Gédéon François de la Corbière (,)

Gédéon François de La Corbière (La Corbière ou Lacorbière, avec ou sans particule), descent certainement d'une des plus anciennes familles de la République de Genève.

Gédéon François de la corbière a été Arpenteur Général et Grand Voyer de la Martinique. Il a officié entre 1777 et 1792 en Martinique et dans les Îles du Vent dépendantes administrativement de la première. Sa carrière et sa vie d'homme auront été fortement marquées par la Révolution dont il a été, aux Îles, un acteur engagé et téméraire.

Il commence son métier d'arpenteur dans les Îles du Vent à la fin de l'année 1776 en tant que premier adjoint de l'arpenteur général Antoine François Bouffer (arpenteur et grand voyer de Martinique et de Sainte-Lucie) qui arrivait alors en fin de carrière. Bouffer avait quelques ennuis de santé assez graves qui l'empêchaient de pratiquer normalement, sa suppléance devenait nécessaire.

La commission, en date du 3 septembre 1776, nommant de la Corbière adjoint de Bouffer a été rédigée par le comte d'Argout, Gouverneur Général et contresignée par l'intendant Tascher. La Corbière succèdera ensuite à Bouffer, dans un premier temps dans les seules les fonctions d'arpenteur général, celles de Grand Voyer ayant été rendues autonomes.


Les fonctions d'Arpenteur Général et de Grand Voyer ont été, sur le XVIIIe siècle, regroupées puis dissociées à plusieurs reprises. Quand elles étaient regroupées en une seule main, elles procuraient bien évidemment un confortable revenu à leur titulaire, ce qui n'était plus le cas lorsqu'elles étaient séparées.

Lors du décès de Bouffer en 1777, les deux fonctions qu'il occupait sont réparties : La Corbière obtient celle d'arpenteur général et celles de Grand Voyer étant remises à un tiers. Le fait de n'avoir été nommé qu'à la fonction d'arpenteur général cause à La Corbière un certain ressentiment. Il n'obtient pas les revenus qu'il escomptait. Il n'a pas d'autre richesse que celles que lui procure son labeur. À l'opposé d'autres, il n'a pas d'habitation ou d'autre activités lui procurant des revenus supplémentaires.

En 1782, la guerre contre les britanniques inflige des restrictions terribles au commerce. La situation économique de la Martinique est alors en pleine incertitude. La France s'est alliée avec les Insurgents américains et les îles deviennent le théatre d'âpres combats maritimes et terrestres. Les prix se sont renchéris considérablement et le maigre traitement d'arpenteur général ne satisfait plus La Corbière.

Heureusement pour La Corbière que le Grand Voyer demande son retour en France métropolitaine. Il saisit alors l'occasion pour demander la réunification des fonctions autour de sa personne. Il profite également des évènements pour demander la compétence d'arpenteur général pour les dépendances lointaines de la Martinique : Saint-Vincent et Grenade. S'il les obtient ce sera un gain appréciable.

Pour accréditer son projet auprès du Gouverneur Général des Îles, pour l'heure assez sceptique, La Corbière propose une planification de son travail. Il passera 3 mois dans chacune des îles de Grenade et de Saint-vincent. Cette option sera d'autant plus facilitée que l'ouvrage en Martinique est moins volumineux. La plupart des domaines du roi ont été concédés, il sont bien délimités et suivis. Par ailleurs, les habitants ne l'ont pas beaucoup sollicité, lors des dernières années, pour des travaux d'arpentage. La situation ne devrait pas s'inverser. Il pourra donc fort bien s'occuper des autres îles.

Soutenu finalement par le Gouverneur Damas, il obtiendra en partie, gain de cause. En juillet 1786, de la Corbère reçoit les commissions pour la Martinique des deux fonctions recherchées.

Dans sa pétition au ministre Damas écrira : nous avons l'honneur de vous demander la commission d'arpenteur général et de grand voyer en cette île pour le sieur Gédéon François de la Corbière que nous avons établi provisoirement à ces deux charges depuis plusieurs années et qui les exerce à la satisfaction du public et qui a mérité notre confiance.

L'arrivée de la Révolution aux îles, va bouleverser ses conditions de travail et de vie. Dans un premier temps l'administration est réorganisée. En 1791, la Révolution cherche à faire des économies face aux pratiques dispendieuses et clientelistes de l'ancien régime. Les fonctions d'Arpenteur Général et de Grand Voyer sont supprimées. Cela affecte bien entendu La Corbière qui reste néanmoins très favorable au mouvement révolutionnaire, il devient le citoyen La Corbière, rayant la particule de son patronyme.

Il entame cependant des réclamations afin d'obtenir des réparations pour la perte de sa charge, car il se retrouve sans revenu. Celles auprès du Gouverneur de Béhague ayant été vaines... il les adresse nouveau ministre. Pour cela il met en avant son intégrité et ses qualités de "Patriote". Il laisse entendre que la réorganisation aux îles frappe surtout d'abord les bons citoyens et les patriotes. Ils sont sanctionnés pour leurs opinions favorables à la Révolution.


Bien qu'il n'obtienne pas gain de cause, sa foi dans les idées révolutionnaires se fait plus ardente. Le temps passant, de la Révolution, la nation passe à la République. Le roi est déchu. L'atmosphère change alors considérablement aux Îles. Les antagonismes de toutes sortes ressurgissent. La population est divisée.

Comme on le sait, les britanniques après une guerre maritime et un blocus d'usure débarquent une première fois durant l'été 1793 à la Martinique. Le Gouverneur Rochambeau n'est pas homme à se laisser faire. Il contre-attaque les colonnes ennemies. Dans ce climat guerrier, il fait appel aux hommes qui ont montré leur fidélité à la Révolution. La Corbière est l'un d'eux.

En juillet 1793, Rochambeau expédie un courrier en métropole dans lequel il cite ces hommes qui ont pris une part active à la défense de l'île et ont permis de repousser l'invasion de l'été 93. Le "La Corbière" cité pourrait bien être notre arpenteur.

Rochambeau écrit :

on a oublié d'insérer cette lettre dans le dernier envoi que je vous ai fait passer par l'aviso le Lutin. La Rochette et La Corbière deux citoyens de la Martinique ont parfaitement servi dans cette guerre. Le premier a attaqué très vivement la porte levassor et commandait un corps de troupes qui couvrait la partie au sud de l'île.

Le second que j'ai nommé adjoint à l'état major a commandé en chef notre expédition sur la partie sud-est de l'île, comme le ministre de la guerre le verra par mon journal. En outre il commandait (La corbière) la colonne de gauche dans l'attaque du morne Vert-Pré.

Ces deux officiers ont bien mérité de la Patrie et je demande que le ministre confirme la Rochette en qualité de commandant en second de chasseurs de la Martinique et qu'il nomme La Corbière adjudant général. Cet officier (La Corbière) démine à merveille, il est fort brave, intelligent et actif.


La Corbière semble avoir eu un fils et une fille. Celle-ci habite Paris lors des évènements révolutionnaires. Elle remettra personnellement des requêtes et des mémoires en faveur de son père aux ministres en place, afin qu'il obtienne réparation du préjudice subi : la suppression de sa charge d'arpenteur général.