Antoine François Bouffer (17xx, 1777)

Bouffer a exercé aux Isles de Sainte-Lucie et de La Martinique entre 1767 et 1777.

En 1770, quand Jean Chassevent Arpenteur Général et Grand Voyer de la Martinique repasse en France avec son épouse, il peut envisager une retraite dorée. Il vient de se marier avec la veuve Amphoux qui avait fait fortune en fabricant et en commercialisant une liqueur réputée être excellente (la liqueur de la veuve Amphoux), dont la formulation était restée secrète. Elle jouissait d'une clientèle nombreuse aux îles comme en métropole. Avant de quitter l'île, le couple vend ses biens meubles et immeubles.

Le Gouverneur d'Ennery et l'Intendant Peynier pris au dépourvu par ce départ, nomment provisoirement Antoine François Bouffer aux fonctions laissées vacantes par Chassevent en Martinique. Le sieur Bouffer exerçait depuis 1767 la fonction d'arpenteur, mais à Sainte-Lucie. Il a probablement travaillé avec Gilles Chervaux (17xx, 1776) qui avait été nommé arpenteur général de Sainte-Lucie [à titre honorifique] par le même d'Ennery.

Bouffer cumulera ensuite la fonction d'Arpenteur Général pour les deux îles. M. Bouffer a toutes les compétences requises pour exercer le rôle d'arpenteur général. Surtout en mathématiques, il les professe depuis plus de six ans, et depuis son arrivée aux îles, il est devenu expert en arpentage. Il aurait même levé plusieurs cartes de Sainte-Lucie. M. Bouffer recevra officiellement sa commission d'Arpenteur pour la Martinique ainsi que celle de Grand Voyer en août 1770.

Et pourtant sa venue aux îles était plus que fortuite : fuyant une ténébreuse affaire qui lui était préjudiciable, Antoine François Bouffer était arrivé, à la fin de l'année 1767, aux îles françaises de l'Amérique. Quelques années auparavant, il était encore un professeur de mathématiques réputé et estimé de la capitale française. Bouffer écrit : En 1766 je professais les mathématiques à Paris dans la salle d'architecture au Louvre et trois fois la semaine je donnais des leçons aux élèves qui se destinaient pour le Génie et pour le Corps Royal d'artillerie, d'après le cours de Monsieur Camus pour l'heure administrateur et examinateur de ces deux corps. Vu le grand nombre d'aspirants qui se présentaient à ces leçons, je formais le projet d'établir une école aux environs de Paris pour ces sortes d'études....

... mon école était sous la protection de Mr Camus et les élèves étaient reçus de préférence aux autres...


ndla : on remarque ici la « corruption » liées aux charges de l'ancien régime, l'examinateur Camus favorise les élèves de son protégé, ils seront reçus : en clair ils auront le diplôme,....

Bouffer a créé une école spécialisée dans une grande maison située du côté de la Barrière Saint-Jacques derrière l'Observatoire, sous la protection de Mr Camus. Mais pour cela il va devoir emprunter, en août 1766, une somme assez considérable pour l'époque, à une dénommée Jeanne Marguerite Champion veuve Le Ménager ainsi qu'à un certain Jean Amyot. Apparemment les conditions se sont vite dégradées entre l'emprunteur et les créanciers, mais également avec son protecteur Mr Camus. La dégradation est due aux espoirs déçus de la veuve Le Ménager qui semblait vouloir convoler en justes noces .... avec le sieur Bouffer. Mais apparemment Camus et Amyot visaient la place.

Perdant coup sur coup, la confiance de ses créanciers et celle de son protecteur, il lui fallu fermer l'école et et liquider précipitemment l'affaire. Bouffer ne pouvant rembourser ses dettes est aussitôt poursuivi en justice. Il doit alors rapidement quitter Paris pour échapper à la prison.

Heureusement pour Bouffer, il rencontre le Gouverneur des Îles du Vent d'Ennery qui était alors en France. Constatant les qualités scientifiques de Bouffer, il lui propose de prendre la charge d'arpenteur et de Grand Voyer à Sainte-Lucie. Bouffer ne se le fait pas dire deux fois, il accepte. Aussitôt, le voilà parti pour les îles.

Durant son mandat, Bouffer fera quelques allers et retours entre les Antilles et la France. En 1773, il passe près d'un an en France pour raison de santé. En 1777, il repasse en France, mais cette fois-ci, il y décèdera.

Entre temps, il s'affaire à son travail d'Arpenteur Général et de Grand Voyer de Martinique et de Sainte-Lucie. Il effectue successivement des séjours dans les deux îles. Il découvre à Sainte-Lucie une mine de plomb qu'il entend exploiter. Il en fait la demande, mais ne semble pas en avoir obtenu l'autorisation. Il rédige des rapports sur des phénomènes naturels et sur les techniques de lutte contre les fourmis qui causaient alors d'importants ravages aux cultures.

En février 1775, l'affaire de son emprunt non remboursé à la veuve Le Ménager le rattrape aux Antilles. « de Sartines », ministre de la Marine et des Colonies, relaie une demande faite par la veuve le Ménager qui n'a pas desserré son étreinte et entend faire payer, coûte que coûte, le sieur Bouffer. Sartines demande aux nouveaux administrateurs des « Isles du Vent », en l'occurence le Gouverneur de Nozières et l'Intendant Tascher, de mener une investigation et d'obliger, le cas échéant, Bouffer à payer son dû.

Cette affaire qui l'a rattrapé, et les conditions sanitaires de vie aux Antilles, dégradent un peu plus sa santé. Il ne peut plus exercer pleinement son emploi. Un adjoint, « de la Corbière », lui est commis en septembre 1776.

Á la fin du printemps 1777, accompagné de son serviteur, un esclave dit l'Eveillé, il rentre en France pour plaider sa cause. Trop tard, son état empire. Il décède à Versailles en juin ou juillet de la même année. Son « calvaire » prend fin avec sa mort, mais celui de l'esclave l'Eveillé continue. Dure condition humaine que celle d'être un noir esclave au XVIIIe siècle. L'Eveillé, considéré comme un bien meuble, fait partie intégrante de la succession. Celle-ci est d'ailleurs entravée par les créanciers de Bouffer. Il faut ramener l'Eveillé aux îles. Il est donc traité comme un prisonnier, d'abord amené sans ménagement au Havre, mis en prison dans l'arsenal, puis embarqué de force en août 1777 dans le navire « la Victoire » qui le ramènera aux îles pour y être vendu.