fauvel Gouraud raconte qu'il était bord du brick armé le « Palinure » [16 canons de 24, 60 hommes] alors qu'il se rendait à nouveau en France pour raison de santé. Il aurait assisté, au premier rang, au combat naval entre le « Palinure » et le brick de guerre anglais le « Carnation » [18 canons de 32, 137 hommes] réputé bien plus fort. Le bâtiment anglais fut enlevé à l'abordage, après plus d'une heure d'intense canonnade de part et d'autre, et ramené en Martinique.

Puis il demande un poste d'arpenteur impérial en Martinique. Et passe avec succès les examens d'aptitude à cet emploi. Il recevra son brevet du Préfet Colonial Laussat qui le nommera arpenteur impérial au Fort-Royal quelques mois avant que les anglais ne s'emparent à nouveau de l'île (1809).

« J-B-G » relate : j'étais donc arpenteur de la colonie et grand-voyer de la ville du Fort-Royal, lorsque la colonie fut conquise. M. Gaillard Saint-Léger [ndla : Abraham Gaillarde de Saint-Léger] était Arpenteur général de la colonie, et Grand Voyer, mais il résidait alors en Guadeloupe Á cette époque, les arpenteurs généraux des colonies étaient assimilés aux ingénieurs directeurs généraux des Ponts-et-Chaussées. En France, leurs fonctions n'étaient que purement civiles ; mais dans les îles et en temps de guerre, ils étaient souvent sollicités pour tout ce qui concernait les travaux du génie militaire et la levée des plans.

« J-B-G » demande à l'occupant anglais de valider sa récente commission d'arpenteur. Le gouverneur anglais le réquisitionne alors pour mener à biens d'importants travaux de voiries. Fauvel Gouraud laisse alors entendre que l'occupant anglais l'aurait promu à la place d'arpenteur général de la colonie conquise. Á côté de ces grands travaux de voiries, il se consacre à ses tâches ordinaires d'arpentage. Mais la nature rebelle de « J-B-G » le destine à d'autres oeuvres.

Sidney Daney de Marcillac raconte dans son « Histoire de la Martinique de 1846 » les évènements particuliers engendrés par le Sieur Fauvel Gouraud.

...le commencement de cette année 1812 fut marqué par un événement sur lequel gouverneur anglais s'efforça alors de jeter un voile, et dont les détails ne furent connus que quelque temps après.

Il y avait dans la Colonie un créole de Fort-Royal, possédant une tête ardente et une imagination qui l'entraînait vers les aventures et les entreprises. Gouraud Fauvel avait vu avec regret l'occupation de son pays par les Anglais. Cependant, arpenteur avant leur arrivée, il avait sollicité et obtenu de la nouvelle autorité la confirmation de ce grade.

Connaissant bien la langue anglaise, il était au courant des événements qui s'accomplissaient en Europe, et de la situation de la Grande-Bretagne.... voici le plan auquel il s'était arrêté : il avait résolu de s'emparer de la personne du gouverneur anglais et de quelques autres chefs militaires, de provoquer à la révolte les troupes noires qui détestaient leurs officiers, et qui n'étaient maintenues que par une discipline de fer. Il comptait alors sur le concours de la plus grande partie de la population. Il devait immédiatement appeler les Américains pour approvisionner l'île
[ndla : en juin 1812 la guerre sera déclarée entre l'Angleterre et les États-Unis], et dépêcher une goélette en France pour prévenir le gouvernement impérial que l'île était à sa disposition...

Cependant, Gouraud Fauvel fut trahit dans son entreprise dont il avait fixé l'exécution pour le courant de février 1812. Au début de ce mois, il fut arrêté et enfermé étroitement dans la Forteresse. Ses complices « de Catalogne », « de Luppée », Fonrose, Fontane de l'Ile et « de Mascarville » éprouvèrent le même sort. Gouraud Fauvel obtint d'être expulsé de l'île en août 1812. Il se rendit à Porto-Rico et de là aux États-Unis où il s'installa, dans un premier temps à Washington jusqu'en 1822.


Aux États-Unis, à partir de 1823, il obtint une place d'agent consulaire puis en juillet 1837 de Vice-Consul dans les villes de New-Port et de Providence (État actuel de Rhode Island). Il a donc choisi le Nord abolitioniste des « Yankees ». Ses fonctions l'amènent à intervenir fréquemment dans les contentieux commerciaux et dans les affaires maritimes qui survenaient entre les deux nations. Résidant à New-Port, il y rédigea une relation sur l'affaire de « la capture de l'ALEXANDRE DE BORDEAUX, ET DES PIRATES BORDELAIS » qui paraîtra en 1840 à Paris.

Jean-Baptiste Gabriel Fauvel Gouraud retourne de façon très régulière en France. En 1838, il est en France pour « affaires » et visite ses deux soeurs aînées qu'il n'a pas revu depuis son expulsion de Martinique, en 1812. Elles avaient quitté la Martinique et habitaient alors à Toulouse.

Son génie créatif le pousse à concevoir des inventions dont il dépose les brevets aux États-Unis comme en France. Ainsi en 1844, on trouve un brevet déposé pour « un genre de voies de communication, qu'il nomme grandes voies aérostatiques au moyen de câbles en fil de fer ». En janvier 1845, il brevette « un char locomoteur à air comprimé qui dans sa marche devient le générateur de sa propre puissance à l'aide du jeu et du roulement de ses roues ». Il récidivera encore en octobre 1865 pour le brevet « d'un appareil à bouilloire ».

Quel lien de parenté J-B-G Fauvel-Gouraud tient-il avec François ou Francis Fauvel-Gouraud, né à la Martinique en 1808 et mort à New-York en juin 1847 qui fut un ingénieur français, expert et pionnier en techniques photographiques ? Les deux hommes sont ingénieux, alors certainement, quelque part de la même famille ....


sources :

1 - « Histoire de la Martinique depuis la colonisation jusqu'en 1815 », Sidney Daney de Marcillac, 1846

2 - « L'Hercule et la Favorite ou la Capture de l'Alexandre de Bordeaux, et des pirates bordelais », J-B-Gabriel Fauvel Gouraud, 1840 à Paris.